I. NOMBRES CARDINAUX
Les dix premiers nombres n'offrent rien à remarquer ; dans les nombres suivants : onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize, il est curieux devoir comment la position de l’accent a fait complètement disparaître le mot decem, qui donnait leur sens à ündecim, duôdecim, trédecim, etc. Vingt a sans doute eu pour première forme vèint, qui s’est contracté plus tard ; de même trente , quarante , ont dû être précédés par tréante , quaréante , de viginti , triginta, quadraginta (2). Mille a donné mil , et millia milie, d’où mille.
Saül out ocis mil, et David dis milie. — Rois, p. 70.
(1) Metipsissimus a donné l’italien medesissimo. Voy. Diez, II, p.121.
(2) On peut admettre cette opinion ou supposer que l’accent aura été reculé sur la troisième; celte hypothèse n’aurait même rien d’invraisemblable : car le second t de viginli, trigiula , n’était certainement long que par position, et, l’une des deux consonnes étant une liquide, l’abréviation serait admissible , d’autant plus que l’ital. venti, trenla, quaranla, l’esp. veir.te, treinla, quarenla, le port, vinle, trinta, quarenta, le prov. vint , trenla , quaranta , semblent déposer en sa faveur. Cependant la contraction est possible aussi, et elle m’a paru très-appuyée par l’emploi en ancien espagnol des formes cinquaenla , sesaenla, setaenla. Cf. Diez, II, 414.
Le mot ambo, qui a formé ans, ambe, et, combiné avec duo , ambedui , a donné naissance dans quelques anciens textes normands à la forme ambure, qui a souvent le sens adverbial à’ ensemble :
Ambur en terre et en mer. — Benet, Vie de S. Thomas,
Ambur comte et barons. — ld., ibid., v. 824.
Chevaliers et serganz amb'ore. — Benoit , v. 5537.
E si dient ambure e saver e folage. — Charlemagne, v. 656.
Cum despent sun trésor, ambure or e argent. — Horn , v. 5043. Ambure ocit, ki que l’ blasme-ou qui l’ lot. — Roi., str. cxvni. Ambure ocist seinz nul recoeverement.— Roi., str. cxxm. Qu 'ambur cravente en la place avant sei E le dragun e l'enseigne le rei. — Roi., str. cclix.
Ambxire à l’arcevesque et à tut le covent. — S. Thom., p. 163
(ftd. Bekker).
On a vu dans ce mot le génitif pluriel de ambo , amborum, comme lor de illorum (1). M. Diez n’est pas de cet avis. « Ce cas, dit-il, n’est justifié par rien ici. » Il propose d’expliquer ambure par un composé à’ ambo et de utrum qu’on aurait substitué à alterutrum , qui se trouve avoir dans un passage de Columelle à peu près le sens d ’utrumque. Mais cette opération complexe ne semble guère naturelle, et il répugne d’admettre que le français ait formé un composé de deux mots dont l’un (uter) lui est inconnu, quand ce composé n’existe pas en latin. D’ailleurs le sens se prête bien difficilement à la supposition de M. Diez , et j’aime mieux m’en tenir à l’opinion qui fait à! ambure le génitif pluriel d 'ambo. L’anglais both , que M. Diez rapproche avec raison de notre expression , ou bien l’ancien haut-allem. beide, qui s'emploient tout à fait dans les mêmes circonstances, peuvent avoir déterminé l’emploi normand du mot ambure. Cf. Diez, II , p. 416.
(1) Sur Ve de ambure, cf. teissures, paslures, p. 51.