OBSERVATIONS GÉNÉRALES
1° Le passif a été supprimé et remplacé par la combinaison du participe passé avec le verbe être.
2° Les verbes déponents ont tous pris la forme active ; leur accentuation est naturellement celle qu’ils auraient eue s’ils avaient été actifs : aussi nascuntur, calinnniantur ne donnent pas naissont, chalengeont , mais bien naissent, chalengent, comme s’ils étaient nascunt, calumniant. Cette transformation était sans doute accom-
(1) C’est la même tendance qui a fait conserver la forme du casrégime préférablement à celle du cas-sujet dans les substantifs de la 3 e déclinaison.
plie dans le latin rustique quand les langues romanes s’en détachèrent ; au reste, un grand nombre de verbes déponents se trouvent sous la forme active dans les anciens auteurs latins, et particulièrement dans les comiques.
3° Un grand nombre de verbes de la 2 e , de la 3 e et de la 4® conjugaison intercalent à certains temps (ind. présent, ind. imparfait, part, présent, impér., subj. présent) entre le radical et la terminaison la syllabe iss : empl-issons , -issez, -issent, -issais, etc. ; -issant, -issez, -issons; -isse, -isses, etc.; cette syllabe intercalaire fait aussi la terminaison de ces verbes aux 3 es pers. du singulier de l’ind. prés, et du sing. de l'impératif : empl-is, -îs, -it; cmpl-is. Ces formes, comme l’a montré M. Diez , appartiennent aux inchoatifs impl-escere, flor-escere, gem-iscere, finiscere, dont on s’est servi pour renforcer dans les verbes des formes qu’on ne trouvait pas assez pleines. L'emploi de l’inchoatif est certain pour les temps indiqués ci-dessus ; mais a-t-il part à l’infinitif qui dans tous ces verbes est en ir : emplir vient-il d ’implescere? Implescere aurait donné emploistre, et non emplir. Il me semble qu’il faut admettre que les verbes qui ont aux temps cités les formes ineboatives ont pris l’infinitif de la 4 e conjugaison en ire ; un pareil mélange de formes n'a rien de surprenant dans la conjugaison romane.
Quelques verbes qui n’ont aujourd’hui que les formes inchoatives nous offrent dans l’ancienne langue des formes simples qu’ils ont perdues depuis. On trouve , par exemple, de :
Emplir.
Emple un corn de ulie, e viens. — Rois, p. 58 (1).
(1) De là le terme technique de remplage, tandis que remplissage vient de la forme inchoative.
Tu aovres la tue main, e emples chesquune beste de benei'-
çun. — Ps. Oxf., cxliv, 17.
Femc prent tôt à chois ou courtois ou vilain ,
Bourgois ou chevalier, mais qu’il emple la main.— Ruteb.,