‹ Étude sur le rôle de l'accent latinChapitre 16 sur 39 · I. INFINITIF · texte numérisé non relu

I. INFINITIF

La première conjugaison en latin , et en français, ne comprend que des infinitifs faibles (1) ; il en est de même de la quatrième : amare, dormire, aimer, dormir.

La deuxième conjugaison a l’infinitif faible en latin : debere, tenere; mais plusieurs des verbes qu’elle comprend ont eu ou ont encore en français un infinitif fort. On a dit, par exemple, taire, plaire, luire, nuire , rire, semondre, ardre, tondre, répondre, muevre, loire,

(1) Je trouve un exemple unique d’un infinitif en are rendu fort en français :

A emmerre armes oe cheval ,

Ne compagnon fors Governal. — Tristan, I, p. 14.

Cette forme singulière est 3ans doute le produit d’une erreur causée par le futur contracté emmerrai pour emmènerai.

moindre, de tacére, placére, Incére, nocère, ridére, summonére, ardère, tondére, respondére, movére, licère, manère ; mais beaucoup de ces infinitifs ont reçu aussi la forme faible : taisir (Ps. Oxf., xxvu), plaisir (Rois, p. 12), nuisir (Ps. Oxf., civ), manoir, loisir, mouvoir, ardoir; la langue moderne a adopté tantôt l’une, tantôt l’autre de ces formes. Ridere et respondere sont communs à toutes les langues romanes ; pendre et tondre semblent venir d’une confusion entre pendére, tondére, et péndere, tündere (1).

Un grand nombre de verbes de la 3 e conjugaison ont changé leur infinitif fort (ère) contre un infinitif faible, généralement en ir : quœrere, cürrere, ont fait quérir, courir. Faut-il pour cela admettre avec M. Baudry (2) qu’on a dit quœrire et currire ? Je ne crois pas que cela soit nécessaire ; la terminaison ir, h laquelle l’oreille était très-accoutumée par l’usage de la donner aux verbes qu’on mélangeait de formes inchoatives, a pu être ajoutée aux radicaux quer-, cour-, toi-, à une époque où déjà l’on ne parlait plus latin ; la double forme, forte et faible, qu’offrent plusieurs de ces infinitifs, et qu’ils ont sans doute offerte tous à une certaine époque, me semble appuyer cette opinion. Quant aux verbes qui prennent des infinitifs faibles en oir, il est probable qu’ils ont simplement accentué faussement la terminaison , qu’ils ont été pris pour des verbes de la 2 e conjugaison. Au reste, j’ai indiqué plus haut la cause de cet alourdissement des formes , de ce transport de l’accent sur la dernière : c’est le besoin d’avoir

(1) Quelques-unes de ce9 formes s'expliquent peut-être, comme emm erre, par le futur : c’estle système de M. Burguy, et M. Diez n’est pas éloigné d’y adhérer.

(2) Revue de l'inslruclion publique, 21 mai 1857.

des mots plus pleins, plus larges, et où le radical soit plus distinct de la terminaison. Ce phénomène est du reste à peu près aussi ancien que la langue, car la cantilène de sainte Eulalie en offre déjà un exemple remarquable :

Ad une spedc li rov^ret lolir lo chief.

Voici quelques-uns des verbes qui ont affaibli leur infinitif :

Currere-courir . Courre s’est dit longtemps concurremment ; il est resté dans une locution consacrée, courre le cerf, et Segrais disait encore au XVII' siècle :

Cephale aimait Procris; l’Aurore matinale

Quittoit pourtant les cieux pour courre Après Cephale.

— Eglogue II.

Quœrere-quérir. Querre, acquei're, requerre et conquerre sont les formes fortes.

Tôlier e-tolir. Malgré l’ancienneté de la forme faible, on trouve aussi l’infinitif fort, toldre, taure :

Qu’il voloient sa tière loldre. — Phil. Mousk., v. 29936.

Fallere- faillir. Falloir est postérieur (Diez, II, 241).

Tremere-cremoir ; craindre est plus fréquent.

Fugere-fuïr. La forme actuelle pourrait faire croire que cet infinitif est fort, si on ne le trouvait disyllabique jusqu’au XVII e siècle.

Souffrir et offrir viennent de sufferere et offerere, qu’on a formés de sufferre et offerre, comme essere de esse. Ces verbes ont généralement accentué la terminaison ; on trouve cependant quelquefois les formes fortes soufferre, offerre (Burguy, I, 409).

Recipere-recevoir ; decipere-décevoir ; perciperepercevoir ; concipere-concevoir ; on trouve souvent les formes fortes reçoivre, déçoivre, perçoivre, conçoivre.

Pluere^pleuvoir.

Je n'ai pas compris dans cette liste les verbes à formes inchoatives ; leur infinitif est aussi en ir, frémir, gémir, vomir, fouir, et quelques-uns ont à côté de la forme indicative la forme simple et forte : freindre, geindre.

Il y a du reste dans cette classe beaucoup de verbes qui ont gardé à l’infinitif l'accent sur le radical : croistre, naître, lire, plaindre, joindre, croire, etc.

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