CHAPITRE Vil
Pronostic, marche et terminaison.
La forme rapide et la forme subaiguë de la pneumonie caséeuse sont très-graves. La première peut évoluer en 15 jours et se terminer par la mort; la seconde a une marche plus lente, mais n’est pas moins redoutable.
(juant à la forme lente, chronique, elle a une durée indéterminée, et aboutit quelquefois à la guérison.
La notion de la nature de la pneumonie est d’une I grande importance pour le pronostic. Certaines I phthisies scrofuleuses seraient remarquables par [ la lenteur de leur marche (?). Chez un goutteux, la : marche et la forme de la phthisie sont évidemment influencées par la diathèse. Il y a des congestions : pulmonaires et des hémoptysies abondantes, peu d’expectoration muco-purulente, une marche très- ' chronique et une tendance plus grande à la guérison (Hardy.)
La pneumonie caséeuse n’a donc pas toujours une marche progressive, fatale, et nous pouvons puiser nos preuves dans la clinique et l’anatomie pathologique. Il n’y a pas de médecin qui, dans le courant de sa pratique, n’ait vu des gens réputés phthisiques fournir une longue carrière. Sans parler des faits anciens, depuis qu’on sait mieux distinguer ce qui appartient à la tuberculose et à la pneumonie, depuis que ces deux états ont été plus nettement délimités, des observateurs dignes de foi ont produit des faits qui ne laissent aucun doute cà cet égard. Nous devons à M. Réné Briau deux observations inédites qui viennent corroborer les résultats qu’il annonçait déjà dans son intéressant travail inséré dans la Gazette hebdomadaire de 1862, et qui nous montrent deux malades présentant tousles caractères d’une pneumonie caséeuse, vivre encore, l’un au bout de 9 ans, et l’autre au bout de 7 ans d’observation, en jouissant en apparence d’une bonne santé.
Obs. V. — M. X.. , 30 ans, a eu dans son adolescence quelques accidents scrofuleux. En septembre -t864, rhume qui a persisté en s’accompagnant d’une très-légère dyspnée, d’une toux et d’une expectoration très-modérées.
Arrivé aux Eaux-Bonnes le 6 juillet 18 5, on constate â l’examen de la poitrine les signes suivants ; sonorité normale et respiration pure dans tout le côté gauche; matité et râles sous-crépitants nombreux, gros et confluents dans la moitié inférieure du poumon droit en arrière, et surtout en avant. Après un mois de traitement, ces bruits ont notablement diminué et ont pris les caractères des râles muqueux.
En 1869, on constate les mêmes symptômes à droite; deplus, il y a quelques râles sous-crépitants à la base du poumon gauche; l’expansion vésiculaire est difficile partout.
En 1872, après un intervalle de 3 ans, on ne trouve pas de changement notable : râles sous-crépitants, assez nombreux, sourds au-dessous du mamelon droit. Respiration à peu prèsnormale partout ailleurs.
L’état général est d’ailleurs excellent.
Obs. VI. — M. B..., 21 ans, arrive aux Eaux-Bonnes le 22 juin 1862. Le malade est envoyé par M. Andral. D’un tempérament lymphatique, M. B... a eu des accidents scrofuleux, des adénites cervicales , etc. A son arrivée, on observe du côté de la poitrine les signes suivants : submatité sous la clavicule droite, résonnance à peu près normale partout ailleurs; diminution du bruit respiratoire dans les fosses sus et sous-épineuses des deux côtés; râles sous-crépitants, nombreux et confluents à la partie inférieure et postérieure du poumon droit; expansion difficile avec diminution très-grande de la respiration dans les deux régions claviculaires; toux, expectoration plus abondante le matin. Pas d’amaigrissement ni de sueurs nocturnes; pas d’hémoptysies.
Un mois après, les râles ont disparu ; mais le murmure respiratoire manque de souplesse et de moëlleux.
Le 19 juin 1863, je revois M. B..., qui a passé l’hiver dans le Midi, et en a éprouvé un mieux sensible. La respiration est faible partout. A droite en arrière, légère submatité. Même état en avant et à gauche. L’air parait pénétrer difficilement le poumon. Pendant l’hiver, M. B... a suivi pendant 2 ou 3 mois un traitement ayant pour base l’iodure de cuivre.
1864. — En juillet 1864, on ne constate qu’une grande fai- 1 blesse respiratoire; on saisit difficilement le murmure vésiculaire.
1863,1866,1867. — Pendant ces 3 années, M. B... jouit d une bonne santé. On ne constate chez lui qu’une diminution de la respiration à gauche.
1868. — Le printemps a amené quelques accidents bronchi-
ques, et en août, à l’arrivée du malade aux Eaux-Bonnes, on constate un engouement général du poumon, avec expiration prolongée sous la clavicule droite. Le traitement thermal produit de bons effets.
J’ai revu M. B.., en 1869 et en 1871, aux Eaux-Bonnes, et je n’ai pas trouvé' son état modifié sensinlement. Le malade jouit en apparence d’une bonne santé, tousse peu, mais la respiration manque de force et d’ampleur.
Certaines pneumonies caséeuses n’ont donc pas une marche fatale, les cavernes cicatrisées qu’on trouve dans un certain nombre d’autopsies en sont une autre preuve non moins évidente.
Ainsi donc, alors même qu’on aura constaté pendant un certain temps l’existence de cavernes, on ne devra pas désespérer; seulement, le praticien se rappellera que l’existence d’une caverne, quand même le processus pneumonique paraît éteint, est à elle seule une cause de dangers, l’état général étant d’ailleurs excellent. On a vu des morts subites survenues dans ces cas par rupture d’un vaisseau à l’intérieur de l’excavation.
Nous empruntons à M. Rühle l’observation suivante :
« J’ai eu, dit-il, l’occasion d’observer, dans les premières années de ma pratique médicale, un exemple surprenant de l’importance des altérations (jui peuvent exister chez un malade sans que le moindre symptôme trahisse son état. Un jour, je fus appelé en toute hâte auprès d’une femme qui, me dit-on, « crachait le sang. » Quelques heures
auparavant, je l’avais vue debout devant sa porte; c’était une personne d’un grand embonpoint, et qui passait pour n’avoir jamais été malade.
Quand j’arrivai chez elle, elle était morte; l’autopsie que je pratiquai le lendemain me montra dans le sommet du poumon gauche une cavité grosse comme un œuf de pigeon, dans laquelle un vaisseau sanguin érodé, avait occasionné cette hémorrhagie mortelle. Dans le voisinage de la cavité, on pouvait d’ailleurs, remarquer sur une certaine étendue tous les caractères d’une tuberculose miliaire et d’infiltration (1).
(i) Rühle, UùDcr den gegenwarligen Stand dcr Tubercûlosenfrage, 187), p. 227.