‹ Étude sur le SénégalChapitre 1 sur 43 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Augustin CHALLAMEL, Éditeur

17, Rue Jacob, 17

Librairie Maritirpe et Colopiale

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Produits végétaux

Genébalités.

Les premiers produits qui au début ont attiré les navigateurs sur la côte sénégalaise étaient, Tor, la gomme, l'ivoire, etc. ; la traite des noirs considérée au point de vue commercial était inconnue à cette époque et ce n'est qu'après la découverte du Nouveau-Monde, commencée en 1492, que ce commerce d'un nouveau genre prit sa plus grande extension.

Notre colonie participa à ce commerce et avant la restitution faite par les Anglais, en 1817, Saint-Louis et Gorée devaient en majeure partie leur prospérité à la traite des esclaves.

L'abolition de cette traite en 1815, abolition qui ne devint effective que bien longtemps après cette date, fut un fait désastreux pour tous les établissements de la côte occidentale do l'Afrique qui tiraient de la traite la majeure partie do leui's revenus.

C'est alors que le gouvernement français songea pour essayer de rétablir l'équilibre commercial compromis, à faire du Sénégal par la culture une colonie de production, et à exploiter l'or de ses placers.

Déjà en 1788, un économiste P.-F. Page dans son Traité d'économie politique et de coinmerce des colonies^ préconisait la mise en valeur do nos colonies par la colonisation agricole, et choisissait pour le Sénégal, Tile à Morpliil comme particulièrement propre à cette entreprise.

Le 8 juillet 1818, partit de France le personnel et le matériel nécessaires pour des essais de culture de denrées dites coloniales et un second départ eut lieu le 15 février 1819.

On connaissait peu alors la climatologie du Sénégal et ses effets sur la végétation, on connaissait peu la nature du sol; on connaissait peut-être un peu plus dans certaines villes commerciales, les effets du climat sur les Européens, mais à cette époque les décès de nos aventureux pionniers restaient en général inconnus, et souvent quand ils étaient connus, nul n'en avait cure.

Il fallait rétablir l'équilibre commercial et en envoyant ses expéditions, le gouvernement était convaincu qu'un succès rapide couronneniit son entreprise.

Les essais dirigés par Richard, botaniste, commencèrent en 1820. Sous rimpulsion donnée et à l'aide de primes, et malgré les ennuis créés dès le début par les Maures et les Peuls, avec lesquels la paix ne fut signée qu'en 1821, quatre cantons agricolea furent organisés: Dagana, Kichard-ïoU point central de la colonisation, Faf et Lampsar; en outre un canton agricole rural fut organisé aux environs immédiats de Saint-Louis.

Deux plantes bien connues, le coton et l'indigo, et croissant au Sénégal où elles étaient alors considérées comme spontanées et où elles étaient déjà cultivées et utilisées, attirèrent en premier lieu l'attention des colonisateurs; les essais les plus impoiiants furent donc faits avec ces deux plantes comme étant celles dont le succès était le plus certain.

Le coton fut d'abord planté, mais n'ayant nullement donné les résultats qu'on attendait, les primes données pour sa culture furent retirées et les plantations furent abandonnées.

Au coton succéda Tindigo; les cantons agricoles furent donc organisés en vue du traitement industriel de ce produit, mais après quelques années d'expérience, la culture et le traitement de Tindigo furent aussi abandonnés.

L'idée de Tépoque étant que, concurremment avec le coton et l'indigo les produits de nos autres colonies pouvaient être avantageusement cullivés au Sénégal, le café, la canne à sucre, la cannelle, le poivre, le rocou, la cochenille, et le ver à soie, furent essayés mais sans succès.

En 1830, les allocations furent supprimées et les essais de culture officiellement abandonnés.

LeB causes de rinsuccès de Tentreprise malgré un si vigoureux effort ont été données dans les Notices statistiques de 1839 : le vent d'est, la mauvaise qualité d'une grande partie du sol, les débordements non fertilisants du fleuve, le prix élevé de la main-d'œuvre. Au sujet de la main-d'œuvre, à cette époque l'esclavage n'était cependant pas aboli, et on pouvait encore se procurer la maind'œuvre nécessaire dans des conditions lelativement économiques.

Bouët-Willaumez (1848), en parlant des mêmes essais, dit qu'il fut reconnu que l'exploitation des déniées dites coloniales essayées, n'était pas possible au Sénégal par suite de : la rareté des pluies, du vent d'est et de l'influence du Sahara, le peu de fertilité du sol, et le prix élevé de la main-d'œuvre.

Au temps des premiers essais de colonisation, personne ne songea à examiner s'il était possible d'étendre l'exploitation de la gomme qui était alors un excellent produit commercial; on n'y songe d'ailleurs pas davantage aujourd'hui.

L'insuccès des premiers essais de culture et les motifs qui étaient la cause de cet insuccès, furent vite oubliés, et 30 ans plus tard de nouveaux essais portant presque exclusivement sur le coton allaient être tentés.

Concurremment avec le coton furent essayées à cette époque la culture du ricin et celle du pourghère (Jatropha curcas).

Les essais officiels furent faits à llichard-ToU sur des variétés dites du pays et des variétés importées. Ces essais n'eurent pas le succès qu'on attendait et Th. Lécard, jardinier en chef du gouvernement qui les dirigea, déclara catégoriquement que, sans eau, la culture du coton était impossible au Sénégal, et qu'il fallait encore compter avec la température et le vent d'est. En outre les plantations furent dévastées par les sauterelles.

Des essais particuliers furent tentés : A Dakar-Bango (1863- 180'3-18G4) auprès de Saint-Louis et n'eurent aucun suc<*ès par suite de la rareté des pluies, du vent d'est et des ravages des sauterelles. A Saint- Joseph de N'Gazobil (18G5) auprès de Joal, la récolte fut faible et les plantations furent dévastées par les sauterelles.

Une tentiitive faite à M'Bao auprès de llutisque par une société en nom collectif a également échoué.

Les essais du ricin et du pourghère n'ont pas non plus donné les résultats qu'on attendait et la culture de ces deux produits a été délaissée.

Des essais tentés à llichard-Toll, il n'est resté que la pépinière qui subsiste encore aujourd'hui. Cette pépinière était et reste destinée à propager les meilleures essences d'arbres du Sénégal, à essayer les essences étrangères utiles, età les répandre ensuite. L'idée qui a présidé à sa ciéation était excellente mais Torganisation était mauvaise en ce sens que l'Administration vendait les plants et les vend encore aujoui-d'hui, au lieu de les livrer gratuitement au public, d'amener ce public à les accepter et à les utiliser, de forcer les chefs de région, de districts et de villages à planter les alentours immédiats de tout endroit habité d'une manière stable et de veiller à la réussitie de ces plantations. La pépinière de Richavd-Toll n'a donc pas rendu les services qu'elle aurait pu rendre.

En 1805 on tenta de répandre le dattier et des plantations furent faites à Mbilor, Tood, Guidakhar, Kichard-Toll, et Nguiangué. Cette même année une somme de 22.500 francs fut affectée à l'encouragement des cultures. On relève encore comme encouragement aux cultures diverses sommes dont les plus fortes sont : 8,G00 francs en 1875 et 187(3, 10,000 francs en 1877, et en 1878 comme encouragement aux cultures et à Tindustrie 24,200 fmncs.

En 1800 eut lieu à Saint-Louis une exposition de matières brutes, produits de l'agriculture, industrie et arts, animaux de toutes sortes. Cette exposition toute superficielle n'eut aucune influence sur le développement des produits végétaux ou agricoles le la colonie.

En 1874, un mouvement en faveur de l'agriculture se produisit. A l'instigation de deux notables de la colonie une réunion eut lieu à l'effet de fonder une société d'agriculture. Cette société fut fondée en janvier 1875, des statuts et règlements généraux furent élaborés et dans le discours de la première assemblée générale, la société fut déclarée assise sur des bases solides.

Le premier concours organisé par cette société eut lieu peu après dans la même année et ce fut tout.

Le concours de 1875 n'eut qu'un résultat fictif et par conséquent n'eut pas plus d'influence que l'exposition de 1800, la gomme et Taracliide restaient stationnaires, et les produits qui étaient abandonnés, béref, bablah, pourghère, ricin, sésame, coton, indigo, restèrent abandonnés.

En 1888 pendant une crise commerciale passagère affectant l'arachide, do nouveaux essais furent encore tentés. Ils eurent lieu

exclusivement sur le ricin que Ton supposait susceptible de remplacer rarachide. Malgré Tappui de la Métropole et Teffort sérieux qui fut tenté, la culture du ricin ne donna aucun résultat commercial et elle fut de nouveau abandonnée, tandis que Tarachide dont il sera parlé plus loin reprenait un sérieux essor.

En 189G, un comité agricole a été institué.

En 1897, un mouvement général se développant dans la Métropole au sujet de la mise en valeur de nos colonies par Tagriculture, occasionna Tenvoi de nombreux agents techniques; le Sénégal en eut son contingent et en 1898, une inspection d'agriculture fut créée dans la colonie, avec mission d'y développer et d'y propager la culture des plantes susceptibles de fournir des produits commerciaux, de nouveaux essais allaient une fois de plus être tentés.

En 1804, l'attention de l'Administration fut attirée sur le ver à soie du Sénégal déjà connu sous le nom do saturnia hauhini (1844) et nommé ensuite saturnin faidhcrhi (180'5). Ce ver à soie se nourrit des feuilles du sidem (zùiphua orthacantha) , Des renseignements furent demandés dans les cercles et abondèrent, de nombreuses notices parurent à Y Of fi ciel de la colonie et ce fut tout. Aucun essai d'élevage en vue de l'exploitation n'a été t-enté.

En 1820, lors des premiers essais de colonisation, personne ne songea à tirer parti des plantes que les indigènes cultivaient pour leur alimentation, les idées s'étaient portées surtout sur les denrées dites coloniales. Cependant, parmi ces plantes, existait l'arachide, trop modeste alors pour être jugée digne de l'attention de nos colonisateurs, et c'est précisément avec cette petite plante, que le commerce de la colonie est arrivé au ))ut (|ue le gouvernement s'était proposé d'atteindre, c'est-à-dire de faire du Sénégal une colonie de production. iS'ée d'une nécessité commerciale, à la suite d'une longue crise, à la veille de la libération des esclaves, la culture de l'arachide (|ui s'est rapidement (]éveloi)pée, a rétabli l'équilibre et ramené un peu de prospérité.

Mis en présence d'une culture prospère résultant d'un mouvement commercial impérieux: et non d'un programme déterminé et suivi, l'inspection d'agriculture dès sa création s'est évidemment empressée de faire des essais <le cette culture, et comme il fallait Irouver des procétlés nouveaux, le vulgaire « iler b, l'outil des imligènes qui fit surgir du sol en 1898, 90,000,000 kilf)graiiinics d'arachides, fut déclaré défectueux, le procédé employé détestable,

et la charrue fut décrétée comme pouvant seule sauver la situation ; de là, de nombreuses démonstrations, dressage de bœufs, questions d'engrais, instruction de jeunes indigènes, distribution de charrues de divers modèles; en résumé, une dépense considérable de temps et surtout d'aigcnt sans ,qu'il soit possible de prévoir un résultat.

Le contraste est frappant; en 1820 nos colonisateurs ne font aucun essai avec Tarachide alors qu'il aurait été utile d'en faire, et en 1898 on. commence et on continue les années suivantes de nombreux essais alors qu'ils sont inutiles.

S'il est du ressort d'un service agiicole d'augmenter la production d'une Jenrée, il n'est pas de son ressort d'évacuer cette denrée, et si la production ne s'écoule pas, elle devient inutile. S'il s'agissait d'un produit riche et lourd, on n'aurait pas à se préoccuper de son exportation, car des navires viendraient à peine chargés pour le prendre; il ne saurait en être ainsi avec l'arachide qui est un produit pauvre et encombrant. Si on augmente la production de l'arachide, il faut en môme temps augmenter l'importation, car l'arachide ne s'écoulera que par les navires arrivant chargés et qui la prendront comme fret de retour. Un navire ne viendra pas sur lest ou avec un chargement restreint dans le seul but de prendre de l'arachide.

Si la production de l'arachide a été longtemps stationnaire, c'est qu'elle restait en équilibre avec l'importation. Le développement du Soudan on l'Etat envoie des quantités considérables de matériel, a amené et amène des navires qui descendent à peu près vides et auxquels il faut un chargement pour le retour, a rompu cet équilibre; c'est alors que la culture de l'arachide a pris beaucoup d'extension. Comme il faut (lue l'équilibre s'établisse il est évident que : V Quand l'Etat n'enverra plus de matériel les navires feront défaut et l'arachide ne s'exportera plus; 2*^ Lorsciue les navires apportant les produits d'échange» trouveront leur chargement à Kayes, ils ne prendront pas au retour d'arachides à Saint-Louis.

Malgré l'augmentation de la pioiluction, l'arachide subit une crise, elle existe à l'état plus ou moins imminent, et au Sénégal cette crise est si bien sentie que le commerce demande un produit nouveau.

Quel sera ce produit nouveau ? Ce n'est certes pas en faisant des essais sur la culture de l'arachide, en préconisant pour cette culture

un procédé quelconque, ni en renouvelant les essais du coton et du ricin, qu'on le trouvera.

Comme élément commercial étant venu s'ajouter à Taracliide et toujours sous l'initiative du commerce, il faut citer le caoutchouc, et un caoutchouc d'excellente qualité provenant du Toll, qui prit rapidement place sur le marché européen. L'exploitation du caoutchouc commença au Rio-Pongo et au Rio-Nunez et s'étendit ensuite en Casamance, où le mouvement commercial de ce produit s'accentua rapidement après 1883. Mais ce produit, n'est qu'un produit local, que l'on rencontre très peu dans le Sénégal proprement dit, que l'on rencontre paraît-il suffisamment au Soudan ; ce dernier fait reste à prouver au point de vue commercial.

Le caoutchouc du Toll faisant défaut au Sénégal proprement dit, le commerce se préoccupa d'iîn autre caoutchouc extrait du « ficus dob B, lui trouva place sur le marché européen et le signala à l'Administration.

Un autre produit, qui pendant longtemps a été pour le commerce un élément d'exportation, est le mil, cultivé au vSénégal et constituant la base de l'alimentation de la population indigène. La culture du mil s'est développée seule, il fallait un produit d'échange et l'indigène s'est procuré ce produit en cultivant davantage.

Si aujourd'hui le mil ne s'exporte plus, c'est qu'il est en majeure partie consommé sur place mais il reste quand même un élément d'échange entre les centres de consommation et les centres de pro« duction.

La culture du riz qui aurait pu se développer dans ceiiaines régions, ne s'est pas développée et si cette denrée a constitué pendant longtemps un élément d'exportation c'est la nécessité de l'échange qui en a été la cause directe. La Casamance a fourni à elle seule la presque totalité du riz exporté, quantité à peu près nulle aujourd'hui par suite du développement du commerce du caoutchouc, qui a fait abandonner les cultures.

Citons en dernier lieu le palmier à huile qui manque totalement de protection et qui cependant fournil au commerce des produits très intéressants.

En résumé, par l'arachide, produit principal pour l'exportation, par le mil, produit formant la base de l'alimentation, et par quelques menus produits qui sont cultivés d'une façon permanente, on peut jusqu'à un certain point considérer le Sénégal comme étani

une colonie agricole, dans laquelle on peut utiliser les aptitudes bien reconnues des indigènes pour Tagrieulture.

Cette colonie est-elle susceptible d*un développement agricole, d'une valeur commerciale plus considérable ? En cultivant un produit d'exportation riche, évidemment oui; en cultivant un produit d'exportation pauvre, le problème est tellement difficile à résoudre, que l'on peut sans crainte d'être critiqué répondre non. Or comme produit d'exportation propre au sol el au climat on ne connaît jusqu'à présent que l'arachide, et il* sera sans aucun doute paHiculièrement difficile d'en trouver un autre.

Les autres causes ([ui empocheront l'agriculture de se développer au delà d'une limite assez restreinte sont multiples : La nature médiocre et mauvaise du sol, le manque d'eau, la rareté des pluies, le vent d'est et une température parfois excessive. En outre la région est d'une insalubrité notoire qui ne permet pas à TEuropéen de diriger lui-même et d'une façon permanente, une exploitation agricole; il ne faut compter que sur l'indigène en développant les aptitudes qu'il possède déjà.

Producteue.

Le seul et unique producteur agricole au Sénégal est l'indigène, producteur modeste, mal connu et en principe peu estimé. Les quelques personnes qui se sont donné la peine de l'étudier un peu, sont cependant d'a(;cord pour lui reconnaître quelques qualités, et évidemment il en a; c'est d'ailleurs lui et lui seul, qui a fourni à l'exportation de 1888 à 1899 inclus, pour une valeur de 124,3G7,'351 francs d'arachides eu coques quand la valeur totale des produits du cru exportés s'est élevée à 180,918,728 francs ; il a donc fourni en chiffres ronds les deux tiers de l'exportation réelle, avec la culture de l'arachide.

Il a été cependant officiellement écrit (annuaire de 1900) : € L'agriculture au Sénégal, entièrement laissée aux mains des indi- € gènes, est encore à l'état rudinientaire. » Fort heureusement cet état rudimentaire n'est que comparatif et il suffit de traverser les

lougans (champs) d'arachides au moment de la culture pour en être aussitôt convaincu. Les lougans de mil et de sorgho paraissent un peu négligés quand on les compare aux lougans d'arachide. Il est vrai que Tindigène consacre beaucoup moins de temps à la culture du mil et du sorgho qu'à celle de Tarachide et s'il devait en résulter une perte considérable, l'indigène certes les soignerait mieux.

En réalité si, d'après les idées agricoles ayant leur raison d'être en France, l'agriculture au Sénégal est considérée comme étant à l'état rudimentaire, elle est ce que les indigènes l'ont faite, sans aucun aide et sa production est évidente.

Le sénégalais cultive son lougan en tenant compte des données acquises par l'expérience et il connaît le genre de plantes qui convient aux diftéients sols; le sol n'est pas remué profondément, il est vrai, mais il n'a nullement besoin de l'être.

Les plants sont espacés d'une façon suffisamment régulière et il sait augmenter ou iliminuer l'espacement de ces plants selon la richesse du sol qu'il cultive. Il fait généralement deux binages, le dernier est le plus important car l'expérience lui a démontré que pour que l'arachide produise bien, le sol doit être ameubli afin que les jeunes graines puissent avec plus de facilité y pénétrer et ensuite y grossir et mûrir.

Il a appris que pour que les graines ne restent pas en terre, il faut que Tarrac^hage soit fait dès que les feuilles commencent à sécher. Il pratique Tassolement et brûle soigneusement sur son lougan toutes les plantes provenant de la préparation du sol car il sait que les cendres constituent un bon engrais.

Ce genre Vie culture lui donne un rendement moyen de 2,000 kilos d'arachides à Theclare.

Le temps que l'indigène consacre à la culture d'un hectare peut être évalué de 1,700 à 1,800 heures.

Ea superficie cultivée en arachides par un homme ou un jeune homme travaillant pour son compte a' été évaluée ainsi par l'agent de culture Brenneman :

Ouolof, 40 à 50 ares; Sérère, 60 à 75 ares; Bambara, Toucouleur, Mandingue, 75 à 100 ares.

Cette évaluation permet en outre de juger des aptitudes culturales actuelles des diverses races désignées.

Une culiure améliorée i)ar la fumure donnera peut-être une moyenne de 2,500 kilogrammes à l'hectare avec quelques heures de

travail de plus. Mais outre que rarachide demande peu d'engrais, la culture actuelle en donne la preuve, il faut être très prudent dans les améliorations à apporter, car Tamélioration qu'on apportera et qui sera coûteuse sans doute, pourra très bien ne favoriser que la végétation herbacée sans avoir aucune influence sur le rendement en grains.

Quant à la chanoie, il est fort probable que le cultivateur indigène ne l'emploiera pas. Une charrue ne marche pas sans bœufs et il n'a pas été démontré que le surplus de rendement qu'on obtiendrait couvrirait les frais d'entretien du matériel et des bœufs. En outre elle est à rejeter comme favorisant trop l'action du vent d'est sur le sol que l'on met en culture. « A priori dans la culture indi- « gène, l'amélioration dans les rendements n'est donc point dans

< remploi de la charrue, mais bien dans le choix des semences, dans

< leur sélectionnement et leur appropriation spécialisée à la culture

< des différents sols. » (Agent de culture Brenneman).

La culture maraîchère quoique très divisée est assez active dans les jardins de Saint-Louis ; quelques européens même s'en occupent et aussi quelques créoles. Les corps de troupe possèdent de grands jardins, et il existe une grande quantité de petits maraîchers indigènes. Citons encore le jardin d'essai de Sor dans lequel le service de l'agriculture vient de renouveler bien inutilement des essais de culture maraîchère. Le marché de Saint-Louis est donc suffisamment approvisionné en légumes, voire même en pommes de terre nouvelles, mais seulement de décembre-janvier à juin-juillet; les légumes d'Europe ne peuvent être cultivés pendant l'hivernage.

Les graines provieiinent de la métropole.

Le temps que l'indigène consacre à la culture d'un hectare de mil ou de sorgho peut être évalué de 800 à 900 heures ; et pour la culture de 10 ares de manioc de 70 à 80 heures.

Gomme.

La gomme arabique constitue un produit commercial important et indispensable à T industrie. La consommation des gommes exotiques en France a été en 188G de 4,472,948 kilogrammes dont i2,508,59o kilogrammes provenant des colonies françaises, et en 1896 de G,-3 19,720 kilogrammes dont 3,725,197 kilogrammes provenant des colonies françaises.

Le Sénégal seul n'aurait donc pu pour ces deux années fournir à la France la gomme qui lui était nécessaire étant donné que sa production a été de 2,773,757 kilogrammes en 1886 et de 3,641,679 kilogrammes en 1896, chiffres qui représentent l'exportation de la colonie en gommes de toutes catégories.

La gomme est un des plus anciens produits commerciaux du Sénégal et ce produit fut particulièrement visé par les compagnies privilégiées qui se succédèrent de 1626 à 1791.

La dénomination de arabique lui vient de ce qu'autrefois on exportait ce produit de l'Arabie. A une date reculée, la Haute- Egypte cependant fournissait aussi de la gomme.

Dès le 17* siècle avant J.-C. les Egyptiens la recevaient de l'Arabie. Au 3* ou au 4* siècle avant J.-C. elle était mentionnée par les Grecs comme un produit des forêts de la Thébaïde dans la Haute-Egj'pte.

La gomme du Sénégal fut certainement apportée en France par les Dieppois qui fréquentèrent les côtes de la Sénégambie dès 1364, et les Portugais en s'établissant sur les mêmes côtes en 1444, durent, concurremment avec l'or, viser ce produit puisqu'on sait qu'en 1449 ils en apportaient en Europe.

La gomme est un produit spécial des régions qui avoisinent le désert, c'est donc un produit spécial du Sénégal; il faut aux gommiers, pour produire, le vent sec et brûlant, et précisément ce vent, le vent d'est, qui favorise si bien la production de la gomme, est au vSénégal un des plus grands ennemis de beaucoup d'autres productions.

La gomme du Sénégal vient surtout des forêts de gommiers situées au nord du fleuve c'est-à-dire dans le pays des Maures et qui sont : La forêt de Saliel qui selon Leprieur et Perrolet est presque exclusivement composée de verecks (acacia vereck) et fournit une grande partie de la gomme blanche, elle est située sur le territoire des Trarzas; c'est Taccaparement de cette gomme que les Anglais visaient en s'étaldissant à Portendik.

La forêt de El lliébar ou Liébar, la plus considérable, exploitée par les Darmankours et qui contient beaucoup de petite gommiers rouges. La forêt de Al Fatack appartenant en grande partie aux lîraknas.

On exploite en outre une certaine quantité de gomme, sur les bords du fleuve, au pays de Gala m et (pielques autres régions voisines, dans le Djolof, le Oualo et le Cayor.

La gomme provient de plusieurs végétaux et a par ce fait des qualités différentes. D'après le docteur A. Corre ces végétaux sont les suivants :

Verek (acacia verek). -- Gomme en boules ovoïdes cm sphéroïdes, quelquefois vermicellée et tortillée, dure ou friable, blanche ou blonde, souvent terne et ridée extérieurement, vitreuse intérieurement.

Eaad (ucaoia albicans). - - Gomme menue brisée comme du gros sel à fragments irréguliers.

Gonaké (acacia adansonii). — Plus rougeâtre que Tarabique, dure et vitreuse, do saveur âpre et amère.

Sing (acacia sing.) — Gomme blanchâtre en petites larmes et peu abondante.

Seyal (acacia seyal). -- Gomme analogue à Tarabique d'après Delile.

Neb-Neb (acacia arabica ou nilotica): — Qualité très inférieure (Leprieur et Perrotet), en masses larmeuses, rougeâtre, un peu amère.

Cailcédrat (klaya senegalensis). — Gomme de couleur jaunâtre, aspect trouble, surfaces ondulées des masses qui semblent résulter d'une fusion de longues larmes.

Le docteur A. Corre divise les gommes en qualités commerciales qui sont les suivantes et qui ont chacune leur valeur respective :

Gommes dures. — Grosse blanche, petite blanche, grosse blonde, petite blonde, deuxième blonde et fabriques.

Gommes friables. — Blanche, blonde, fabriques, larmeuse, vermicellée, gros grabeaux, moyens grabeanx, menus grabeaux, grabeaux triés, grabeaux fabriques.

Poussière, marrons et bois.

Comme fabriques il comprend les boules plus ou moins volumineuses, entières ou fragmentées, de couleur rougeâtre ou brunâtre^ médiocrement transparentes, grumeleuses ou larmeuses à leur surface à cassure souvent résinoïde, inégale, peu brillante.

Comme marrons et bois, il comprend une gomme grossière, d'aspect souvent i-ésinoïde, blonde ou brunâtre, mélangée ou adhérente à des fragments d'écorce.

Il cite encore une autre gomme qui proviendrait du Haut-fleuve.

Indépendamment des végétaux cités par A. Corre, d'autres végétaux produisent encore des gommes de peu de valeur qui sont quelquefois mélangées à la gomme arabique.

Toute la gomme vient à Saint-Louis oii elle subit un triage sommaire avant d'être expédiée en France. Au point de vue de la valeur sur place, on la divise actuellement en catégories qui sont les suivantes : gomme dure du bas du fleuve; dure de Galam et Cayor, Médine; gomme friable; gomme avariée; bacaque et poussières.

La gomme du bas du fleuve est la plus estimée et par conséquent payée plus cher, aussi constitue-t-eUe la première catégorie.

La gomme dite bacaque ne doit pas être celle qui était autrefois connue sous ce nom, c'est aujourd'hui une gomme de qualité très inférieure et cotée au même prix que les poussières. Au sujet de cette gomme on lit (Maures Douaïch) dans l'ouvrage intitulé Notice sur la colonie du Séné pal, par Faidherbe, 1859 : « Depuis une qua- « rantaine d'années, ces Douaïch sont divisés en deux partis enne- < mis l'un de l'autre ; l'un a pris le sobriquet d'Abakak parce qu'à la « suite d'une longue guerre avec l'autre parti, il fut réduit à se « nourrir, dans les bois, d'une espèce de gomme nommée abakak; « l'autre a pris le nom de Chratit (espèce d'hyène) parce qu'à la « suite de cette même guerre, il fut réduit à manger les vieilles « peaux de bœufs comme le font ces animaux, i

L'évolution commerciale de la gomme présente un certain intérêt, car cette évolution si on fait abstraction de la traite des noirs constitue révolution de la colonie même depuis le commencement de son exploitation régulière, jusqu'à la reprise effective de cette pos-

session par la France en 1817 et même jusqu'à une époque plus rapprochée.

En 1626. — Formation de la première compagnie privilégiée, qui prit le nom de Compagnie Normande, de 1626 à 1662 ; sur sept directeurs, cinq sont morts au Sénégal.

En 1664. — La Compagnie Normande loiinée cède ses privilèges à la Compagnie des Indes Occidentales pour 150,000 livres; deux directeurs dont un mort au Sénégal. Cette Compagnie fit la traite des noirs; ayant trop étendu ses opérations elle se vit par arrêt du roi contrainte de vendre ses privilèges et ses établissements. La vente fut faite moyennant 75,000 francs et un marc d'or de revenu annuel.

En 1672. — La Compagnie d'Afrique succède à la Compagnie des Indes Occidentales; un seul directeur mort au Sénégal.

En 1681. — La Compagnie d'Afrique, à la suite des pertes occasionnées par la guerre contre les Hollandais, dut céder ses droits à la Compagnie du Sénégal, Côte de Guinée et d'Afrique, pour une somme de 1,010,015 francs.

En 1709. — La Compagnie royale du Sénégal accablée de dettes et de procès est forcée de céder ses droits à la Compagnie du Sénégal pour une somme de 240,000 francs.

En 1718. — La Compagnie des Indes achète à la Compagnie du Sénégal pour une somme de 1,600,000 livres, ses concessions, privilèges, établissements, foiis et comptoirs.

En 1758. -- Les Anglais s'emparent du Sénégal et de Gorée. ' Après la reprise de possession qui eût lieu en 1779, des gouverneurs furent institués dans la colonie.

En 1784. — La Compagnie de la Guj^ane obtient le privilège exclusif de la traite de la gomme.

En 1785. — La Compagnie de la Guyane cède son privilège à la Compagnie de la gomme.

En 1780. — La Compagnie de la gomme prend l'ancien titre de Compagnie du Sénégal, cotte Compagnie reçoit une subvention de 500,000 francs.

En 1791. — L'Assemblée constituante prononce la dissolution de la Compagnie du Sénégal et déclare le commerce libre.

En 1785, trois traités furent passés en présence de M. le gouverneur, comte de Repontigny, entre M. Durand, directeur général de la Compagnie de la gomme, et les Maures : le premier est du 2 mai

1785 avec les marabouts d'Aimankour au sujet de la gomme. Le deuxième est du 10 mai 1785 avec le roi des Braknas^ au sujet de la gomme, des captifs etc..

Le troisième est du 20 juillet 1785 avec le roi des Trarzas, au sujet de la gomme, des captifs, etc..

Les trois traités stipulent Texclusion des Anglais danâ la traite de la gomme, et les marabouts et les rois signataires s'engagent à intercepter et supprimer totalement le commerce fait par ces derniers à Portendik.

La lutte était donc sérieuse, toutes les compagnies énumérées ont d'ailleurs lutté, cependant aucune pour des causes diverses n'a pu se maintenitf.

De 1818 à 183y, la colonie vécut sous le régime de la libre concurrence commerciale.

Malheureusement cette libre concurrence occasionna un surcroît d'importation de guinées qui nécessita l'établissement d'un compromis consistant dans la fixation d'un minimum de prix pour la vente de la guinée avec mesures répressives contre les contrevenants. Ce compromis fut appliqué en 1833-18^4, mais la guerre avec les Maures en 1834 le rendant impossible, pour sauvegarder les intérêts* du commerce, des privilèges furent accordés à une nouvelle société.

Après la paix conclue en 1835, cette société ne put lutter et en 1836 la libre concurrence était rétablie pour être de nouveau abolie en 1837 par le même compromis. En 1838 surtout et en 1839, l'imprévoyance des commerçants qui importèrent encore un stock trop considérables de guinées occasionna une autre crise commerciale beaucoup plus sérieuse et qui nécessita l'établissement d'un nouveau compromis aussitôt éludé devant les importations toujours croissantes. Les récoltes de gomme qui furent de plus de quatre millions de kilogrammes (4,475,857 kilogrammes) en 1838 et d'une valeur à peu près semblable en 1839, ne suffirent pas à enrayer la crise.

En 1840, régime de la libre concurrence ; mais, par suite des agissements des négociants qui firent eux-mêmes concuïrence à leurs traitants du fleuve en apportant la marchandise d'échange sur les lieux de traite, la crise commerciale continua; récolte de gomme : 3,101,449 kilogrammes.

En 1841, régime de la libre concurrence auquel succéda un compromis inutile aussi ; cette année la récolte de gomme étant beaucoup moindre, la situation devint plus difficile.

une colonie agricole, dans laquelle on peut utiliser les aptitudes bien reconnues des indigènes pour l'agriculture.

Cette colonie est-elle susceptible d'un développement agricole, d'une valeur commerciale plus considérable ? En cultivant un produit d'exportation riche, évidemment oui; en cultivant un produit d'exportation pauvre, le problème est tellement difficile à résoudre, que l'on peut sans crainte d'être criti(jué répondre non. Or comme produit d'exportation propre au sol el au climat on ne connaît jusqu'à présent que l'arachide, et il* sera sans aucun doute particulièrement difficile d'en trouver un autre.

Les autres causes qui empêcheront l'agriculture de se développer au delà d'une limite assez restreinte sont multiples : La nature médiocre et mauvaise du sol, le manque d'eau, la rareté des pluies, le vent d'est et une température parfois excessive. En outre la région est d'une insalubrité notoire qui ne permet pas à l'Européen de diriger lui-même et d'une façon permanente, une exploitation agricole; il ne faut compter que sur l'indigène en développant les aptitudes qu'il possède déjà.

Producteue.

Le seul et unique producteur agricole au Sénégal est Tindigène, producteur modeste, mal connu et en principe peu estimé. Les quelques personnes qui se sont donné la peine de l'étudier un peu, sont cependant d'accord pour lui reconnaître quelques qualités, et évidemment il en a; c'est d'ailleurs lui et lui seul, qui a fourni à l'exportation de 1888 à 1899 inclus, pour une valeur de 124,'3G7,351 francs d'arachides en coques quand la valeur totale des produits du cru exportés s'est élevée à 180,918,728 francs ; il a donc fourni en chiffres ronds les deux tiers de l'exportation réelle, avec la culture de l'arachide.

Il a été cependant officiellement écrit (annuaire de 1900) : € L'agriculture au Sénégal, entièrement laissée aux mains des indi- « gènes, est encore à l'état rudimentaire. > Fort heureusement cet état rudimentaire n'est que comparatif et il suffit de traverser les

lougans (champs) d'arachides au moment de la culture pour en être aussitôt convaincu. Les lougans de mil et de sorgho paraissent un peu négligés quand on les compare aux lougans d'arachide. Il est vrai que Tindigène consacre beaucoup moins de temps à la culture du mil et du sorgho qu'à celle de Tarachide et s'il devait en résulter une perte considérable, Tindigène certes les soignerait mieux.

En réalité si, d'après les idées agricoles ayant leur raison d'être en France, l'agriculture au Sénégal est considérée comme étant à Tétat rudimentaire, elle est ce que les indigènes Font faite, sans aucun aide et sa production est évidente.

Le sénégalais cultive son lougan en tenant compte des données acquises par Texpérience et il connaît le genre de plantes qui convient aux difléients sols; le sol n'est pas remué profondément, il est vrai, mais il n'a nullement besoin de l'être.

Les plants sont espacés d'une façon suffisamment régulière et il sait augmenter ou diminuer l'espacement de ces plants selon la richesse du sol qu'il cultive. Il fait généralement deiLx binages, le dernier est le plus important car l'expérience lui a démontré que pour que l'arachide produise bien, le sol doit être ameubli afin que les jeunes graines puissent avec plus de facilité y pénétrer et ensuite y grossir et mûrir.

Il a appris que pour que les graines ne restent pas en terre, il faut que Tarrachage soit fait dès que les feuilles commencent à sécher. Il pratique l'assolement et brûle soigneusement sur son lougan toutes les plantes provenant de la préparation du sol car il sait que les cendres constituent un bon engrais.

Ce genre Me culture lui donne un rendement moyen de 2,000 kilos d'arachides à rheclare.

Le temps que l'indigène consacre à la culture d'un hectare peut être évalué de 1,700 ii 1,800 heures.

Ha superficie cultivée en arachides par un homme ou un jeune homme travaillant pour son compte a été évaluée ainsi par l'agent de culture Brenneman :

Ouolof, 40 à 50 iires; Sérère, 60 à 75 ares; Bambara, Toucouleur, ilandingue, 75 à 100 ares.

Cette évaluation permet en outre de juger des aptitudes culturales actuelles des diverses races désignées.

Une culture améliorée j)ar la fumure donnera peut-être une moyenne de 2,500 kilogrammes à l'hectare avec quelques heures de

travail de plus. Mais outre que l'arachide demande peu d'engrais, la culture actuelle en donne la preuve, il faut être très prudent dans les améliorations à apporter, car Tamélioration qu'on apportera et qui sera coûteuse sans doute, pourra très bien ne favoriser que la végétation herbacée sans avoir aucune influence sur le rendement en grains.

Quant à la charrue, il est fort probable que le cultivateur indigène ne l'emploiera pas. l^ne charrue ne marche pas sans bœufs et il n'a pas été démontré que le surplus de rendement qu'on obtiendrait couvrirait les frais d'entretien du matériel et des bœufs. En outre elle est à rejeter comme favorisant trop l'action du vent d'est sur le sol que l'on met en culture. « A priori dans la culture indi-

< gène, l'amélioration dans les rendements n'est donc point dans « l'emploi de la charrue, mais bien dans le choix des semences, dans

< leur sélectionnement et leur appropriation spécialisée à la culture

< des différents sols. » (Agent de culture Brenneman).

La culture maraîchère quoique très divisée est assez active dans les jardins de Saint-Louis ; quelques européens mémo s'en occupent et aussi quelques créoles. Les corps de troupe possèdent de grands jardins, et il existe une grande quantité de petits maraîchers indigènes. Citons encore le jardin d'essai de Sor dans lequel le service de l'agriculture vient de renouveler bien inutilement des essais de culture maraîchère. Le marché de Saint-Louis est donc suffisamment approvisionné en légumes, voire môme en pommes de terre nouvelles, mais seulement de décembre-janvier à juin-juillet; les légumes d'Europe ne peuvent être cultivés pendant l'hivernage.

Les graines provieiinent de la métropole.

Le temps que l'indigène consacre à la culture d'un hectare de mil ou de sorgho peut être évalué de 800 à 900 heures; et pour la culture de 10 ares de manioc de 70 à 80 heures.

Gomme.

La gomme arabique constitue un produit commercial important et indispensable à l'industrie. La consommation des gommes exotiques en France a été en 188G de 4,4Î2,948 kilogrammes dont 2,'508,r)95 kilogiammes provenant dos colonies françaises, et en 1896 de G,-3 19,726 kilogrammes dont 3,725,197 kilogrammes provenant des colonies françaises.

Le Sénégal seul n'aurait donc pu pour ces deux années fournir à la France la gomme qui lui était nécessaire étant donné que sa production a été de 2,773,757 kilogrammes en 1886 et de 3,641,679 kilogrammes en 1896, chiffres qui représentent l'exportation de la colonie en gommes de toutes catégories.

La gomme est un des plus anciens produits commerciaux du Sénégal et ce produit fut particulièrement visé par les compagnies privilégiées qui se succédèrent de 1626 à 1791.

La dénomination de arabique lui vient de ce qu'autrefois on exportait ce produit de TArabie. A une date reculée, la Haute- Egypte cependant fournissait aussi de la gomme.

Dès le 17® siècle avant J.-C. les Egyptiens la recevaient de TArabie. Au 3* ou au 4* siècle avant J.-C. elle était mentionnée par les Grecs comme un produit des forêts de la Thébaïde dans la Haute-Egj^pte.

La gomme du Sénégal fut certainement appointée en France par les Dioppois qui fréquentèrent les côtes de la Sénégambie dès 1364, et les Portugais en s'établissant sur les mêmes côtes en 1444, durent, concurremment avec l'or, viser ce produit puisqu'on sait qu'en 1449 ils en apportaient en Europe.

La gomme est un produit spécial des régions qui avoisinent le désert, c'est donc un produit spécial du Sénégal; il faut aux gommiers, pour produire, le vent sec et brûlant, et précisément ce vent, le vent d'est, qui favorise si bien la production de la gomme, est au vSénégal un des plus grands ennemis de beaucoup d'autres productions.

La gomme du Sénégal vient surtout des forêts de gommiers situées au nord du fleuve c'est-à-dire dans le pays des Maures et qui sont : La forêt de Saliel cjui selon Leprieur et Perrotet est presque exclusivement composée de verecks (acacia vereck) et fournit une grande partie de la gomme blanche, elle est située sur le territoire des Trarzas; c'est raccaparement de cette gomme que les Anglais visaient en s'établissant à Portendik.

La forêt de El lliébar ou Liébar, la plus considérable, exploitée par les Darmankours et qui contient beaucoup de petita gommiers rouges. La forêt de Al Fatack ai>partenant en grande partie aux Braknas.

On exploite en outre une certaine quantité de gomme, sur les bords du fleuve, au pays de Galam et iiuel([ues autres régions voisines, dans le Djolof, le Oualo et le Cayor.

La gomme provient de plusieurs végétaux et a par ce fait des qualités différentes. D'après le docteur A. Corre ces végétaux sont les suivants :

Verek (acacia verek). - Gomme en boules ovoïdes ou sphéroïdes, quelquefois vermicellée et tortillée, dure ou friable, blanche ou blonde, souvent terne et ridée extérieurement, vitreuse intérieurement.

Kaiid (ucaoia albicans). — Gomme menue brisée comme du gros sel à fragments irréguliers.

Gonaké (acacia adansonii). — Plus rougeâtre que l'arabique, dure et vitreuse, do saveur âpre et amère.

Sing (acacia sing.) — Gomme blanchâtre en petites larmes et peu abondante.

Seyal (acacia seyal). — Gomme analogue à l'arabique d'après Delile.

Neb-Neb (acacia arabica ou nilotica): — Qualité très inférieure (Leprieur et Perrotet), en masses larmeuses, rcmgeâtre, un peu amère.

Cailcédrat (klaya senegalensis). — Gomme de couleur jaunâtre, aspect trouble, surfaces ondulées des inasses (lui semblent résulter d'une fusion de longues larmes.

Le docteur A. Corre divise les gommes en qualités commerciales qui sont les suivantes et qui ont chacune leur valeur respective :

Gommes dures. -- Grosse blanche, petite blanche, grosse blonde, petite blonde, deuxième blonde et fabriques.

Gommes friables. — Blanche, blonde, fabriques, larmeuse, vermicellée, gros grabeaux, moyens grabeanx, menus grabeaux, grabeaux triés, grabeaux fabriques.

Poussière, marrons et bois.

Comme fabriques il comprend les boules plus ou moins volumineuses, entières ou fragmentées, de couleur rougeâtre ou brunâtre^ médiocrement transparentes, grumeleuses ou larmeuses à leur surface à cassure souvent résinoïde, inégale, peu brillante.

Comme marrons et bois, il comprend une gomme grossière, d'aspect souvent résinoïde, blonde ou brunâtre, mélangée ou adhérente à des fragments d'écorce.

Il cite encore une autre gomme qui proviendrait du Haut-fleuve.

Indépendamment des végétaux cités par A. Corre, d'autres végétaux produisent encore des gommes de peu de valeur qui sont quelquefois mélangées à la gomme arabique.

Toute la gomme vient à Saint-Louis où elle subit un triage sommaire avant d'être expédiée en France. Au point de vue de la valeur sur place, on la divise actuellement en catégories qui sont les suivantes : gomme dure du bas du fleuve; dure de Galam et Cayor, Médine; gomme friable; gomme avariée; bacaque et poussières.

La gomme du bas du fleuve est la plus estimée et par conséquent payée plus cher, aussi constitue-t-elle la première catégorie.

La gomme dite bacaque ne doit pas être celle qui était autrefois connue sous ce nom, c'est aujourd'hui une gomme de qualité très inférieure et cotée au même prix que les poussières. Au sujet de cette gomme on lit (Maures Douaïch) dans l'ouvrage intitulé Notice sur la colonie du Sénégal, par Faidherbe, 1859 : « Depuis une qua- « rantaine d'années, ces Douaïch sont divisés en deux partis enne- € mis l'un de l'autre ; l'un a pris le sobriquet d'Abakak parce qu'à la « suite d'une longue guerre avec l'autre parti, il fut réduit à se « nourrir, dans les bois, d'une espèce de gomme nommée abakak; « l'autre a pris le nom de Chratit (espèce d'hyène) parce qu'à la « suite de cette même guerre, il fut réduit à manger les vieilles « peaux de bœufs comme le font ces animaux, i

L'évolution commerciale de la gomme présente un certain intérêt, car cette évolution si on fait abstraction de la traite des noirs constitue l'évolution de la colonie même depuis le commencement de son exploitation régulière, jusqu'à la reprise effective de cette pos-

session par la France en 1817 et même jusqu'à une époque plus rapprochée.

En 1626. — Formation de la première compagnie privilégiée, qui prit le nom de Compagnie Normande, de 1626 à 1662 ; sur sept directeurs, cinq sont morts au Sénégal.

En 1664. — La Compagnie Normande ruinée cède ses privilèges à la Compagnie des Indes Occidentales pour 150,000 livres; deux directeurs dont un mort au Sénégal. Cette Compagnie fit la traite des noirs; ayant trop étendu ses opérations elle se vit par arrêt du roi contrainte de vendre ses privilèges et ses établissements. La vente fut faite moyennant 75,000 francs et un marc d'or de revenu annuel.

En 1672. — La Compagnie d'Afrique succède à la Compagnie des Indes Occidentales ; un seul directeur mort au Sénégal.

En 1681. — La Compagnie d'Afrique, à la suite des pertes occasionnées par la guerre contre les Hollandais, dut céder ses droits à la Compagnie du Sénégal, Côte de Guinée et d'Afrique, pour une somme de 1,010,016 francs.

En 1709. — La Compagnie royale du Sénégal accablée de dettes et de procès est forcée de céder ses droits à la Compagnie du Sénégal pour une somme de 240,000 francs.

En 1718. — La Compagnie des Indes achète à la Compagnie du Sénégal pour une somme de 1,600,000 livres, ses concessions, privilèges, établissements, foiis et comptoirs.

En 1758. — Les Anglais s'emparent du Sénégal et de Gorée. * Après la reprise de possession qui eût lieu en 1779, des gouverneurs furent institués dans la colonie.

En 1784. — La Compagnie de la Guyane obtient le privilégia exclusif de la traite de la gomme.

En 1785. — La Compagnie de la Guyane cède son privilège à la Compagnie de la gomme.

En 1786. — La Compagnie de la gomme prend l'ancien titre de Compagnie du Sénégal, cette Compagnie reçoit une subvention de 500,000 francs.

En 1791. — L'Assemblée constituante prononce la dissolution de la Compagnie du Sénégal et déclare le commerce libre.

En 1786, trois traités furent passés en présence de M. le gouverneur, comte de Repontigny, entre M. Durand, directeur général de la Compagnie de la gomme, et les Maures : le premier est du 2 mai

178Ô avec les marabouts d'Armankour au sujet de la gomme. Le deuxième est du 10 mai 1785 avec le roi des Braknas, au sujet de la gomme^ des captifs etc...

Le troisième est du 20 juillet 1785 avec le roi des Trarzas, au sujet de la gomme, des captifs, etc..

Les trois traités stipulent l'exclusion, des Anglais dans la traite de la gomme, et les marabouts et les rois signataires s'engagent à intercepter et supprimer totalement le commerce fait par ces derniers à Portendik.

La lutte était donc sérieuse, toutes les compagnies énumérées ont d'ailleurs lutté, cependant aucune pour des causes diverses n'a pu se maintenir.

De 1818 à 183(5, la colonie vécut sous le régime de la libre concurrence commerciale.

Malheureusement cette libre concurrence occasionna un surcroît d'importation de guinées qui nécessita l'établissement d'un compromis consistant dans la fixation d'un minimum de prix pour la vente de la guinée avec mesures répressives contre les contrevenants. Ce compromis fut appliqué en 1833-1834, mais la guerre avec les Maures en 1834 le rendant impossible, pour sauvegarder les intérêts* du commerce, des privilèges furent accordés à une nouvelle société.

Après la paix conclue en 1835, cette société ne put lutter et en 1836 la libre concurrence était rétablie pour être de nouveau abolie en 1837 par le même compromis. En 1838 surtout et en 1839, l'imprévoyance des commerçants qui importèrent encore un stock trop considérables de guinées occasionna une autre crise commerciale beaucoup plus sérieuse et qui nécessita l'établissement d'un nouveau compromis aussitôt éludé devant les importations toujours croissantes. Les récoltes de gomme qui furent de plus de quatre millions de kilogiammes (4,475,857 kilogrammes) en 1838 et d'une valeur à peu près semblable en 1839, ne suffirent pas à enrayer la crise.

En 1840, régime de la libre concurrence ; mais, par suite des agissements des négociants qui firent eux-mêmes concuïrence à leurs traitants du fleuve en apportant la marchandise d'échange sur les lieux de traite, la crise commerciale continua; récolte de gomme : 3,101,449 kilogrammes.

En 1841, régime de la libre concurrence auquel succéda un compromis inutile aussi; cette année la récolte de gomme étant beaucoup moindre, la situation devint plus difficile.

En 1842, une nouvelle société se constitua pour monopoliser le commerce de la gomme, mais attaquée par les négociants de la métropole, elle disparut aussitôt pour faire place à une libre concurrence limitée par certaines mesui*es restrictives. La cause du privilège était désormais perdue.

Un nouvel élément commercial allait d'ailleurs opérer une diversion, ce nouvel élément c'était l'arachide.

Jusqu'en 1880 et par suite de la nécessité où Ton se trouvait de protéger le commerce, la gomme ne s'est traitée qu'à des endroits déterminés appelés escales et qui étaient : l'escale des Darmankours située à 24 lieues de Saint-Louis; l'escale du désert (Trarzas) à 25 lieues et l'escale du Coq, cette dernière située à la pointe ouest de l'île à Morphil à peu près en face le poste de Podor. Il était formellement interdit de traiter dans d'autres endroits, et des pénalités frappaient les contrevenants.

Un système instable succéda ensuite et selon l'opinion des commerçants, la gomme se traita, tantôt sur tous les points du fleuve, tantôt aux escales.

Aujourd'hui la traite est libre, cependant il existe des tendances a revenir encore à l'ancien système commercial des escales.

Les droits plus ou moins élevés ou plus ou moins arbitraires qui étaient autrefois payés aux rois et chefs Maures, ont été transformés en un droit annuel fixe ; c'est pour cette raison que les gommées sont frappées d'un droit à leur sortie de la colonie.

Vers 1760 l'exportation était d'environ 1,800,000 livres.

En 1789 on relève pour la France une exportation de 1,212,004 livres.

De 1794 à 1798 inclus, on relève pour la France une exportation totale de 3,923,007 livres, soit une moyenne annuelle de 784,601 livres.

De 1825 à 1837 inclus, la moyenne annuelle pour la France a été de 1,384,281 kilogrammes, la plus forte exportation a été de 2,427,170 kilogrammes en 1837 et la plus faible 554,426 kilogrammes en 1834.

De 1850 à 1859 inclus, et malgré la guerre contre les Maures Trarzas qui prit fin en 1858, la moyenne* de la période comme exportation générale a été de 3,348,752 kilogrammes; la plus forte export.ition a été de 4,920,939 kilogrammes en 1858. (En 1859 l'exportation a été de 4,068,608 kilogrammes.)

De 1860 à 1869 inclus, la moyenne de la période a été de 2,585,480 kilogrammes, la plus forte exportation a été de 3,281,886 kilogrammes en 1867.

De 1870 à 1879 inclus, la moyenne de la période a été de 2,576,119 kilogrammes, la plus forte exportation a été de 3,161,976 kilogrammes en 1871.

De 1890 à 1899 inclus, la moyenne de la période a été de 3,945,376 kilogrammes, la plus forte exportation a été de 5, 909,452 kilogrammes en 1898.

»Si on rapproche la moyenne de la période 1860-1869 qui est de 2,585,480 kilogrammes de celle de la période de 1890-1899 qui est de 3,945,376 kilogrammes, on voit que l'exportation de la gomme n'a même pas été doublée et sans notre extension sur la rive gauche, elle serait sans doute restée la même. Cependant nous sommes en paix avec les Maures depuis 1858 et TAngletene a renoncé à la traite de la gomme depuis 1857.

On constate et avec regret qu'aucune tentative n'a jusqu'à présent (juin 1900) été faite pour essayer d'augmenter la production en étudiant les forêts de gommiers, et si, depuis quelque temps on connaît quelque peu les gommiers du Djolof, c'est incidemment et grâce à l'esprit d'observation de l'agent de culture de la station de Louga, qui a compris qu'il était particulièrement intéressant de mentionner les gommiers sur son rapport.

Valeurs diverses de la gomme. — En 1715, à l'escale du Désert (Trarzas) et à celle du Coq, mille livres en poids valaient 28 livres de notre monnaie, prix moyen.

De 1740 à 1758. — Mille livres en poids valaient 36 livres de notre monnaie payées en marchandises.

En 1791, l'Assemblée constituante ayant déclaré le commerce libre pour tous les Français, la gomme qui valait auparavant 5 sous la livre, monta à 10 sous, 15 sous et ensuite 20 sous (1 franc).

En 1840, la gomme valait 1 franc le kilogramme. — En 1845 et 1846, elle valait 2 fr. 20 le kilogramme.

Le tableau suivant donne ensuite les différentes fluctuations de la cote mercuriale.

liE SÉNÉGAL 2

Dure du bas

du fleuve

Kilojç.

1857etl858 » 90

La moyenne des prUc de ces périodes est de :

1860àl869 130

1870àl879 121

18G0 à 1809, prix les j^lus loris en 1867.. . 1 85

— faibles en 1860. » 55 1870 à 1879, — forte en 1870... 1 60

— faibles en 1879. l »

1880 à 1889, — forts en 1889.. . 3 25

— faibles en 1883. » 78 1890 à 1899, — forts en 1891... 125

— faibles en 1894. » 55 1886 à 1889, période de prix très élevés,

les inf)yennes ont clé de 2 44 2 31 1 15 » 40 » 05

1893 à 1896, période de prix bas, les moyennes ont été de » 64 » 54 » 32 » 10 » 05

Si on compare les productions moyennes des périodes 1860-1869 et 1890-1899, avec les prix moyens des mêmes périodes, on constate que si la production a augmenté la valeur a diminué, et on a les proportions suivantes :

Gomme du bas Dure

du fleuve de Galam Friable

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