‹ Étude sur le SénégalChapitre 36 sur 43 · Vi · texte numérisé non relu

Vi

Si on établit par périodes les moyennes des produits du cru exportés, ces moyennes donneront une idée absolument positive du développement réel de la colonie.

Périodes

1881 à 1887 inclus.

Francs

Périodes

1892 i\ 1895 inclus.

Francs

Il n*y a donc aucune augmentation sensible ou bien déterminée. La proportion suivante existe entre les trois principaux produits du cru exportés, totalisés pour les cinq dernières années.

Gomme

francs

Arachidcfl

en

coques

francs

Caoulrhouc francs 5.152.126

Moyennes. 3.590.728 10.171.361 1.030.435

Autres produits

francs

Total

des produits

du cru

exportés

francs 80.327.910 16.065.382

En réalité, le commerce d'exportation de notre colonie du Sénégal

lie comporte que trois produits sérieux : la gomme, raracliide et le caoutchouc. Si on tient compte que la gomme vient des forets des Maures, et que le caoutchouc vient en majeure partie de la Casamance, il ne reste pour le Sénégal proprement dit qu'un produit, Tarachide, qui a empêché par son extension tout autre produit de se maintenir ou de se développer.

Il résulte de toutes les comparaisons qui ont été faites au cour^ de ce travail, que le Sénégal ne dispose que d'un effort producteur déterminé; si cet effort se porte sur un ou plusieurs produits d'exportation, les autres produits sont négligés ou abandonnés. Il faut donc, pour que cette colonie puisse acquérir un développement comm^îicial rationnel, augmenter, ou Teffort producteur, ou la valeur des produits résultant de cet effort.

La Métropole a fait pour le Sénégial de grands sacrifices, et jusqu'à présent le résultat obtenu n'a pas été proportionnel aux sacrifices qui ont été faits.

Esquisse géologique du Bas-Sénégal.

Le Cayor. — Toute la partie du Bas-Sénégal nommée ordinairement le Cayor, comprise entre le bassin de Saloum, la mer (abstraction faite du Cap- Vert) et la partie marécageuse formant le delta proprement dit, constitue une grande plaine sablonneuse de peu d'altitude, et à ondulations peu accentuées. Cette plaine à part la région littorale manque d'eau, et il faut parfois creuser à une grande profondeur pour se procurer cet élément vital indispensable.

La végétation peu dense est constituée par de grands arbres d'essences peu variées et clairsemés dans une végétation buissonneuse assez pauvre.

La région des Niayes (palmiers) qui forme une région littorale en arrière des dunes maritimes, fait exception, car dans cette région l'eau douce existant, soit en étangs ayant plus ou moins d'étendue, soit à une faible profondeur dans le sol, a permis à une végétation toute différente de se développer, et d'offrir un aspect que l'on peut

considérer jusqu'à un certain point comme étant celui d'une végétation tropicale assez riche.

Une partie de la région littorale située entre Rufisque et Joal se trouve dans les mêmes conditions do végétation.

La constitution superficielle du sol varie peu; la presque totalité

SÈNKGAL. — ESQUISSE géologique

Jtct/tLe.^Cp^ùfTpicclé' .

Sernce ûeaara^At^u&.

de la surface est formée de sable siliceux plus ou moins terreux et de couleur plus ou moins foncée. Dans la région littorale en arrière des dunes, on rencontre un sol assez riche en matières organiques. Aux environs de Uufisque, af flcui-ent des calcaires alumineux-magnésiens; ces calcaires paraissent englobés dans un terrain formé de concrétions ferrugineuses et siliceuses, analogue au terrain de Dakar, et que Ton rencontre jusqu'au delà de Thiès. Les calcaires affleurent encore sur la côte entre Joal et Nianing. Aux approches du delta

proprement dit, on rencontre des dépôts coquillers dont quelques-uns ont une assez grande étendue : au voisinage de Rao, et entre Rao et Tancien poste de Lampsar sur le marigot de Khassac.

Le sous-sol du lîas-Sénégal est encore peu connu, et ce n'est que par les puits, creusés pour fournir Teau, nécessaires aux stations du cliemin de fer, et par les puits récemment creusés par l'Administration, dont quelques-oins sont encore en cours d'exécution (1900), que Ton peut avoir une esquisse de sa constitution.

Si on établit la coupe longitudinale de la ligne du cliemin de fer Dakar-Saint-Louis, en prenant l'altitude du rail et celle de l'eau des puits établis, on constate que de Rao à Kébemer la nappe aquifère est sensiblement au même niveau, niveau qui correspond à peu près au niveau de la mer servant de plan de comparaison. Après Kébomcr cette nappe se rapproche de la surface du sol pour suivre les contours de Tondulation Tivouanc-ïhiès; à cette ondulation, Teau étant à une distance assez faible de la surface, la végétation est un peu plus active et un peu plus variée.

La constitution de la couche sur laquelle glisse ou gît la nappe aquifère est aussi décelée par les puits (1), considérés ici en deux groupes qui sont : le groupe de Louga et le groupe de Thiès, ainsi dénommés parce qu'ils appartiennent au cercle de Louga ou au cercle de Thiès

Groupe de Louga. — Puits du poste de Loiuja,

Le sol est à une altitude de 40°*,40; de cette co'te 27"*,00 c'est la couche sablonneuse proprement dite, on rencontre ensuite une couche argileuse de un mètre d'épaisseur. De la cote 2G°*,00, à la cote 24",00, sable avec concrétions siliceuses. De la cote 24™,00 à la cote 21°00, sable compact jaune ou blanc. De la cote 21",00 à la cote 10",00, sable argileux avec concrétions argileuses. De la cote 10°,00 à la cote 7°.0'). sable argileux avec lognons ferrugineux. De la cote 7"00 à la cote 4°,00, sable jaune ou jaune et blanc. De la cote 4",00 à la cote 0",00 (niveau de la mer), sable argileux avec rognons ferrugineux. La nappe d'eau se rencontre à la cote 0'",04. Les calcaires se rencontrent à la cote 0",00 et deviennent compacts à la cote — 2°*,00 qui est celle du fond du puits. Ces calcaires contiennent quelques fossiles ou débris de fossiles parmi lesquels on reconnaît une ostrea.

(1) Kxcopl»'- pour les puits des pos.lo.-s tlo Louj^a et do TJiiôs, les termes concernant les couches siint les termes propi-cs des ri.-nseignemonts recueillis ou conimuniqu«*'S à rnutonr.

Puits de CoJci. — Jusqu'à une profondeur de 15°,90, couches sablonneuses. De lô'^jOO à 20",95, couches sablonneuses mélangés de cailloux roulés et pyi iteux. Ue 20™,95 à 22"*,10, sable argileux, graveleux. A la profondeur 22",10, roche très dure veinée de sable grisblanchâtre ; profondeur du puits 22°,G0.

Puits de Djévol, 1894 (frontière du Djolof et du N'Diambour). — Jusqu'à une profondeur de 4"»,40, sable. De 4'",40 à 4'",80, sable graveleux. De 5™,80 à (i™,20, sable mélangé de cailloux roulés pyriteux. De G'",20 à Kr/^o, argile sablonneuse et marneuse mélangée de cailloux roulés pyriteux. De 1U"',25 à 11",'")0 sable veinée d'argile marneuse et de cailloux roulés pyriteux. De 12°*,o0 à 2ry",()(), grès blanc siliceux contenant du carbonate de chaux. De 25",00 à 29",00, calcaire très dur contenant une grande quantité de carbonate de chaux. Profondeur totale du puits 31",10.

Puits de Djévol, 1899. — Jusqu'à 18 mètres de profondeur, sable, marne et calcaire marneux. De 18 à 40 mètres, roc.

Puits de llaffé (Djolof). - - Jusqu'à 12 mètres de profondeur, sable, marne et roches ferrugineuses.

De 12 à 20 mètres, calcaire marneux. De 35 à 30 mètres de profondeur, sable et marne. De 30 à 57 mètres, fonds du puits, calcaire marneux et ensuite roc dur.

Puits de liayeri'Tiasd^, — Jusqu'à 18 mètres de profondeur, couche de sable. De 18 à 33 mètres, roche calcaire et roc dur.

Puits de Biikalé. — De 17 mètres de profondeur, sable et binite (argile).

Puits de Uioviré, — Par 21 mètres de profondeur, sable et marne.

Puits de Thiéleyman. — Par 15 mètres de profondeur en plein sable.

Pas de renseignements sur les couches du puits de Toucougneul (170 kilomètres de Louga extrémité orientale de Djolof) commencé en juillet 1899 et atteignant au commencement de 1900 une profondeur de 33 mètres.

Groupe de Thiès. — Puits de Thif)s,

Jusqu'à 2 mètres de profondeur, sable. De 2 à 12 mètres, roche ferrugineuse analogue aux roches de Dakar.

Faits de Toul, à 28 mètres, calcaire marneux avec traces de fossiles.

Puits (VHahiy à 2(5 mètres, calcaire avec traces île fossiles.

Puits de Tondalc, ix 30",40, calcaire marneux.

Puits de Mérina, à 35 mètres, terrain ferrugineux avec coucLc d'argile.

Puits de Pont-N'IJii/y à 40",50, terrain leriugineux légèrement humide.

Puits de Tovf/oul, à 25 mètres, terrain marneux.

Les renseignements fournis par ces deux grouiîes de puits permettent de constater que la nappe aquifère gît ou glisse sur des roches calcaires servant de base aux terrains sablonneux plus ou moins mélangés dargile qui constituent la partie supérieure.

Si, pariant* cruue ligne perpendiculaire à la plage et sensiblement perpendiculaire à la direction de Thiès-Louga, cette ligne x)assant par Kébemer, l'altitude de la surface croît au fur et à mesure que Ton s'éloigne de la région littorale vers le Djolof, au delà de la ligne Ïhiès-Louga, d*après les indications des puits Coki-Djévol, la couche calcaire se rapproche de la surface. Cette couche ayant line certaine pente générale, Veau ne séjourne pas, glisse et vient s'accumuler dans le sol au niveau de la mer, dont la trace d'après les données connues formerait le long de cette pente une ligne passant à peu de distance à TKst de la ligne Kéb(»mer-Louga.

Si de Kébemer on se dirige sur la perpendiculaire vers le Djolof, lu végétation se transforme et Ton rencontre certains acacias caiactéristiques de la région déseiticiue ; si au contraire de Kébemer on se dirigo veis le littoral, la suiface du sol arrive en suivant sa x>ente générale en contact avec les gisements d'eau douce, et constitue la région littorale Yof-Gandi<de, ou la végétation est active et variée. Les eaux de Tonduliition de Tliiès, s'accumulent à la base de cette ondulation, contribuent au développement de la végéintion de l'extrémité S-0. de la région liiloiali^ Yof-Gandiole et leur piésence a donné naissance à une autre zone de végétation active qui est la zone Pont-Joal.

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Dans la direction de Rnfisque, la ligne de partage des eaux de Tondulation de ïhiès serait la région de Pont. La région de Pont donnait autrefois naissance à deux petits cours dVau ou écoulements d'eau, Tun ayant comme direction générale le Nord-Ouest, Tauti-e ayant comme direction générale Sud-l/4-Est, s'infléchissait en rencontrant l'ondulation de Portudal pour reprendre une direction générale Sud-Ouest et se diriger vers la mer.

Les calcaires que l'on rencontre ne sont pas de môme nature. Les calcaires de Louga, de Toul et de Habi (groupe de Thiès), sont fossilifères ; les calcaires affleurant à Rufisque sont diflférents, ne contiennent pas de débris fossiles et on y remarque des dendrites. C'est au voisinage du soulèvoment basaltique du (-ap-Vort, bien caractérisé à Gorée, (ju'il faut attribuer la constitution particulière des calcaires de Rufisque qui ont dû subir une action métamorpliique.

Les calcaires qui affleurent entre Joal et Nianing contiennent de l'acide phosphorique, certains échantillons ont donné 21 0/0 de cette matière.

C'est sans doute aussi à la présence du basalte qu'il faut attribuer Tondulation de Thiès qui au premier abord paraît anormale.

Les basaltes n'ayant apparu dans la croûte terrestre qu'après ]a période crétacée et les calcaires du Bas-Sénégal se trouvant en contact avec le basalte, on peut, faute d'informations plus précises, rattacher ces calcaires à la période tertiaire, et les terniins sablonneux qu'* leur sont superposés à l'époque quaternaire et actuelle.

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Esquisse ethnographique.

Les quelques documeuts historiques que Ton possède, les traditions et les études ethnographiques qui ont été faites (voir particulièrement : Les peuplades de la Séncgambiey par Bérenger-Férand ; Grammaire et vocabulaire de la langue PouU par Faidherbe) et rtuties études, permettent de déterminer d'une façon suffisamment précise, les grandes lignes de l'évolution des diverses races qui sont actuellement répandues dans la Sénégambie.

Tous les éléments que l'on possède, réunis, ne permettent pas de remon1«r à une époque très reculée, cependant pour les Maures et les Peuis l'époque jusqu'à laquelle on peut les suivre est beaucoup plus éloignée que celle des autres peuplades.

Pour le Sénégal proprement dit, les races que Ton peut considérer comme autochtones sont les races ouolove, soninké et la race malink^ qui ne serait qu'une fraction de la race soninké possédant des instincts guerriers qui lui ont permis de se spécialiser et do prendre une grande extension.

Ces races avaient pour voisins : les Maures, les Peuls, les Bambaras, les Bagnouns et Feloupes, et d'autres peuplades habitant la région littorale aujourd'hui habitée par les Papels, Nalous, Baga^. Sousous, Balantes, Landoumans, etc.

Les peuples ayant joué le rôle envahisseur sont, les Peuls, les Bambaïas, les Maliukés et les Maures.

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IIuli^•i^tioIl^5 des diverses régions.

Maures, — Les tribus maures, Trarza, Brakna et Douaïch sont constituées par des éléments divers, dans lesquels on retrouve le Berber, TArabe et le Nègre, mêlés à différents degrés.

Les berbers Zénaga ont été les premiers en contact avec la race noire qui habitait les deux rives du Sénégal, et ils ont été les premiers intermédiaires commerciaux entre les Nègres et les Berbers du Nord de TAfrque. La date des migrations des Zénaga vers les rives du Sénégal n'est pas bien connue, mais s'il est vrai que le chameau n'a été introduit en Afrique qu'au m* siècle, c'est après cette date qu'il faut placer celle de leurs premières migiatîons.

L'empire Berber fut célèbre et sa puissance en Afrique considérable, mais cet empire tomba sous les Arabes qui, au vu' siècle, commencèrent à envahir le Nord de l'Afrique et dont une de leurs tribus, les Beni-Hassan, arriva au xni* siècle sur les rives du Sénégal. Les Zénaga no purent lutter et subirent la domination des Beni-Hassan;

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Habitat primitif des diverses races.

une fraction Zénaga, celle des Douaïch, fut refoulée vers le haut du fleuve où elle se reconstitua et où elle a conservé une grande partie de son caractère primitif.

Les Maures occupent encore jusqu'à Bakel la rive droite du fleuve dont ils ont chassé les populations sénégalaises. Ils avaient commencé Tenvahissement de la rive gauche par le Oualo; leur influence grandissait et s'étendait, mais par suit<î de notre inteiTention ils durent abandonner totalement cette rive.

Dans le Bas-Sénégal, ils ne fréquentent les abords du fleuve que pendant la saison sèche, et retournent vers le Nord avec leurs troupeaux au début de la saison des pluies.

On les rencontre par petits groupes plus ou moins stables, disséminés dans le Oualo, le Djolol et une partie du Cayor.

FciiU (1). — Les caractères extérieurs de la race peule, dans le type considéré comme pur, se rapprochent beaucoup des caractères extérieurs de la race indo-européenne, et la tradition fait présumer qu'ils eurent le Nord-Est et le Fczzan comme points de départ de leur dispersion vers le Sud de l'Afrique. D'un autre côté, la comparaison de la langue peule avec lu langue malaise, ne permet pas, comme certains observateurs l'avaient cru, de rattacher la race peule à la race malaise ; en outre, le Peul n'a pas trace de l'obliquité interne des yeux (lui existe chez le ilalais. 11 paraît donc rationnel de rattacher le type peul au type indo-européen. Considéré comme tel, il faut que le Peul ait eu pour habitat, à une époque éloignée évidemment, une région quelconque du Nord de l'Africiue, et il aurait été refoulé de cette région par les Berbers qui sont cependant considérés comme étant les premiers représentants de la race blanche ayant occupé le Nord de l'Afrique.

Les Peuls devaient peupler une partie de cette région avant les flerbers, puisque ces derniers, en s'étendant dans le Sud, ont rencontré un royaume peul, le royaume de Ghanata, fondé au iii^ siècle dans la région du Niger et qui comptait 22 princes à ravènement de rislamisme (622). D'où seraient venus ces Peuls ?

On admet que les Berbers occupaient le Nord de l'Afrique avant (jue h»s Phéniciens vinssent créer des établissements sur la côte. Or les Phéniciens faisaient du commerce par caravanes avec les populations de l'intérieur de l'Africiue ; à cette date reculée les routes étaient donc connues et les entrepôts commerciaux pour la région Sud étaient chez les Phéniciens, Auzia, Sitilis (Sétif) Cirta (Constantine) Capsa (Cafza), Tisdrus, Zama (Zouarim), Théveste.

Les Peuls fuyant la domination ou l'invasion auraient émigré vers le Sud, soit du Fezzan, soit des régions voisines de l'Atlas algérien et de l'Aurès ; ils avaient connaissance des routes et savaient par la tradition qu'au delà du désert il existait des contrées où ils trouveraient des conditions d'existence à peu près identicjues à celles de la région qu'ils étaient forcés d'abandonner.

(n P.'ul, Poul, Poiilai\ Foui, Foulah, Foiilan, F.llali, KcIIatali, FoIIan, Follalin IfS Pouls : FouUk'I.

— loy —

Les Peuls n'abandonnèrent pas sans luttes leur patrie primitive, et ce ne fut pas non plus sans luttes qu'ils prirent possession' d'une certaine partie do la région Soudan ienne.

Les noirs ne purent tenir tête à cette race fière et belliqueuse, qui • avait préféré la lutte et l'émigiation, à la domination d'une autre race. Ils y arrivaient affaiblis, mais ayant pour eux leur supériorité morale, ils vainquirent et dominèient. En nombre trop restreint pour les populations qu'ils envahissaient, ils s'y noyèient; une partie do leur race se transforma au contacrt de ces populations et leparut vigoureuse, en conservant ses qualités particulières dans les Toucouleurs ; Vautre partie dans laquelle le type primitif s'est conservé surtout dans la classe élevée, s'est tlisséminee et a gardé son caractère pastoral ; cependant quelques fractions ayant rencontré des régions plus fertiles, se sont fixées dans ces régions.

Aujourd'hui, on rencontre le Peul pasteur, en groupes plus ou moins compacts, partout oii il peut sans ennuis faire paître ses troupeaux.

Le Peul n'est pas aimé des nègres qui redoutent son intelligence, un dicton sénégalais dit que : »Si une femme peule entre dans une maison même à titre d'esclave, elle finit par gouverner la maison.

Soninhés, — La principale fraction du groupe est la fraction formée par les Sar racolais, les autres fractions bien moins importantes sont les Khassonkés et les Djallonkés; on peut donc considérer les Sarracolais comme Soninkés proprement dits, en faisant abstraction du groupe Malinké, détaché do la souche commune et qui s'étant constitué en corps de nation, doit être traité à part.

Les traditions dîi Khasson, du Fouta-Djallon, de la Casamance et des Rivières du Sud disent qu© les Soninkés étaient les premiers possesseuis du sol et .occupaient les hauts plateaux depuis le Sahara jusqu'à Sierra-Leone.

La race soninké, race douce, paisible, adonnée à l'agriculture et au commerce n'était pas en mesure de résister à l'envahissement des races conquérantes qui convoitaient son territoire. Elle céda devant l'invasion, se dispersa et subit sans trop de révolte la domination des envahisseurs.

Aujourd'hui les Soninkés existent toujours dans toute l'étendue de leur ancien territoire, mais sans cohésion proprement dite et disséminés au milieu des autres races.

— iiO —

Malinkés, — Les Malinkés ou Mandingues auraient eu pour habifat primitif la région aurifère (pailie du Bambouk, lîouré, Gangaran), région particulièi^niont convoitée par tant de peuples divers.

Ayant des Soninkés Tiustinct commercial et agricole, et possesseur d'une région lui fournissant Tor, le groupe ilalinké se trouvait dans les conditions nécessaiies pour prendre une grandi» extension.

La Casamance et la Gambie ont conservé par la tradition le souvenir de leur mouvement d'extension qui eut lieu vers le xv' siècle, mouvement qui a refoulé vers les basses régions littorales, les peuplades actuellement connues sous le nom de Sérères, Bagnouns, Feloupes, Papels, Nalous, Bagas, Sousous, Balantes, Landoumans, etc.

L'extension des Malinkés dans cette région eut plus ou moins de retentissement, et c'est principalement dans le Haut-Sénégal et le Haut-Is'iger que cette extension prit de Timportance, car là, les Malinkés se heurtaient à des peuples ([ui étaient en rapport commercial avec l'Europe, même par le Nord de l'Afrique.

En l'an 1100, ils envahirent le Bambouk. Au xiii® siècle, en contact avec l'antique royaume de Ghanata ou Ghana, au moment de la décadence de ce royaume, ils le conquirent. Au xiv* siècle, . ils s'emparèrent des rives du Miger, du royaume de Songhay dont l'établissement iemont« au vu siècle, et de Tombouctou ; une seule ville résista ce fut Djenné.

Le royaume de Mali (d'où malinké, homme de Mali) eut ensuite ses revers, et, au xv® siècle, les Berbers s'emparèrent de Tombouctou que ce royaume no pouvait plus défendre ; le royaume de Songhay secouant le joug malinké, s'empara ensuite de Tombouctou, étendit ses conquêtes sur les rives du Niger et prit môme Djenné que le royaume de Mali n'avait jamais possédé. La puissance des Malinkés se trouvait dès lors anéantie dans cette région, ils furent refoulés ou absorbés et historiquement disparurent.

Aujourd'hui on rencontre les Malinkés plus ou moins mélangés aux autres races, sur le versant du Sud-Ouest du pâté montagneux du Fouta-Djallon et dans toute la région aurifère (partie du Bambouk, Bouré, Gangaran), Jeur habitat primitif.

Samory, le dernier almamy qui essaya de s'emparer du Haut-Niger (1881-1885), était un mandingue.

liamharaa. — L'habitat primitif des Bambaras aurait été uni> partie de la haute région à l'Ouest de Kong, située approximative-

ment entre les 7" et 11° longitude Ouest et entre les 8" et IC de latitude Nord.

Au XVII* siècle, les Bambaras n'ayant pas encore embrassé l'Islamisme furent envahis par les Mandingues et les Toucouleurs qui, à main armée, cherchaient à les convertir. Ils émigièrent en envahissant vers le Nord la région habitée par les Sanacolais qui alors convertirent leurs envahisseurs.

Doués de grandes aptitudes militaires et possédant par la religion qu'ils avaient embrassée la cohésion qui leur manquait auparavant, ils se constituèrent en corps de nation et étendirent leur autorité sur toute la région y compris le Macina ; au xviii® siècle, ils eurent Ségou pour capitale et envahirent le Kaarta. Ils ne purent néanmoins tenir tête aux Toucouleurs qui en 1818 leur enlevèrent le Macina, et, en 1861, El-Hadj-Omar détrôna le dernier bambara.

Aujourd'hui on rencontre les Bambaras dans le Guimbala arrosé par le Koli-Koli, et à TEst de cette région ; ils constituent la le fond de la population. On les rencontre dans les mêmes conditions au Eaarta. Dans le reste de leur ancien royaume, ils sont plus ou moins disséminés et mélangés aux autres races, et surtout aux Sarracolais.

On les rencontre encore dans la région qui fut leur habitat primitif, mais très mélangés car dans cette région c'est le type Mandingue qui domine.

Toucouleurs, — Selon les anciens écrivains, le royaume de Ghana était situé à TOrient de la grande rivière centrale qu'on appelait le Nil dos nègres, aujourd'hui le Sénégal ; les habitants de ce royaume étaient la race peule. A l'Ouest du royaume de Ghana se trouvait le pays de Tocrour traversé par le Nil des Nègres. Le mot berbère Tocrour, Tekrour transformé par la prononciation soudanienne en Tokoror, Tokolor, a été plus tard prononcé ïoucouleur. Les Arabes ont prononcé Tekrouri (Tekarir au pluriel) qui aurait comme signification : Soudanien musulman.

Les Peuls auraient été en effet les premiers en contact avec les populations musulmanes, et ces populations les auraient désignés sous ce nom.

Le nom proprement dit de Peul, Poul, Poular, Foui, Foulbo, était celui de la race peule avant sa conversion à l'Islamisme et a été réservé aux Peuls considérés comme étant de race pure tandis que

KêI'U*' i,^l^m€r<££^

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Habitat des (livoi'î*os rar^os aprrs rcnvaliissoiuciït des Peuls, des Malirikès, dos Bambaras et des Maures.

celui (le Toucouleur a été appliqué à la fraction peule plus ou moins modifiée par le contact des populations qui avaient été envahies.

La dénomination actuelle de Toucouleur remonterait donc à Tépoque où par suite de leur extension les peuplée du Nord de rAfri([ue ayant émigré vers le Sud se seraient heurtés aux Peuls dans le voisinage du Niger ou du Sénégal. Il est donc rationnel de comprendre le Toucouleur dans la race Peirle; il a d'ailleurs, tout en perdant une partie des caractères physiqires, conservé le langage, Taudace et Tintelligence de cette race, tout en s'assimilant les qualités des races envahies.

La situation géographique du royaume de Tocrour, traversé par le Sénégal, dont la capitale portait le même nom, et dont les principales

villes étaient Sala et Uerissa, n'est pas bien connue et on ne peut guère suivre révolution des Toucouleurs qu'après leur établissement dans le Fouta sénégalais, ou Fouta-Toro, ou encore ïoro, fait qui remonterait au xvii® siècle.

A cette époque le Fouta qui faisait partie du royaume Djolof fut envahi, et le royaume toucouleur fut définitivement constitué au xv!!!** siècle par Abdou-el-Kader. Ce royaume fut gouverné par un chef suprême politique et religieux qui fut nommé El-Emir-el- Moumenin (prince des croyants) dont provient le mot de Almamy qui a servi plus tard à désigner ce chef.

Solidement installés dans le Fouta sénégalais, et ayant à leur tête un chef grandi par le prestige religieux, les Toucouleurs firent de cette région le foyer d'où les marabouts prêchant la guerre sainte partirent pour conquérir les régions voisines et le centre de l'Afrique.

Ils échouèrent dans l'invasion du Cayor, mais ils réussirent dans le Bondou, le Fouta-Djallon, et au commencement du xiv*' siè<'le ils s'établissaient entre le Niger et le Tchad. A la même époque ils s'établissaient également sur le Niger entre Tombouctou et Ségou et en 1825, ils s'emparaient de Tombouctou qui restait en leur possession directe jusqu'en 1844 et sous leur domination par la convention de 1846.

De 1855 à 1860, TAlmamy El-Hadj-Omar, refoulé par nous, envahit le Kaarta et Ségou, et en 1862, maître du Macina, il réclama le tribut do Tombouctou.

Après cette date qui est aussi celle de la mort de El-Hadj-Omar, nos troupes au Sénégal et sur le Niger eurent encore à soutenir de nombreuses luttes contre les Toucouleurs.

Ouolofs. — Les Ouolofs avaient pour habitat primitif les deux rives du Sénégal jusqu'à l'extrémité Est de l'île à Morphil, une partie du Fouta sénégalais, le Toro et le Dimar, le Djolof, le Oualo, le Cayor, le Baol, le Sine et le Saloum, en un mot tout le Bas-Sénégal jusqu'au bassin de la Gambie.

Ils furent refoulés par les Toucouleurs, par les Maures qui envahirent même une j)artie de la rive gauche. Ils furent envahis au Sud par les Sérères fuyant l'invasion Mandingue.

Tout le Bas-Sénégal, du fleuve au bassin de la Gambie, était encore au xvii* siècle constitué en corps de nation sous l'autorité du

LB SÉNÉGAL g

roi du Djolof (Bour-ba-Djolof). Les différentes fractions de ce ro3'aume se rendirent ensuite indépendantes.

On rencontre aujourd'hui la race ouolove dans cette région jusqu'au Dinar ; dans la région envahie par les Sérères, quoique ces derniers soient les plus nombreux, c'est le Ouolof qui constitue la fraction dirigeante.

Sévères, — Le pa^'s Khabou, situé entre les 15*^ et 1G**30 de longitude Ouest et par 12^30 de latitude Nord, aurait été l'habitat primitif de la petite fraction sérère. liefoulés par les Mandingues vers le XV* siècle, ils envahirent une partie de la région occux>ée par la race ouolove, se mélangèrent à cette race et acceptèrent sa suprématie. ..

On rencontre aujourd'hui les Sérères entre le bassin de la Gambie et la parallèle du Cap-Vert.

Rôle de l'Islamisme.

Sans institutions, sans religion, cest-à-dire sans lien commun et par conséquent sans cohésion ni esprit d'unité, les races noires du Sénégal étaient à la merci du premier conquérant qui se présenterait avec une organisation même embryonnaire. Cette cohésion ou cet esprit d'unité qui leur manquait, l'Islamisme le leur apporta, et les premiers adeptes de la nouvelle religion ayant été les Peuls-Toucou- Icurs, cette race, sans notre intervention, aurait constitué sur le Sénégal, et sur le Niger, un puissant empire en subjuguant les races noires.

L'Islamisme a donc fourni à ces populations l'élément qui leur manquait pour se constituer en corps de nations, et permettre aux fractions guerrières par instinct d'entamer entre elles la lutte pour se créer un domaine ou pour obtenir la suprématie politique et religieuse. Au commencement du xviii" siècle, l'institution de l'Almaniy, chef politique et religieux, constitua un pas décisif dans cette voi(î. Au xix° siècle, notre mouvement d'expansion se heurta îi cett(! institution déjà formidable et la renversa après une longue lutte, ramenant ainsi ù Tabri de notre drapeau et sur un pied égalitaire. 'les différentes races éparses et déjà presque confondues.

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