XM
Total
Quant au nombre (rEuropéens compris dans les chiffres ci-dessus aucune donnée ne permet de le déterminer, h' Annuaire de 1900 donne le chiffre de 3,000 individus de race européenne pure, fonctionnaires et garnison compris, et peut-être 3 ou 4,000 personnes de race mixte, assimilées aux Européens. Il ne faut accepter ces chiffres que sous réserve.
Au sujet de la population métis, un fait que fait remarquer M. Bérengcr-Férand (Les peuplades de la Scnégavihie) et dont il donne les motifs, est que cette population reste en équilibre avec la population blanche ; si cette dernière augmente, la population métis augmente aussi et le contraire a lieu.
La population métis ne constitue donc pas encore une race spéciale pouvant par elle-même multiplier indéfiniment ses éléments, et si le contact de la race blanche disparaissait pendant quelques générations, la race métis actuelle disparaîtrait aussi. Il n'en serait probablement pas de même si la race blanche s était trouvée en contact avec la race peule.
Main-d'œuvre.
On trouve assez facilement dans les villes ou dans le voisinage immédiat des villes, la main-d'œuvre nécessaire pour assurer les manipulations commerciales, le service des magasins, l'exécution des travaux publics ou militaires. A Saint-Louis, les hommes de peine, sans qu'on puisse en donner sérieusement le motif, ont été nommés Toucouleurs. Il faut ici faire une distinction entre les hommes de peine proprements dits et les manœuvres qui aident les ouvriers d'art ou qui sont, en quelque sorte, occupés à titre plus ou moins permanent ; ces derniers constituent un noyau nécessaire au fonctionnement habituel des choses, et les premiers ne sont employés que pour des fortes corvées, ou des corvées accidentelles, ou comme portefaix et commissionnaires.
Les hommes de pleine proprement dits sont payés 1 franc par jour, les manœuvres formant l'autre catégorie sont payés de 1 franc à 1 fr. 25 et quelquefois 1 fr. 50 par jour.
Les ouvriers d'art les plus communs sont les menuisiers-charpentiers et les maçons. Les menuisiers-charpentiers sont payés de 2 fr. 50 à 3 fr. 50 et les maçons de 3 francs à 5 francs par jour ; la journée est au maximum de 10 heures et souvent de 9 et 8 heures seulement.
On comptait à Saint-Louis, en mars 1900, d'après un recensement privé :
Charpentiers-m on u i ^ i ers .
Ma<;ons
Calfats
Tisserands
Forgerons
Orfèvres
f*eintres
Chauffeurs
Mécaniciens
Selliers-Bourreliers
Cordonniers.
(environ)
(sont tous des Akoua)
En 1837
Charpentiers .
Menuisiers...
Maçons
Calfats
Tisserands.. .
Forgeron^ . . .
Orfèvres
Tous ces ouvriers appartiennent en général à la race ouolove. Le rendement en travail des ouvriers d'art proprement dits n'équivaut qu'aux G/10 du lendement d'un ouvrier en France et il
en est de même poui la plupart des manœuvres permanents. Quant aux hommes de peine il ne faut compter que sur les 5/10 soit la moitié. Il faut pour obtenir ces résultats une surveillance européenne de tous les instants.
Les mêmes ouvriers ayant à travailler en dehors des villes sont plus exigeants, les campagnes n'ayant pas d'ouvriers il faut qu'ils se déplacent et pour ce déplacement il faut leur donner ou une indemnité ou leur fournir une ration en nature valant en moyenne fr. 45.
L'indigène cultivateur travaillant pour lui et employant pour son travail toute sa maisonnée, les ouvriers agricoles consentant à travailler pour les autres n'existent réellement pas. Dans beaucoup d'endroits, plusieurs familles se réunissent, cultivent ensemble un carre déterminé et partagent ensuite les produits. Dans de semblables conditions il n'est nullement certain qu'un Européen voulant essayer de monter une entreprise agricole puisse trouver la maind'œuvre qui lui serait nécessaire. Quelques essais sur le prix de revient de cette main-d'œuvre permettent de supposer qu'elle pourrait revenir à fr. 75 par jour, la nourriture en sus.
Actuellement pour se procurer un peu de main-d'œuvre en dehors des centres il faut faire intervenir les chefs indigènes, c'est alors une sorte d'esclavage, car quoique l'esclavage au Sénégal soit aboli de droit depuis 1848, il n'est pas encore sorti des mœurs de la population : beaucoup de chefs ont des gens à eux, et personne ne se gêne pour leur appliquer la dénomination de captifs; cette dénomination paraît naturelle.
L'industrie des briques à Bob N'quior.
Les indigènes de Saint-Louis ou des environs ont appris de l'Européen sans doute à confectionner des briques. Ils pouvaient cependant avoir connaissance de cette industrie puisqu'ils confectionnaient avec l'argile des bords du fleuve, des poteries grossières, et cela à une époque éloignée qu'il serait bien difficile de préciser ; essentiellement mobiles et sujets à des guerres continuelles les briques n'entraient pas dans leurs besoins, car leur emploi indique un état de paix et de stabilité, qui était autrefois larement l'apanage des populations du Sénégal.
Pour les besoins de la ville de Saint-Louis, c'est particulièrement dans Tîle de Bob N'quior que les briques ont été confectionnées et aussi sur la rive Est du marigot longeant la langue de Barbarie, elles sont encore confectionnées aux mêmes endroits.
Les produits de la fabrication indigène sont giossieis, d'une cuisson défectueuse et en général déformés. Le combustible est d'ailleurs rare, et quant à la manipulation elle est des plus rudimentaires. Pendant la saison sèche, le bnquelbier prend de Targile au bord du fleuve, malaxe plus ou moins cette argile et la débarrasob plus ou moins des nombreux débris végétaux qu'elle renferme, il moule ensuite ses briques et les fait sécher sur le sol. Quand elles ont acquis le degré de dessiccation qui lui paraît nécessaire, il les cuit en plein air par le procédé dit : au tas. Chaque briquetier ne fait en général qu'une fournée par saison. Une fournée se compose do 250,000 à 300,000 briques et après la cuisson, il faut compter sur un dixième de perte.
C'est avec ces briques d'un prix de vente peu élevé que la majeure partie de la ville a été construite, et on les emploie encore aujourd'hui en quantité relativement considérable.
En 1884, une briqueterie avec moteur à vapeur, malaxeur et presses, a été installée à peu de distance de Sor auprès de Saint- Louis, mais cette briqueterie est depuis longtemps abandonnée et il ne reste plus sur place que les machines que la rouille achève de détruire.
En 1898, une autre briqueterie a été instellée à la pointe de Bob N'quior et fonctionna d'abord avec un four ordinaire. Au commencement de 1900, elle était déjà transformée ; ses machines étaient actionnées par un moteur à vapeur et la cuisson faite dans un four à feu continu.
Mais le prix de vente des briques de cette usine étent beaucoup plus élevé que celui des briques confectionnées par les briquetiers rudimentaires, les produits de ces derniers sont encore beaucoup achetés.
Religion.
La religion des peuplades du Sénégal est l'Islamisme en général ; le Fétichisme disparaît de plus en plus, attaqué d'un côté par TIsiamisme et de Tautic par le Christianisme. On ne lencontre plus le Fétichisme que dans la Basse-Casamance et chez les Sérères.
Les Européens en s'établissant au Sénégal, y apportèrent le Christianisme, mais cette religion n'eut aucun succès sérieux auprès des indigènes. Nos missionnaires rencontrèrent là un ennemi terrible, le Coran, solidement établi, dont les préceptes s'adaptaient beaucoup mieux aux mœurs des indigènes que les préceptes du Christianisme. Le Christianisme fut donc par la révolution complète qu'il exigeait de ses adeptes, traité en ennemi et avec mépris. Nos missionnaires durent se tenir dans les villages où la force les protégeait, et, sous cette protection, tenter d'y faire des prosélytes. Aujourd'hui encore, leur rayon d'action ne s'étend guère au delà de nos cités maritimes du Ba«-Sénégal et de la Casamance, car le petit nombre d'adeptes qu'ils font dans les autres endroits où nous sommes même établis, ne leur permet pas d y maintenir de mission.
Par contre, le Christianisme est la religion de la lace mixte engendrée par le contact de la race blanche et de la race noire ; cette population est essentiellemnt catholique et cela se comprend.
Les premiers mots de français qui dans un but humanitaire ont été appris à ces nouveaux venus, les premiers éléments d'instruction qu'ils ont reçus, leur premier pas vers la civilisation, vers un idéal que le sang nouveau qui les transformait leur faisait désirer, toutes ces choses leur viennent des missionnaires.
Le négociant ne leur est apparu qu'avec des idées âpres de gain déterminé, idées d'autant plus âpres qu'elles avaient nécessité un effort plus violent pour arriver à leur exécution, et le soldat ne leur est apparu que sous la forme de la force brutale mise au service des premiers. A côté de ces deux formes essentiellement matérielles, ils ont vu se dresser celle du missionnaire essentiellement moralisatrice, et venant leur apporter les premiers éléments qui leur permettaient de devenir les égaux de la race qui s'était implantée chez eux et qui les avait rendus supérieurs aux nègres, sans cependant leur donner le? moyens de faire valoir cette supériorité
Traite des noirs et esclavage.
L'origine de l'esclavage remonte à la plus haute antiquité. Dès la plus haute antiquité, le plus fort a toujours eu des droits sur le plus faible et le vainqueur, en vertu du droit du plus fort, a fait des vaincus, ses esclaves. Il est probable qu'alors le vainqueur vendit des vaincus, c'est-à-dire ses esclaves : c'était donc déjà la traite.
L'origine de la traite des noirs telle que nous la comprenons est assez confuse et le début de ce commerce particulier remonterait aux Carthaginois qui faisaient par caravanes et par mer des échanges avec les peuples des côtes et de l'intérieur de l'Afrique, échanges dans lesquels le noir était déjà compris.
Plus tard, en Espagne, sous le règne du roi Henri III (1390- 140(>), on sait qu'il existait des esclaves noirs et qu'ils étaient traités avec une o bienveillante douceur ». D'où venaient ces noirs?
Ils ne pouvaient évidemment venir que de la côte d'Afrique.
Un peu plus tard, les premiers esclaves noirs furent amenés à Lisbonne, provenant d'un échange fait contre des prisonniers arabes ou berbers dans les circonstances suivantes : Après la prise de Ceuta en 1415, les Portugais poursuivirent leurs conquêtes sur la côte d'Afrique. En 1440, ils ramenèrent quelques prisonniers musulmans capturés sur les côtes d'Arguin. Comme rançon, les familles ou les compatriotes de ces prisonniers offrirent en 1441 ou 1442 des esclaves noirs qui furent alors transportés au Portugal. C'est cet échange qui aurait donné naissance à la traite des noirs proprement dite. D'autres échanges curent lieu avec les Portugais, et l'exemple de ces derniers fut bicîutôt suivi par les Espagnols et les Anglais.
Dès 1462, la traite ainsi commencée avait pris de telles proportions que le Saint-Siège essaya, mais eu vain, d'arrêter ce trafic qui cependant n'était qu'à son début. La découverte de l'Amérique marque le moment de l'extension formidable de la traite, car, dès cette découverte, les Espagnols peuplèrent leurs nouvelles colonies avec des esclaves noirs arrachés à la côte d'Afrique.
LE SâNÊOAL iO
Dès le début, la traite des noirs ne fut que tolérée, mais en 1517, Charles-Quint sanctionna ce commerce en accordant à un seigneur flamand le privilège de transporter 4,000 noirs aux Grandes-Antilles. A la fin du xvi" siècle la traite était organisée et tous les Etats qui possédaient des colonies en Amérique (l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la France), s'y livrèrent et les gouvernements la protégèrent
En France, on accordait aux négriers des primes qui s'élevaient annuellement à deux millions de livres en moyenne.
Le Christianisme réprouvant hautement la traite et les horreurs notoires découlant de ce trafic, fit souvent entendre sa voix, mais sans succès ; cependant ses principes prirent peu à peu le dessus, et la traite devint bientôt l'objet de la réprobation publique, réprobation qui n'entrait ni dans les vues du commerce, ni dans les vues des gouvernements mais qui néanmoins par sa persévérance devait faire triompher ses idées.
Le mouvement de réprobation vint d'Amérique et commença par les Quakers en 1751. La traite fut ensuite interdite en Virginie en 1778, en Pensylvanie en 1780, au Massachusetts en 1787 et au Connecticut en 1788. L'Europe suivit et en 1787, il se fonda à Londres une société abolitionniste. En 1792, le Danemark abolit la traite dans ses colonies à compter de 1803. Le 4 février 1794, la Convention abolit Tesclavage dans les colonies françaises et plus tard le Consulat le rétablit, mesure qui nous coûta la perte de Saint-Domingue. Le 25 mars 1807, le^Parlement anglais abolit la traite et en 1814 la France conclut avec TAngletcrre un traité pour la répression de la traite, avec réserve pour la France de la continuer encore pendant cinq années. Le 29 mars 1815, Napoléon T^ supprima la traite sans restrictions. La tiaite fut également supprimée sans réserves par Louis XYIII d'accord avec l'Angleterre, le 20 mars 1815 ; par l'ordonnance du 8 janvier 1817, confirmée par la loi du 15 avril 1818, et cette même année une croisière fut établie sur la côte d'Afrique. Une nouvelle loi intervint le 25 a\ril 1826 prononçant le bannissement contre quiconque coopérerait à la traite. En 1820 les Etats- Unis et en 1824 l'Angleterre dénoncèrent, la traite comme acte de piraterie et la punirent de mort. Malgré tout, ce commerce lucratif au plus haut degré continuait sur la côte occidentale et orientale de l'Afrique. Le droit de visite fut alors décrété, mais les Etats-Unis
— Ii7 — a'acceptèrent pas ce droit et la Fiance même n'y consentit qu'avec peine.
L'ensemble de cet état de choses, indique bien que les gouvernements étaient eux-mêmes intéressés à la traite.
Cependant un traité entre la Fiance et l'Angleterre fut conclu le 'iO novembre 18131, mais il fut abrogé par la Convention de 184Ô qui réduisit la visite à la seule vérification du pavillon. Cette convention faite pour dix années ne fut pas renouvelée ; il faut d'ailleurs avouer (jue les croisières faites par la France et TAngleterre furent impuissantes, la traite continuant de se faire sous le couvert du pavillon des Etats-Unis.
Une lutte nouvelle s'engageait cependant. Depuis quelque temps déjà les opérations de la traite étaient entravées par la suppression de Tesclavage. Plus d'esclavage, pur (conséquent plus de dépots d'esclaves, et les dépôts d'esclaves supprimés, la source de l'alimentation de la traite se trouvait tarie. Le 14 mai 1833, le Parlement britannique adopta une loi concernant la libération dos esclaves et le 1** août 1838 la liberté de tous les esclaves des colonies anglaises fut prononcée. En Fiance, le 27 avril 1848, le Gouvernement provisoire décréta l'abolition immédiate de l'esclavage dans toutes les colonies françaises.
La traite cependant continuait encore, mais les navires qui s'y livi aient et les trafiquants d'esclaves étant partout découverts, poursuivis et traqués, l'anéantissement de ce trafic était certain malgré toutes les ruses employées pour le dissimuler.
La traite des noirs fut pendant un long laps de temps une des principales sources de revenu du Sénégal et de ses dépendances ; on pourrait peut-être dire la principale source. Malheureusement aucune donnée positive ne 2)ermet de déteiminer le nombre d'esclaves livrés à la traite par notre colonie et d'en fixer la valeur. Les opérations de la traite, ont cependant été quelquefois limitées, c'est ainsi que la Compagnie des Indes-Orientales (1GG4-1G72) se livrant à la traite et ayant tiop étendu ses opérations, se vit par un arrêt du roi contrainte de vendre ses privilèges et ses établissements à une autre Compagnie.
On présume qu'îxu moment de la grande extension de la traite la côte occidentale de l'Africiue livrait par an environ 100,000 noirs.
M. Norris donne en 1788 un calcul qui établit le nombre
do 74,000 noirs extraits de la côte d* Afrique de la Gambie à Benguela, avec la répartition suivante :
Angleterre 38.0()0
Fninco 20.000
Hollande 4.000
Danemarck 2.000
l 'ujtuijal , 10. 000
Total 74. UK)
P. F. Page, dans son Traité d'économie politique et de cornmer ce des colonies y donne les (jualités et les valeurs suivantes, liviées par nos étabisscments en 1788 :
2\).bOi\ noirs vendus à Saint-Domingue. 'Il.:i08.000 fr.
358 — Tabago ."lO.OOO
L>23 — Cavenne 81G.000