‹ Etude sur le Speculum humanae salvationisChapitre 13 sur 35 · Abbatia quœdam quercum magnam habebat, etc · texte numérisé non relu

Abbatia quœdam quercum magnam habebat, etc

Ainsi, dès les premiers mots, le Spéculum nous transporte dans le monde monastique.

Au cours de l'ouvrage, le moine se décèle plusieurs fois, à sa haine de la femme (I, 5i-53 ; XXII, 3i); à sa préoccupation des tentations charnelles, qui rendent le sommeil si redoutable aux religieux (XXIX, 96); à sa crainte de l'acédie (IV, 4i); à ce qu'il dit de l'orgueil, « qui règne non seulement dans le siècle, mais aussi clans le cloître )), noji tcintum inter sœculares, sed et inter claustrales (XIII, 84); à la description qu'il fait de la vie toute monastique menée parla Vierge Marie dans le cloître du Temple, avant son mariage (V, 71 sq).

Gomment vécut, dans le cloître du Temple, la jeune Vierge Marie? Dans les Evangiles canoniques, il n'est point parlé — et pour cause — de moniales, ni, d'une façon générale, de vie conventuelle. Les Evangiles apocryphes se chargèrent de suppléer à ce silence : aussi bien datent-ils précisément de

l'époque où naquirent et fleurirent les premiers couvents d'hommes et de femmes. Dans le Protévangile de Jacques, il n'y a pas grands détails encore sur la vie cloîtrée de la Vierge; ils sont déjà beaucoup plus abondants dans le Pseudo-Matthieu. On imagina que dans le Temple aurait existé un couvent de nonnes, contubernium vlrginum, in quo die et nocte virgines in Dei laudihus permanebant (^^. Le cloître des vierges du Temple fut proposé en modèle aux couvents de femmes ; la jeune Vierge Marie devint le modèle des nonnains. On conçoit combien l'état de religieuse croissait en dignité du moment où il était admis que la Vierge, avant son mariage, avait vécu sept années — nombre mystique — de sept à quatorze ans, de la vie des moniales.

Le Pseudo-Matthieu ne s'étend pas encore sur les exercices spirituels de la Vierge, ni sur les soins qu'elle prenait pour entretenir le sanctuaire. Dans les textes plus récents, dans le sermon du moine Epiphane ('), la Vierge se transforme peu à peu en religieuse. Le caractère monastique s'accuse dans notre Spéculum d'une façon bien plus prononcée encore : la Vierge y devient une sacristine accomplie, qui ne laisse à personne la tâche de balayer l'éghse et de laver la nappe de l'autel :

v, 75. QutT in templo Domini lavanda erant, ipsa lavabat, Et quœ mundancla erant, ipsa mundabat.

Dans le Pseudo-Matthieu , sous le latin duquel transparaissent les idées grecques de l'original, la jeune Vierge était très belle, speciosa et splendida, tellement — et ceci sent l'Orient — qu'on pouvait à peine la regarder en face, vix aliquis in illius vultuni posset intendere; dans le Spéculum, cette préoccupation tout hellénique de savoir si la Vierge était belle, disparaît, et l'on voit passer, encapuchonnée dans son voile, une nonnain qui, lorsqu'elle traverse un endroit où sont des hommes, cache son visage, tient les yeux à terre :

93. Nunquam in virum projecit ociilum nec iiifixit aspectiim ; Nunquam cervicem, nunquam collum portabat erectum ; Oculos ad terram defixos inter homines semper habebat.

(1) Ps. MaUh., ch. IV, p. 60 Tischendorf.

(-) MiGNE, P. G., GXX, 191 ; huitième siècle, croit-on : cf. Krumb.vciier, Bijz. Lit., 2° éd., p. 192.

Dans le Pseudo-Matthieu, la Vierge était une poétesse qui faisait de bons vers sur des sujets pieux, nuUa in carminibus elegantior ; dans le Spéculum, elle a perdu ce don artistique; elle se contente de psalmodier :

Page 1