‹ Étude sur le Sulfonal comme Médicament HypnotiqueChapitre 14 sur 32 · II. — Action sur l’homme sain · texte numérisé non relu

II. — Action sur l’homme sain

H est d’abord un fait bien établi, c’est qu’une dose de 2 à 3 grammes peut être prise sans aucun danger. Nous nous sommes maintes fois administré dusulfonal, afin d'étudier exactement sur nous-même l’action de cette substance, et nous pouvons par conséquent nous prononcer catégoriquement sur son innocuité absolue à cette dose.

Les résultats obtenus sont très variables, suivant la dose, la constitution et le sexe de l'individu. À la dose de 4 à 2 grammes, nous n'avons jamais pu obtenir sur nous le moindre effet hypnotique. Avec 3 grammes, nous avons éprouvé, environ deux heures après l’ingestion du remède, un peu de douleur de tête et de somnolence, mais jamais un véritable sommeil. IL est bien entendu que pour nous mettre dans les meilleures conditions possibles d'étudier le pouvoir soporifique du sulfonal, ce médicament était pris dans le courant dela journée, c’est-à-dire le plus loin possible du moment habituel du repos.

Une seule fois cependant nous avons pu trouver dans le médicament qui nous occupe un agent somnifère éminemment actif. C’est une dose de 4 grammes que nous nous étions administrée le soir vers les cinq heures. Jusqu'à 8 heures, rien d’anormal. À 9 heures du soir, léger sentiment d’ébriété, lassitude générale et tendance au sommeil. Pour lutter contre ce besoin de dormir, nous nous mettons au travail ; mais vers neuf heures et demie le besoin de sommeil est irrésistible. Sommeil profond etininterrompu pendant toute la nuit jusqu’à 8 heures du matin, où quelqu'un vient frapper à notre porte et nous éveiller brusquement. Au réveil, lourdeur de tête et malaise, un peu de nausée. Vers huit heures et demie, je m’endors de nouveau jusqu'à 10 h. 35. À ce moment, lourdeur de tête et malaise persistent toujours ; mais les nausées surtout sont beaucoup plus accentuées. À 11 h. 1/#, déjeuner, pas d’appétit, envies de vomir. Dans la soirée, sommeil de 1-heure à 1 h. 35, après lequel je me trouve beaucoup mieux, sauf encore un peu de lassitude et de torpeur intellectuelle. À 5 heures du soir, nouveau sommeil jusqu’à 7 heures. À ce moment-là, je me retrouve tout à fait dans mon état normal, et je me sens un excellent appétit. La nuit suivante, sommeil tranquille comme à l’ordinaire.

RÉR TA dau

Nous avons fait porter.aussi nos expériences sur plusieurs de nos amis de bonne volonté, mais sans dépasser la dose de 3 grammes, et tous nous ont avoué éprouver un léger sentiment de lourdeur à la tête et un peu de somnolence, mais très rarement un véritable sommeil. Beaucoup même de nos camarades se sont montrés tout à fait réfractaires à l’action du sulfonal : tout se passait chez eux absolument comme à l’état normal et sans la moindre perturbation dans les diverses fonctions vitales.

Nous avons cherché à nous rendre compte sur nous-même des modifications qui auraient pu survenir du côté du pouls, de la respiration et de la température ; mais nous avons cherché en vain la moindre variation de ce côté-là.

Nous pouvons done nous résumer en disant que le sulfonal, administré chez l’homme bien portant, a une action hypnotique très peu marquée, et que, malgréles assertions des auteurs allemands, et en particulier de M. Kast, il produit assez souvent des effets secondaires désagréables, tels que nausées, perte d’appétit, maux de tête, sentiment de lassitude et ébriété passagère.

Absorption et élimination. — On a fait encore très peu de recherches sur la question de l’absorption de ce médicament. Son peu de solubilité et la résistance qu’il oppose à tout dédoublement in vitro permettent déjà de supposer que l’absorption par le suc gastrique doit se faire très lentement, et qu’ensuite le médicament passe en nature, c’est-à-dire tel quel dans l’économie. Nous avons pour notre part fait quelques recherches sur le degré de solubilité du sulfonal dans les liquides se rapprochant le plus possible du suc gastrique. Nous nous sommes servi de solutions de pepsine, d'acide lactique, d'acide chlorhydrique, de chlorure de sodium et nous avons pu nous convaincre que dans ces différents liquides la

MES Rene

solubilité, quoique beaucoup plus grande que dans l’eau distillée, reste encore très faible. Ainsi à la température ordinaire, il faut environ 450 parties d’eau pour dissoudre complètement une partie de sulfonal ; mais si au lieu d’eau on se sert d’une solution de chlorure de sodium à 2 pour 400, il ne faut plus que 230 parties environ. Les liquides très chauds et alcoolisés nous ont aussi paru très favorables pour favoriser la solubilité : du sulfonal ; aussi ce serait une pratique très sage de faire suivre l'administration du médicament d’une bonne infusion de thé ou autres plantes médicamenteuses aromatisée avec de l’eau-de-vie.

Si le sulfonal est absorbé en nature, est-il éliminé de même par le principal émonctoire de l’économie, le rein; ou bien sous forme de composés divers résultant de son dédoublement dans l'organisme ? L'absence de réaction tout à fait caractéristique ne nous permet point de résoudre la première question ; quant à la seconde, nous avons tâché de l’éclaircir un peu et nous avouons n'y être parvenu qu'à moitié. Par de minutieuses et patientes analyses, et guidé seulement par des idées théoriques, nous avons d’abord essayé de trouver dans nos urines un premier produit rationnel de dédoublement, l’acétone. Le réactif dont nous nous sommes servi a été indiqué tout récemment dans un des derniers numéros du Bulletin général de thérapeutique (nitro-prussiate de soude et acide acétique). Nos urines n’ont pas renfermé la moindre trace d’acétone, quoique examinées le lendemain et le surlendemain du jour où nous avions pris le sulfonal. L’éthylmercaptan nous avait aussi paru pouvoir être un produit de dédoublement du sulfonal, mais c’est vainement que nous l’avons recherché dans nos urines ; elles n’en ont jamais contenu. Nous revenons donc tout à fait à l'opinion de MM. Baumann et Kast, et nous sommes porté à croire que le sulfonal s’élimine en grande

LEE TMSR

partie tel quel, c’est-à-dire sans subir aucune transformation, une autre partie passe dans l'urine à l’état de'sulfates. L'analyse en effet nous permet d'affirmer que nos urines, après l’ingestion de sulfonal, renfermaient plus d'acide sulfurique qu'à l'ordinaire, 1 gramme à 1 gramme 50 au-dessus de la moyenne.

La proportion des autres matières fixes de l’urine, urte, chlorures et phosphates, n’est pas du tout modifiée après l’administration du médicament que nous étudions, ainsi qu'il résulte des recherches de M. Kieffer (thèse de Nancy). La quantité des urines émises reste aussi la même. (Furbringer et Schwalbe.)

Page 1