ÉTUDE CLINIQUE DU SULFONAL OU ACTION THÉRAPEUTIQUE
Le sulfonal n’a jamais été employé sur l’homme malade que comme hypnotique, c’est-à-dire comme médicament capable de provoquer le sommeil. Il ne répond donc qu’à une seule indication, faire dormir, et ne s'adresse qu'à üun seul symptôme, l'insomnie. Vouloir en faire le traitement spécifique d’une psychopathie quelconque, ce serait lui attribuer des vertus qu'il ne possède point, du moins dans l’état actuel de la science.
Si nous étions forcés de conclure des effets physiologiques de ce médicament à ses effets thérapeutiques, évidemment son emploi nous paraitrait devoir être très restreint, et son efficacité bien problématique. Et pourtant au nom de la clinique, et d’après l'observation des malades, nous pouvons assigner au sulfonal un rôle utile, quoique bien peu certain, pour combattre le manque de sommeil. C’est donc avec cette propriété qu'il peut figurer en thérapeutique, à côté du chloral, de la paraldéhyde, de l’uréthane et autres médicaments analogues.
Il a été essayé avec plus ou moins de succès dans toute sorte de cas d’insomnie, et dans les maladies les plus diverses.
Maladies mentales et du système nerveux. — Les premiers observateurs l’ont surtout employé chez les aliénés, car c'est chez eux que l’on a le plus souvent à provoquer le besoin de dormir et le repos. Telles sont les observations de Kast, de Cramer, de Rabbas, d'OEstreicher, de Fraenkel, et elles ont servi à établir ce premier fait très digne de remarque, c’est que le sulfonal est absolument dépourvu de toute action sédative sur le système nerveux, et qu'il ne réussit jamais à produire une accalmie du délire, ni un apaisement de l'agitation maniaque. Quant aux effets sur l’insomnie, d’après les auteurs allemands ils ne sont ni plus ni moins que merveilleux. Ainsi Kast, de Fribourg, qui l’a expérimenté environ 120 fois, assure n’avoir eu qu'un seul insuccès. Cramer, aussi, dit n'avoir jamais eu d’insuccès complet, et, 92 fois sur 100, le résultat a été excellent. Aujourd'hui, nous sommes bien loin de tous ces résultats enthousiastes, et le sulfonal, après avoir eu sa période de grandeur, commence déjà, croyons-nous, sa période de décadence.
Pour nous, les résultats obtenus se sont montrés très irréguliers, et les insuccès ont été beaucoup plus fréquents que nous n'étions en droit de l’espérer au début de nos recherches. Ainsi, sur 13 observations personnelles que nous publions plus loin, nous avons eu: 3 succès complets, 7 succès mcomplets, 3 insuccès complets. De plus, il s’est produit chez bon nombre de nos malades des effets secondaires assez désagréables, tels que : vomissements, diarrhée, symptômes d'ivresse, ete., et ces effets ont nécessité quelquefois la suspension du médicament.
Comme on le voit, nos résultats ne sont guère encourageants ; aussi, s’il nous était permis d'émettre notre opinion personnelle sur-la valeur du sulfonal, nous dirions que, si toutefois il est destiné à rester en thérapeutique mentale, il y jouera un rôle bien peu important.
Quant aux maladies du système nerveux proprement dites,
épilepsie, hystérie, ataxie locomotrice, etc., nous n'avons pas d'observations personnelles qui nous permettent de nous prononcer d’une façon certaine. Toutefois, d’après les résultats obtenus par divers expérimentateurs, M. Kieffer entre autres, on peut dire. que le diéthylsulfondiméthylméthan n'exerce guère dans ces maladies une action favorable.
Maladies aiguës, maladies fébriles. — L'efficacité du sulfonal dans ces maladies a été surtout étudiée, en Allemagne, par Furbringer et Schwalbe et par Mathes, élève de Ziemsen ; en France, par M. Kieffer. Il ressort très clairement de leurs observations que dans l’insomnie ayant pour origine et pour cause les affections mentionnées ci-dessus, le sulfonal exerce une action encore beaucoup moins sûre et moins prompte que dans l’insomnie d’origine purement nerveuse. Ici, en effet, nous avons comme Cause première du manque de sommeil, la douleur ; or, nous savons déjà que le sulfonal n’a aucune action sur elle, et cela nous explique, par conséquent, fort bien l'infidélité du médicament.
Affections cardiaques et maladies chroniques. — Dans les maladies de cœur compensées ou non, le sulfonal s’est montré en général d’une efficacité assez constante. Les observations de Kast, de Mathes, de Kieffer, sont très concluantes sur ce point ; et les malades se sont presque toujours trouvés soulagés par son emploi. Le chloral et la morphine étant très souvent contre-indiqués dans le cas qui nous occupe, à cause de l'influence fâcheuse qu'ils exercent sur l’organe central de la circulation, nous som mes porté à croire que, chez les cardiaques, le diéthylsulfondiméthylméthan est appelé à rendre quelques services.
Dans les maladies chroniques et chez les vieillards, efficacité bien incertaine, à cause des effets secondaires que le sul-