COUP D'ŒIL SUR LES ORIGINES DU TRAITEMENT MERCURIEL DE LA SYPHILIS
Proscrit par les anciens : Dioscoride (80), Galien (165), Oribase (875), Aétius (480), à cause de ses propriétés toxiques, le mercure, admis seulement par Paul d'Egine (650) dans la passion iliaque, ne fut, en réalité, introduit dans la thérapeutique que par les Arabes. Rhazès (850), Mésué (890), Avicenne (1000), le prescrivent en pommades et en onguents contre les maladies de la peau, les gales, les pediculi. On continue, pendant tout le moyen-âge, à l’'employer aux mêmes usages : Roger, de Parme (1250), Bernard Gordon (1305), Guy de Chauliae (1350), de Taranta (1418) prescrivent ces pommades dans les mêmes conditions. Ce n’est que dans le traité de Jean de Vigo : De practica in arte chirurgica copiosa (1514) qu'il est fait mention de la, première application du mercure à la syphilis. « Tout ce ‘€ qu’on a trouvé de bon pour la guérison de la vérole, dit « cet auteur, vient de Théodorie (1280) etd’Arnaud de Vil- « leneuve (1300) ». Astruc, qui avait compulsé tous les auteurs des xy° et xvI° siècles, attribue à Widmann (1497) le mérite de cette application. D’après M. le professeur Bouchard, il faudrait en reporter l'honneur à Marcellug Cumanus (1495).
Bien qu’il soit tout naturel de penser que-les onguents mercuriels usités alors dans le traitement des maladies ER > : de la peau aient été employés dans les manifestations à | syphilitiques, longtemps avant leur description classique, à c’est toutefois à ces derniers auteurs auxquels il convient . de joindre Gaspar Torrella, Conradinus Gilifus (1497), Almenar (1512), Brocardus (1516), le chevalier de Hutten (1519), que nous sommes redevables de nos premières en notions sur le traitement mercuriel de la syphilis et des
Le ‘descriptions fidèles de cette maladie.
Les frictions sont d'abord en honneur, et Jean de Vigo (1514), Jacques de Bethemont (1527), en décrivent avec soin
le mode d'emploi. Les emplätres sont souvent appliqués e - | sur de larges surfaces, dans le but de produire la saliva- ; tion. Les fumigations sont moins souvent prescrites, à cause de leur pénible administration. On n’emploie pas
‘: seulement le mercure métallique et le cinabre; dès 1497, Torrella conseille les lotions de sublimé contre les pustules vénériennes. Matthiolus (1536) est le premier qui ose pres-
— crire à l'intérieur le précipité rouge dans la vérole. En 1537, Pierre de Bayro donne la formule des fameuses pilules envoyées par Barberousse à Francois 1° et qui contenaient du mercure métallique, de l’aloès, de la rhubarbe, de ambre, du mastic et de la myrrhe. Bientôt l'usage / interne du mercure se répañd-sous l'impulsion de Paracelse
(1527) qui multiplie les préparations à base de mercure. Toutefois les frictions n’en sont pas moins en vigueur : Angelus Bologninus (1507), Nicolas Massa (1536) cher-
-__ cheut à atténuer la salivation en les espaçant. Malgré les précautions recommandées par les médecins
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de: l’époque, les frictions répétées sans mesure, les onguents, les emplâtres, les fumigations employés par les empiriques occasionnent fréquemment des accidents. Au rebours des charlatans modernes qui font table rase du mercure dans le traitement de la syphilis, les barbiers, les savetiers etles médicastres ambulants de ce temps-là poussaient l'abus du mercure jusqu'aux plus terribles conséquences. Le chevalier de Hutten, victime de ces « tortionnaires », raconte qu'il a vu mourir plusieurs patients au milieu du traitement. « J'en ai vu d’autres”dit-il, suffoqués « par le gonflement de la gorge et d’autres qui ont péri par «une difficulté d’uriner (1). Très peu ont recouvré leur « santé. » 2
De tels excès devaient amener une réaction contre l’usage du mercure et fournir des armes aux antimercurialistes. Vochs, de Cologne (1507), Montanus, de Vérone (1350), Fernel (1557), se font les adversaires acharnés du mercure. | ai
Cependant, vers la fin du xvr° siècle, les attaques contre le mercure s’affaiblissent de plus en plus et l’un de ses plus illustres adversaires, Fâllo pe (1564), après avoir formellement condamné son usage, finit par le déclarer « indispensable ». De toute part on y revient. « Ceux qui en bläment « si fort l'emploi, dit Antoine. Chaumette (1564), ne l'ont « jamais employé ou ne l’ont pas employé comme il faut.» Pour Rondelet (1565), le mercure est le véritable antidote et le meilleur remède de la vérole. D'après A, Paré (1575),
1. Hallopeau (Du mercure). A rapprocher du cas de M. Bouchard rapporté dans le même ouvrage, page 125...