‹ Étude sur le tannate de mercure dans le traitement de la syphilisChapitre 6 sur 43 · A CR · texte numérisé non relu

A CR

.« le vif argent est l’alexipharmaque du virus vérolique. » Dès lors, et pendant le xvrr° et le xvrri° siècles, le mercure est considéré par tous les médecins de l'Europe comme le remède souverain contre la vérole. John Hunter (1786) proclame le mercure : le vrai spécifique de la syphilis.

Bien qu'on connaisse les pilules (Belloste, 1656), et la solution de sublimé à l’intérieur (Wisemann, 1676), dont

. Van Swieten, un siècle plus tard, recueillera le bénéfice, c'est surtout aux frictions qu’on à recours. Toutefois elles sont mieux réglées, et Astruc se contente d’un flux salivaire modéré.

Question de théorie ! Jusqu'au xviri' siècle, sous l'empire des doctrines humorales, tous les médecins semblent d’'accord pour admettre que le mercure provoque principalement par la salivation, accessoirement par les sueurs etla diarrhée, la liquéfaction et l'évacuation des humeurs corrompues. Aussi faut-il déterminer la salivation ou tout au moins la respecter. € Tant que dure le flux pituitaire, « écrit Jean de Vigo, on aura garde de prescrire des médi- « caments styptiques dont l’action répercussive courrait

« risque de refouler à l'intérieur du corps l'humeur mor- « bide qui tend à s’éliminer par la bouche. »

Avec Boerhave (1733), et Astruc (1783), les idées iatromécaniques conduisent au mème résultat, c'est-à-dire à la méthode de saturation. Le mercure pénètre dans les vais-

. seaux obstrués où le sang ne saurait arriver, brise, divise par l'action réitérée de ses gouttelettes, le virus vénérien ‘et le chasse au dehors. A cet effet, le mercure est encore donné largä manu.

Les frictions légères, non suivies de salivation, sont pré-

LAS VE conisées surtout par Henri Haguenot (1734), dont le traitement est devenu célèbre en Europe, sousle nom de »ethode de Montpellier ou méthode d'extinction. Haguenot déclare la salivation inutile et dangereuse.

De son côté, Louis (Antoine), enseigne, en 1764, « que la « salivation est un obstacle à la continuation du remède; « qu’elle est, par suite, un empêchement à la guérison du « mal, et que l’on n’est jamais moins sûr d’être guéri radi- « calement que lorsqu'on à beaucoup salivé (24). »

L'usage interne du mercure s'est toutefois progressivement étendu. Les nombreuses préparations employées au temps d’Astruc ont pour bases le mercure métallique, ses sulfures, le sublimé doux (oxyde), le sublimé corrosif. Plus tard Hahnemann (1789) recommande son mercure soluble. :

Mais les efforts tentés pour adoucir le traitement de la syphilis allaient être de nouveau “méconnus, et, at commencement de ce siècle, le mercure devait être plus combattu que jamais. Broussais, en France, Murphy, Ferguson, Thompson, en Angleterre,ce dernier bientôt transfuge, comme jadis Fallope, dans le camp des mercurialistes ; Hermann, Lorinser, Bœrensprung, en Allemagne, montrent dans la lutte plus de violence que de bonne foi.

Enfin, de nos jours, l’illustre Ricord et le professeur Fournier semblent avoir posé d’une façon rationnelle et définitive les règles du traitement mercuriel de la syphilis. (Le mercure, dit M. G. Sée, a eu sa grandeur et sa « décadence ; nous assistons à sa restauration. »

Page 1