VI. 507 C 237 C
: l’action propre de la justice et de Pinjustice.
: pour les transformations à réaliser, ne changer autant que possible que peu de points et dont l’action ne soitguère considérable,qui ne produisent pas des effets importants.
: la δύναμις ὁρᾶν.
: l’action de l'Amour, cequ'il produit.
150 C D : la δύναμις ὑπερέχειν.
997 B : lesactions, les opérations purificatrices des corps animés ou inanimés.
41 α΄ : l’action créatrice du démiurge.
14 À : l’action de l’autre (?) 16 Α : l’action des cercles de l’âme et de la
nourriture.
: l’action d’une loi.
: l’action de certains arts.
2. A côté de cette δύναμ!ς active, principe de production, se
trouve une autre forme également caractéristique de l'être, car elle se diversifie avec les natures. Ces dernières, en effet,
dans leur contact mutuel, éprouvent des modifications tres distinctes, subissent des impressions ou des passions très particulières et conformes à leur essence. Leur état, leur attitude
sera donc encore pour elles un moyen dese manifester, eLpour
cela, cet état ou cette attitude recevront le nom de δύναμις.
Si dans Lachès (192 B), Platon appelle δύναμις la vitesse, cette qualité qui est source d’actions multiples en un temps restreint, il désigne aussi par le mème terme la vertu de courage, c'est-à-dire la fermeté, la constance (χαρτερία) de l’âme, la facilité à subir sans défaillance les chocs de la vie.
A la δύναμις δρᾶν, la République oppose la δύναμις ὁρᾶσθαι; à l’action de voir, le fait d’être vu (Républ. VI. 507 C. E, 509 B); à l’action de surpasser, δύναμις ὑπερέχειν, Parménide oppose le fait d’être surpassé, δύναμις ὑπερέχεσθαι (Parm. 150 C. D.)
Le Politique (272 B. C) attribue encore à une δύναμις cette attitude de l’être qui recoit les sensations et enrichit par là son trésor d'expériences.
Les Lois (XIL. 960 D) parlent de l’état d’indissolubilité qui caractérise l’ouvrage des Parques, et cet état ou cette propriété est une δύναμις
Enfin trois dialogues établissent explicitement la théorie de la δύναμις ποιεῖν et de la δύναμις πάσχειν que supposent, nous venons de le voir, les autres écrits de Platon.
Le Phèdre (270 D) l’expose comme une doctrine déjà ancienne et en fait remonter l’origine à Hippocrate luimême (1). Connaitre un objet, c’est connaitre sa nature, c’est, par conséquent, décomposer cet objet jusqu'à ce qu’on aboutisse aux éléments primitifs. Mais quand le travail d’analyse est terminé et qu'on arrive à ce qui est simple, par quel moyen arrachera-t-on à cette essence ses plus intimes secrets? Par ses propriétés. On examinera comment et sur quoi elle agit, comment et par quoi elle peut étre affectée. Les ètres
(4) Depuis Galien, on s'est efflorcé d'identifier la fameuse phrase d'Hippocrate et de déterminer l'ouvrage auquel Platon fait ici allusion. Malgré les savants et nombreux travaux du siècle dernier, l'état de la critique reste toujours indécis, et l'on se demande encore s'il faut voir dans le texte du Phèdre une doctrine hippocratique très générale plutôt qu’une citation, ou si vraiment le principe était énoncé de façon plus précise dans quelque traité perdu. Il faut se souvenir aussi que dans la manière de citer leurs auteurs, les anciens ne portaient pas, comme aujourd'hui, jusqu'au scrupule le souci de lexactitude rigoureuse. On
trouvera toute l’histoire de cette discussion dans l'étude si riche de * M. Diès, déjà signalée. Rev, de philos., p. T0 et sqq. ; 663-675.
154 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
seront connus grâce à leurs relatiohs mutuelles. Les expériences permettront de constater de quelle manière ils se comportent vis-à-vis les uns des autres, quelles influences ils exercent sur tels ou tels, quelles aussi ils subissent, influences toujours identiques et absolument personnelles : agir et subir, δύναμις... εἰς τὸ δρᾶν. οἱ δύναμις... εἰς τὸ παθεῖν, constituent donc les deux termes qui les caractérisent et qui permettront de les déterminer.
Dans Théétète (156 A), Platon suit l'hypothèse des relativistes dont 11 développe les arguments. Tout, disent-ils, se réduit au mouvement. Mais le mouvement, dont les espèces sont innombrables, se distingue en deux genres : l’un ἃ la tv); l’autre, de subir (δύναμις πάσχειν). De la combinaison des deux nait une quantité
propriété d'agir (δύναμις π
Oo pes [a] .-
d'effets qui peuvent, du reste, se résumer aussi en deux classes : l’objet sensible qui est action; la sensation qui est passivité. Mais, on le voit, ces mouvements ne sont connus que par leurs propriétés. Et si Platon réfute ensuite l’école d’Héraclite, c'est pour sa négation de la permanence, par conséquent de l’être, non pour sa théorie de la connaissance par la δύναμις.
Le Sophiste d’ailleurs suflit à le montrer, qui essaie de formuler une définition de l'être par la δύναμις (247 ΕἸ : « Tout ce qui possède une propriété capable d'exercer conformément à sa nature une action quelconque ou d'en subir une, serait-ce la plus petite et de l’objet le plus méprisable, serait-ce une seule fois, cela est véritablement... Les êtres ne sont pas autre chose qu’une δύναμις ». Du reste cette δύναμις peut exprimer un mouvement physique réel de ποιεῖν et une modification également réelle, par conséquent un changement et encore un mouvement de πάσγειν, explicable uniquement dans un être corporel. C’est pourquoi les matérialistes qui ne reconnaissent comme existant que le tangible et le visible, accepteront la formule du Sophiste. D'autre part, les . termes ποιεῖν et πάσχειν peuvent ne désigner que de simples relations qui ne supposent nullement un mouvement physique. La χοινωνία qui relie entre elles les Idées, ne représentera pas autre chose que cette possibilité de rapports (rapports
de ποιεῖν et de πάσχειν) expliquant la liaison des intelligibles (1). Ainsi les amis des εἴη recevront à leur tour, sans trop de difficultés, la définition proposée. — Mais en tout cas, qu'il s'agisse d’action et de passion réelles où métaphoriques, ces deux formes de δύναμις constitueront les deux propriétés ou les deux faces de l’être permettant sa manifestation.
3. La δύναμις ne se confond pourtant pas absolument avec l'être, et ce serait fausser la pensée de Platon que d'expliquer par une valeur définitive d'équivalence entre les deux idées les expressions suivantes du Sophiste : τίθεμαι! γὰρ ὅρον [opietv|
ss
τὰ ὄντα ὡς ἔστιν οὐχ ἄλλο τ΄ πλὴν δύναμις 947 E). Les théories fondant sur ce passage une doctrine dynamique de l'être ne tiennent pas assez compte du contexte. Il ne faut pas oublier que la définition proposée garde un caractère polémique. Elle est composée de façon à être rendue acceptable à deux groupes d’adversaires différents, mais elle est provisoire, et mème est abandonnée dans la suite de la discussion (2).
Platon distingue δύναμις et οὐσία, Le dialogue de Protagoras (349 B) reconnait la diversité et aussi le rapport de ces notions quand il recherche si science, tempérance, courage, justice, sainteté sont les noms d’une essence particulière, d’une οὐσία, d’un πράγμα qui possède ces qualités spéciales, Et les textes dans ce même dialogue sont nombreux qui établissent nettement le départ entre la chose elle-même ou sa nature et ses propriétés : ... οὔτε αὐτὸ de. δύναμ'ς αὐτοῦ (330 B)... καὶ αὐτὰ χαὶ αἱ δυνάμεις αὐτῶν... (333 A)
Ailleurs encore, on notera, et sans aucun doute possible,
(4) Dans la Definition de l'Etre..…., M. Diès montre justement l'emploi très large des verbes ποιεῖν et 74572! chez Platon. « Action et passion sont prises en un sens qui peul indéfiniment s'élargir, jusqu’à ne plus désigner qu'une relation ou ce que Platon appelle, d’autres fois, une participation : l'être, quand il est un, éprouve la passion d'unité. Nous dirions : il reçoit le caractère d'unité... » p. 29. Cf. les textes du Parmenide cités p. 28 et l'étude sur la χοινωνία p. 116 et sqq.
(2) Je n'ai pas à revenir sur cette thèse très clairement démontrée par M. Diès. La Définition de l'Etre..., pp. 29-35.
156 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
cette distinction très précise de la nature d’un objet et de sa δύναμις. (harmide, par exemple (168 D), affirme que toute δύναμις entraine après elle son οὐσία : ... ὅτιπερ ἂν τὴν ξαυτοῦ δύναμιν πρὸς ἑαυτὸ ἔχῃ, οὐ καὶ ἐχείνην ἕξει τὴν οὐσίαν, πρὸς ἣν ἣ δύναμις αὐτοῦ nv; ... L'une n’est donc pas l’autre.
La δύναμις que d’après Jon (cf. tous les textes cités p. 87 etsq.) la pierre magnétique communique aux anneaux de fer, diffère évidemment de la substance même de la pierre ou des anneaux.
La δύναμις que suivant le Phédon (T0 B) ou les Lois (XI. 927 A) l’âme possède après la mort, ne peut se confondre avec sa nature.
La République (11. 358 B) ἃ soin de discerner 1᾿ αὐτὸ χαβ᾽ αὑτό de la justice et de l'injustice et leur δύναμις.
La question du Theétète : est-il possible qu’un objet totalement contraire à un autre, garde quelque δύναμις identique dans les deux (158 E), laisse du moins ouverte l'hypothèse d’une δύναμις semblable là où l'opposition des objets n’est point absolue, et suppose ainsi la non convertibilité de la chose et de la δύναμις.
Mème dans des dialogues postérieurs au Sophiste, des textes très clairs attestent cette distinction de la nature ou du fond intime de l’être et de la propriété. Par exemple, le Philèbe (29 B) : le feu qui se trouve en nous ne manifeste pas toute la vertu digne de sa nature : ... καὶ οὐδαμῇ οὐδαμῶς εἰλικρινὲς ὃν χαὶ τὴν δύναμιν οὐχ ἀξίαν τῆς φύσεως ἔχον... ; le Timée sépare τὴν ἰδέαν καὶ δύναμιν (28 A); les Lois (ΧΠ. 960 D) parlent de la propriété indissoluble que le législateur doit donner à ses ordonnances, propriété qui convient à leur nature : … τὴν ἀμετάστροφον αὐτοῖς ἐγγίγνεσθαι κατὰ φύσιν δύναμιν.
C’est pourquoi, je ne puis admettre l'opinion de Ritter(1) qui pense, avec Peipers, devoir identifier δύναμις et οὐσία, δύναμιν ἔχειν et eva. Il n°v ἃ point parfaite synonymie entre les deux membres de phrase dans ces formules assez fréquentes des Dialogues, où l’on veut déterminer les divers êtres : τί ᾿ς ποτ᾽ ἐστὶ χαὶ τίνα δύναμιν Eye... (CF. Républ. IL. 358 B, Phèdre 237 C, Philèbe 31 À, Lois I. 643 À, X. 892 A.) Sans doute,
(1) C. Rirrer, Platos Gesetse Kommentar, p. 11 et 12.
c'est au moyen de la δύναμις que l’on définira, mais cela ne veut pas dire que celle-ci se confonde avec l’ov. L’être ne sera saisi et par conséquent connu que par ses manifestations extérieures, car sa nature intime reste cachée. Or, toutes ses relations se réalisent par l'intermédiaire de ses propriétés, sources d’action ou de passion. Il est donc naturel qu’exprimé par ses propriétés, l'être soit défini par elles.
Ces formules laissent pourtant entrevoir quels rapports unissent l’oÿsix et la δύναμις. Si les deux termes ne sont pas de tout point assimilables, ils se commandent cependant de telle sorte que l’un suit naturellement l’autre. La propriété découle immédiatement de l'être, participe à son évolution, à ses vicissitudes, et c’est ainsi qu’à tout changement de nature correspond un changement de δύναμις. Ainsi la République (VI 497 B) comparant la nature philosophique égarée dans les cités actuelles à la semence jetée en terre étrangère, qui s’affadit et prend la qualité du sol, déplore la transformation analogue de cette nature philosophique et la perte de sa δύναμις propre. De même le Politique relie entre elles les deux notions : forme de l'être et propriétés, quand 11 admire la souplesse de ces sophistes ou de ces rhéteurs qui, semblables à des satyres, à des lions, à des centaures... se métamorphosent avec une facilité extrême : ταχὺ de μεταλάττουσι τάς τε ἰδέας καὶ τὴν δύναμιν εἰς ἀλλήλους... (4)
Du reste, la constatation du rapport qui existe entre essence et ses propriétés n’est pas absolument personnelle à Platon. Les médecins grecs avaient avant lui remarqué l’union très intime de ces differents termes et les textes de la collection hippocratique confirment notre afhirmation. Je cite, par exemple, le Περὶ φύσιος ἀνθρώπου où certaines expressions rappellent étonnamment celles mème du Politique que nous venons d'indiquer : parmi les médecins, y est-il dit (Littré VI. 54), quelques-uns prétendent qu’il y a une substance unique... et que cette substance change de nature et de propriété sous l'influence du chaud et du froid... : .… χαὶ
(4) Sur le sens de ἰϑέα, à peu près synonyme de φύσις ou de οὐσία, cf, C. Rurrer, Neue Untersuchungen…
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158 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
τοῦτο ἕν ἐὸν μεταλλάσσειν τὴν ἰδέτν χαὶ τὴν δύναμιν... Je citerai encore le Περὶ Νούσων τὸ τέταρτον où se trouve exposée une théorie à laquelle Platon fait peut-être allusion dans son exemple de la République : la semence jetée en terre étrangère, disait-il, s’affadit et prend la qualité du sol. Le Περὶ Nouswy développe longuement cette hypothèse des Suvauer
(Littré VIT. 544. 546. 548). Il explique que la terre possède toutes sortes de qualités qui passent dans les végétaux. C'est pourquoi les plantes sont d’espèces différentes. La diversité des δυνάμεις correspond à la diversité des natures : μυρία! γὰρ ἐν αὐτῇ δυναάμιές εἶσι, καὶ διὰ ταῦτα τὰ γένεα EX τῆς γῆς πρῶτον οὐδὲν ἕτερον ἑτέρῳ ὅμοιον ἐ ἔφυ, ὅ τι μὴ συγγενές (546).
Si les relations sont tellement étroites entre l'être el ses PIODRUES, on comprendra qu’il soit facile de définir la φύσις par la ούναμις, ce qui est caché par ce qui est manifeste, et, dans des cas où la rigueur des expressions est moins requise, d'employer δύναμις dans un sens presque synonyme de φύσις. Je note ici les différents passages où la confusion est possible. Π ne me paraît pourtant pas absolument prouvé que la synonymie des termes soit parfaite.
Dans Parménide (133 D. E et 134 D), δύναμις est en parallèle avec οὐσία et semble avoir à peu près la même signification. C’est du reste le seul cas d’un tel PROS de ces termes dans les Dialogues. Et encore ici, δύναμις désigne-t-il l'essence relative des êtres en aëte de relation. Or tout acte de relation suppose une certaine manifestation extérieure qui rende le rapport connaissable. Δύναμις exprime done à la fois l’essence de ces êtres et leur manifestation au dehors ou leurs propriétés.
Le Sophiste (248 C) appelle une fois δύναμις l'être même, la réalité du ποιεῖν et du πάσχειν, mais il l’oppose précisément à l'oûsiæ qui, suivant les amis des εἴδη, ne souffre ni action ni passion.
Dans le Politique (305 E), le terme πολιτιχή résume la δύναμις de cette science qui commande à une multitude de sciences, préside aux lois, aux intérêts de la cité... ete... Sans doute, on traduit légitimement le mot par nature, mais cette nature est en somme l'expression des divers caractères :
analysés par le dialogue et qui constituent la πολιτική, caractères extérieurs et grâce auxquels cette science spéciale manifeste ce qu'elle est.
Philèbe s'efforce de découvrir la φύσις des plaisirs (45 C), et l'analyse des différents plaisirs permet d'examiner leur δύναμις (44 C. D). En constatant leur action, leurs traits distinctifs, on peut porter un Jugement sur leur nature.
49 C : la δύναμις de l’envie consiste dans un mélange de plaisir et de douleur. Encore ici. la nature de l’envie est définie par sa manifestation.
64 E : δύναμις est employé parallèlement à φύσις : Nov δὴ χαταπέφευγεν ἡμῖν h τοῦ ἀγαθοῦ δύναμις εἰς τὴν τοῦ χαλοῦ φύσιν. Mais cette ούναμις est déterminée par les deux caractères qui spécitient la bonte et la beauté : mesure et ordre. Ailleurs, le mot désigne plusieurs fois sans plus de précision l'être dans sa généralité : la δύναμις de la cause (30 D), la δύναμις du plaisir (44 C, 67 A).
Mème emploi périphrastique dans un plus grand nombre de textes du Timée : la δύναμις des paupières, du feu (45 E, 64 C); la ovvau.s de discours vraisemblables (48 D); la δύνα αις des pensées (71 B); la δύναμις de la bouche (75 D); la δύναμις de l’autre (T4 A).
Une fois, ούναμις est également employé parallèlement à φύσις (50 B). On compare la γῶρα à la masse d’or qui pour devenir une multitude de formes doit elle-même n'en être aucune. Il en est ainsi de cette zu51 qui reçoit tous les corps. On lui donnera toujours le même nom, car elle ne sort jamais de sa propre δύναμις. Mais cette δύναμις est précisément caractérisée par la propriété de tout recevoir et de ne prendre aucune forme particulière.
Au XIe livre des Lois (938 B) la signification de δύναμις est peu précise et l'emploi est plus ou moins périphrastique. En somme, si ces textes montrent bien les rapports très » étroits qui unissent l'être et ses propriétés, rapports tels qu'ils permettent de définir les natures diverses par leurs actions ou leurs passions et qu'ils expliquent la confusion apparente des termes, ils ne sont pourtant pas décisifs pour aflirmer absolument l'identité totale de la δύναμις et de "οὐσία. Là,
PT δον χουν ἐς
au contraire, où Platon s'exprime avec plus de rigueur et de facon plus explicite, il a soin de distinguer les deux notions, tout en montrant dans l’une le fondement de l’autre.
4. Ces rapports mèmes expliquent pourquoi Platon regarde la ὀύναμις comme le principe de spécification des êtres. Si la nature reste cachée et ne se fait connaître que par son ποιεῖν ou son πάσχειν, On n'établira de différenciation entre les objets qu'en examinant leurs propriétés respectives et en concluant de leurs relations extérieures à la source de ces relations. Nous avons déjà constaté dans les traités hippocratiques ce rapprochement continuel de la substance et des qualités qui en découlent, ainsi que la tendance des écrivains à distinguer précisément ces substances par ces qualités (1). Le Περὶ Nouswy τὸ τέταρτον, avons-nous remarqué, établit même très clairement que grâce aux δυνάμεις, aucun végétal d'espèce différente ne fut produit à l’origine semblable à l’autre (2). Cette idée est transportée par Platon dans l’ordre philosophique, et les Dialogues aftirment maintes fois que la δύναμις permet non seulement de connaître, mais encore de spécifier les êtres. L’atfirmation est souvent implicite, en ce sens que les choses possèdent en fait dans leurs qualités propres, le principe qui aidera à constituer parmi elles des catégories : le Charmide, par exemple, suppose cette doctrine que si la . science ne reste pas indéterminée, mais peut être divisée en un certain nombre de sciences particulières, c’est qu'en elle se trouvent des δυνάμεις qui la rendent science de tel ou tel objet : ... ἔστι μὲν αὕτη ἣ ἐπιστήμη τινὸς ἐπιστήμη, καὶ ἔχει τινὰ τοιαύτην δύναμιν ὥστε τινὸς εἶναι... (168 B). De même la vertu, et c’est l'hypothèse du Protagoras (349 B), perd sa généralité et reçoit différentes dénominations à cause des propriétés spéciales, de [ἰδία ôuvauts, qui caractérisent chacune de ses parties. Α leur tour, les arts sont distingués par leur δύναμις. Socrate qui cherche de la rhétorique une défi-
(1) Αἵ. les textes du Περὶ ᾿Αρχαίης ἑητρικῆς, p. 32 et 544. et notre <onclusion, p. 36.
(2) Περὶ Νούσων, 546. — Voir notre premier chapitre p. 50.
nition vraie, c’est-à-dire qui s'applique à ce seul art et ne lui soit pas commune avec d’autres, veut apprendre de Gorgias quelle est la δύναμις de la τέχνη qu’il professe(Gorgias 447 C) : n'est-ce pas supposer que par cette connaissance on saisira le moyen d'établir les spécifications nécessaires ?
Pour aboutir à une détermination rigoureuse des méthodes d'analyse et de synthèse dont se compose la dialectique, le Phèdre entreprend une description technique de leur δύναμις. (265 D.)
Le Sophiste groupant les arts par espèces, fonde sa classification sur la δύναμις qui est propre à chacun, et il en réunit certains sous le nom de rounzun, en vertu de la δύναμις ποιεῖν qui leur est spéciale (219 B). Enfin de façon semblable, si le Politique énumère diverses espèces de possessions, il distingue l’une d’elles, celle des aliments, par sa δύναμις particulière (289 A).
Ces indices isolés, recueillis dans des dialogues écrits à des époques assez distantes les unes des autres, et dont la pensée, le style, la methode accusent des changements dans la manière et les préoccupations d'esprit de Platon, confirmeraient déjà la proposition que nous avons émise plus haut : la δύναμις constitue non seulement le principe qui révèle les différentes natures, mais encore le principe- qui établit en elles des distinctions essentielles. Pourtant, même en dehors de ces affirmations implicites, nous pouvons retenir certains aveux formels qui nous permettront deconclureavecplus decertitude.
C’est d’abord le texte de la République qui énonce catégoriquement la thèse et reconnaît que les arts différent les uns des autres, parce qu’en chacun d'eux la δύναμις est autre
EXASTOTE τῶν τεχνῶν. τούτῳ ἑτέραν εἶναι, τῷ ἑτέραν τὴν δύναμιν ἔχειν... (I. 346 A).
C’est aussi la théorie maintes fois exprimée dans les Dialogues que les objets recoivent un nom conforme à leurs propriétés. Et tous les développements du Cratyle sur l'utilité des noms et leur formation expliquent comment on peut rapprocher cette doctrine du principe que nous essayons de retrouver dans les écrits platoniciens : la Güvauts est dans les êtres l'élément spécificatif. En effet, ce dialogue n’est pas étranger
102 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
aux spéculations onomastiques en vogue de tout temps chez les Grecs, mais surtout parmi les cercles orphiques. [ὄνομα possède une vertu mystérieuse ; il réalise l’essence des choses, et celui qui arrive à découvrir le nom atteint l'être jusque dans ses profondeurs. Aussi à tout changement de nature correspond un nom nouveau, et si les dieux se meétamorphosent, d’après Phérécyde, 115 prennent un ὄνομα symbolique de leur transformation (1). On peut donc dire en toute vérité : tel le nom, telle la chose. C’est la théorie même exposée dans Cratyle : quand on connaît le nom, on connaît l’objet, car le nom est semblable à l’objet : ... ἐπειδάν τις εἰδῇ τὸ ὄνομα οἷόν ἐστιν — ἔστι DE οἵόνπερ τὸ πρᾶγμα — εἴσεται O1 XAL τὸ πραγμα, ἐπείπερ ομοιον τυγχᾶνε. ον τῷ ονοματι... (435 D). Les noms, par conséquent, sont distinctifs des objets. Or, ce qu'ils expriment, c’est précisément la δύναμις de ces objets, et toute la valeur du nom consiste en ce que ᾿᾿ οὐσία τοῦ πράγματος manifestée par sa ouvauts essentielle réside en lui et domine (393 D. E). En sorte que Platon fait vraiment sien l’aphorisme d’Isocrate que nous citions plus baut .. οἵων περ ὀνομάτων ἕχαστον τῶν πραγμάτων τετύχηχε, τοιαύτὰς ἡγεῖσθε χαὶ τὰς δυνάμεις αὐτῶν εἶναι (2). Et suivant l’occasion, les différents dialogues rappellent en passant le principe ici aflirmé.
D'abord le Cratyle lui-même a soin d'indiquer dans tels ou tels textes comment l'attribution du nom est due à la propriété des choses signifiées : le nom d’Apollon désigne clairement les quatre δυνάμεις du dieu (404 E, 405 A. E, 406 A); le mot κέρδος qui s'applique au bien, traduit la propriété du bien qui est de pénétrer tous les êtres et de se mêler à eux (417 B).
(1) On trouvera des renseignements intéressants sur la mystique ancienne des noms et sur son introduction par le courant orphique dans la philosophie grecque chez Eiszer, Weltenmantel und Himmels=elt, spécialement t. II, p. 703.
Platon signale déjà chez Homère cette tendance à rattacher les noms à la nature même des êtres. Cratyle 391 D sqq. On la retrouve aussi chez Phérécyde, Diog. L. 1. 119: chez Parmenide, fr. 8. 38.53. chez Heraclite, fr. 32, 48.
(2) Νικοχλῆς, 59. Voir chapitre I, p. 64.
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Semblables indices se retrouvent des premiers dialogues aux derniers, dans le Lachès, an des dialogues de la première heure, où les noms de vitesse, de courage, de plaisir, de chagrin, sont justifiés par les propriétés respectives de ces entités (192 B), et aussi dans les Lois, le grand traité des derniers jours, où, par exemple, le nom d’Atropos donné à la troi-
sième Parque est dit caractériser la δύναμ'ς qui lui convient
(XIT, 960 D).
Mais parmi les dialogues intermédiaires, nous pouvons encore signaler, entre autres, le Politique, où l’ensemble des propriétés spéciales à une certaine science est résumé dans
VPappéllation commune de πολιτική (305 E), et surtout le
Timée qui rapproche maintes fois les deux notions d’ovoux et de δύναμις : v.g. le nom de miel est attribué à toute propriété produisant une sensation de douceur (60 B); toute substance dont la propriété est analogue à celle du nitre s'appelle amère (65 ΕἾ; les substances qui déchirent ce qu’elles rencontrent sont nommées piquantes, à cause de ces propriétés (66 A).
En un mot, il ressort de toute la doctrine onomastique platonicienne que. les noms signifiant les objets les distinguent entre eux. Mais aussi les noms ne sont que l'expression de la δύναμις qu'ils désignent et représentent. La δύναμις reste donc toujours dans les êtres le principe fondamental de détermination et de spécification.
ΗΠ. Nous devons encore signaler une nouvelle acception du terme δύναμις. Nous n’en trouvons pas de trace avant la République. Mais au V° Livre, quand Platon veut faire le départ des deux notions de δόξα et 4᾿ ἐπιστήμη, il appuie tout son développement sur une signification spéciale et plus technique du mot. Δόξα et ἐπιστήμη, dit-il, se distinguent, car « elles se rapportent à un objet différent, proportionné à la δύναμις de chacune » (478 B). Cette phrase amène une transition nécessaire pour expliquer en quoi consiste cette δύναμις dont on parle, et pour définir une expression dont on modifie le sens adopté jusqu'ici : « Je dis que les δυνάμεις sont un genre d'êtres, grâce auxquels nous et tout ce qui les
104 LA ϑύναμις DANS LES DIALOGUES.
possède, nous pouvons agir... » (477 C;. Elles ne sont pas quelque chose de matériel ayant couleur ou forme qui permette de les discerner. On les distinguera par leur destination
et par leurs effets : ἐφ᾽ ᾧ τε ἔστι χαὶ ὃ ἀπεργάζεται... (477 I))..
Où les objets sont différents et les opérations diverses, on
conclura de même à la diversité des δυνάμεις. et c’est ainsi.
qu'on rangera dans 06 γένος τῶν ὄντων d’une part la vue ou l'ouie, de l’autre la δόξα et 1᾿ ἐπιστήμη, c’est-à-dire des fonctions qui ont leur siège dans le corps ou qui résident dans l’âme. | D'après cette analyse de la République, le terme désigne à la fois ce que nous comprenons aujourd’hui sous le nom de sens et de facultés. I] ne faut pas croire pourtant que ces notions soient déjà délimitées avec la précision que l’on rencontre dans les écrits d’Aristote. Platon ἃ concu sans doute les δυνάμεις comme des puissances ou des capacités de production dont les êtres sont plus ou moins riches et au moyen desquelles ils opèrent comme au moyen d'instruments (1). Mais ne cherchons pas une détermination bien arrêtée des concepts de sens ou de facultés. La δύναμις garde encore une signification assez générale, parfois même un peu vague, et en tout cas plus large que celle qui lui fut dans la suite attribuée par l’école péripatéticienne. En effet, si les divers sens : vue, ouie, goût... sont généralement bien distingués entre eux, la différence entre la puissance elle-mème, la capacité d'agir et l’organe, n’est pas toujours aussi nette. Dans (4) Les facultés (δυνάμεις) supposent un objet extérieur et un intermédiaire qui leur permet de s'unir à cet objet ou d'entrer en acte. Ainsi la vue (ὄψις) réclame nécessairement un objet visible (χρῶμα). mais encore un autre facteur : la lumière (φῶς). La δύναμις peut être présente comme ὄψις dans l'organe de la vue (1651}}}, comme χρόα dans l'objet, mais seulement en puissance. Elle ne se réalisera pas si la lumière ne vient l’actualiser. Le sujet essaierait en vain de l'utiliser dans l’obscurilté. (République. VI. 507 D. E.) Cette distinction nettement entrevue par Platon entre la faculté capable d'agir et la faculté agissant fait conclure à Bury que l’auteur de la République avait certainement dans l'esprit les deux notions de potentialité et d'actualite développées par Aristote. Cf. la note de Bury, On the use of δύναμ"ς and φύσις in ΡΙαίο, p. 398. =
pare ὦ PTS NÉE τσὶ τ US UT
un passage de la République, Platon sépare formellement, semble-t-il, la ὀύναμις (désignant ici une faculté intellectuelle) et son ὄργανον ou l'instrument par lequel s'exerce la faculté :
… ταύτην τὴν ἐνοῦσαν ἑκάστου δύναμιν ἐν τῇ ψυχῇ καὶ τὸ ὄργανον ᾧ χαταμανθάνει ἕκαστος... (VII, 518 C); mais ailleurs le départ des deux notions est beaucoup plus confus. Dans l’argumentation du Théétète où l’on veut démontrer que la connaissance s'opère directement par l’âme, non par les sensations, d’ellesmêmes isolées et réclamant un centre unificateur, on fonde
. le raisonnement sur ce fait que chaque organe ἃ sa sensation
propre. Or ici, ὄργανον et δύναμις sont employés à peu près indifféremment et paraissent synonymes. Ainsi : Δεινὸν γάρ που, ὦ παῖ, εἰ πολλαί τινες ἐν ἡμῖν ὥσπερ ἐν δουρείοις ἵπποις αἰσθήσεις ἐγχάθηνται, ἀλλὰ μὴ εἰς μίαν τινὰ ἰδέαν, εἴτε ψυχὴν εἶτε ὅτ ι ÔEL χαλεῖν. πάντα ταῦτα συντείνει, ñ διὰ τούτων οἷον ὀργάνων αἰσθανόμεθα ὅσα αἰσθητά (184 ἢ), -- οἱ : Ἢ καὶ ἐθελήσεις ὁμολογεῖν ἃ δι’ ἑτέρας δυνάμεως αἰσθάνῃ, ἀδύνατον εἶναι δι’ ἄλλης ταῦτ᾽ αἰσθέσθαι... (184 E) ... τούτοις πᾶσι ποῖα ἀποδώσεις ὀργανα δι᾽ ὧν αἰσθάνεται ἡμῶν τὸ αἰσθανόμενον ἕχαστα (185 ὦ.
On le voit, l’action de sentir est attribuée aussi bien à "ὄργανον qu’à la δύναμις et les deux termes désignent à la fois la vue, l’ouie... mais également les veux ou les oreilles
. σχόπει VAR * Ce ποτέρα ὀρθοτέρα, ᾧ ὁρῶμεν, τοῦτ᾽ εἶναι. ὀρθαλμούς, n 0! οὗ ὁρῶμεν, καὶ ᾧ ἀκούομεν, ὦτα, Ὦ δι᾿ οὗ ἀχούομεν ; --- Δι᾿ ὧν ἕκαστα ἘΠ ἢ: ἔμοιγε δοκεῖ, ὦ Σώχρατες, μᾶλλον ἢ οἷς. (184 (. — Voir aussi D. E) ... Ἦ καὶ ἐθελήσεις ὁμολογεῖν ὃ δι᾿ ἑτέρας δυνάμεως αἰσθάνῃ, ἀδύνατον εἶναι δι᾽ δι’ ἀχοῆς; ... Εἴ τι ἄρα περὶ ἀμφοτέρων διανοῇ, οὐχ ἂν διά γε τοῦ ἑτέρου ὀργάνου, οὐδ᾽ αὖ διὰ τοῦ ἑτέρου περὶ ἀμφοτέρων αἰσθάνοι᾽ ἀν (185 A). Et plus loin, le sens du goût est nommé expressément en fonction de son organe : ... ἥ γε διὰ τῆς γλώττης δύναμις (185 C). Sans doute, on pourra dire que la préposition instrumentale établit précisément la distinction entre la puissance et l’organe. On remarquera toutefois que dans tout ce passage de Théëétète et dans les textes que nous avons cités, cette même préposition instrumentale déterminé
166 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
également l’obts ou l'éxon. Du reste, le Timée à son tour témoigne de cette confusion que nous remarquons dans le Théétète, et il ne sera pas inutile de signaler que là, le sens de l’odorat est directement appelé : τὴν τῶν μυχτήρων δύναμιν (66 D), la δύναμις du nez.
Quant aux facultés, nous n’en trouvons pas dans les Dialogues une classification rigoureuse. La République distingue la δόξα ou faculté du sensible, de l’instable, de l'opinion, et 1᾽ἐπιστήμη désignant ici non seulement la science objective, mais la capacité de concevoir et d'atteindre le réel. (V 477 Bet sqq., 478 A, 479 D). Ailleurs, 1᾿ ἐπιστήμη reçoit le nom de δύναμις τοῦ διαλέγεσθαι (1) (VI 511 B, VII 532 D, 533 À, 537 D, Parménide, 135 B. C), δύναμις τοῦ φρονῆσαι (VIL 518 ΕἾ, τῆς φρονήσεως (Timée, T1 E), τοῦ φρονεῖν (Lots. ΠῚ, 694 B). C’est toujours de 1᾿ ἐπιστήμη qu'il est question dans le passage de Philèbe où l’on parle de la δύναμις ἐρᾶν... τοῦ ἀληθοῦς, et les expressions employées montrent que celleci se confond en somme avec la δύναμις τῆς φρονήσεως
. ἀλλ᾽ εἴ τις πέφυχε τῆς ψυχῆς ἡμῶν δύναμις ἐρᾶν τε τοῦ ἀληθοῦς καὶ πάντα ἕνεχα τούτου πράττειν, ταύτην εἰπωμεν διεξερευνησάμενοι — τὸ καθαρὸν νοῦ τε καὶ φρονήσεως εἰ ταύτην μάλιστα ἐχ τῶν εἰκότων ἐκτῆσθαι φαῖμεν ἂν ἤ τινα ἑτέραν ταύτης χυριωτέραν ἥμιν ζητητέον (58 D). Dans tous ces textes, il s’agit de la puissance proportionnée:aux Idées et permettant à l’homme de s’élever vers la sphère de l’immuable vérité que le mortel ici-bas contemple si difficilement. Cette puissance réside dans l’âme avec son organe et elle détourne l’âme toute entière du monde obscur des apparences pour la plonger dans la lumière de l’être que les ombres n’offusquent point (Républ, VI. 518 C).
(4) Sur la synonymie de la δύναμις τοῦ διαλέγεσθαι et del ἐπιστήμη, cf. par exemple, République ΥἹΙ, AA B : To τοίνυν ἕτερον μάνθανε τμῆμα τοῦ νοητοῦ λέγοντά με τοῦτο οὗ αὐτὸς ὁ λόγος ἅπτεται τῇ τοῦ διαλέγεσθαι δυνάμει... . et 541 C: ... δοχεῖς γάρ μοι συχνὸν
EYoy λέγειν. - ὅτι μέντοι βούλει ὃ διορ! ΤῊΝ σαφέστερον εἶναι τὸ ὑπὸ τῆς τοῦ διαλέγεσθα! ἐπιστήμης τοῦ ὄντος τε χαὶ νοητοῦ θεωρούμενον, ἢ τὸ ὑπὸ τῶν τεχνῶν καλουμένων...
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La δόξα est peut-être comprise dans le Philèbe parmi ces δυνόμεις... τῆς στοχαστιχῆς qui ont pour objet l’expérience et aboutissent à des probabilités (!) (55 E).
A deux reprises dans les Lois, le terme δύναμις est pris suivant une acception beaucoup plus générale. Dans un premier passage (X. 902 C), placé à côté 4’ αἴσθησις, il peut signifier les sens, tout aussi bien que les facultés. Et encore le mot faculté doit être entendu très largement, puisque on parle de la faculté de porter, de gouverner... Plus loin (906 B), les δυνάμεις désignent les « facultés animées » des dieux, où habitent les vertus de justice, de tempérance, de prudence.
Ce sont dans les Dialogues, les seuls indices que nous puissions relever d’une théorie et d’une détermination des sens ou des facultés. Aïlleurs, je le sais, on trouve une autre classification qui, en un certain point, nous rapproche davantage des doctrines péripatéticiennes, et la distinction des trois parties de l’âme, des εἴδη : le λόγος, le θυμός et 1Ι᾿ἐπιθυμητιχόν, rappelle les analyses d’Aristote sur les puissances. Toutefois, remarquons que le terme δύναμις n’est pas proprement appliqué à ces en, et peut-être faudrait-il les considérer plutôt comme les instruments des fonctions d’érisrnun ou de δόξα. Les rapports, en effet, sont très étroits entre le λόγος et la connaissance véritable, et par la partie logistique de l'âme s'exerce la δύναμις τοῦ διαλέγεσθαι; les ressemblances sont également frappantes entre la δόξα et le θυμός, comme nous avons eu l’occasion de le remarquer
(4) Il est curieux de rapprocher ce texte de Philèbe (55 E) de tous ceux de la Republique où sont distingués la δόξα et la διάνοια, spécialement au livre VII. Si, d'après le Philèbe, les δυγάμεις... τῆς στοχαστικῆς aboutissent à des probabilités, elles peuvent pourtant, perfectionnées par la réflexion et le travail, μελέτῃ χαὶ πόνῳ, recevoir le nom de τέχναι. Or, c'est ce même nom que reçoivent aussi les διάνοιαι, de la République supérieures aux ὅόξαι. (Voir, par exemple, VII, 514, C. D.) Elles sont comme une transformation de ces dernières, de même que les τέχναι du Philèbe ne sont que les δυνάμεις... τῆς στοχαστιχῆς, mais possédant une stabilité plus grande. Ceci confirme notre interprétation qui assimile ces δυνάμεις à la δόξα.
168 LA δύναμις DANS LES DIALOGUES.
ailleurs(1). Aussi dans ce texte de Ja République que nous avons cité plus haut (VII. 518 C), on doit entendre par cet ὄργανον distinct, semble-t-il, d’une δύναμις de l'âme, le λόγος ou le vous.
Quoiqu'il en soit, de cette théorie embryonnaire des facultés, on retiendra d’abord l'adaptation technique du terme δύναμις à une idée nouvelle, ou plutôt à un genre d'êtres très particuliers, γένος τι τῶν ὄντων, puis, la conception de ces ὄντα comme des puissances ou des capacités d'action diverses et respectivement proportionnées à un objet spécial, à un mode déterminé d'opération. De telle sorte que si en elles-mêmes ces δυνάμεις ne se distinguent pas, par cet objet et par ce mode d'action, elles peuvent être définies et différenciées.
Hormis ces quelques points, il ne faut pas chercher dans les Dialogues de Platon une doctrine plus approfondie des facultés. C’en était assez cependant pour qu'Aristote, sur ces données, construisit dans la suite un système plus large et plus précis. |
(4) Sur les rapports de la δόξα et du θυμός, cf. notre Notion platonicienne d'Intermediaire dans la philosophie des Dialogues, p. 97 sqq.
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