CHAPITRE I
Depuis Willis qui,en 1682, fixa d’un facon définitive les traits de la coqueluche, cette affection a fait le sujet d'un grand nombre de travaux 1mportants qui tous ont eu surtout pour objet d’en déterminer la nature, les causes et le degré de contagiosité. Plusieurs théories ont été émises pour expliquer la nature de la maladie :
Certains auteurs ne tenant compte que des symptômes de la première période où manquent les phénomènes nerveux, en ont fait un simple catarrhe d’une nature toutefois un peu spéciale : D'autres, frappés par le caractère spasmodique de la toux et par l'absence de lésions anatomiques sérieuses l'ont regardée comme une névrose.
D’autres enfin, considérant la contagiosité de la coqueluche l'ont déclarée maladie spécifique, microbienne, infectieuse.
Nous allons passer rapidement en revue ces diverses théories et dire à laquelle nous nous rattachons, afin de pouvoir étudier plus tard l’action de l’antipyrine dans cette affection.
se DE
La coqueluche considérée comme un catarrhe non spécifique.
Cette opinion qui fut celle de Gendrin et de Beau était basée sur les lésions inflammatoires de la muqueuse respiratoire rencontrées soit à l'autopsie, soit pendant la vie, plus particulièrement dans la région sus-glottique. La chute sur la glotte du produit muco-purulent sécrété par la muqueuseenflamméedéterminerait,suivantBeau, des accès de suffocation semblables à ceux qu'on éprouve lorsqu'on avale de travers. La glotte se resserrerait et 1l en résulterait un sifflementaigu à l'inspiration et un mouvement de toux quinteuse à l'expiration. Cette toux donnerait lieu au rejet d’une grande quantité de liquide pituiteux extemporanément sécrété, dans lequel la goutte muco-
purulente, cause de tous ces symptômes, est délayée et entraînée.
Mais le catarrhe laryngo-bronchique, qui existe bien en effet dans la coqueluche, ne suffit pas à tout expliquer.
Ainsi, la coqueluche sévit dans tout climat, à toute saison, d'une manière à peu près mdifférente, tandis que la bronchite règne surtout dans les climats froids et humides, pendant la mauvaise saison. La coqueluche est épidémique et conta-
gieuse, ce qui n'est pas le fait de la bronchite.
as, RÉ
De plus, la laryngite et la bronchite vulgaire ne s'accompagnent pas de toux spasmodique comparable aux quintes spéciales caractéristiques que l'on rencontre dans la coqueluche.
Cett théorie soutenue par Wat et Marcus, défendue par Loschner et Oppolzer ne compte plus guère de partisans.
La coqueluche considérée comme une névrose.
Cette théorie est fondée, soit comme une altération appréciable à l'œil, soit sur une modification dynamique de certaines parties du système nerveux. Pour les uns ce sont les nerfs (pneumogastrique, phrénique, etc), qui sont malades; pour d’autres, ce sont les centres bulbaires ou cérébraux — pour quelques-uns, ce serait le grand sympathique. — L'hypothèse d’une névrose provoquant et le catarrhe etles phénomènes spasmo= diques serait moins inadmissible; toutefois, elle n'expliquerait ni l’évolution, ni l'absence de récidive, ni la contagiosité de la coqueluche, caractères que ne présentent pas les simples névroses.
Hupland, Albert, Blache furent les défenseurs de cette théorie.
La coqueluche considérée comme une maladie infectieuse.
La seule cause de la coqueluche est la contagion : c’est le fait capital dontil faut tenir compte pour élucider la nature de l'affection.
Mise en doute et mème niée par des médecins illustres, tel que Stoll, Laennec, etc..., la conta-
gion de la coqueluche estactuellement admise par tous les observateurs. Le fait est démontré par les épidémies de coqueluche et par les observations nombreuses qui montrent les enfants d’une même famille et les parents atteints eux-mêmes par le mal qui a sévi sur un des enfants. Nos observations personnelles recueillies pendant une épidémie et dont quelques-unes (FIL, IV, V, VIT, EXT AD) ont trait à diverses familles où plusieurs enfants sont pris successivement de toux quinteuse reflètent bien l'idée de contagiosité énoncée plus haut. Cette notion est du reste reconnue par les mères de famille elles-mêmes qui se sauvent promptement avec leur enfant dès qu'elles entendent un autre enfant tousser des quintes auprès d'elles.
C’est presque toujours par contact direct avec un coquelucheux que la maladie se transmet : la petite fille qui fait l'objet de notre observation V a été contaminée par sa sœur jumelle avec laquelle elle couchait. Mais il n'est pas nécessaire que le contact soit intime pour prendre la coqueluche ;
| ne N QE il suffit qu'il y ait voisinage d’un coquelucheux. Nos observations viennent encore à l'appui de cette idée. La contagion s'effectue parfois en quelques minutes; d'autres fois, ce n’estqu’après des contacts répétés. On voit, en effet. des enfants vivantconstamment avec d’autres enfants atteints de coqueluche, n'être frappés qu’au bout de plusieurs semaines (H. Roger). |
Ainsi pour les enfaïits signalés dans nos observations (IV,"X, XIII), la contagion semble avoir eu lieu seulement au bout de quelques jours. C’est particulièrement l'air expiré après la quinte qui est le véhicule du contage. Le germe réside vraisemblablement dans les sécrétions qui accompagnent la quinte. Entraîné pendant les secousses de la toux, il peut porter la contagion à une certaine distance : d’où le danger des crachats des coquelucheux et la nécessité de leur désinfection.
La contagiosité paraît nulle ou peu marquée à la première période. Elle a son maximum au moment des quintes, disent les auteurs. C'est ce que nous avons remarqué nous-mêmes pour les malades que nous avons soignés. Pendant la troisième période, la contagiosité ne serait plus à redouter, du moins dans la grande majorité des cas.
Toutefois, le fait s’est vu et M. Richardière,
DE
dans sa monographie de la coqueluche à laquelle nous avons fait de nombreux emprunts pour écrire ce chapitre, cite un cas où la contagion eut lieu: pendant la troisième période : « Dans une famille où un enfant de six ans était malade de la coqueluche, un autre enfant de onze à douze ans, placé dans un coliège des environs de Paris, fut tenu à l'écart de la maison familiale pendant près de quatre mois. Au bout de ce temps, comme le petit coquelucheux était presque complètementguérti etn’avaitplusqu'unetoux insignifiante(les quintes n’existaient pour ainsi dire plus), le collégien fut autorisé à venir passer un dimanche dans sa famille. L'appartement avait été désinfecté avec soin. Malgré ces précautions,le collégien contracta la coqueluche, bien qu’au dire de ses parents, il fut resté peu de temps en présencede son frère convalescent et que, pendant leur entrevue, le petit convalescent n’ait eu aucune quinte ».
La contagiosité de lacoqueluche fait ranger cette affection dans le groupe des maladies infectieuses dues à un virus animé, capable de se propager et de vivre dans certaines conditions spéciales.
Des recherches nombreuses ont été faites dans le but de découvrir le germe, facteur de l'infection. Linné, puis Rosen de Rosenstein avaient admis les premiersla nature parasitaire de la coqueluche,
mais n'avaient pu étayer leur opinion sur des preuves certaines. En 1865, Poulet ayant rencontré différentes bactéries dans l'air expiré par les coquelucheux, crut avoir découvertle parasite de la maladie. ILest bien probable que ces MmiCroorganismes n'étaient pas spéciaux à la coqueluche et faisaient partie des germes que l’on trouve en si grand nombre dans la cavité buccale.
Letzarich (1870), examinant les crachats de coquelucheux, mit en évidence un champignon qu'il cultiva et à l’aide duquel il produisit une coqueluche expérimentale. Ses résultats confirmés par Tschamer, sont contestés par Birch-Hirschfeld.
Les recherches microbiennes contemporaines sont plus intéressantes : Bürger a rencontré dans les crachats des coquelucheux un microbe spécial qu'il n’aurait jamais rencontré dans d’autres circonstances. Son abondance serait en rapport avec l'intensité de la maladie. Il se présenterait sous forme de bâtonnets droits plus longs que larges munis d’un étranglement à leur BARRE moyenne. Malheureusement ce microbe n'a été n1 cultivé, ni inoculé.
Les recherches d’Afanassieff semblent les plus exactes. Cet auteur a vu dans le liquide expectoré après les quintes un bacille court, mince, très mobile, toujours disposé en groupes ou en colo-
2e 1 nies. Des cultures pures de ce bacille introduites dans la trachée de chiens et de lapins ont déterminé chez quelques-uns de éès animaux une inflammation broncho-pulmonaire ét de vrais accès de coqueluche.
Semtschenko, élève d'Afanassieff, a constaté qu'une plus grande abondance du bäcille patho- ‘gène correspondait à une recrudescetice de là maladie ainsi qu'aux complications broncho-pulmonaires.
Düchler en (1890), à mis en doute le rôle spé-
cifique de ces bacilles et a décrit des protozoaires, . de forme arrondie, ovale où en croissant ayant les uns, les dimensions dés cellules lymphoïdes, des cils vibratiles, lés autres, des mouvements amiboïdes.
Ritter (1892) à fait connaître un diplocoque absolument spécial qui, inoculé dans la trachée de deux chiens à provoqué chez l’un, üne pneumonie mortelle, chez l’autre, une toux qui a duré cinq semaines.
La coqueluche est donc bien une maladie infec: tieuse qui a sa place, grâce à ce caractère, à côté de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, de la fièvre typhoïde, etc. Elle a de plus, comme caractère commun avec ces dernières, l’immunité qu’elle procure après une première atteinte.
Mais la coqueluche ne présente pas de symptomes spécifiques analogues aux éruptions des fièvres exanthématiques etàléruption des taches rosées leaticulaires de la typhoïde.
Le symptôme vraiment capital de cette affection est la quinte. Son importance est telle qu’on peut dire que le virus coqueluchial porte son action spécialement sur les organes respiratoires etagitpar l'intermédiaire de la muqueuse aérienné sur les ramifications nerveuses des bronches et du larynx. De cette facon, s'expliquent les trou- : bles fonctionnels que présente la coqueluche : la toux quinteuse, l'hypersécrétion bronchique, les vomissements.
Elément spécifique, élément spasmodique, élément catarrhal, voilà les trois éléments de l’affection auxquels le thérapeute doit s'attaquer.
L'antipyrine nous a paru efficace contre les deux derniers termes de cette triade symptomatique : c'est son histoire et son action que nous allons étudier maintenant.