CHAPITRE III
Comment agit l’antipyrine dans cette affection ? La grande majorité des observations publiées, fait surtout remarquer l’action efficace de l'antipyrine sur l'élément spasmodique de la coqueluche : Les accès diminuent de fréquence et d'intensité, les vomissements cessent.
Découverte par Knorr en 1884, la diméthyloxyquinizine fut présentée par Filehne au monde savant, comme un antipyrétique puissant qu'il dénomma antipyrine.
C’est au regretté professeur G. Sée que nous devons la connaissance des propriétés analgésiques de l’antipyrine. Glay et Caravias les ont mises en relief par leurs expériences physiologiques et ont montré que l’antipyrine agit sur la moelle en diminuant son pouvoir excito-moteur. Le D' Langlois par de nouvelles expériences faites sur des chiens, a prouvé que cette substance agissait sur les centres nerveux supérieurs. La clinique a confirmé ces données expérimentales
Dog en faisant connaître que l’action analgésiante de l’antipyrine se portait sur les nerfs d'origine bulbo-protubérantielle.
Médicament essentiellement nervin, l'antipyrine agit à la fois comme analgésique et comme antispasmodique.
Dans toutes les affections où l’élément douleur est pour ainsi diretoute la maladie (névralgies, sciatique, zona, migraine, douleurs des nerveux, des ataxiques, des cardiaques) ; dans toutes les affections spasmodiques des centres nerveux (contracture, athétose, accès épileptiformes, tétanie), l’antipyrine donne de très bons résultats.
Signalons, en passant, les effets de l’antipyrine sur la chorée (Legroux, J. Simon), sur l’ictus laryngé (Merklen’(1), sur la toux coqueluchoïde de l’adénopathietrachéo bronchite (Dubousquet-Laborderie (2). Dans cette dernière affection, toutefois l’action est moins efficace que dans la coqueluche. |
Ce caractère d'antispasmodique dévolu à l’antipyrine, invitait à essayer l’action de cette sub-.
(1) Merklen. Semaine médicale, 23 octobre 1895. (2) Dubousquet-Laborderie. Pratique médicale, 26 septembre 1888,
| TR Le stance sur les spasmes de la coqueluche. Le résultat a répondu à l’attente des praticiens.
En diminuant l'irritabilité du nerf laryngé supérieur qui, par réflexe, produit la toux, l’antipyrine fait cesser les quintes et permet ainsi aux enfants d'éviter des accidents sérieux dont l'intensité de l’accès est la cause.
Cette action sur l'élément nerveux de la toux, est l’action la moins discutable de l’antipyrine dans la coqueluche. C'est celle qui ressort de nos observations personnelles où sur dix-huit coquelucheux traités, dix-sept ont vu diminuér par cette médication, le nombre ou l'intensité de leurs quintes.
Sur neuf d’entre eux, la guérison est survenue en moins de 25 jours, abrégeant ainsi notablement la durée de l'affection.
Ce sont sans doute des succès analogues qui ont poussé Sonnenberger à faire de l’antipyrine le spécifique de la coqueluche.
Certes, l’antipyrine est antiseptique: MM.
Brouardel et Loye ont démontré qu'elle est antifermentescible, antigerminitive, antiputride. A 5/100, elle empêche le développement des microbes et atténue leur virulence (Visbecq, Th. de Lyon, 1891), et son action antiseptique se MaAnI-
og feste aussi bien dans l’organisme qüe dans les expériences de laboratoire (A. Robin).
Mais, malgré ces données, n'est-il pas téméraire de lancer une semblable assertion avant que la science n’ait prouvé,la véracité du fait pour le microbe de la coqueluche ou que l’expérimentation ne donne plus prise à la critique par des insuccès trop nombreux. é
Le médicament a-t-il prise sur le troisième élément dela coqueluche, l’élément catarrhal?
Si on considère le catarrhe comme la conséquence de l’effraction primitive de l'organe respiratoire par les germes, l’antipyrine — spécifique — agirait en supprimant la cause, écrit M. le docteur Dubousquet-Laborderie. Si, au contraire, les germes n'ontpénétré dans l’organisme qu'à la faveur d'un catarrhe préexistant, l’antipyrine a-t-elle la même efficacité ?Ce dernier observateur l’affirme en se basant sur des faits où l’6lément catarrhe a diminué après l'injection du médicament et sur les assertions de Friedlander, médecin russe, qui a obtenu, grâce àl’antipyrine, de beaux résultats dans les bronchitesinfantiles.
Mouvet (1) a prétendu que donnée dès la première période de la coqueluche, l’antipyrine coupe court l'affection.
(1) Mouvet. Presse médicale de Bruæelles, 1889, n° XLI.