Recherches physiologiques sur la vie et sur la mort
Quoique ces paroles soient belles, elles ne font peutêtre pas sa juste part à la bonté de Dieu.
Écoulons donc sur ce même sujet une voix qui a droit à l'attention et au respect de tous :
« Bacon de Vérulam, qui s'illustra dans la culture des sciences physiques, a écrit qu'un peu de science éloigne de Dieu, mais que beaucoup de science y ramené. Celte parole d'or est toujours vraie... »
« Si le cœur de quelque savant célèbre s'éloigne de Dieu en étudiant la nature, c'est un signe que le cœur de cet égaré était déjà atteint du poison de Tincrédulité... II n'est pas devenu athée parce qu'il a cultivé la science, mais il l'est devenu malgré la science qui doit aboutir à de plus nobles résultats... »
« Ce serait une folie de nier un fait qui frappe nos regards, à savoir que la science, à force d'éludés continues, d'habiles expériences, s'est emparée de beaucoup de forces dans la nature, qui n'étaient pas connues de l'homme, ou échappaient à sa domination ; ces forces employées avec beaucoup d'art, à l'aide de machines ingénieuses, ont rendu la production plus rapide, les objets produits moins coûteux, et, par conséquent, la satisfaction des besoins plus facile, et moins rude la vie de celui qui ne peut dépenser beaucoup... »
« Si l'univers est un livre, à chaque page duquel sont écrits le nom et la sagesse de Dieu, il est certain que celui-là en sortira plus rempli d'amour pour Dieu, qui aura lu le plus avant et le plus clairement dans ce livre. S'il suffit d'avoir deux yeux au front pour reconnaître que le Brmament raconte la gloire du Créateur, s'il suffit d'avoir des oreilles pour entendre
la parole de louange que le jour répète au jour et les secrets de la science divine que la nuit transmet à la nuit (Psaume XVIII, 2, 3), avec combien plus d'éclat se manifestera la puissance, la sagesse de la divinité aux regards de celui qui scrutera les cicux et les profondeurs de la terre, qui observera les astres lumineux et l'atome, les plantes et Tarbrisseau, qui réunira dans sa main les preuves constatant que la pensée suprême a tout ordonné avec poids et mesure ? {Livre de la sagesse^ V, 21.) »
D'où viennent ces belles paroles, exprimant de si hautes pensées? Je les trouve dans les mandements du cardinal-archevêque de Pérouse, datés, Tun de 1877, Tautre de 1878, quelques jours avant l'exaltation du cardinal au trône pontifical. Elles sont, en un mot, de M«^ Pecci, aujourd'hui Léon XIII, souverain Pontife.
Je terminerai par une objection qui appelle un examen sérieux dont la place me semble être ici.
L'objection porte sur le danger qu'il peut' y avoir d'ébranler les croyances religieuses par une trop grande tolérance philosophique, et quelques personnes ont trouvé cet excès de tolérance dans la distinction que j'ai admise entre les dogmes et la morale. Montrer que les dogmes peuvent être divergents, et la morale rester commune, n'est-ce pas, dit-on, risquer d'affaiblir l'autorité des dogmes, et donner la première place à ce qui n'est pas l'essentiel ; car l'essentiel, c'est le dogme.
Je reconnais pleinement que, pour chacun de nous, les dogmes de la religion dans laquelle il est né, ou qu'il a embrassée, sont l'essentiel pour le cœur et la
raison. Aucun penseur religieux ne peut hésiter à cet égard. Quand on se convertit à une nouvelle religion, ce n'est pas la morale de la première qu'e Ton abjure, mais ses dogmes.
Mais tout est-il dit, tout est-il fait, quand on a reconnu cette vérité capitale? En quoi sera-t-elle compromise parcQ que Ton aura constaté cette seconde vérité que, entre les diverses communions chrétiennes, il y a des aspirations sociales, des lois morales communes, et que cette communauté de pensées morales et sociales forme ce terrain si beau, si large que les penseurs religieux les plus autorisés ont appelé l'esprit chrétien?
Il y a là un fait indéniable. Pourquoi le nier?
J'étudie le travail. On accorde bien sans doute qu'aucune des communions chrétiennes n'en a le privilège exclusif; toutes le pratiquent et toutes Thonorent; il y a, — personne ne le niera, — dans chacune d'elles, de bons et méritants travailleurs, patrons et ouvriers. N'ont-ils pas des principes de conduite communs, une loi morale semblable, un même esprit chrétien ? Cette communauté de sentiments n'afiaibht en eux ni le respect ni l'amour pour leurs dogmes.
Mais, en même temps, c'est par cette communauté de sentiments que l'on peut agir sur tous et sur chacun, quand il s'agit de leur parler du travail, de ses lois et de ses obligations, obhgalions et lois communes à tous les travailleurs, qu'ils soient orthodoxes ou schismatiques.
Je vais plus loin ; je crois qu'il est de l'intérêt même de la religion de proclamer celte vérité.
N'est-il pas vrai que chacune des communions cliré-
tiennes se croit en possession de la vérité, et que son vœu le plus cher est de voir chacune des autres se réunir à elle? N'est-il pas vrai que toutes désirent l'unité de la foi, surtout TÉglise catholique, cette mère de toutes les autres? Elles ne discutent pas entre elles sur la première loi divine : aimer Dieu, aimer le prochain. Pour toutes, c'est là le fondement de la foi; mais c'est aussi le fondement de la morale ; ce lien persistant entre les diverses communions chrétiennes, n'est-il pas la préparation la plus sûre à l'unité de la foi?
Chrétiens de toutes les communions, gardons précieusement notre unité morale. Elle nous conduira, quand Theure sera venue, et selon 1rs voies de la Providence, à l'unité de la foi, à l'accomplissement delà prière donnée au monde par Jésus': Pater noste;r...