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CHAPITRE VI

Si une nation est divisée contre die- même, il est impossible qu'elle subsiste.

Saiht Marc, cbap. i:i, v. tl.

La chrétienté tout entière (je l'ai dit plus haut, et j*ai dit aussi l'exception) est acquise au travail libre, La liberté du travail produit partout les mêmes effets, quelque soit le régime religieux ou politique des diverses nations, et ces effets peuvent se résumer en ce peu de mots : Progrès constant et considérable de la production en quantité, en qualité, en variété, en bon marché. Sans perdre ce qu'il y a d'original pour chacune d'elles dans leurs aptitudes natives et spéciales, les nations chrétiennes tendent de plus en plus à se rapprocher, à se niveler sous le rapport économique; il se forme entre elles des affinités, des liens qu'un œil attentif peut facilement discerner, quoiqu'on ne paraisse pas en tenir compte encore dans les régions diplomatiques.

Un autre phénomène du môme ordre et très digne de remarque, se produit en môme temps chez toutes les nations chrétiennes — catholiques, protestantes, juives, grecques, républiques modérées ou radicales, monarchies tempérées, gouvernements absolus. —

L'organisation du travail étant la même chez toutes les nations, les griefs démagogiques ou jacobins contre cette organisation sont partout les mêmes aussi ; c'est ainsi que les plaintes contre Toppression du capital, contre la tyrannie des patrons sont proférées aujourd hui, dans tous les pays chrétiens, placées en face des mômes revendications ouvrières, voire môme en Russie où le travail est encore sous le régime fermé du patriarchat, où l'industrie n'occupe pas le cinquantième de la population, et où cependant les nihilistes sont aussi ardents contre les patrons et le capital que partout ailleurs.

Cette généralisation des griefs socialistes ne doit et ne peut pas faire illusion sur la vérité et la justice des griefs socialistes. Ce phénomène économique rencontre en face de lui ce phénomène bien autrement puissant et général de l'expansion du travail libre. Tandis que ce grand créateur de richesse et de bien-être s'affirme de plus en plus par sa merveilleuse fécondité, l'autre garde la marche indélébile d'une stérilité persistante, obstinée. Ici, le progrès, Tinven-^ tion, la vie ; là, Téternelle et impuissante redite de rêves, d'utopies ou de violences qui remontent à plusieurs siècles en arrière de nous ! Aujourd'hui môme où tous les excès du droit de réunion sont tolérés, où tout peut se dire, que trouve-t-on de neuf à nous apporter? Des menaces sauvages, des appels violents à la guerre des classes, comme si les Bagaudes et les Jacques, ressuscites, étaient à nos portes. Qui croit-on effrayer par ces odieuses tentatives essayées sur des sociétés bien autrement organisées pour la lutte que ne l'étaient nos pères qui, cependant, ont

vaincu ces révoltés, el avec quelles lâmenlables sévérités!

Mais ces essais d'intimidation ne sont qu'une habileté des meneurs ; triste et pauvre habileté et bien percée à jour! On veut faire sortir le mal de la peur du mal ! On n'y réussira pas.

Si le nombre des ouvriers va sans cesse en augmentant, une autre force surgit en face de ces foules, et celle-ci est intelligente et calme. La somme des intérêts conservateurs créés par le travail a une énergie de résistance bien autrement forte et compacte, que ne peut l'avoir la minorité turbulente qui porte le drapeau socialiste. Plus ces bandes (car on ne peut plus leur donner d'autre nom) s'agitent et font étalage de leurs projets de bouleversement social, plus elles éveillent Tattention de tout ce qui est honnête et décidé à défendre le droit ; et plus aussi elles appellent l'attention des gouvernements, et leur enseignent la nécessité irrésistible de Tunion, de la vigilance, de l'énergie.

C'est ainsi que la paix dans le travail a des rapports de première importance avec la politique ; ce que l'on appelle la question sociale devient une question de gouvernement. En laissant troubler ou pervertir le travail, Tautorité publique verrait se tarir dans ses mains toutes les sources de la richesse publique, tout ce qui fait la force et la vie des nations et ils le savent parfaitement.

La politique intéresse le travail à un autre point de vue. Il n'est pas contestable, en effet, que le travail se développe d'autant plus, et suit une voie d'autant plus féconde que les institutions assurent mieux sa liberté et sa sécurité.

Le travail, sans doute, est en dehors des formes de gouvernement; il a ce trait commun avec la religion; mais à titre de fait humain, il a des rapports plus étroits avec les institutions, et subit très directement leur influence. Il y a donc un très grand intérêt, pour le travail, à ce que les lois soient les meilleures possibles.

« La religion chrétienne, a dit Montesquieu*, qui ordonne aux hommes de s'aimer, veut sans doute que chaque peuple ait les meilleures lois politiques et les meilleures lois civiles, parce qu'elles sont après elle, le plus grand bien que les hommes puis sent donner et recevoir ».

Quelles sont les meilleures lois civiles? Celles qu s'inspirent le mieux de l'esprit chrétien et du droit qui consacrent l'égalité de l'homme et de la femme et celle des enfants entre eux, le respect des droits de la famille, de la propriété et du travail, le respect et la moralité des conventions.

Et quelles sont les meilleures lois politiques? Celles qui concilient le mieux, dans l'État, et selon le génie de chaque nation. Tordre et la liberté.

Des deux conditions indiquées par Montesquieu, nous remplissons la première : nous avons de bonnes lois civiles. Je ne crois pas exagérer en disant qu'elles égalent et peut-être surpassent les meilleures lois civiles des autres peuples.

Notre législation civile a emprunté à la législation romaine — modifiée par Juslinien, — son grand sens

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