CHAPITRE IX
Le prii de l'ouvrier qui vous donne son travail, ne restera pas chez vous jusqu'au matin.
LiviTiQCE. XIX. 13.
Xihil œqualitale inœqualiîu.
Plike le jeu?(e. Correspondance.
Le salaire est le prix d'uQ service rendu, comme le loyer d'une maison, d'une usine, d'un oulil, ou d'une somme d'argent. Il est la rémunération d'une intelligence ou d'une force mises, pour le travail, à la disposition d'autrui.
L'homme qui travaille pour son compte ne se salarie pas ; il crée un produit, il le consomme ou il le vend ; il trouve ainsi le prix de son travail.
Deux ou plusieurs hommes réunissent leurs efforts pour exécuter un certain ouvrage, d'où ils tirent un certain produit. Ils se le partagent en nature, ou, après ravoir vendu, en argent. II n'y a pas là salaire ; il y a association aux risques et périls de ceux qui Tout voulue et faite.
Il y a une forme de salaire qui est un commencement d'association entre le patron et l'ouvrier, et souvent entre les ouvriers eux-mêmes.
Par exemple, un entrepreneur a des travaux de ter-
Tassement à exécuter. Il trace un lot, et offre à un ou plusieurs ouvriers de le prendre à la tâche, c'est-à-dire moyennant un prix fixé d'avance par mîître cube déblayé et roulé à une distance convenue. Le prix se débat, et l'on arrive à une conclusion, c'est-à-dire à un prix accepté des deux côtés.
Le rôle des ouvriers qui ont fait cette convention s'est dl's lors modifié. Ils vont travailler pour leur compte et Ton peut croire qu'ils y mettront toute leur force et leur application ; ils y sont poussés par le risque qu'ils ont assumé dans leur convention ; ils savent que, s'ils ne travaillent pas avec énergie, ils peuvent perdre, c'est-à-dire n'arriver finalement qu'à un prix de journée inférieur à leur prix ordinaire. Ils savent aussi que leur courage et leur bonne entente peuvent leur assurer un bénéfice sqr ce prix de journée habituel. Il y a donc là une chance de gain, un risque de perte ; ils sont autre chose que des ouvriers salariés, ils sont des entrepreneurs.
Le travail fait, on cube avec l'entrepreneur général; on applique au cube trouvé le prix convenu, et les ouvriers associés se partagent le total obtenu. Sauf de très rares exceptions, la rémunération ainsi gagnée est supérieure au prix habituel de journée, et il est juste qu'il en soit ainsi. Devenu tâcheron, l'ouvrier emploie mieux son temps que simple ouvrier salarié.
Ce genre d'entreprise se fait souvent sous une autre forme. Le travail est donné en bloc et à forfait; mais au fond la convention est la même, elle contient un aléa : les ouvriers y sont entrepreneurs.
Le travail à la tâche associe donc le patron et l'ouvrier, puisqu'il crée entre eux un intérêt commun. Il
est même à remarquer que, tandis que Touvrier a ainsi augmenté son prix ordinaire de journée, Tentrepreneur a obtenu un prix du mëtre cube moindre que s'il avait fait travailler à la journée. Ainsi, des deux parts, on a gagné ; c'est là, certes, une bonne association.
Le travail à la tâche a un autre mérite ; c'ost très généralement d'associer les ouvriers entre eux, chose excellente à tous égards.
Malgré ces avantages, le travail à la tâche a été Tobjet des attaques passionnées du socialisme révolutionnaire. Son aboUlion était devenue le mot d'ordre de la démagogie ouvriîire, en 1848, à la suite des conférences du Luxembourg, présidées, comme on sait, par un des dictateurs d'alors. Cette orgie de • l'égalité * dans les ateliers n'a pas tenu longtemps devant le bon sens des ouvriers eux-mêmes. Le travail à la tAche a repris ses droits qui sont ceux de l'honnêteté, du courage et de Thabileté des travailleurs.
Mais il y a beaucoup d'industries qui ne peuvent pas employer le travail à la tâche ; dans celles mêmes qui remploient; il y a des parties qui ne peuvent être exécutées qu'à la journée.
En un mot, le travail à la journée, payé comme tel et sans aléa pour l'ouvrier, est le fait le plus général. Considérons-le donc en lui-même.
Le fond du salaire est ceci : un homme n'a que ses ' bras pour vivre; l'humanité, la justice, le bon sens, ne permettent pas qu'on associe cet homme à une opé-
l 'Sihil œqualitale inœquatius. Pline le Jeune. Correspondance, ix, 5.
ration qui peut être mauvaise, qu'il ne peut pas juger dans sa conception, ni attendre dans ses résultats ; il a besoin de payer son loyer ciiaquc mois, sa nourriture chaque jour. Cela ne doit pas être à ses risques et périls; il lui faut la sécurité du vivre et du couvert : de là, la nécessité et la moralité du salaire.
On peut dire, sans doute, que lorsqu'un ouvrier engage à un chef d'industrie sa force ou son intelligence, il se forme entre eux une association, puisque, des lors, tous leurs efforts vont concourir au même but; mais c'est une association qui n'est licite que dans ce cas spécial, car elle ne comporte A'alea que d'un seul côté. Une des parties est payée d'avance sui* un produit qui se vendra peut-être mal, et qui, en tout cas, ne sera réalisé que dans quelques mois. Dans tout autre cas, une convention de ce genre serait léonine et légalement nulle.
On a dit du salaire qu'il n'était qu'une forme du servage, qui n'était lui-même qu'une forme améliorée de l'esclavage; on a fait ainsi la série historique : esclavage, servage, salaire. Cette conception est une erreur. Nous avons démontré au chapitre sixième que le salaire est antérieur aux autres modes de payement du travail. II a d'ailleurs ce grand mérite qu'il ne s'applique et ne peut s'appliquer qu'au travail libre.
Quelles' règles président à la fixation d'une journée de travail? Pourquoi les prix varient-ils d'une locahté à une autre, d'une époque à une autre époque? Quelles sont les causes et les effets de l'inégalité des salaires, entre ouvriers de la même profession et du même atelier? Y a-t-il, pour la fixation des salaires, d'autre loi que celle de l'offre et de la demande ?
i84 ÉTUDE SUR LE TRAVAIL
On sait ce que Ton entend par cette loi de l'offre et de la demande ; elle se formule comme suit dans la science économique : chëre quand elle est rare, la main-d'œuvre baisse de prix, si elle est abondante.
On reproche à la science la rigidité de cette formule qui semble réduire à un simple fait la fixation des salaires, c'est-à-dire, une question qui touche à Texislence môme des familles. Je passe les déclamations qu'on peut faire et qu'on a faites sur ce lhî»me, où l'exagération masque si facilement l'ignorance.
L'économie politique ne prétend pas que la loi de l'offre et de la demande soit la règle absolue, le critérium unique pour le taux du salaire, car celte loi n'implique pas l'essentiel de la question. Le taux du salaire dérive d'une autre loi, qui est celle de la nécessité, comme nous le verrons tout à l'heure; mais une fois le salaire constitué, il est certain que l'offre et la demande donnent le moyen le plus sûr et le plus juste de régler les variations des prix, dans la pratique des ateliers.
Qu'est-ce donc au fond que le taux du salaire? quelle est sa base ?
Il s'agit de l'existence d'un homme, d'une famille. Il faut que l'ouvrier trouve dans son salaire, pour lui et les siens, la nourriture, le vêtement, le loyer, l'école des enfants, quelquefois les outils de sa profession, enfin un surplus pour la maladie, les chômages et l'épargne.
Le salaire qui satisfait à ces diverses nécessités est donc une résultante des prix du blé, du vin, de la viande, du poisson, des légumes, des vêtements, des
loyers, etc. C'est un minimum d'ailleurs, sans lequel la vie de Touvrier est impossible, s'il n'a pas d'autres ressources.
Et c'est parce que les comestibles, les étoffes, les loyers varient de prix dans les diverses localités, que le taux du salaire minimum varie, selon les lieux et les nations, et selon les mœurs aussi. L'Anglais consomme plus que l'Espagnol*.
Mais comment le salaire minimum s'est-il formé dans chaque nation et dans chaque région? Par le temps, par la pratique, par l'usage.
Il est essentiel de bien fixer nos idées sur ces divers points.
L'usage, en matière de salaire, est la conséquence d'une longue suite de faits et d'une quantité innombrable de conventions entre patrons et ouvriers ; il y a eu de nombreux tâtonnements, des oscillations fréquentes, mais enfin, l'on est arrivé à des chiffres qui sont le cours du salaire dans chaque région et pour chaque profession, et ce cours de salaire a une grande notoriété.
Le cours du salaire est-il généralement au moins égal au taux minimum dont nous venons de reconnaître les éléments ? L'expérience répond par l'affirmative; nous en aurons la preuve au chapitre x.
Voyons maintenant comment fonctionne Tusage.
Le prix usuel, à la campagne, est, pour la journée de manœuvre, de 1 fr. 25 à 2 francs. Un cultivateur prend-il un ouvrier sans faire son prix avec lui? Il
1. « Nous voyons, en Europe même, des différences sensibles pour Tappétit entre les peuples du Nord et ceux du Midi. Un Espagnol vivra huit jours du dîner d'un Allemand. » « J.-J. Rousseau, Con- Irat Social, liv. Hl, cliap. viii.
lui doit, a la paye, le même prix qu'à ses camarades. Y a-til désaccord? Pas un juge de paix ne prononcera autrement que selon Tusage.
Un ouvrier mécanicien-ajusteur se présente dans un atelier et demande à être occupe. Il y a, dans Tatelier, des journées variant de 3 fr. 50 à 5 francs. L'ouvrier déclare que, dans Tatelier d'où il sort, il gagnait 4 francs, et ajoute qu'il voudrait gagner 4 fr. 50. a Entrez, lui dit-on, et dans quinze jours, nous verrons si nous pouvons accepter votre demande. » Au bout de quinze jours, l'accord est fait selon Thabileté et l'exactitude dont Touvrier a fait preuve.
Un entrepreneur de travaux publics a instantanément besoin d'un grand nombre d'ouvriers ; il fait parcourir les localités voisines par ses agents qui annoncent le travail et une journée de 3 francs. Beaucoup d'hommes se présentent. L'entrepreneur choisit ceux qui lui conviennent et le travail conimence. Au bout d'une ou deux semaines, chacun est classé selon son aptitude. Les uns ont 3 francs, d'autres 3 fr. 25 ou 3 fr. 50 ; d'autres ne sont gardés qu'à 2 fr. 75 ou 2 fr. 50. L'atelier ainsi formé s'agrandit selon le besoin ; les nouveaux venus s'y classent selon leur force et leur habileté.
Il n'y a pas d'autre mystère dans la formation des grands chantiers de terrassement; on s'étonne de la facilité d'organisation de ces petites armées ouvrières, de leur calme, de leur discipline. L'usage a produit ce résultat, aidé de l'esprit pratique que les nécessités du travail inspirent à tous, chefs et ouvriers.
Nous venons de voir quel est le minimum de salaire
désirable pour Touvrier. Il faut savoir maintenant quel est le maximum de salaire possible pour le patron.
Je me place sur le terrain de la réalité laissant aux ignorants ou aux énergumenes la tliëse des bénéfices certains. et considérables de tout patron qui occupe dès ouvriers. *
Ce patron est-il sans concurrents, soit au dedans, soit au dehors ? Est-il toujours maître du cours des matières premières qu'il emploie, ou toujours à Tabri d'un nouveau procédé découvert par un confrère, et au moyen duquel les prix, selon l'expression usitée, sont momentanément écrasés? Est-il à Tabri des caprices de la mode qui se porte avec engouement tantôt au coton, tantôt à la laine, tantôt aux étoffes mélangées?
Outre la concurrence intérieure ou' extérieure, n'a-t-il pas les exigences de la consommation qui veut bien donner un certain prix d'un objet, tant qu'un objet analogue n'est pas offert à meilleur marché?
De tous côtés, surgissent donc des causes de limitation dans les bénéfices de l'industrie, et la conséquence irréfragable, c*est qu'il y a, dans chaque industrie, une limite pour le salaire. Cette limite est infranchissable ; car, au delà, l'industriel aurait intérêt à s'arrêter et à donner une autre direction à son intelligence et k ses capitaux.
Entre ces deux Irmites de minimum et de maximum, il semble qu'il y a un champ bien vaste pour l'égoïsme ou la générosité du patron. Non, ce champ n'est pas vaste ; l'usage et la concurrence le tiennent renfermé dans d'étroites bornes.
i88 ÉTUDE SUR LE TRAVAIL
En résumé, la fixation du salaire dépend de deux nécessités également fortes : Tune relative à l'ouvrier, l'autre relative à son industrie. Il faut que l'ouvrier puisse vivre; il le faut aussi pour l'induslrie.
Mais comment concilier ces deux exigences? Elles veulent que le bénéfice de l'industrie et le salaire de l'ouvrier soient suffisants et ne soient pas exagérés. Pour amener les bénéfices industriels à cette double condition, le moyen est simple, connu et pratique ; la concurrence le donne. Mais le salaire? Où est la base pour qu'il soit suffisant?
Il y a des différences profondes entre tel ou tel ouvrier, telle ou telle famille. Ici, un homme laborieux et de bonne conduite; là, un malheureux sans conduite. Qui prendra-t-on pour les régulateurs du salaire? Qui peut-on prendre, si ce n'est les bons?
Tel est donc le type à consulter dans la recherche du salaire minimum nécessaire ; ce type, c'est l'ouvrier rangé, laborieux, économe ; c'est le travailleur honnête et persévérant. Telle est, avec la liberté, la condition fondamentale du travail, et toutes deux sont à son honneur.
Il est absolument vrai de dire que la base du salaire minimum est la demande, ou, plus exactement, la nécessité du bon et honnête travailleur. Ce sont ces hommes qui, en donnant pour base au salaire minimum leur courage, leur moralité, leur sobriété, ont rendu le salaire si digne du respect et de la sympathie de tous, et ont fourni au travail ses auxiliaires les plus précieux, utiles ainsi, non seulement à euxmêmes, mais à tous.
Il ne faut pas croire d'ailleurs que, parce qu'un
ouvrier est honnête et courageux, il sera moins désireux de voir son salaire s'élever. Son honnêteté, son courage, lui viennent surtout de ses vertus de famille, du profond sentiment de ses devoirs vis-à-vis des siens. Pour eux, il veut gagner tout ce que la justice lui permet de réclamer. Une longue expérience me permet de dire qu'il est d'autant plus pressant à cet égard qu'il se rend parfaitement compte de sa supériorité. Ses sollicitations près du patron ne sont ni bruyantes ni irrespectueuses, mais ne sont ni moins fermes ni moins bien raisonnées. Les patrons éclairés savent ce que valent de tels hommes.
Il est douloureux, mais parfaitement vrai, de devoir ajouter que ce n'est pas parmi eux qu'il faut chercher les favoris des ateliers. Quoique les surpayes qui leur sont accordées aient toujours une influence en hausse sur le reste des salaires, les camarades moins honnêtes, moins laborieux, de moins bonne conduite ne nourrissent généralement contre eux que des sentiments amers, profondément humiliés qu'ils sont de la fâcheuse comparaison qui en résulte contre eux. Leur orgueil ici va à l'encontre de leur intérêt, car ils n'ont pas de plus utile camarade que cet homme qui prêche d'exemple.
Telle est donc la base du salaire ; je la crois inébranlable, et l'étude des Budgets des ouvriers au chapitre XI, nous montrera la pratique en plein accord avec ces prémices et ces conditions du salaire minimum.
Ce salaire, nécessaire pour la vie matérielle de de l'ouvrier, qui donne simplement sa force, suffit-il à l'homme intelligent, habile, droit, qui, avec sa
force, fournit son adresse et son intelligence ? Matériellement, sans doute ; pour la consommation usuelle, un homme vaut un autre homme ; mais TinteUigence, l'adresse ont leurs droits ; comment le salaire y satisfera-t-il? En s'élevant; et qui garantit cet accroissement à l'ouvrier? Les nécessités mômes de l'industrie qui a d'autant plus besoin d'ouvriers habiles qu'elle perfectionne davantage ses méthodes et ses procédés. La capacité étant demandée, doit être plus payée. De là Tinégalité dans les salaires. Au salaire minimum s'ajoute une augmentation généralement progressive, qui permet à l'ouvrier une plus grande épargne, s'il garde ses habitudes de sobriété et d'économiei et Tamëne à la propriété, au capital, à l'honneur et à la juste considération qui s'attache à une vie conduite avec une patiente énergie, un sentiment inaltéré du devoir.
On voit ce que devient le rêve si caressé de la démagogie, l'égalité dans le salaire. Rien de plus contraire à la nature humaine ; est-ce pour cela qu'on a songé, et que quelques retardataires songent encore à en faire une loi sociale ?
Eclaircissons tout ceci par quelques exemples. Entrons dans un atelier de mécanique; nous y voyons debout, devant leurs élaux, des ouvriers ajusteurs qui terminent des pièces de forge, et leur donnent la dimension exacte. Les uns sont à lajournée et gagnent 3 fr. 50 ; deux sont à la tâche; la pièce finie leur est payée 15 francs.
Les deux ouvriers à la tâche terminent dans leur mois — vingt- six jours de travail, — l'un, huit pièces, l'autre, sept. Ils ont donc à toucher 120 francs et
105> francs, et leurs journées passent de 3 fr. 5d à 4 fr. 60 et à 4 fr. 05.
Les ouvriers à la journée livrent, de leur côté, en moyenne, cinq pièces qui coûtent ainsi à l'atelier de 18 fr. 50 à 21 francs. Le travail à la tâche payé 15 francs, a donc été tout à la fois profitable au chef de rindustrie et à l'ouvrier.
Plus loin, nous trouvons une équipede huit ouvriers qui viennentde terminer le montage d'une locomotive entreprise par eux à forfait. Leurs journées normales sont de 5 francs pour le chef d'équipe et de 4 fr. 25 pour les autres. L'on nous dit que leur entreprise porte leur journée à 1 franc de plus.
A côté d'eux un homme range les matières et balaye les débris; c'est un simple manœuvre , il est toujours à la journée et gagne 2 fr. 50. Nous demandons si cette modeste fonction est recherchée; on nous répond que la régularité et la douceur du travail la font vivement désirer par' les hommes fatigués.
Voici donc, dans un même atelier, des journées de 2 fr. 50, 3 fr. 50, 4 fr. 25 et 5 francs. Par la tâche, elles se sont élevées, sauf la première, à 4 fr. 05, 4 fr. 60, 5 fr. 50 et 6 francs. Où est la cause de ces différences ? Dans l'adresse et dans l'énergie au travail de certains de ces ouvriers mieux doués que d'autres.
Ont-ils plus de besoins matériels que d'autres? Assurément non. Ils sont plus habiles, parlant plus utiles et plus rétribués.
C'est l'éternelle question de l'inégalité des situations ; celle des salaires en dérive inévitablement.
Les Éludes sur le régime des manufactures * nous fournissent des exemples multiples de ces habitudes si logiques et si fécondes des grands ateliers. Je n'en prendrai que deux, dans l'élude sur la houilieetle fer.
Il s'agit d'un marchandage fait dans les ateliers de Saint-Chamond, appartenant à MM. Pétin et Gaudet pour une cuirasse de frégate. « Le marché conclu, les ouvriersconcerlenteux-mômesleur action, forment ce qu'on appelle une équipe, et s'y distribuent les rôles. Dans ces équipes, se réserve, à bas bruit elle plus simplement du monde, la proportion afTérente à chaque ouvrier. Tous ces hommes se connaissent, ont pu se juger à l'œuvre ; chacun d'eux est taxé à sa valeur, avec une précision de coup d'œil à laquelle aucun patron n'atteindrait. Point d'égalité chimérique ; les ouvriers entre eux ne se payent pas de celte monnaie ; mais, au contraire, une justice très stricte, et qui a pour sanction le consentement des parties. » (Page 148.)
Il s'agit maintenant de l'établissement du Creuzot.
« Si pour chaque ouvrier il y a un tarif nominal, en fait, il est presque toujours rétribué selon ses
4. L'auteur de ces études, M. L. Reybaud, mçmbre de rinstitut, cL de rainilic de qui j'ai pu jouir plus de cinquante ans, a reçu mission de ï Académie des sciences morales et poliliqueSy de faire une enquête sur la grande industrie. Celte cnqu<Me a donne lieu à des rapports (jui ont été lus par l'auteur à l'Académie, et réunis en quatre volumes sous ce titre : La iSoie, la Laine, le Coton, le Fer et la Houille.
Ces études, fruit d'un rare talent d'observation, et parées d'un grand charme de si vie, sont du plus haut intérôt, et donnent la notion comphHe et exacte de la situation de la grande industrie de i855 à 1870.
En chargeant M. Reybaud de cette mission, l'Académie savait ce qu'elle faisait ; elle s'y connaît, et M. Reybaud a amplement justifié sa confiance.
œuvres ; Tun gagne plus parce qu'il fait bien et habilement un travail difficile, Tautre parce qu'il fait plus vite un travail ordinaire. C'est à la forge surtout que ces catégories de rétribution ont l'application la plus fréquente. Il n'est pas rare de voir un ouvrier pudleur gagner 3 et 4 francs de plus que son voisin, car il est tenu compte à chacun, non seulement de la quantité produite, mais aussi de la qualité. »
Je pourrais multiplier beaucoup ces exemples ; ils suffisent pour montrer que l'inégalité des salaires est un appel constant du capital au talent et à la bonne conduite de l'ouvrier.
C'est donc bien à tort qu'à la suite de Turgot, des écrivains — je ne veux pas dire des économistes — ont dit que le salaire tendait toujours, sous l'effort des chefs d'industrie, à se niveler, et que ce niveau inévitable était la simple équivalence de la subsistance matérielle.
Il est vrai que TurgotTadit ; la sixième proposition de son Essai sur la formation des richesses * conclut en ces termes: «En tout genre de travail, il doitarriver et il arrive, en effet, que le salaire de l'ouvrier ,se borne à ce qui doit lui assurer sa subsistance. »
Mais l'économiste distingué, M. H. Dussard, qui a annoté les œuvres de Turgot, fait suivre cette proposition de cette note: « ce que Turgot semble annoncer ici comme une vérité économique, n'a nullement ce caractère», et dans les Réflexions qui pvécédenlY Essai de Turgot, il dit expressément: « Le prix du travail
i . Œuvres de Turgot, édition Gulllaumin, t. I, page 3, liv. X.
laissé à la liberté ne se règle pas comme le prétend Turgot... »
Tout cela est parfaitement vrai, mais il faut ajouter aux remarques de M. Dussard^ que la proposition de Turgot ne s'applique pas au travail libre ; le travail, dans sa grande généralité, n'était pas libre, au moment oii écrivait Turgot, en face des communautés industrielles qui abusaient de leurs privilèges pour exercer sur l'ouvrier une pression aussi dure qu'inintelligente; c'est la grande raison pour laquelle elles méritaient d'être profondément réformées, je ne dis pas: révolutionnées.
Du travail libre, il est facile de pronostiquer ce qu'aurait dit Turgot; il aurait parlé comme son contemporain et ami, Adam Smitb.
En 1776^ Tannée môme où Turgot obtenait la promulgation de ses édits, Adam Smith publiait ses Recherches sur la richesse des nations^ et il disait : « Ce n'est pas l'étendue actuelle de la richesse nationale, mais c'est son accroissement continu qui donne lieu à la hausse des salaires*. »
Adam Smith n'est pas, comme Turgot, de la race des aigles; mais cet observateur, si sagace, et très souvent profond, avait, sur Turgot, cet avantage d'étudier et d'écrire dans un pays libre, et d'être témoin des efforts heureux de la grande industrie anglaise, dégagée des entraves qui, chez nous, paralysaient encore le travail. Il voyait la liberté susciter de plus en plus la production et la richesse dans son pays, et
\ . Rossi formule cette loi conjme il suit dans son traité d'fc'cono- 7nie politique, t. HI, 12» leçon : « Kn général, plus le revenu social augmente, plus aussi les salaires tendent à s'élever, parce que la demande de travail tend à s'augmenter. »
il enconstalaillesînévitciblcs uffels sur les salaires, II a pu ainsi viclorieusomeut contredire et dépasser Turbot ; mais il ne faut pas oublier la dilléronce des milieux où chacun d'eux éludiait les conditions sociales du salaire.
Depuis la seconde moitié du xvui'' siècle, pour TAnglelerre,eltlepuis les premières années du sif^cle actuel pour la France, la liberté et la science ont créo la grande industrie^ Tagriculturc progressive, et assuré le développement constant de la ricliesse générale ; la hausse des salaires a été tout à la fois le résultat et la preuve de Taccroissement continu du capital national.
C'est un phénomène assez complexe que celui de reiïet produit sur les salaires par la liberté qui» dans les questions de travail^ a un autre nom dont on a cherché à faire un épouvaotail; ce nom, c'est la concurrence.
Il senïblo, cneiret, qu'il y ait quelque chose de plausible à soutenir que la concurrence des fabricanis entre eux doit réduire leurs prix de vente, par suite leurs bénéfices, et qu'il y a là, pour eux, une incilation perpétuelle à réduire les salaires; c'est si commode et si facile, disent les partisans de cette thèse.
Il semble aussi que les ouvriers doivent, par leur nombre se faire concurrence entre eux, et offrir aux patrons leurs services au rabais.
Une vue superficielle des conditions du travail jieut conduire à ces déductions; une étude plus utlentive montre qu elles sont erronées, du moins pour un pays en croissance de richesse comme la France, et dans lequel ht population croît moios vite que le capital national.
Quand le travail est abondant, que les procédés sont en progrès, qael est l'intérêt des chefs d'industrie ? Est-ce de réduire les salaires ? Non, c'est de les augmenter; il n'y a pas pour eux d'autres moyens — l'expérience le leur dit tous les jours — de faire appel à riiabileté, à la capacité» à la persévérance et à l'honnêteté dans le travail. C'est à cette seule condition qu'ils peuvent former un personnel intelligent, trouver et poursuivre les améliorations des procédés au moyen desquelles s'obtiennent les abaissements de prix de revient, ou, ce qui est équivalent, la perfection plus grande des produits.
En résumé, la concurrence agit plus efficacement dans le sens de la hausse que de la baisse des salaires. Cela est absolument hors de doute pour quiconque est initié aux nécessités^ et aux combinaisons de la grande industrie.
Et qu'on remarque bien qu'il suffit, dans chaque branche d'industrie, que quelques hommes se rendent compte de ce que vaut le talent, l'habileté de main, la bonne conduite de l'ouvrier. Ce sont ces hommes, les plus intelligents de la profession, qui font la hausse dans les salaires de leurs ateliers ; de proche en proche en proche, toute la profession suit ; la concurrence ne permet pas de reculer.
Les considérations qui précèdent sur les effets de la concurrence, effets si différents de ceux qu'on est habitué à lui attribuer; méritent d'arrêter un instant notre attention, surtout au point de vue de l'intérêt ouvrier, intérêt qui, comme on va le voir, est ici différent de celui du patron.
J'ai dit plus haut, avec tous les économistes, et
notamment avec Adam Smith et Rossi, qu'il y avait tendance générale à la hausse des salaires, dans les pays où les progrès de la richesse nationale étaient plus rapides que ceux de la population, et chez lesquels, en même temps, les procédés industriels étaient sensiblement en voie d'amélioration.
Où en sommes-nous, en France, sous ce double rapport? Pour le perfectionnementdes procédés, nous nous tenons dans les premiers rangs; pour la marche de la population, nous sommes à la dernière place. Le fait que la natalité en France est inférieure à celle de tous les autres peuples chrétiens n'est que trop connu et n'est malheusement pas contestable.
La conséquence ne Test pas davantage ; la France est, dans toute la chrétienté, le pays où la hausse de sa main-d'œuvre est la plus sensible et la plus continue.
Et comme une natalité plus ou moins féconde est sans influence évidemment sur le capital, on voit que c'est avec raison que j'ai dit qu'il n'y avaitpas parallélisme, ici entre les intérêts du patronat et ceux du salariat, et que l'avantage est pour le dernier.
Mais voici le point où les deux intérêts vont se rencontrer et à leur égal détriment. La hausse de la maind'œuvre qui est un bien tant qu'elle se renferme dans des hmites raisonnables et pratiques, peut devenir désastreuse si elle dépasse ces limites. Les industries obligées à travailler avec des salaires supérieurs à ceux des nations voisines, voient bientôt se ralentir leurs exportations, et si ce premier avertissement n'est pas entendu, l'étranger augmente peu à peu ses importations, au détriment du travair national, au
préjudice commun du patronat et du salariat. Des faits récents prouvent, surtout à l'industrie parisienoe, que ce danger n'est pas imaginaire.
L'ouvrier français a eu jusqu'ici un autre avantage sur Touvrier étranger. II était entendu (je parle ici de la grande industrie) qu'un salaire, une fois alloué, n'était plus susceptible de diminution et que les modifications ne se feraient qu'en hausse. Ceci est à l'honneur de nos mœurs et de notre caractère, et toutes les déclamations socialistes ne détruiront pas le fait dont la vérité n'est pas contestable. Mais un système tout contraire a prévalu chez nos principaux rivaux en industrie, les Anglais, les Belges, les Américains du Nord; dans ces pays, le taux du salaire se règle sur l'état du marché commercial. La hausse ou la baisse sont décidées par les syndicats des patrons, contestées ou acceptées par les syndicats d'ouvriers ; il y a souvent lutte, non sur le principe de la variation des salaires, principe qui est admis par les deux parties, mais sur le chitTre de l'augmentation ou de sa réduction, etTopinion publique est toujours avec celle des parties qui semble être dans la vérité et la justice. Il n'est pas possible de croire que la France ne sera pas amenée bientôt à adopterce système qui est logique et juste, il peut seul assurer Tavenir de notre grande industrie.
Quant à la petite industrie, les influences qui y règlent les salaires sont différentes.
Il s'agit ici d'ateliers restreints où le patron travaille le plus souvent avec ses ouvriers et comme eux. Les affaires généralement restreintes de ses ateliers ne permettent pas au patron de grands bénéfices, et, sui-
vant le langage usuel, il est oblige de serrer ses prix.
Les ouvriers delà petite industrie, d'ailleurs témoins de la modestie de situation et d'allures du patron, sont moins disposés à se montrer exigeants vis à-vis de lui.
On a même fait une remarque caractéristique, dont j'ai vu des exemples; les ouvriers qui se sont élevés au patronat par leur énergie, leur économie, leur habileté professionnelle, avaiententendusouventdéclamer contre Tégoïsme et la dureté des patrons et ne s'en étaient peut-être pas fait faute eux-mêmes; ils s'en étaient si bien convaincus, qu'une fois arrivés, beaucoup d'entre eux se croient tenus à faire preuve de ce qu'ils croient être l'attribut, peut-être la nécessité du patronat, ctc*est parmi eux surtout qu'il faut chercher la dureté vis-à-vis deTouvrier, Il semblerait pourtant que ce serait de ces nouveaux patrons que devraient venir les bons cxeniiples.
Quant à la moyenne industrie, elle offre un mélange des avantages et des inconvénients de la petite et de la grande industrie. Elle tend d'ailleurs de plus en plus à s'absorber dans celle-ci.
Nous venons de voir la situation particulière faite à l'ouvrier français par la lenteur de notre natalité; un fait contraire se produit en Allemagne sous l'influence d'une natalité cinq fois plus considérable que la nôtre. On attribue à ce très rapide accroissement de sapopulation la mauvaise situation de la classe ouvrière; les salaires allemands restent à peu près stationnaires, et même, dans la grande industrie, différent sensiblement des nôtres. De là des plaintes très vives, qui fournissent des armes au socialisme contre lequel le
gouvernement prussien a dû s'armer de plusdesévérilé que chez nous.
Quoique des hommes considérables dans le Parlement, M. Virchow entre autres, se soient faits les propagateurs de ces plaintes, je crois qu'elles ont été exagérées et qu'en tout cas, il y a, dans la situation actuelle, autre chose que l'influence de la trop forte natalité.
Il ne faut pas oublier que la liberté du travail n'a été donnée à l'Allemagne que depuis 1869; et bien que lés gouvernements allemands y aient apporté plus de ménagements que nous ne l'avions fait en 1776, et en 1791, cette innovatiçn, qui, peu d'années après, s'est aggravée par la crise si profonde qu'a produite l'invasion de nos milliards et le fol orgueil du triomphe, n'a pas pu manquer de jeter le travail allemand, autrichien, hongrois, dans un désarroi considérable. De tels ébranlements ne se calment pas en un jour.
Mais la liberté du travail commence à produire en Allemagne le môme effet qu'elle a eu chez nous. Le travail s'améliore ; le goût, la forme, le desssin, l'habitude professionnelle y pénètrent sensiblement ; il y a là une cause très probable de relèvement des salaires.
Ce qui me paraît certain et durable, c'est que, pour bien longtemps, la main-d'œuvre restera, en Allemagne, sensiblement inférieure à la nôtre. Et que nos voisins nous deviendront de plus en plus des concurrents très sérieux. L'accroissement constant de leurs importations chez nous ne permet pas d'en douter.
Au nombre des griefs allégués corïtre le patronat par les adversaires de l'organisation actuelle du travail, il en est un qui n'a pas seulement un air de vraisemblance,
mais qui, dans certains cas, conticnlune part de vérité. Quoiqu'on le présente, selon l'usage, sous une forme exagérée et offensante, il est bon de l'examiner.
Il s'agit du pouvoir discrétionnaire du patron, qui peut congédier à sa guise un ouvrier qui lui déplaît ; celui-ci, dans l'impossibilité de trouver d'autre occupation, se soumet et vend son travail au rabais.
Remarquons d'abord qu'en face du droit du patron de congédier un ouvrier, se dresse le droit de l'ouvrier de quitter l'atelier à sa guise, môme dans les occasions où il y est le plus nécessaire. Ces deux droits opposés ne sont soumis qu'à une condition, celle de se prévenir huit jours ou quinze jours d'avance suivant les usages locaux.
Lequel de ces droits, issus tous deux de la liberté du travail, est le plus contraire aux intérêts du travail ?
Quoi qu'il en soit, le grief socialiste est-il vrai?
Je ne soutiendrai pas qu'il ne puisse s'en rencontrer quelques exemples dans la petite industrie, où quelques hommes durs et avides, n'ayant affaire qu'à un ou deux ouvriers, peuvent essayer d'abuser de leur situation. Je suis persuadé, en tout cas, que ces exemples doivent être très peu fréquents en France, où, du petit patron à l'ouvrier, existe généralement un bon sentiment de camaraderie. La concurrence d'ailleurs défend singulièrement ici l'ouvrier capable et de bonne conduite. Il y a bien peu de patrons qui ignorent combien ces hommes sont précieux.
Quant à la grande industrie, le grief est absolument mensonger. Ce n'est pas ainsi, ce ne peut pas être ainsi que les choses s'y passent. Les renvois d'ouvriers
par caprice, par abus, par tentative de baisse de salaire, par voie détournée enfin, rencontreraient dans les grands ateliers une résistance invincible. L'ouvrier qui aurait accepté un salaire au rabais y serait immédiatement mis à Tindex parmi ses camarades, et la vie avec eux lui deviendrait bientôt insupportable. Quant au patron qui aurait commis cette lourde faute, il perdrait toute autorité morale et se verrait successivement abandonné de Télite de ses ouvriers, qui sauraient bientôt trouver de meilleurs chefs.
Il n'y a donc, pour la grande industrie, rien de vrai dans le grief socialiste, et Ton peut tenir pour certain que, dans la petite industrie, ce n'est que comme rare exception que le grief peut être vrai. Pour la grande industrie, voici ce que l'expérience apprend:
Le travail y est exposé à des oscillations considérables; les débouchés semblent se fermer; les demandes s'arrêtent; une crise survient sans qu'aucune prévision humaine l'ait annoncée. Dès lors, et à moins de courir à la ruine, il faut restreindre la production; on diminue alors, pour l'ensemble des ouvriers, soit le nombre de jours de travail par semaine, soit le nombre d'heures par jour, et il n'est pas rare qu'on puisse ainsi traverser la crise. Mais si elle continue et si elle s'aggrave, il y a obligation de diminuer le nombre même des ouvriers. Ici, il est bien certain qu'il y a quelque chose de discrétionnaire dans la désignation que le patron doit faire des ouvriers à congédier; mais qui peut faire cette désignation, si ce n'est lui? C'est un cas sérieux de responsabilité morale et je ne connais pas de chefs d'industrie qui n'en aient le sentiment très net; non seulement, d'ailleurs, il est de
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leur devoir d'être justes, mais c'est encore leur intérêt bien compris; aussi se sont-ils fait des règles à cet égard, et ils s'y montrent fidfeles. Dans un renvoi d'ouvriers, on commence toujours par les mauvais ; puis on passe aux plus nouveaux; les célibataires passent avant les bommes mariés et les hommes mariés avant les përes de famille. En un mot, en présence d'un mal nécessaire, on fait tout le possible pour l'atténuer : c'est l'intérêt du chef, c'est le devoir du chrétien.
Mais enfin, dans cette privation, même momentanée du salaire, il y a, pour un certain nombre d'hommes, perte, embarras, quelquefois souffrance ; il y a un mal réel, les partisans exclusifs de la liberté diront que ce mal, fruit de la liberté du travail, trouve son adoucissement dans la liberté elle-même, et elle seule, et qu'elle sufiBt pour tout remettre en ordre. C'est une erreur, car le mal est immédiat; et la liberté du travail, dans les moments de crise, ne donne ni facilement ni promptement du travail.
Nous entrons ici dans un ordre d'idées et de considérations qui doit trouver sa place dans d'autres parties de ce livre. Je m'arrête donc ici.
Nous pouvons aborder maintenant le détail du .salaire et essayer de nous rendre compte du budget de l'ouvrier ; mais comme la femme et la fille peuvent y ajouter une certaine part, il importe de fixer d'abord nos idées sur le travail féminin et sur le concours qu'il apporte au budget de la famille.