‹ Étude sur le travailChapitre 54 sur 106 · Ce nombre se compose comme suit: voirie chapitre xx · texte numérisé non relu

Ce nombre se compose comme suit: voirie chapitre xx

Agriculture 2,2H,818

Imlustrie 1,709,960

Commerce et transports . . • -. . 616,756

Professions libérales 303,360

Professions diverses 420,865

Total général - 5,262,759

difficultés, la consolation dans les peines ; elle est l'éducalrice des enfants. S'ensuit-il qu'elle doive se refuser à prendre sa part dans les occupations et le travail de son noari, ou même, en cas d'insuffisance du budget de la famille, s'interdire l'honneur et le bonheur d'y apporter son contingent, fruit de son effort et de son dévouement personnels?

Eu se refusant à subir de telles abstentions, la femme ne méconnaît pas les lois de sa nature aimante et dévouée ; elle s'y conforme : ce qu'il faut désirer pour elle, c'est que le travail ne dépasse pas ses forces, et que son cœur ne l'entraîne pas au delà des limites tracées par la nature et la raison.

Le travail féminin se présente sous des faces diverses et chacune d'elles mérite une mention spéciale.

Dans le commerce, dans l'industrie, dans Tagriculture, il y a de très fréquents exemples d'associations conjugales pour la conduite en commun des affaires de la maison. Ces associations existent non seulement dans la bourgeoisie, mais chez les ouvriers. Dans ce cas, elles constituent ce que Ton a plus particulière* ment appelé le travail en famille, parce que les enfants s'y joignent souvent à leur mère pour aider le père.

Puis, il y a le travail en chambre, et enfin, le travail à l'atelier, hors du domicile conjugal ou paternel.

Examinons successivement ces divers modes de travail.

L'association bourgeoise du mari et de la femme, dans le commerce, la femme ayant souvent la signature sociale, et les droits et les obligations que lui confère alors le Code de commerce, est prépondérante à Lyon dans le travail de la soie ; on la

rencontre dans presque toutes les villes ; elle se répand de plus en plus à Paris ; j'y ai connu beaucoup de ces aimables et honorables associations; je n'en citerai que quelques-unes de Paris.

Une grande maison de nouveautés a été longtemps dirigée par une association de ce genre, le mari se chargeant du dehors, la femme, de l'intérieur. Celleci, jolie, bonne musicienne, assez instruite et causant bien, était très accueillie dans le monde, quand les affaires lui permettaient d'y aller, et ne déparait pas les salons les plus distingués, où elle se montrait modeste et du meilleur goût. Dans son magasin, accueillante avec grâce et simplicité, d'une patience inaltérable, donnant discrètement, quand il lui était demandé, un conseil sur le choix des étoffes, elle avait formé ses demoiselles de comptoir à son exemple, et avait acquis en peu temps une très belle clientèle. Pour l'achat et le choix des étoffes, elle était du plus excellent conseil pour son mari. Il disait souvent que, dans le succès toujours croissant de la maison, la meilleure part revenait à sa femme.

Chose remarquable ! son éducation ne l'avait nullement préparée à cet utile emploi do son temps; celte éducation avait été purement littéraire et musicale, ainsi que la donnent aux filles de la bourgeoisie les pensionnats de Paris ; mais à peine mariée, informée de la part que prennent les dames lyonnaises aux affaires de leurs maris, elle avait demandé au sien de rinitier à son commerce, et elle avait apporté dans ses nouvelles occupations une ardeur et une intelUgence qui ne se sont pas démenties.

Une des premières maisons de produits chimiques

et pharmaceutiques de Paris a été longtemps dirigée de même, le mari s'occupant de la fabrique, la femme dirigeant le magasin et la vente. Elle y avait été préparée par une forte éducation commerciale. Son père et sa mère, négociants et associés, avaient voulu lui assurer cette vie de travail à laquelle ils avaient dû le bonheur et la richesse, et ils avaient parfaitement réussi. Cette maison passait pour une des plus intel* ligemment conduites de Paris.

Une très importante fabrique parisienne de formes de chapeaux de femme a été longtemps dirigée par le mari et la femme. Celle-ci possédait une faculté d'invention si rare pour les nouveaux modèles qu'elle était arrivée en peu de temps à commander la mode à un et deux ans de distance. Son mari, sûr de son goût et si osés que fussent ses nouveaux modèles, ne craignait pas d'engager de grosses sommes dans leur fabrication, et presque toujours avec succès. Cette maison a fait une belle fortune.

Une des notables maisons parisiejines de soieries a été successivement dirigée par quatre ménages associés qui ont tous agrandi les affaires. Les femmes y avaient la signature sociale.

Je pourrais pousser plus loin cette énumération ; mais n'est-il pas de notoriété que les maisons de lingerie, modes, couture, mercerie, blanchisserie, au nombre de plus de dix mille dans Paris, sont conduites, pour la presque totalité, par des femmes, propriétaires du fonds, et commerçantes, qu'elles soient mariées, veuves ou filles, et conduisant leurs établissements avec intelligence et probité ? Les maris ont généralement une occupation au dehors, soit dans les

minislères, soit dans les chemins de fer, soit dans les banques et grandes maisons de commerce ; mais, le soir et les dimanches, ils mettent les livres à jour, secours précieux el sûr qui contribue fortement à la bonne marche de la maison.

Partout, en province, l'organisation de ces industries est semblable à celle de Paris. Les femmes y font généralement preuve d'une ardeur soutenue au travail, d'ordre et d'économie. Leur vie est régulière et honorable, comme partout où le travail est sérieux.

Los enfants souffrent-ils de cette situation? Pour qui sait ce qu'il y a de puissance et de ressources dans le sentiment maternel, et aussi ce qu'il y a de travail possible, dans une journée commencée de bon matin, et bien réglée dans ses heures, il n'est pas douteux que la mî^re puisse suffire à tout, et concilier ses devoirs commerciaux avec les soins el la surveillance si nécessaires à la première enfance; plus tard, les petits externats, puis les grands olTrent pour les garçons une ressource précieuse; à la rentrée du soir, le père et la mère combinent leurs efforts pour compléter la journée et ajouter l'éducation de famille à l'instruction ac(|uise au dehors.

Les filles quittent moins leurs parents. Elles sont généralement élevées sous les yeux de leur mferes. J'ai souvent vu des jeunes filles assises dans le magasin, soit au comptoir môme, soit à une petite table qui leur était réservée, et y étudiant leurs leçons. J'ai eu occasion de voir l'une d'elles mettant au nettes cahiers^ brouillons de la vente. Il résulte sans doute de ce mode d'éducation une assez médiocre instruction littéraire, mais aussi une très forte et très pratique préparation

à la vie de travail et de commerce, et les habitudes d'ordre et de régularité dues à l'exemple, cet instituteur si doux et si pénétrant !

Dans le haut et moyen commerce, quelques années de pensionnat complètent l'éducation des filles.

Le rôle des femmes dans l'agriculture est d'une importance qui n'est pas assez connue. Les industries accessoires de la ferme, à la tête desquelles elles sont : la production du lait, des œuEs, de la cire et du miel, la fabrication du beurre et des fromages, donnent un revenu annuel de plus d'un milliard et demi.

La terre peut être cultivée par ses propriétaires; elle peut l'être aussi par des fermiers. Dans les deux cas, il s'établit entre le mari et la femme une division toute naturelle de travail : au mari, les gros ouvrages, avec ses valets de ferme; à la femme, avec ses filles de ferme, basse-courières et autres, l'administration intérieure de la ferme, le ménage, la nourriture du personnel, les soins du lait et de ses produits, l'engraissement du bétail, la basse-cour, etc.

Nos femmes de l'agriculture ne prétendent pas sans doute au monopole de l'habileté dan» ce travail intérieur de la ferme; très probablement même la très grande majorité d'entre elles ignorent leur supériorité à cet égard sur les femmes des autres nations; mais les faits les mieux avérés établissent cette supériorité due à l'amour et à l'intelligence des détails, à l'ardeur soutenue au travail, à l'économie, à la vigilance. Ces qualités, ces vertus tiennent, en partie, à la race, en partie à notre constitution sociale de la propriété. Plus accessible, plus démocratisé que chez aucun autre peuple, notre sol, avec ses dix millions de propriétaires,

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occupe ou fait vivre plus de la moitié de notre. population. Sur ce nombre, plus de deux millions de Françaises travaillent, et font, des produits accessoires de la ferme, une des branches les plus intéressantes de la richesse nationale.

La Française de la culture, propriétaire ou fermiëre, est sans rivale en Europe. L'Angleterre elle-même, ce pays de l'agriculture intensive, est notre tributaire pour près de cent millions annuels de ces produits accessoires que ses riches fermières ne savent ou ne veulent pas créer*.

L'ouvrière agricole est la digne auxiliaire de nos vaillantes et intelligentes fermières. D'une santé robuste, d'un tempérament de fer, mariées, veuves, ou filles, elles composent un personnel généralement dévoué, de fortes mœurs, et courageux au travail. Elles ne s'occupent pas seulement des produits intérieurs, mais pour la fenaison, la moisson, la culture de la vigne, elles sont, sauf Tusage de la faux ou de la houe, égales ou supérieures aux hommes.

Il ne faut pas avoir vécu longtemps de la vie des champs, pour reconnaître que la femme a sa place, non seulement ulile, mais indispensable dans Tagri-

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