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avec sa femme; la série de questions indiquées par la méthode Le Play leur a été posée ; toutes les vérifications nécessaires ont été faites, et de cet ensemble est sorti le travail que Ton trouvera à l'appendice K.
Je- n'hésite pas à recommander la lecture de ce travail ; il contient un enseignement moral d'une grande valeur et j'en atteste la parfaite vérité. J'aurais pu trouver beaucoup d'autresexemples, parmi les mineurs de Commentry '; la difficulté n'était pas de constater, chez beaucoup d'entre eux, leur penchant à l'économie et leur rigide amour du devoir. La difficulté, c'était de les amener à dire la vérité sur eux-mêmes, à s'affranchir de leur méfiance habituelle et de cette manie, si commune parmi les ouvriers, de se dire pauvre. G. G... ne s'était pas livré d'abord sans hésitation ; mais quand il a compris que ce que nous cherchions en lui, c'était TutiHté de son exemple, il a mis à nous éclairer le plus louable et le plus intelligent empressement.
On pourrait croire aussi qu'en raison de sa bonne conduite, il aurait été favorisé sous le rapport du salaire, mais cela n'est pas possible dans son genre de travail.
Il est piquetir au charbon, et, à ce titre, conduit une galerie avec trois camarades associés avec lui. Il y a ainsi dans chaque chantier quinze, vingt brigades semblables, travaillant toutes à la tâche et à des prix connus de tous. De ces prix de tâche résultent des moyennes de journées, variables selon la force et l'habilelé des brigades ; mais tout est connu, et s'il y a quelques inégalités, elles viennent d'un peu plus ou
moins de difficultés du travail et non des règlements
des chefs.
Voici, du reste, le tableau des salaires des diverses
professions, dans la mine de Commentry depuis
vingt ans :
Piqueurs au charbon 3' 42 3' 53 3' 59 V 14 4^95
Boiseiirs 2 92 3 53 3 55 4 li 4 65
Cantonniers et nellojeurs . . 2 i5 2 47 2 62 2 95 3 41
Aides, encageurs, voituriers . 2 42 2 6t 3 09 3 30 3 07
Receveurs, rouleurs 1 46 1 74 1 87 2 36 3 06
Trieurs [enfanU ou vieillards). 1 44 1 37 il! 1 99 4 98
Machinistes, chaufTeurs ... 1 88 î io 2 80 3 42 3 66
Hemblayeurs . 2 36 2 31 2 85 3 35 3 78
Si Ton additionne la première et la dernière colonne verticale, Tune donne le chiffre de 18 fr. 05, et Tautre le chiffre de 28 fr. 33. L'augmentation est donc de 57 pour iOO en vingt ans.
A notre forge de Fourchambault, les salaires ont suivi la progression suivante, dans la même période :
Puddleurs, fer (ini. maîtres . 6M0 6^16 r48 7' 43 8' 12
Lamineurs, ^m'os train, clief. 7 30 7 97 9 22 9 55 40 05
Lamineurs, moyen train, — . 5 6b 5 05 6 83 6 91 11 H
Lamineurs, petit train, — . 5 » 8 » 7 94 8 28 11 01
Chauffeurs au gros train, — . 5 » 5 50 5 95 5 97 5 80
CliauiTeurs au moyen train, — . 5 25 5 » 4 69 5 14 5 32
Chauffeurs au petit train, —. 5 23 5 80 5 90 6 53 6 52 De 1855 à lb75, l'augmentation est 63 pour 100.
Tous les chiffres ci-dessus, extraits de nos livres, sont d'une exactitude absolue, et tous les salaires ont suivi une progression semblable, même ceux des manœuvres à la journée, dont les salaires ont passé de 1 fr. 73 à 2 fr. 75 ; augmentation, 55 pour 100.
J'emprunte enGn à l'enquête parlementaire dont
j'ai déjà parlé les renseignements importants recueillis sur les salaires. On les trouvera à l'appendice L.
D'après ce document, pendant la période de 1853 à 1875, les salaires des femmes ont augmenté à Paris de 34 pour 100, et, dans les départements, de 38 pour 100. La hausse est aujourd'hui de 40 et 45 pour 100.
Pour les hommes, et d'après le môme document, l'augmentalion a été, à Paris, de 31 pour 100, et, dans les départements, de 41 pour 100. La hausse est aujourd'hui de 45 à 50 pour 100. Je viens de montrer qu'elle s'était élevée dans certains cas à 57 et à 63 pour 100.
Que Ton compare les plus faihles de ces salaires avec les budgets que l'on a trouvés dans ce chapitre, et l'on reconnaîtra que, dans toute profession et dans toute localité, l'ouvrier et l'ouvrière qui ont de la conduite, qui sont sobres et économes, peuvent vivre sainement, se vêtir décemment et faire encore quelque économie. Du moment que les ouvriers arrivent aux salaires plus élevés, leur sort est dans leurs mains.
Je ne terminerai pas ce chapitre, où je n'ai eu d'autre pensée que de chercher et de dire la vérité ; sans parler d'un reproche bien inattendu qui m'a été adressé.
On a critiqué la sévérité de mes chiffres. Comment des chiffres vrais peuvent-ils être sévères, si ce n'est pour ceux qui cherchent à altérer ou à nier la vérité? Mais a-t-on, du moins, prouvé l'inexactitude de ces chiffres; c'était, ce me semble, l'essentiel, et on ne l'a pas même essayé.
Un écrivain très emporté dans les idées jacobines, a prétendu que le titre môme du chapitre était une
insulte âu corps entier des travailleurs manuels, quUl n'y avait pas de budgets de F ouvrier ^ mais seulement des budgets de misère. Que répondre à de telles objurgations, si ce n'est que je n'ai pas été le premier à commettre ce grave délit, et que, parmi ceux qui s'en sont rendus coupables, je ne vois que des hommes de bien et de cœur.
Un mot encore pour qu'il ne reste pas de doute sur les sentiments et les tendances de cette Étude,
Depuis cinquante-huit ans, j'ai l'honneur d'être patron d'ateliers considérables. Je n'ai jamais touché aux journées, fortes ou faibles, que pour les augmenter.
mJ