‹ Étude sur le travailChapitre 79 sur 106 · L'INTÉRÊT DE L'ARGENT · texte numérisé non relu

L'INTÉRÊT DE L'ARGENT

Je suis heureux de montrer que les opinions que j'ai exprimées au chapitre viii, sur l'intérêt de l'argent, ont toujours été les miennes. En 1858, j'étais appelé à présider la première assemblée générale d'une banque que mes amis et moi venions de fonder à Montluçon; le bénéiice s'élevait à 8 p. 100, et j'avais été prévenu que quelques scrupules s'élevaient à cet égard, et qu'on se demandait si un établissement financier pouvait moralement percevoir un bénéfice de plus de 6 p. 100, le surplus paraissant usuraire. Je m'en expliquai comme il suit :

« J'arrive aux scrupules qui se sont manifestés sur le taux des bénéfices de cette banque. Ces scrupules, messieurs, partent des sentiments les plus élevés, et, nous le disons en toute franchise, c'est un honneur pour la ville de Montluçon qu'ils s'y produisent librement. C'est librement aussi que nous les combattrons, et respectueusement.

<f Non, messieurs, il n'y a rien qui ressemble à l'usure dans un bénéfice de 8 p. 100 réalisé par la banque.

« Quelle différence profonde, en effet, sépare l'usure du prêt d'argent, à conditions librement et honnêtement débattues! Sur quoi spécule l'usure? Sur l'ignorance, sur l'erreur, mais surtout, et c'est là son crime, sur la passion. L'usure agit dans l'ombre et le silence, sans règles pré« cises, ni connues. Par cela seul qu'elle se cache, elle ne peut être abordée qu'avec honte, et c'est là sa puissance ; on ne discute pas librement quand on discute en rougissant.

« Quelle comparaison, môme lointaine, peut-on établir entre ces basses et criminelles manœuvres et les opérations d'un établisbement de crédit qui a des règles fix^s, connues et contrôlées, et qui, de plus, a des concurrences connues aussi, contrôlées aussi ? Se cacbe-t-on pour entrer ici ? Ce qui s'y fait, est-ce uo mystère, est-ce un monopole ? N'assimilons pas des cbosés qui diffèrent entre elles comme le jour diiïère de la nuit.

« Los enseignements de Tannée dernière ne sont-ils pas f lits d'ailleurs pour achever d'ouvrir les yeux à ceux qui auraient pu conserver quelques doutes sur ce que c'est que le commerce de l'argent, le commerce honnête, bien entendu, le commerce tel qu'il se fait, dans des établissements bien constitués, honnêtement dirigés, sérieusement contrôlés.

« Nous vous rappelions tout à l'heure les énormes variations dii taux de l'intérêt qui ont eu lieu, Tannée dernière et celte année, non seulement dans la Banque d'Angleterre, mais dans la Banqu3 de France, cet établissement public et privilégié de crédit d'un pays dans lequel la loi fixe une limite à l'intérêt de Targent. La Banque cependant a récemment franchi ces barrières ; elle a élevé l'escompte à 10 p. iOO et, en le faisant, elle a rendu un service sur lequel personne ne s'est trompé *.

« Pour peu qu'on y réfléchisse, il est impossible de se soustraire à la conclusion irrésistible d'un pareil fait; Targent, cet indispsnsable instrument de la production, varie dans sa valeur comme toutes les choses vendables et circulantes; c'est ainsi qu'on peut dire, avec pleine raison, que Targent est une marchandise. L'achat, la vente, le prêt de Targent, sont un commerce comme tous les autres commerces. Comme h ceux-ci, vous avez le droit de lui demander une chose, c'est qu'il soit fait honnêtement; mais reconnaissez en même temps que s'il est fait bonne-

i. Le taux de roscompte de la Banque de France, on i837, a passe par les phases suivantes : 5 1/2, 6 1/2, 7 i}2, 8, 9, 10, 9, 8, 7, 8, 7, 6, 5 pour 100.

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