OBSERVATION XV
Syphilides érosives de la vulve, induration très-marquée des grandes
» lèvres. Petites taches opalines sur l’amygdale gauche. Adénopathie cervicale mastoïdienne. Céphalée, analgésie du dos des mains, des seins, des joues, tremblement, refroidissement des pieds, sternalgie, etc.
Louise R., tailleuse, âgée de 21 ans, entre à l’hôpital de Lourcine le 12 décembre 1871. Santé habituellement bonne. Pas de maladies antérieures. Réglée à 16 ans, ses règles ont continué à être régulières. Il y a trois mois qu’elle s’est aperçue de sa maladie à un petit bouton de la vulve pour lequel elle n’a rien fait. Nous constatons, le jour de son entrée, les phénomènes suivants : chute des cheveux, pléiade cervicale, céphalée vespérine, analgésie du dos des mains, des seins et des joues; acné sébacée sur la figure, la poitrine et le dos. Tremblementléger des membres supérieurs, dont elle fait remonter l'apparition à trente ou quarante-cinq jours. Elle est mise au traite ment mercuriel et ioduré.
Cette malade reste treize jours. Elle rentre de nouveau le 12 jauvier 1872. Syphilides érosives des petites lèvres, col sain, vagin sain, reste de roséole sur les cuisses, adénopathie cervicale mastoïdienne. Syphilide pigmentaire faiblement accusée. Refroidissement des pieds. Sensibilité reparue aux seins et aux mains. Analgésie persistante aux joues. Elle est toujours prise de tremblements, quoique moins forts.
27 janvier. Douleur très-vive au niveau de la fourchette . sternale. Le tremblement continue. Pieds très-froids, violacés jusqu’au-dessus des molléoles.
2 février. Tremblement intermittent.
Le 3. Défaillance le matin. |
Le 18. Plus de tremblement depuis quatre jours. Exeat en bon état.
KW
OBseRvATION XVI (sommaire). ai
Le nommée Rosalie M., entre À l'hôpital de Lourcine le 14 mai 1872, salle Saint-Alexis, n° 33. Restes de syphilides papuleuses des grandes lèvres. Douleurs dans le cuir chevelu. Chute des cheveux. Douleurs dans les membres inférieurs. Tremblement par accès, survenu depuis quinze jours. Elle assure n'avoir jamais tremblé, ni jamais eu de maladies nerveuses. Battements de cœur, dont elle s’est apercue il y a aussi quinze jours. Exéat en bon état au bout de trois mois. Le jour de sa sortie nous percevons à peine un léger tremblement.
OBSERVATION XVII (sommaire).
La nommée Aline B., entre à Lourcine, le 3 janvier 1872. Pas d'antécédents. Réglée à 13 ans, ses règles ont toujours été régulières. Début, il y a un mois, par une tumeur dans laine et le gonflement de la vulve. Les boutons ont paru huit jours plus tard. — Pas de traitement.
not
Syphilides papulo-érosives én nappe aux grandes lèvres, au pli génilo-cruraux, au périnée et à l'anus; forte iuduration des grandes lèvres. Adénopathie bi-inguinale. Awaigrissement, pâleur, affaiblissement, battements de cœur, céphalalgie, douleurs dans le poignet droit, de même que dans les articulations des genoux. Insomnie rebelle. Tremblement survenant par accès. Boulimie, fièvre vespérine. Le tremblement dure un mois et la malade quitte l’hdpital en bon état.
Reprenons maintenant notre description que le besoin du sujet nous avait forcé d'interrompre.
L'intensité du tremblement est variable : chez quelques individus il est léger, c’est la généralité ; chez d’autres il est plus considérable, mais sans atteindre jamais le degré que nous observons dans d’autres tremblements, lesquels empêchent les malades de se servir deleurs membres et les réduisent à l'impossibilité de s’adonner à aucun travail.
Nous avons eu soin de prendre le tracé d upouls chez toutes nos malades au moyen du sphygmo-
graphe, qui nous a toujours fait constater les
moindres oscillations dues aux mouvements dont |
les muscles étaient agités, c’est-à-dire qu'il nous révélait l'existence du tremblement quelque léger qu’il fût, et qu’il nous donnait en même temps une idée assez juste de son intensité.
Nous avons observé des variations très-marquées dans les tracés du pouls chez les malades atteintes du tremblement syplhiliüique, et ces variations nous les constations d’un jour à l’autre. Ainsi dans la pl. vi, fig. 16, on peut voir que les pulsations
as
ARTE sont à peine perçues; qu’elles sont au contraire marquées dans la fig. 17. La fig. 48 nous montre le pouls très-tremblé.
Cette grande variété ne nous permet pas d’assigner des caractères particuliers au pouls, dans le
tremblement syphilitique. Quelquefois il est vio-
lent, très-convulsif et alorsilse trouve absolument déformé; quelquefois la ligne d’ascension, le sommet et la ligne de descente ne sont pas très-accusés: et alors on ne distingue pas facilement les palpitations ; d’autres fois enfin, c’est un tracé normal, mais avec les ondulations caractéristiques du tremblement. Cette dernière variété est celle qu'on observe le plus souvent.
Ainsi pour la première forme, le tracé se rapporterait à celui que l’on recueille dans l’intoxication mercurielle.
Pour la deuxième forme, il se confondrait avec le tracé du tremblement saturnin.
Pour la troisième enfin, il se rapporterait à tout autre tremblement.
La durée du tremblement syphilitique est trèsvariable. [l apparaîten même temps que les autres phénomènes secondaires et il disparaît avec eux, cela s’observe généralement ; cependant il se montre quelquefois avant les autres manifestations syphilitiques du même ordre, c’est-à-dire qu'il les précèdeide très-peu de jours ; il ouvre, en quelque sorte. la scène aux accidents nerveux de la diathèse, |
Nous l'avons vu cesser ésalement avant même
MR KE fut que les symptômes concomitants eussent eu le temps d’être modifiés.
Ainsi la jdurée nous paraît osciller entre quelques jours et quatre mois. Nous ne l'avons jamais vue dépasser ce dernier terme.
Nous voyons que c’est au début même ou dans le cours de la période secondaire que se produit le tremblement. IL faut noter aussi que chez presque toutes nos malades le début de l'infection ne datait pes de longtemps, trois à cinq mois. Cette apparition, vers une époque récente de la diathèse, se fait d’une manière constante, comme nous le voyons consigné sur quarante observations, qui nous ont guidé dans la rédaction de ce travail, ce qui nous démontre encore que ce n'est pas le hasard qui préside à son évolution.
Nous avons toujours observé le tremblement accompagné d'autres phénomènes nerveux, itels que palpitions, douleurs diverses (sternalgie, xiphalgie, gastralgie, céphalée), insomnie, affaiblissement, boulimie, abattement, etc., etc. Ceci nous fait voir que le tremblement se produit dans ces formes de syphilis remarquables « par le caractère nerveux de ses manifestations. »
Le tremblement syphilitique, nous ne l'avons ob-
servé que chez 'la femme, parce que nous l'avons étudié dans un hôpital consacré exclusivement au sexe féminin ; il existe pourtant chez l’homme, comme nous l’attestent les premiers casinscritsdans lascience,maiscesymptôme morbideétant del’ordre
des manifestations nerveuses de lasyphilis, très-fré- Aparicio. 5
Gi
quentes chez la femme et observées rarement chez l’homme, ce n’est que par exception que celui-ci en fournit des exemples. M. Fournier nous disait ne l'avoir rencontré qu’une fois dansle sexe masculin, c'était chez un capitaine zouave, tireur très-habile, qui éprouva l'impossibilité d'assurer sa main par suite d’un tremblement survenu dans le cours de la syphilis. Peu de temps après il se présenta chez notre maître pour lui demander son avis sur ce phénomène insolite. M. Fournier, après avoir constaté que le tremblement n'avait pas d'autre cause que la syphilis et que son apparition coïncidait avec les manifestations secondaires de la diathèse, le rassura, lui disant qu'il en serait débarrassé au bout de quelque temps, et en effet, au bout de quatre mois il ne tremblait plus.