‹ Étude Sur Le Tremblement SyphilitiqueChapitre 16 sur 18 · DIAGNOSTIC. DIFFÉRENTIEL · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC. DIFFÉRENTIEL

« Au point de vue. du diagnostic il ne suffitpas, cela va sans dire, de constater simultanément sur un malade la syphilis et le tremblement, pour déclarer ce tremblement d’origine syphilitique. On n'est autorisé à rattacher ce symptôme à la diathèse, qu'après mûr examen, qu'après revue et exclusion de toutes les causes susceptibles de déterminer un phénomène semblable (1). »

Aussi, pour être fidèle à ce précepte, nous avons d'abord eu soin d’exclure de notre travail toutes

(4) M. A. Fournier. Leçon clinique citée.

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les observations douteuses où le tremblement pouvaitêtre rattaché à d’autres causes que la syphilis ; il nous restait alors à passer en revue toutes les causes qui peuvent produire le tremblement.

Ils ne sont pas très-nombreux les états pathologiques auxquels on peut rattacher le tremblement qui fait le sujet de nos observations. Ainsi nous devons tout de suite exclure les maladies des centres nerveux, telles que la paralysie agitante, la sclérose en plaques, la paralysie générale des ahénés, de même que intoxication par le plomb, l’état que produit l’abus de l’opium, du thé, du café et du tabac. Il nous resterait alors à étudier le tremblement mercuriel, le tremblement alcoolique, celui qui survient dans la chloro-anémie et le tremblement nerveux.

1° Tremblement mercuriel. — I] ne sera pas question du tremblement professionnel, aucune de nos malades n'ayant été employée dans les professions qui exigent le maniement du mercure.

« Mais le tremblement professionnel, dit M. Fernet, n’est pas le seul qu'on puisse observer; le mercure à quelquefois déterminé le même effet chez des individus à qui il avait été administré dans un but théropeuthique, ou qui en avaient absorbé accidentellement : ces derniers faits sont assez rares. Ainsi Colson (1) a rapporté quelques cas de tremblement produit par un traitement

(4) Colson. Arch. gén. de méd., 1827, t. XV, p. 528.

mercuriel pris à l’intérieur. M. A.-J. Louis (1) rapporte l’observation intéressante d’un malade chez lequel, à la suite de frictions mercurielles sur le scrotum (150 gr.) en quinze jours, il survint, outre une stomatite, un tremblement généralisé et considérable qui persistait encore au bout de deux ans. Cet accident était, dit-on, plus commun autrefois, quand on administrait le mercure à hautes doses, surtout par les frictions, contre la syphilis ; on l’observait aussi chez les médicastres qui traitaient la syphilis par les frictions mercurielles, qu’ils faisaient eux-mêmes avec les mains, sans prendre aucune précaulion. Sanders rapporte ur exemple récent du même ordre (2).» *° ?

Ces faits, quoique rares, avaient frappé l'attention des observateurs anciens. Fracastor disait, il y a près de trois siècles et demi, que certains malades qui avaient été soumis au traitement mercuriel avaient conservé un tremblement de membres; mais, comme le fait si bien observer M. Fournier (3), ces cas étaient dus à la manière d’administrer le mercure et surtout aux doses auxquelles on le prescrivait : les malades qui avaient été purgés et saignés préalablement étaient frictionnés avec un onguent hydrargyrique sur presque toute ‘étendue du corps, une et même deux fois par jour, ce qui fait croire avec raison qu'on employait une dose considérable du médicament. Les frictions

(1) Louis. Thèse inaug. Strasbourg, 1862, n° 616.

(2) Fernet. Thèse citée, p. 43.

(3) Le mal français. Liv. de contag., 1546. Trad. et comm. par le

Dr Fournier.

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devaient être religieusement faites, puisque Fracastor lui-même disait : « Rien n'empêche d’ailleurs d'administrer un peu de vin blanc pur, si l’on a besoin de soutenir les forces du malade. »

Cela ne se pratique plus de nos jours. On peut dire, sans crainte de se tromper, que les préparations mercurielles, administrées dans un but thérapeutique, d'une manière méthodique et rationnelle, ne produiront jamais le tremblement.

« Lorsque, pour la première fois, dit M. Fournier, Je fis mention dans mes cours de ce curieux phénomène (le tremblement syphilitique), les adversaires acharnés du mercure ne manquèrent pas de m'adresser l'objection suivante :« Vous prenez, «a me dirent-ils, pour un effet de la maladie ce qui « est un effet de votre remède : ce tremblement, « ce n'est pas la syphilis qui le produit, c’est le «a mercure. » Je ne m'attendais pas, je l’avoue, à une objection de ce genre. Puisqu’elle m’a été formulée, force m'est d'y répondre. Je pourrais dire d’abord que le mercure, administré comme nous le donnons ici, comme tout le monde le donne, n’a jamais produit le tremblement; que même, loin de le produire, il le guérit; mais j'ai mieux que cela pour satisfaire mes contradicteurs, c'est qu’en plusieurs cas j'ai observé le tremblement sur des maladesentrant à l'hôpital sans avoir absorbé jamais un atôme de mercure; cela, je pense, est péremptoire. »

Consultons maintenant notre statistique du

tremlement syphilitique, et nous verrons:ce qu'elle nous apprend sous ce rapport.

Sur 47 observations que nous présentons, il y en a 12 où les malades n’avaient pris de leur vie la moin/lre parcelle de mercure; dans les 5 autres, les rhalades, qui en sont l’objet, avaient cemmencé à sûivre le traitement depuis péu de jours. IL n'y aurait en réalité qu'une seule malade qui aurait pris des préparations hydrargyriques à plusieurs feprises. Personne, croyons-nous, ne sera tenté de penser que 50 centigrammes, À gramme ou 2 grammes de proto-iodure, administrés dans l’espace de dix, de vingt ou de quarante jours, aient | pu produire letremblement mercuriel, lorsque nous savons que la production de ce phénomène morbide nécessite l'absorption longtemps prolongée du médicament et à une dose bien au-dessus de 5 centigrammes.

« Notons cependant, dit M. Fernet, que le tremblement dénoté en général une intoxication ancienne; à l'inverse des autres accidents mercuriels qui peuvent se développer rapidement, il exige d'ordinaire, pour se produire, une exposition habituelle et prolongée pendant des mois ow des années à l'influence du mércure. »

2° Tremblement alcoolique. — Nous avons eu toujours soin de demander à nos malades si elles s'adonnaient aux liqueurs alcooliques, et leur réponse a toujours été négative ; mais, dans la crainte qu'elles ne se soient trompées, nous allons exa-

miner très-rapidement si le tremblement qui survient dans l’alcoolisme peut se confondre avec le syphilitique.

Il y a deux états dans l'alcoolisme où nous de-

vons le considérer : l’état subaigu et l’état chronique. Dans le premier, il se produit un tremblement quiressembleà celuidontnousnousoceupons; mais 1] se manifeste presque exclusivement dans les membres supérieurs (Fernet), et surtout il est toujours accompagné de désordres encéphaliques et de phénomènes congestifs que nos malades n’ont pas présentés.

- Dans le second état (l'alcoolisme chronique), on observe encore des phénomènes encéphaliques, des troubles gastriques et, de plus, le tremblement change de type : il se transforme en mouvements plus désordonnés que rhythmés. Quelquefois il est remplacé par des soubresauts musculaires, des secousses convulsives (Trousseau). Nous ne retrouvons donc ici aucune ressemblance avec le /remblement syphilhtique.

3° Tremblement dans la chlorose. — Chez nos malades, nous n'avons pas observé que les troubles du mouvement fussent accompagnés de ce cortége de phénomènes si nombreux et si variés que nous observons dans la chlorose, et dont MM. Trousseau et Pidoux nous ont donné le tableau dans leur Traité de thérapeutique : « Lorsque le système nerveux ne peut plus puiser dans un sang suffisamment réparateurles éléments de l'innervation qu'il

perd incessamment par tous les actes animaux, il tombe dans l’éréthisme, et alors il n’est plus en rapportavecles stimulants physiologiques qui sont sansexception toutes les causes internes etexternes qui agissent sur l’homme. De là des désordres incalculables dans l’innervation : aucune impression n’est sentie comme elle devrait l'être, aucun mouvement ne remplit son but physiologique. De là, les spasmes, les mouvements involontaires et les sensalions inutiles et sans but. »

Cette faiblesse, ce sentiment de défaillance dont nos malades se plaignaient souvent , nous avons le droit de les imputer à la diathèse, puisque la plu. part d’entre elles paraissaient avoir un état florissrnt de santé et qu’en outre ces phénomènes s’observent évalement chez des hommes syphilitiques pleins de force et de vigueur. Cette circonstance nous à fait négliger l’investigation du degré de cette faiblesse au moyen du dynanomètre.

Il nous sera facile d'affirmer que la faiblesse et le dépérissement ne sont pour rien dans la production du tremblement. En effet, nos malades en

guérissent, malgré leur séjour plus ou moins long

à l'hôpital, et malgré un traitement qui les affaiblissait, sans compter que, chez quelques-unes, sont survenues, à la fin de leur maladie, des suppurations qui augmentaient encore leur faiblesse. Ajoutons à cela l’insomnie et l’inappétence, et nous aurons un tableau complet de toutes les causes d’affaiblissement qui auraient pu déterminer

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le tremblement ; maisil n’enestrien, puisque, nous le répétons, nos malades ont guéri.

Maintes fois, nous nous sommes arrèté devant le lit de malades que nous croyionsatteintes d'une lièvre adynamique, tant leur facies nous révélait cet état grave de l'organisme, et, en réalité, elles n'avaient que ce sentiment de faiblesse et de défaillance, ce brisement des membres que l’on ne peut moins que rattacher à la diathèse syphililitique.

On pourra nous objecter : la fatigue, les excès, de toute espèce, les longues veilles, la mauvaise nourriture peuvent très-bien determiner un tremblement. Cela est possible ; mais un tel symptôme. dans de telles circonstances n’auraitpaseu, croyons: nous, une longue durée : quelques jours de repos: et de tranquillité d'esprit auraient suffi pour le faire cesser. Nous avons pu constater que bon nombre de malades sontentrées à l'hôpital n'ayant que la première manifestation syphilitique, et'ce n'est qu'au bout d'un certain temps, quand les. autres manifestations secondaires sont apparues, que le tremblement est venu se manifester, pour durer ce que les autres ont duré et disparaître avec elles. IL faut tenir compte aussi que la. plupart.de ces filles menaient dès longtemps une vie déréglée, et-néanmoins elles n'avaient jamais -tremblé.

4 Tremblement nerveux. — Nous ne discuterons pas ici l'existence de ce tremblement; nous ne ferons que donner les principaux caractères qu'on

Aparicio. 6

Poe lui prête généralement et que nous trouvons consignés dans la thèse de M. Férnet.

« On a noté que le tremblement nerveux était assez souvent héréditaire. T1 y a des familles dont tous les membres sont affectés de tremblement, à partir d’un certain âge, sans qu’on puisse Invoquer ni sénilité, ni excès, ni autre cause. |

« Ce tremblement nerveux est quelquefois trèslimité, par exemple, aux paupières, aux lèvres. Il affecte de préférence la tête et les membres supérieurs. Il se produit plutôt dans l’état de contraction moyenne des museles qui correspond à l’attitude fixe des parties, que dans les contractions actives, par suite, plutôt dans le repos apparent que dans les mouvements étendus. Il s'arrête quelquefois sous l'influence de la volonté, mais il n’est pas rare que les efforts faits pour le maîtriser tendent, au contraire, à l’exagérer. »

Ainsi le tremblement nerveux est assez souvent héréditaire. D’après nos informations, nos malades n’avaient jamais vu dans leurs familles de cas de tremblement; elles ne pouvaient donc avoir hérité de ce que leurs parents n’avaient jamais eu.

Cetremblement nerveux affecte de préférence la tête.… Nous avons déjà dit que nous n’avons pas observé le tremblement syphilitique à la tête.

La volonté enfin des malades n’a jamais suffi pour arrêter ce dernier.

Pronostic. — D'après la description que nous avons essayé de donner du ‘remblement syphihitique, on voit que ce n’est pas une manifestation

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grave, parce qu'elle se dissipe au bout d’un temps plus ou moins court; mais nous ne devons pas oublier cependant qu’elle se produit en compagnie de malle autres manifestations nerveuses, ce qui constitue une forme de syphilis assez rebelle à guérir, raison pour laquelle on doit établir le #raitement mercuriel et le continuer avec l'énergie que réclameront les autres symptômes de la diathèse.

Quant à la nature intime du phénomène, c’est une question que nous aimons mieux soulever que résoudre. La pathogénie du #remblement syphilitique doit être la même que celle de tout autre tremblement, et nous savons que le dernier mot n’a pas été dit sur ce point important et difficile de de la physiologie pathologique.

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