OBSERVATION IV
La nommée J... (Emilie), fleuriste, 48 ans, entrée le 22 juillet. Elle s’est aperçue, il y a six mois, d’un écoulement et de boutons vulvaires. Pas de traitement. Syphilides papulo-érosives des grandes et petites lèvres et du clitoris. Plusieurs petits ganglions inguinaux, alopécie génitale et axillaire, croûtes dans les cheveux, plaques amygdaliennes, ganglions cervicaux bilatéraux, amaigrissement, pâleur, battements cardiaques survenant spontanément depuis quatre mois. Analgésie des seins. Céphalée après chaque repas. Tremblement depuis trois mois, plus fort le matin et empêchant de rien tenir dans
les mains. Nous constatons le tremblement. Cette malade
sort au bout de trente-cinq jours, sensiblement soulagée de ses nombreuses souffrances et ne tremblant plus.
Quant à la marche, elle ne nous paraît pas sensiblement modifiée, et en ceci nous ne sommes pas d'accord avec M. Lagneau qui dit (1) :« La marche des personnes affectées de ce tremblement est incertaine, vacillante. Cette incertitude
des mouvements jointe à une cerlaine altération de l'intelligence surtout de la mémoire, comme je
l'ai dit précédemment, et parfois aussi à un léger
état de paralysie dans la langue, peut donner à quelques malades l'apparence de gens ivres... »
Puis il ajoute : « Je rappellerai les observations
recueillies par MM. Rennes (obs. 91), Greppo (obs. 146), Deval (obs. 161), dans lesquelles l’in-
(1) Lagneau. Mal. syphil. du système nerv.; 1850. Aparicio. 3
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certitude de la marche était sinon le résultat d’un tremblement bien manifeste des membres inférieurs, du moins paraissait dépendre d’un défaut de coordination des mouvements que la volonté se trouvait impuissante à surmonter »..« Je suis quel- « quefois comme ivre et je chancelle, » disait le nommé Godet, en venant consulter le D° Deval pour une amaurose.
a La marche est devenue incertaine, dit le D' Rennes, en parlant du militaire auquel il donna dessoins. « Lorsque N... veut se porter en avant, « il dévie continuellement de la ligne droite, en- « traîné par une force supérieure à la volonté tan- « tôt à droite, tantôt à gauche, mais particulièrea ment dans cette dernière direction. La rue, me « dit-il, n’est pas assez large pour lui. »
De mêre le malade que le D' Greppo guérit par les antisyphilitiques « compare son état à celui « d’un hommeivre, dès qu'il veut se livrer à la «marche, ne sentant rien de semblable dès qu'il est « assis ou couché. Sa marche est'chancelante, l’al- « lure indécise, incertaine ; elle a quelque chose de « bizarre qui attire l'attention : On le regarde pas- «ser comme un homme ivre. Quelquefois un mou- «vement de recul se manifeste; il est forcé d'y «obéir. Il est si peu sûr de ses mouvements et de «leurs combinaisons, que croyant,enjamber un «ruisseau malgré toute son attention, il met le pied «au milieu. La parole est embrouillée, etc. »
Dans l'observation de M. Rennes, nous trouvons que le malade, qui était un militaire en campagne,
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après avoir pris une dose assez considérable d'opium pendant un certain nombre de jours, se sentant « assez de force, se mit en marche à la suite de son régiment » (1). Qui ne voit pas qu'il s'agissait ici tout simplement d’un tremblement alcoolique?
Dans la très-intéressante observation de M. Greppo nous avons un exemple de ces syphilis tertiaires avec désordres considérables de la locomotion, mais où 1l n’est pas question de tremblement. Le malade, dit-il, «n’éprouve aucun désordre du côté des membres supérieurs. La parole est difficile, embrouillée, mais la langue.ne subit aucune déviation » (2).
Dans la troisième observation, celle de Deval, il s'agissait d’un individu qui avait eu une double amaurose accompagnée de douleurs aux membres et d’une énorme plaque de couleur cuivrée à la jambe droite. Ayant été soumis pendant quatre mois au traitement mercuriel et à l’iodure de potassium, il fut guéri de sa cécité. Dans cette observation non plus, il n’était pas question de tremblement.
Ainsi, nous croyons que la marche n’est pas influencée de manière à la rendre vacillante et incertaine. Quelques malades cependant nous disaient qu'elles ne se sentaient pas solides sur leurs jambes; mais en les faisant marcher, on ne
{4) Rennes. Arch. génér. de med. Février 4832, t. XXXVIIT, p. 202. (2) Gaz. méd. de Lyon du 45 août 1849, p. 182. (3) Th. Deval. Traité de l'amaurose, p. 5, Paris, 4851.
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ei. Clips remarquait pas le moindre trouble dans la locomotion.
De même que tous les tremblements, celui-ci ne présente pas de caractères particuliers par où l’on puisse le reconnaitre, et,:comme beaucoup d’entre eux, il est constitué par une trépidation à courtes saccades rapides, uniformes, et qui se succèdent plus ou moins régulièrement. Un individu en proie à une frayeur nous donnerait une idée du tremblement syphahitique.
Il n’est pas constant, c’est-à-dire qu'il ne présente pas la même intensité danstoute la journée. IH y a des moments où il est plus fort, des moments où il est peu manifeste et des moments où il cesse complétement, sans avoir de régularité ni dans l'apparition des accès ni dans leur durée, ce dont nous avons pu nous convaincre
et par le dire de nos malades et par notre propre
observation.
M. Fournier dit à ce sujet : « Intermittent de sa « nature, letremblementsyphilitique se produit par «accès ; ces accès peuvent être provoqués par une « circonstance tout accidentelle : émotion, peur,
. «changement d’attitude, etc. Mais le plus souvent | «ils se manifestentsans cause. Leur apparition n’a | « rien derégulier. Quelquefois ils se montrent à plu- | « sieurs reprises dans une journée; d’autres fois ils | «se peuvent surprendre plusieurs jours de suite.
« Quant à leur durée, elle n’est pas moins variable « d’un sujet à un autre.Chez quelques malades, ces «accès de tremblement sont presque fugitifs; ils
« s’apaisent après quelques minutes. Chez d’autres, « ils aurent plusieurs heures ; je les ai vus durer ! « même plusieurs jours. »
Toutes les observations suivantes nous démontrent plus ou moins l’intermittence dont il vient d'être question.