‹ Étude sur le triptyque d'Albert Durer dit le tableau d'autel de Heller (volume 2)Chapitre 11 sur 16 · ASSOMPTION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

ASSOMPTION DE LA VIERGE

( Collection Firmin Didot )

pu:

peint cinq ou six fois environ avec le plus beau bleu d^outremer. Lorsqu^il était déjà achevé, je Tai repeint deux fois encore afin qu'il se conserve longtemps. Je suis sûr que si vous Tentretenez convenablement il restera frais et propre pendant 5oo ans, car il n'est pas travaillé à la façon ordinaire. Aussi tenez-le proprement, qu'on n'y touche pas et qu'on ne jette pas d'eau bénite dessus. Je sais que personne ne l'attaquera, si ce n'est pour me faire du mal, et je compte qu'il vous plaira. N'importe qui ne pourrait me déterminer à faire un tableau qui exige tant de travail. M. Jœrg Tausy m'a de lui-même proposé de lui faire, avec le même soin et de la même grandeur, un tableau de la sainte Vierge dans un paysage ; il veut m'en donner 400 florins, mais je le lui ai refusé net.

S'il s'agit de tableaux communs, je veux bien en faire dans l'année un si grand tas que personne ne voudra croire qu'un seul homme puisse y suffire; mais ces soins assidus et vétilleux ne permettent pas d'avancer. C'est pour cela que je veux désormais me contenter de ma gravure; si j'avais pris ce parti plus tôt, je pourrais être aujourd'hui plus riche de 100 florins.

Apprenez encore que j'ai fait faire à mes propres frais, pour le panneau du milieu, des moulures qui me coûtent 6 florins. J'ai enlevé les autres, que le menuisier avait faites trop grossières. Je ne les ai pas clouées, puisque vous ne le vouliez pas. Et vous ferez bien de revissée les planches, afin que la peinture ne remue pas. Si on veut voir le tableau, faites-le incliner de deux ou trois largeurs de doigt : c'est ainsi qu'il sera bien en vue et sans luisant. Si je vais chez vous dans un, deux ou trois ans, il faudra descendre le tableau, et, s'il est bien sec, alors je le revernirai avec un nouveau vernis tout particulier, que d'autres ne peuvent pas faire. Et c'est ainsi qu'il se conservera encore cent ans de plus. Mais surtout ne le faites plus vernir par personne; tous les autres vernis sont jaunes, et on endommagerait la peinture. Si une chose à laquelle j'ai travaillé bien plqs d'un an venait à s'endonunager, cela me ferait de la peine à moi-même. Si vous l'ouvrez, soyez présent vous-même pour qu'on ne vous le gâte pas. Prenez-en bien soin, car

vous entendrez dire à vos peintres et aux peintres étrangers de quelle manière il est fait. Saluez de ma part votre peintre Martin Hess.

Ma femme vous demande un pourboire; cela vous regarde, je ne veux pas vous taxer, etc.

Sur ce, je me recommande à vous ; ne vous attachez qu^au sens de ma lettre. J'ai écrit en hâte.

Fait & Nuremberg, le dimanche après la Saint-Bartholomé (26 août iSoç).

Albrecht Durer.

Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j'apprends avec plaisir que mon tableau vous plaît. Je n^ai donc pas dépensé ma peine pour rien, et je suis heureux que vous soyez content du prix, et cela avec raison, car j'aurais bien pu en avoir 100 florins de plus que vous ne m*avez donné; mais je ne l'ai pas voulu. Je vous ai donc laissé le tableau, car j'espère ainsi conserver un ami dans les pays d'en bas.

Ma ménagère vous a beaucoup remercié. Elle portera en votre honneur le cadeau que vous lui avez offert. Mon jeune frère ' vous remercie aussi des 2 florins de pourboire que vous lui avez donnés. Et sur ce, je vous remercie également de tous les honneurs, etc.

Comme vous m'écrivez pour me demander comment il faut encadrer le tableau, je vous envoie mon avis en un dessin. C'est ainsi que je ferais s'il était à moi; mais faites conmie bon vous semblera.

Sur ce, je vous souhaite des temps heureux.

Fait en i5o9, le vendredi avant Galli (12 octobre iSop).

Albrecht Durer.

I. Hans Durer, élève d'Albert, devint le peintre ordinaire de la Cour de Pologne, à Cracovie.

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