BUSTE DU CHRIST ET MAINS DE DIEU LE PERE
(Musée de Brème)
au-dessous de 3oo florins. Je ne voudrais pas accepter le triple de la somme promise pour en faire encore un pareil , car je m'y oublie, j'éprouve ded pertes et je ne recueille que votre ingratitude.
Apprenez que je prends les plus belles couleurs que je puisse trouver. Il me faut 20 ducats de bleu d'outre mer, sans compter les autres frais; je suis persuadé que, quand le tableau sera une fois achevé, vous direz vous-même que vous n'avez jamais vu plus jolie chose.
Aussi n'oserais-je m'engager à avoir peint le panneau du milieu, du commencement à la fin, en moins de treize mois. Je ne veux m'occuper d'aucun autre travail avant que celui-ci soit achevé, quoique ce soit une perte pour moi; car que croyez-vous que j'y ai mangé ? Vous n'accepteriez pas 200 florins pour couvrir mes frais d'entretien. Songez donc souvent à ce que vous me dites dans votre lettre au sujet des matériaux. Si vous aviez acheté une livre de bleu d'outre mer, vous l'auriez à peine trouvée pour 100 florins; car je ne puis acheter une once de beau bleu à moins de 10 ou 20 ducats. C'est pourquoi, cher monsieur Jacob Heller, ma lettre n'est pas aussi extraordinaire que vous le pensez, et je n'ai pas, par là, rompu ma promesse. Vous me reprochez également de vous avoir promis de peindre le tableau avec le plus de zèle possible et de faire ce que je puis, mais, vraiment, je n'ai pas dit cela, ou bien j'étais fou : car je ne pourrais me faire fort de le finir dans toute ma vie. Avec une telle application, je pourrais à peine finir une tête en une demi-année. Or, le tableau renferme près de cent têtes, sans les vêtements, le paysage, et tout le reste qui s'y trouve. On n'aurait jamais entendu parler de pareille chose pour un autel ; qui pourrait se rendre compte du travail ? Aussi je crois vous avoir écrit que je vous ferai le tableau avec une application soutenue, et même toute particulière, dans le temps que vous m'accorderez. Tel que je vous connais, si je vous avais fait une promesse que vous auriez jugée désavantageuse pour moi, vous ne l'auriez pas demandée; néanmoins vous ferez ce que vous voudrez; je tiendrai ce que j'ai promis, car je veux, autant que possible, ne mériter ces reproches de personne. Mais si je ne vous avais pas promis, je sais bien ce que je ferais ; et c'est
pourquoi j'ai dû vous répondre pour que vous ne croyiez pas que je n'ai pas lu votre lettre. Mais j'espère qu'une fois le tableau terminé, quand vous le verrez, les affaires iront mieux. Donc ayez patience, car les jours sont courts. La chose, vous le savez, ne permet pas qu'on se presse ; il y a beaucoup de travail, et je ne veux pas en rabattre. Je compte sur la promesse que vous avez faite à mon beau-frère, à Francfort.
Item. Finalement ne vous occupez plus d'un acquéreur pour mon tableau de la sainte Vierge, car l'évêque de Breslau m'en a donné 72 florins. Je l'ai donc bien vendu.
Sur ce, je me recommande à vous.
Fait à Nuremberg l'an 1 5o8, le samedi après la Toussaint (4 novembre 1 5o8}.
Albrecht Durer.
Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j'ai lu attentivement votre lettre. Sachez que depuis lors, après les fêtes de Pâques, j'ai constamment travaillé à votre tableau avec la plus grande ardeur ; cependant je ne pourrai l'achever avant la Pentecôte, tant je mets de soin à toute chose. Je ne veux pas vous écrire longuement à ce sujet, mais je suis sûr que vous verrez par vous-même toute la peine que je me donne. Ne vous inquiétez pas à propos des couleurs; j'en ai employé pour une somme de 24 florins, et, si elles n'étaient pas belles, il vous serait impossible de trouver mieux autre part. J^y consacre beaucoup de temps et de zèle, si bien que je n'y gagne rien. Aussi devez-vous avoir foi en ma sincérité quand je vous dis que je ne voudrais plus faire un semblable tableau pour moins de 400 florins. Et voici pourquoi : même si je reçois de vous ce que j'ai demandé, il n'en est pas moins vrai que pendant un si long temps il y a plus de frais d'entretien. Vous pouvez ima-
PIEDS DE L'APÔTRE 7 ( Collection Franck Gratz ) MAIN DE L'APÔTRE 10 ( Albertma Vienne )
ginerquel est mon bénéfice- Mais je ne veux tenir aucun compte de ma peine, pourvu que j'arrive à iin résultat qui vous fasse honneur, à vous et à moi. Le tableau sera vu par beaucoup d'artistes, qui sauront vous dire peut-être s'il est d'un maître ou mauvais. Prenez donc patience pendant ce peu de temps encore, car le bas du panneau est achevé; cependant il n'est pas encore verni; mais dans le haut j'ai assez à faire aux amours. J'ai bon espoir que vous en aurez grande satisfaction. Il est possible que tel amateur d'art n'en soit point content et lui préfère un tableau de paysan; je ne m'en soucie: pas. Je ne recherche que l'éloge des gens entendus. Et si Martin H^s vous en fait compliment, vous, pouvez avoir pleine confiance. Vous pouvez encore prendre des informations auprès de quelques camarades qui ont vu le tableau; ils vous' diront comment il est fait. S'il ne vous plaît pas après que vous l'aurez vu, je le garderai. On a beaucoup insisté auprès de moi pour que je le cède et vous en fasse un autre ; mais cela est loin de ma pensée. Je tiendrai honorablement tout ce que je vous ai promis, et je vous considère également comme un homme loyal. J'ai confiance dans ce que vous m'écrivez, et je ne doute aucunement que vous ne soyez satisfait de tant de zèle.
Sur ce, tout ce que je pourrai pour vous, je le ferai.
Fait à Nuremberg, i5o9, le mercredi après Laetare (21 mars iSog).
Albrecht Durer.
Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j'ai appris par votre lettre à Hans Imhof que vous avez été mécontent de ce que je ne vous ai point encore envoyé le tableau;. j'en suis fâché, car je puis vous écrire en toute sincérité ique j'ai travaillé à ce panneau courageusement sans m'interrompre et sans avoir pris en main aucun autre travail. Sans
doute, j ^aurais pu Tachever depuis longtemps si j'avais voulu travailler à la hâte. Je pensais vous être agréable et m'acquérir quelque gloire par mon grand zèle. Si le résultat a été autre, j'en suis peiné. Vous m'écrivez en outre que si vous n'aviez pas contracté un engagement, vous ne voudriez plus le faire, et que je n'ai qu'à garder le tableau. Si je devais éprouver quelque dommage à ce propos, je le ferais bien volonders pour conserver votre amidé; mais comme la chose vous cause du repentir, que vous vous acharnez à vouloir me défier de garder le tableau, eh bien! alors, j'accepte, et avec plaisir, car je suis sûr d'en tirer loo florins de plus que vous ne me donneriez. Et à l'avenir je n'accepterais pas 400 florins pour en faire un pareil. J'ai donc aussitôt rendu à Hans Imhof les 100 florins que je venais de toucher chez lui; mais il n'a pas voulu les reprendre sans votre avis. Ainsi, veuillez lui écrire, ou à la personne à laquelle il vous plaît que je remette les 100 florins; je les verserai sur-le-champ. Il n'est donc pas besoin que vous ayez aucun repentir, ou que vous subissiez aucun préjudice au sujet de mon travail. Je mets votre bienveillance beaucoup au-dessus de mon tableau.
Sur ce, je suis en tout temps et en tout ce qui peut vous être agréable,
Votre bien obligé serviteur,
Albrecht Durer.
Fait à Nuremberg, le mardi avant la Sainte-Marguerite 1 509(10 juillet iSog).
Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j'ai lu la lettre que vous m'avez adressée. Vous me dites que vous n'aviez pas l'intention de refuser le tableau; je réponds à cela que je ne puis pas connaître vos intentions.
DRAPERIES DE DIEU LE PERE ( Albertina Vienne )
Mais vous écrivez que si vous n^aviez pas commandé le tableau, vous ne vous seriez pas engagé, et que je n^ai qu^à le garder aussi longtemps qu^il me plaira, etc. J*ai dû croire que la chose vous donnait du repentir; c^est à cela que j^ai répondu dans ma dernière lettre. Mais sur les instances de Hans Imhof, prenant aussi en considération que vous m^avez commandé le tableau, et aimant mieux qu^il soit placé à Francfort qu'ailleurs, j'ai consenti à vous le faire remettre, quoiqu*à 100 florins au-dessous du prix que j'aurais pu en avoir. Sans doute vous ne m'aviez accordé dans l'origine que i3o florins; mais vous n'ignorez pas ce que je vous ai écrit et ce que vous m'avez écrit dans la suite. J'aurais bien voulu avoir peint le tableau comme il m'avait été commandé; il eût été achevé au bout d'une demi-année. Mais en considération de votre indemnité et parce que j'ai voulu vous être agréable, j'y ai travaillé plus d'un an et dépensé pour 2^5 florins de bleu d'outremer. Et je puis vous dire en toute vérité que, vu le prix que vous m'avez fait pour le tableau, j'y ai mis de ma poche : car, en gagnant un et en mangeant trois, je n'irai pas bien loin. Mais comme je sais que vous ne supposiez pas au commencement que ma perte serait si grande, et quoique j'en puisse tirer au moins loo florins de plus, je suis décidé à vous envoyer le tableau sur-le-champ.
Et s'il vous plaît, si vous l'acceptez avec reconnaissance, vous avouerez qu'il vaut les 200 florins que je vous demande, et bien davantage encore. Mais si, après que vous l'aurez examiné, ma proposition ne vous convenait pas ou ne vous était pas agréable, veuillez alors mettre le tableau à ma disposition à Francfort, et, comme je vous l'ai écrit ci-dessus, je saurai en trouver au moins 100 florins de plus. J'espère cependant qu'après réception vous accueillerez ma proposition avec reconnaissance. Sur ce, je vais l'emballer bien soigneusement. En attendant, veuillez communiquer vos intentions à Hans Imhof; lorsque celui-ci me les aura fait connaître de votre part, je lui remettrai le tableau aussitôt. Et si je ne tenais pas à vous rendre service, j'en saurais tirer un bien meilleur parti. Mais votre amitié m'est plus chère que ce peu d'argent. J'espère cependant que vous ne vou-
drez pas mUmposer une si grande perte, car vous êtes moins dans le besoin que moi.
Sur ce, faites et commandez.
Fait a Nuremberg, le mardi avant la Saint-Jacques (24 juillet iSog).
Albrecht Durer.
Avant tout, mes bons services, cher monsieur Jacob Heller. Suivant votre dernière, je vous envoie le tableau bien emballé et pourvu de tout ce qu*H faut. Je Tai r^mis à Hans Imhof, qui m*a versé encore 100 florins. Et croyez sur ma foi que j^y ai mis de mon argent, sans tenir compte du temps que j^y ai perdu : car ici, à Nuremberg, on a voulu m'en donner 3oo florins. Ces 100 florins m'auraient fait beaucoup de bien, si je ne vous avais envoyé le tableau pour vous être agréable et vous rendre service. Car j'estime la conservation de votre amitié plus de 100 florins. J'aime mieux aussi savoir ce tableau à Francfort que dans tout autre endroit de l'Allemagne. Et si vous croyez que j'ai mal agi en n*abandonnantpaslepayementàvotre libre volonté, la cause en a été que vous avez écrit à Hans Imhof que je pourrais garder le tableau autant qu'il me plairait. Sans cela, je m'en serais volontiers rapporté à vous, quoique mon préjudice eût dû être plus grand. Mais je suis persuadé que, si je vous avais promis un travail de 10 florins et qu'il m'en eût coûté 20, vous-même ne voudriez pas me laisser subir cette perte.
Je vous en prie, soyez satisfait de ce que je vous prends 100 florins au-dessous du prix que j'aurais pu en tirer, et soyez assuré qu'on a voulu pour ainsi dire m'enlever ce tableau de force : car je l'ai fait avec un grand zèle, conmie vous le verrez. Il est également peint avec les meilleures couleurs que j'aie pu trouver; il est ébauché, peint et re-