‹ Étude sur le triptyque d'Albert Durer dit le tableau d'autel de Heller (volume 2)Chapitre 15 sur 16 · L^EMPEREUR CHARLES V AU BOURGMESTRE ET AU CONSEIL DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

L^EMPEREUR CHARLES V AU BOURGMESTRE ET AU CONSEIL DE NUREMBERG

Cologne, 4 novembre i520.

Document confirmatîf pour Durer,

Aux honorables et chers fidèles de nous et de notre Empire, au bourgmestre et au Conseil de la ville de Nuremberg, ordre de donner à Albrecht Durer, sa vie durant, sur les impôts de la ville, 100 florins.

Charles, par la grâce de Dieu empereur romain, qui de tout temps a agrandi TEmpire, etc.

Honorés et chers fidèles.

Comme, de son vivant, le sérénissime prince l'empereur Maximilien, notre cher seigneur et grand-père, de glorieuse mémoire, a décidé et décrété de payer au cher fidèle de nous et de Tempire, Albrecht Durer, sa vie durant, tous les ans, 100 florins du Rhin sur les impôts ordinaires dus à nous et à l'Empire, que vous avez à verser annuellement dans nos chambres impé-

riales; et comme nous, en qualité d^empereur romain, avons gracieusement confirmé et renouvelé cette pension en vertu d^une ordonnance, nous ordonnons formellement et désirons que vous payiez et acquittiez audit Albrecht Durer la pension de loo florins du Rhin mentionnée, autant de fois qu^dle est restée impayée depuis le décret de l-empereur Maximilien, et que vous la continuiez annuellement, sa vie durant, sur les impôts de la ville susnommée, avec quittance en bonne forme, et qu^aucun obstacle ou embarras n'empêche que cela soit. Vous ferez ainsi notre volonté très-arrêtée.

Fait dans notre ville impériale de Cologne, le 4*' jour du mois de novembre.

DURER AU CONSEIL DE NUREMBERG

Dignes, honorés, sages et très-gracieux Seigneurs,

J'ai acquis et amassé pendant une longue suite d'années, grâce à ma peine, à mes travaux et à la Providence divine, près de 1,000 florins rhénans que je désirerais placer pour mon entretien. Je sais que ce n'est pas votre habitude d'accorder un intérêt fort élevé, et il m'a été dit que vous aviez refusé à plusieurs personnes de donner i florin pour 20, ce qui m'a fait hésiter à vous demander ce service. Je me suis cependant décidé, par nécessité d'abord, mais aussi en souvenir de la faveur particulière avec laquelle vous m'avez toujours traité, à vous adresser ma prière en considération des causes suivantes : Vos Seigneuries savent combien je me suis montré obéissant, zélé et prêt à rendre service aux membres du Conseil, à la commune et à la ville dans les affaires publiques et privées, toutes les fois qu'ils ont eu besoin de mon aide, de mon art et de ma peine; j'ai travaillé plus souvent gratis que pour de l'argent. Depuis trente ans que je n'ai point quitté ma patrie, je puis l'écrire en toute vérité, le prix des travaux d'art que j'ai été chargé d'exécuter dans cette ville ne s'est pas élevé à 5oo florins, somme vraiment insignifiante et ridicule, sur laquelle il ne reste pas un cinquième de bénéfice. J'ai gagné ma pauvre vie, et Dieu sait combien elle m'a été amère, avec les princes, seigneurs et autres personnes étrangères, de sorte que je vis ici dans cette ville grâce aux profits qui me

viennent du dehors. Vos Seigneuries savent aussi sans doute que feu Pempereur Maximilien, de glorieuse mémoire, m^avait, il y a nombre d^années, exempté des charges de cette ville, de son propre mouvement et par générosité impériale, pour reconnaître les bons services que je lui avais rendus. Depuis, j^ai de mon plein gré renoncé à ce privilège, sur Pincitation de plusieurs de Messieurs les Anciens qui ont négocié avec moi à ce sujet au nom du Conseil; je Fai feit en leur honneur, pour me conformer à leurs usages et respecter leurs lois et privilèges. Vos Seigneuries savent aussi qu'il y a dix-neuf ans, le gouvernement de Venise m'invita à aller demeurer dans cette ville, en m'ofifrant 200 ducats d'appointements. Il y a peu de temps, lors de mon séjour dans les Pays-Bas, le Conseil d'Anvers m'a également offert 3oo florins de Philippe par an, en y joignant l'exemption de tout impôt et le don d'une belle maison. En outre, à Venise ou à Anvers, tous les travaux que j'aurais feits pour la ville m'auraient été payés à part. J'ai refusé tout cela par un effet de cet amour particulier que j'ai pour Vos Seigneuries, pour cette digne ville qui est ma patrie, et j'ai mieux aimé vivre modestement auprès de vous que grand seigneur et riche ailleurs. J'adresse donc à Vos Seigneuries ma respectueuse prière; je leur demande de prendre en considération toutes ces raisons et d'accepter les 1,000 florins que je pourrais bien placer ici et autre part chez des marchands honorables et riches, mais que je préfère savoir entre vos mains ; je vous prie de m'en donner 5o florins d'intérêt par an, afin que ma femme et moi, qui tous deux devenons de jour en jour plus vieux, plus faibles et plus incapables, nous ayons de quoi vivre plus convenablement.

Je recevrais ainsi comme un témoignage de la bienveillance de VosSagesses et de l'intérêt qu'elles m'ont porté jusqu'à ce jour. Je ne cesserai de faire des efforts pour les mériter.

De Vos Sagesses le très-obéissant et très-humble serviteur, A. D.

DURER AU CONSEIL DE NUREMBERG

Automne i526.

Dignes, honorés, sages et chers Seigneurs,

J'avais depuis longtemps déjà le désir d'offrir à Vos Seigneuries comme souvenir un de mes modestes tableaux ; mais l'imperfection de mes œuvres.

déjà insignifiantes en elles-mêmes, me décida à n'en rien faire. Je savais que je ne pouvais me présenter avec aucune d'elles devant Vos Seigneuries. Mais tout dernièrement j'ai peint un tableau * auquel j'ai mis plus de zèle et d'application qu'à tous mes autres ouvrages; je ne juge personne plus digne que Vos Seigneuries de le garder à titre de souvenir. C'est pourquoi je l'o£fre à Vos Seigneuries, en les priant humblement et instamment de bien vouloir accepter gracieusement ce petit présent et de me garder comme par le passé leur généreuse bienveillance. Pour la mériter je ferai toujours tout mon possible.

De Vos Seigneuries le respectueux serviteur, A. D.

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