‹ Étude sur le triptyque d'Albert Durer dit le tableau d'autel de HellerChapitre 12 sur 21 · DH L'APOTRE · texte numérisé non relu

DH L'APOTRE

( Albertina Vienne

Mes bons services avant tout, cher monsieur Heller. J’ai reçu avec joie votre aimable lettre ; mais sachez que je suis depuis longtemps accablé par la fièvre : c’est pourquoi j’ai dû cesser, pendant quelques semaines, mon travail pour le duc Frédéric de Saxe1, ce qui me cause un grand préjudice. Mais son tableau va bientôt être achevé, car j’en ai fait plus de la moitié. Prenez donc patience pour le vôtre, je le ferai aussitôt après avoir terminé ce travail, si le duc en est satisfait; j’y mettrai tout mon zèle, comme je vous l’ai promis ici. Et, quoique je ne l’aie pas encore commencé, j’ai déjà pris le panneau chez le menuisier, et je lui ai donné l’argent que j’ai reçu de vous. Il n’a voulu faire aucune déduction ; du reste, il ne me paraît pas y faire un trop grand bénéfice, et j’ai donné le panneau à l’apprêteur; il l’a blanchi et teint, et il le dorera la semaine prochaine.

Je n’ai voulu prendre aucun à-compte avant d’avoir commencé à le peindre, ce qui sera ma première occupation, s’il plaît à Dieu, après le travail pour le duc; je n’aime pas à entreprendre trop de choses à la fois pour ne pas être tourmenté. De cette façon, le duc ne subira pas de retard, ce qui serait arrivé si, selon mon projet, j’avais fait votre tableau en même temps que le sien. Sachez, pour votre consolation, qu’autant que Dieu m’en donnera les moyens, je ferai quelque chose que peu de gens pourraient faire. Sur ce, beaucoup de bonnes nuits.

Fait à Nuremberg, le jour de Saint-Auguste (28 août 1507).

Albrecht Durer.

1. Frédéric le Sage, qui refusa la couronne impériale en 1519. Le tableau en question est le Martyre des dix mille Chrétiens mis à mort par Sapor de Perse; il est aujourd’hui au Belvédère de Vienne.

Etc. 1 Cher monsieur Jacob Heller, apprenez que j’aurai fini dans quinze jours mon travail pour le duc Frédéric, que je commencerai aussitôt votre tableau, et n’entreprendrai pas d’autre peinture qu’il ne soit achevé, selon ma coutume. Et le panneau du milieu surtout sera peint soigneusement de ma propre main. Cependant les côtés extérieurs des volets sont déjà projetés; ils seront en grisaille, je les ai fait ébaucher. Soyez-en avisé. J’aurais voulu que vous vissiez le tableau de monseigneur; je crois qu’il vous aurait plu. J’y ai travaillé presque une année entière, et je n’en ai pas grand profit, car il ne m’est pas payé plus de 280 fl. rhénans. On y dépense presque autant. Et c’est pourquoi, je vous le dis, si ce n’eût été pour vous obliger particulièrement, personne n’aurait pu me persuader de faire quelque chose sur commande; car cela me fait manquer de meilleurs travaux. Ci-inclus, je vous envoie la mesure du panneau en hauteur et en largeur.

Beaucoup de bonnes nuits.

Fait à Nuremberg, l’autre dimanche de Carême i5oS ( 19 mars i5o8).

Albrecht Durer.

Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j’ai bien reçu votre dernière lettre, id est, dans laquelle vous me recommandez de bien soigner votre tableau, ce que je compte faire de mon propre mouvement. Ap-

1. Durer commence ses lettres parce singulier e/c., comme s'il continuait à parler de quelque sujet connu de son correspondant. Cet etc. se retrouve aussi dans le corps des lettres.

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MANCHE ET MANTEAU DE L'APOTRE ( Albertina Vienne )

prenez donc à quel point il en est. Les volets extérieurs sont déjà peints en grisaille, mais ils ne sont pas encore vernis, et, à l’intérieur, les dessous sont complètement faits, de manière qu’on peut commencer à les peindre. J’ai esquissé le capus 1 avec beaucoup d’application et en y consacrant beaucoup de temps. Le panneau est bien préparé, avec deux très-belles couleurs, de sorte que je peux l’ébaucher. J’ai le désir, aussitôt que je connaîtrai votre avis, de faire quatre, cinq et même six couches, dans l’intérêt de la transparence et de la conservation, et d’employer le plus beau bleu d’outremer que je pourrai me procurer. Personne, excepté moi, n’osera y donner un seul coup de pinceau. Je devrai y employer beaucoup de temps ; aussi suis- je certain que vous ne vous fâcherez pas si je vous fais part d’une résolution que j’ai l’intention de prendre : je ne puis achever une pareille œuvre pour une rétribution de i3o fl. rhénans; ce serait un préjudice pour moi à cause des grandes dépenses et de la perte de temps. Mais ce que je vous ai promis, je le tiendrai honorablement. Si vous ne voulez pas payer plus que le prix convenu, je ferai quand même le tableau, de telle façon qu’il soit toujours plus beau que ne le sera le salaire. Mais si vous vouliez m’accorder 200 florins, je réaliserais mes projets. Et si on m’offrait 400 florins pour le même objet, je ne l’entreprendrais pas; je ne saurais y gagner un liard : cela demande trop de temps. Faites-moi donc savoir votre avis, et aussitôt que je connaîtrai vos intentions, je me ferai payer 5o florins par Imhof 2, car je n’ai encore pris aucun à-compte. Sur ce, je me recommande à vous.

Sachez aussi que je n’ai de toute ma vie 'commencé aucun travail qui m’ait plu à l’égal de votre tableau que je peins maintenant : aussi je ne veux commencer d’autre travail avant qu’il soit achevé. Je regrette seulement d’être sitôt surpris par l’hiver; les jours deviennent si courts qu’on ne peut pas faire grand’chose. Il faut que je vous adresse encore une prière : si vous connaissez quelqu’un qui aurait envie d’un

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