MAINS DE L'APOTRE
Nuremberg allait aux Pays-Bas réclamer de Charles-Quint une pension de deux cents florins que Maximilien lui avait accordée, et dont le payement était refusé par le conseil de la ville. Venise lui avait offert une rente de deux cents ducats, Anvers avait voulu se l’attacher-, mais il aima mieux vivre pauvre à Nuremberg que riche à l’étranger. Sa ville natale, durant les trente années qu’il y demeura, ne lui fit pas pour cinq cents florins de commandes, et cependant, quand il a achevé son tableau des Quatre Apôtres , que lui-même considérait comme son chef-d’œuvre, il ne le vend ni à l’Empereur ni aux princes : il le donne à Nuremberg '. Certes, un tel homme ne manquait pas de grandeur d’âme et de générosité.
i. Voir, à la fin de cette étude, les pièces justificatives qui se rapportent à tout ce paragraphe.
n connaît maintenant le caractère général des lettres adressées par le grand peintre à son Mécène peu généreux. Il ne nous reste plus qu’à donner au lecteur la traduction de cette correspondance. On y remarquera la répétition fréquente des mêmes tours de phrase, l’abus des conjonctions, les négligences volontaires d’un écrivain plus préoccupé du fond que de la forme. Nous avons cru devoir conserver religieusement la couleur du texte original; peut-être notre traduction paraîtrat-elle refléter avec un excès de fidélité l’allemand un peu dur de Durer. Nous espérons qu’on nous saura gré de ce scrupule, et qu’au moins on ne pourra pas nous faire le reproche ordinaire : traduttore, traditore1.
i. Nous avons, dans notre traduction, la première qui ait été faite en français, suivi le texte donné par Campe dans ses Reliquien von Albrecht Durer , Nurbg, 1828, non sans mettre à contribution (surtout pour la ponctuation) le Durer’s Briefe, Jahrbiicher und Reime, etc., de M. Thausing.
MAIN ET MANCHE DE L'APOTRE 7 ( Altertina. Vienne )
Mes bons services avant tout, cher monsieur Heller. J’ai
joie votre aimable lettre ; mais s ■ qUC je suis d«.p ■ longtem , accablé parla fièvre : c’est pour<i'i . ■ ' •-":••• er. pendant quelques semaines, mon trava i pour le ' ■ ,c S .... ui meta;;---
un grand préjudice. Mais son tableau a ï diuôt être. achevé, c; - ui ai fait plus de lâ moitié. Prenez donc u . ,:c pour le vôtre, je ! . é iv. aussitôt après avoir terminé cc travail, si le duc en est satisfait ; j'y mettrai tout mon zèle, comme je vous l’ai promis ici. Et, quoique je ne l’aie pas encore commencé, j’ai déjà pris le panneau chez le menuisier, et je lui ai donné l’urgent que j’ai reçu de vous. Il n’a voulu faire aucune déduction ; du reste, il ne me paraît pas y faire un trop grand bénéfice, et j’ai donné le panneau à Papprêteur; il 1 ; blanchi et teint, et il le dorera la semeûne prochaine Je n’ai voulu prendre aucun à-compte avur.f dV- m;r , le
peindre, ce qui sera r lière occu s’il plaît à Dieu, après 1<
travail pour le duc; je n i, ne pas à ent: cuoî--<.-> à ;
fois pour ne pas être tourmenté. De cette iacov. ic • . u subira pas de retard, ce qui arrivé si projet, i vais • tre
tableau en même temps que le sien. Sachez, p ur voue •• vnsohdon, qu’autant que Dieu m’en
que peu de gens pourraient faire Sur ce., beaucoup dt bonnes nuits.
Fait à Nuremberg, : . u J e Saint- Auguste ( 2 août 1507).
Albrecht Durer.
1. Frédéric ie -> -, , qui refusa la couronne impériale en t 5 1 9- Le tableau en question est le Martyre des dix mille Chrétiens mis à mort par Sapor de Perse; ü est aujourd'hui au Belvédère de Vienne.