‹ Étude sur le triptyque d'Albert Durer dit le tableau d'autel de HellerChapitre 15 sur 21 · PIEDS DE L'APÔTRE MAIN DE L'APÔTRE · texte numérisé non relu

PIEDS DE L'APÔTRE MAIN DE L'APÔTRE

giner quel est mon bénéfice. Mais je ne veux tenir aucun compte de ma peine, pourvu que j’arrive à un résultat qui vous fasse honneur, à vous et à moi. Le tableau sera vu par beaucoup d’artistes, qui sauront vous dire peut-être s’il est d’un maître ou mauvais. Prenez donc patience pendant ce peu de temps encore, car le bas du panneau est achevé; cependant il n’est pas encore verni; mais dans le haut j’ai assez à faire aux amours. J’ai bon espoir que vous en aurez grande satisfaction. Il est possible que tel amateur d’art n’en soit point content et lui préfère un tableau de paysan; je ne m’en soucie pas. Je ne recherche que l’éloge des gens entendus. Et si Martin Hess vous en fait compliment, vous pouvez avoir pleine confiance. Vous pouvez encore prendre des informations auprès de quelques camarades qui ont vu le tableau ; ils vous diront comment il est fait. S’il ne vous plaît pas après que vous l’aurez vu, je le garderai. On a beaucoup insisté auprès de moi pour que je le cède et vous en fasse un autre ; mais cela est loin de ma pensée. Je tiendrai honorablement tout ce que je vous ai promis, et je vous considère également comme un homme loyal. J’ai confiance dans ce que vous m’écrivez, et je ne doute aucunement que vous ne soyez satisfait de tant de zèle.

Sur ce, tout ce que je pourrai pour vous, je le ferai.

Fait à Nuremberg, iSoç), le mercredi après Lætare (21 mars 1509).

Albrecht Durer.

Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j’ai appris par votre lettre à Hans Imhof que vous avez été mécontent de ce que je ne vous ai point encore envoyé le tableau; j’en suis fâché, car je puis vous écrire en toute sincérité que j’ai travaillé à ce panneau courageusement sans m’interrompre et sans avoir pris en main aucun autre travail. Sans

doute, j’aurais pu l’achever depuis longtemps si j’avais voulu travailler à la hâte. Je pensais vous être agréable et m’acquérir quelque gloire par mon grand zèle. Si le résultat a été autre, j’en suis peiné. Vous m’écrivez en outre que si vous n’aviez pas contracté un engagement, vous ne voudriez plus le faire, et que je n’ai qu’à garder le tableau. Si je devais éprouver quelque dommage à ce propos, je le ferais bien volontiers pour conserver votre amitié; mais comme la chose vous cause du repentir, que vous vous acharnez à vouloir me défier de garder le tableau, eh bien! alors, j’accepte, et avec plaisir, car je suis sûr d’en tirer ioo florins de plus que vous ne me donneriez. Et à l’avenir je n’accepterais pas 400 florins pour en faire un pareil. J’ai donc aussitôt rendu à Hans Imhof les 100 florins que je venais de toucher chez lui; mais il n’a pas voulu les reprendre sans votre avis. Ainsi, veuillez lui écrire, ou à la personne à laquelle il vous plaît que je remette les 100 florins; je les verserai sur-le-champ. Il n’est donc pas besoin que vous ayez aucun repentir, ou que vous subissiez aucun préjudice au sujet de mon travail. Je mets votre bienveillance beaucoup au-dessus de mon tableau.

Sur ce, je suis en tout temps et en tout ce qui peut vous être agréable,

Votre bien obligé serviteur, Albrecht Durer.

Fait à Nuremberg, le mardi avant la Sainte-Marguerite 1 509 (10 juillet 1 509).

Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j’ai lu la lettre que vous m avez adressée. Vous me dites que vous n’aviez pas l’intention de refuser le tableau; je réponds à cela que je ne puis pas connaître vos intentions.

DRAPERIES DE DIEU LE PERE ( Albertma Vienne )

Mais vous écri e;' u-.it: si vous n’aviez p; s cor : mandé le tableau, vous ne vous seriez pu • engagé, et que je n‘ u qu’.'t le garder aussi longtemps qu’il me plaira, etc. J’ai dû croire que la chose vous donnait du repentir; c’est à Cela que j’ai répondu dans ma dernière lenre. Mai- sur les instances de Hans Imhof, prenant ans c< n sidérât; ou que vous m’avez commandé le tableau, et ai m air mieux qu’ii soit placé à Francfort qu’ai Heurs, j’ai, consenti ous !e faire remettre, quoiqu’à roo florins au-dessous du prix que j’aurais pu en avoir. Sans doute vous ne m'aviez accordé dans i’origine que i3o florins; mais vous gnorez pas ce que je vous ai écrit et ce que vous m’avez écrit ians i<» suite. J’aurais bien voulu avoir peint le tableau comme il m’avtot été commandé; il eût été achevé au bout d’une demi-année. Mais en considérai ' d v ■ : c indemnité et parce que j’ai voulu vous être agréable, j’y ai ravatbé iras d’un an et dépensé pour 25 florins de bleu d’outremer. Et je puis vous dire en toute vérité que, vu le prix que vous m’avez fait pour le tableau, j’y ai mis de ma poche : car, en gagnant un et en mangeant trois, je n’irai p is bien loin. Mais comme je sais que vous ne suppo- n as au commencement que ma perte serait si grande, et quoique j’en puisse tirer au moins 100 florins de plus, je suis décidé à vous envoyer te tableau sur-le-champ.

Et s’il vous plaît, si vous l’acceptez avec reconnaissance, vous . avouerez qu’il v aut les 2<-.o i orm:- que , vous demande, et bien davantage encore. Mais si, après que vous l’aurez examiné, ma proposition ne vous convenait pas ou ne vous était pas agréabie, veuillez alors me-rre le tableau à ma disposition à Francfort, et, comme je vous l’ai écrit ci-dessus, je s uirai en trouver nu moins ioo florins de plus. J’espère cependant qu 'après réception vous accueillerez ma proposition avec reconnaissance. Sur ce, je vais l’emballer bien soigneusement. Tv- attendant, veuillez communiquer vos intentions à Hans Imhol; lorsque celui-ci me les aura fait connaître de votre part, je lui remettrai le tableau aussitôt. Et si je ne tenais pas à vous rendre service, j'en saurais tirer un bien meilleur parti. Mais votre amitié m’est plus chère que ce pce d’argent. J’espère cependant que vous ne vou-

Mais vous écrivez que si vous n’aviez pas commandé le tableau, vous ne vous seriez pas engagé, et que je n’ai qu’à le garder aussi longtemps qu’il me plaira, etc. J’ai dû croire que la chose vous donnait du repentir; c’est à cela que j’ai répondu dans ma dernière lettre. Mais sur les instances de Hans Imhof, prenant aussi en considération que vous m’avez commandé le tableau, et aimant mieux qu’il soit placé à Francfort qu’ailleurs, j’ai consenti à vous le faire remettre, quoiqu’à ioo florins au-dessous du prix que j’aurais pu en avoir. Sans doute vous ne m’aviez accordé dans l’origine que i3o florins; mais vous n’ignorez pas ce que je vous ai écrit et ce que vous m’avez écrit dans la suite. J’aurais bien voulu avoir peint le tableau comme il m’avait été commandé; il eût été achevé au bout d’une demi-année. Mais en considération de votre indemnité et parce que j’ai voulu vous être agréable, j’y ai travaillé plus d’un an et dépensé pour 25 florins de bleu d’outremer. Et je puis vous dire en toute vérité que, vu le prix que vous m’avez fait pour le tableau, j’y ai mis de ma poche : car, en gagnant un et en mangeant trois, je n’irai pas bien loin. Mais comme je sais que vous ne supposiez pas au commencement que ma perte serait si grande, et quoique j’en puisse tirer au moins ioo florins de plus, je suis décidé à vous envoyer le tableau sur-le-champ.

Et s’il vous plaît, si vous l’acceptez avec reconnaissance, vous avouerez qu’il vaut les 200 florins que je vous demande, et bien davantage encore. Mais si, après que vous l’aurez examiné, ma proposition ne vous convenait pas ou ne vous était pas agréable, veuillez alors mettre le tableau à ma disposition à Francfort, et, comme je vous l’ai écrit ci-dessus, je saurai en trouver au moins 100 florins de plus. J’espère cependant qu’après réception vous accueillerez ma proposition avec reconnaissance. Sur ce, je vais l’emballer bien soigneusement. En attendant, veuillez communiquer vos intentions à Hans Imhof; lorsque celui-ci me les aura fait connaître de votre part, je lui remettrai le tableau aussitôt. Et si je ne tenais pas à vous rendre service, j’en saurais tirer un bien meilleur parti. Mais votre amitié m’est plus chère que ce peu d’argent. J’espère cependant que vous ne vou-

drez pas m’imposer une si grande perte, car vous êtes moins dans le besoin que moi.

Sur ce, faites et commandez.

Fait à Nuremberg, le mardi avant la Saint-Jacques (24 juillet 1509).

Albrecht Durer.

Avant tout, mes bons services, cher monsieur Jacob Heller. Suivant votre dernière, je vous envoie le tableau bien emballé et pourvu de tout ce qu’il faut. Je l’ai remis à Hans Imhof, qui m’a versé encore 100 florins. Et croyez sur ma foi que j’y ai mis de mon argent, sans tenir compte du temps que j’y ai perdu : car ici, à Nuremberg, on a voulu m’en donner 3oo florins. Ces 100 florins m’auraient fait beaucoup de bien, si je ne vous avais envoyé le tableau pour vous être agréable et vous rendre service. Car j’estime la conservation de votre amitié plus de 100 florins. J’aime mieux aussi savoir ce tableau à Francfort que dans tout autre endroit de l’Allemagne. Et si vous croyez que j’ai mal agi en n’abandonnant pas le payement à votre libre volonté, la cause en a été que vous avez écrit à Hans Imhof que je pourrais garder le tableau autant qu’il me plairait. Sans cela, je m’en serais volontiers rapporté à vous, quoique mon préjudice eût dû être plus grand. Mais je suis persuadé que, si je vous avais promis un travail de 10 florins et qu’il m’en eût coûté 20, vous-même ne voudriez pas me laisser subir cette perte.

Je vous en prie, soyez satisfait de ce que je vous prends 100 florins au-dessous du prix que j’aurais pu en tirer, et soyez assuré qu’on a voulu pour ainsi dire m’enlever ce tableau de force : car je l’ai fait avec un grand zèle, comme vous le verrez. Il est également peint avec les meilleures couleurs que j’aie pu trouver; il est ébauché, peint et re-

ASSOMPTION DE LA VIERGE ( Collection Firmm Didot )

peint cinq ou :t fois environ avec le plus beau bic i d ; Lorsqu’il était Jé jà achevé, je l’ai repeint Jeux fois enc-v . qu conserve longtemps. Je suis sûr que si vous l'entretenu/ - •ne.;n,

ment il restera frais et propre pendant :

vaillé à la façon ordinaire. Aussi M ei »cb«

pas et qu’on ne jette pas d'eau béi ne . --e Je sa - '•sonne r.<r

l’attaquera, si ce n’est pour me faire du mal, et je corv pre qu'il vous plaira. N importe qui ne pourrait me déten .iner .'.•ire i. a tableau qui ex a-"'.:.'-'.......:..

faire, avec le même soin et de !.* n. grandeur, un t. i Je la sainte Vierge dans un paysage . ? • ' . a .: i i mais

ie le luit ai refusé net.

S’il s’agit de tableaux communs, je veux L ien en faire dans l’année un si grand tas que personne ne v< udr; croirequ’un seul homme puisse y suffire; mais cc- a- , a, et > êtillt-. . n: : ■ rtc-ir p • dVr.n cer. C’est pour cela que je veux désormais me contenter de ma gravure; si j'avais pris ce parti plus tôt, je pourrais C-U aujourd'hui plus riche oc 100 florins.

Apprenez encore que j’ai ‘dit faire à mes propres f? us, pour le panneau du milieu-, des moulures qui me c .tout G ■ cir • V ;i enlevé les autres, que le menuisier avait faites p grossier J* ne les ai » . s

clouées, puisque vous ne le w . Et ■ bien de rev

les planches, afin que la peint c ne remue pas. Si on veut voir le tableau, faites-le incliner de deu ou irvc- largeurs le do gt : c t.-t in . qu’il sera bien en vue et sans luisant. Si je vais che - vous dans un, deu* ou trois ans, il faudra descendre • t: 1- ■ et, s à est bien sec. alor.je le revernirai avec un nouveau vernis tout pa riculier, que d’autres ne peuvent pas faire. Et c’est ainsi qu’il se conservera encore cent ans de plus. Mais surtout ne le faites plus vernir par personne; tous les autres vernis sont jaunes, et on endommagerait la peinture Si une chose à laquelle j’ai travaillé bien plus d’un an venait à s’endommager, cela me ferait de la peine à moi-même. Si vous l’ouvre/, soyez présent vous-même pour qu’on ne vous legûte pas. Prencz-en bien soin, car

peint cinq ou six fois environ avec le plus beau bleu d’outremer. Lorsqu’il était déjà achevé, je l’ai repeint deux fois encore afin qu’il se conserve longtemps. Je suis sûr que si vous l’entretenez convenablement il restera frais et propre pendant 5oo ans, car il n’est pas travaillé à la façon ordinaire. Aussi tenez-le proprement, qu’on n’y touche pas et qu’on ne jette pas d’eau bénite dessus. Je sais que personne ne l’attaquera, si ce n’est pour me faire du mal, et je compte qu’il vous plaira. N’importe qui ne pourrait me déterminer à faire un tableau qui exige tant de travail. M. Jœrg Tausy m’a de lui-même proposé de lui faire, avec le même soin et de la même grandeur, un tableau de la sainte Vierge dans un paysage ; il veut m’en donner 400 florins, mais je le lui ai refusé net.

S’il s’agit de tableaux communs, je veux bien en faire dans l’année un si grand tas que personne ne voudra croire qu’un seul homme puisse y suffire; mais ces soins assidus et vétilleux ne permettent pas d’avancer. C’est pour cela que je veux désormais me contenter de ma gravure; si j’avais pris ce parti plus tôt, je pourrais être aujourd’hui plus riche de 1 00 florins.

Apprenez encore que j’ai fait faire à mes propres frais, pour le panneau du milieu, des moulures qui me coûtent 6 florins. J’ai enlevé les autres, que le menuisier avait faites trop grossières. Je ne les ai pas clouées, puisque vous ne le vouliez pas. Et vous ferez bien de revisser les planches, afin que la peinture ne remue pas. Si on veut voir le tableau, faites-le incliner de deux ou trois largeurs de doigt : c’est ainsi qu’il sera bien en vue et sans luisant. Si je vais chez vous dans un, deux ou trois ans, il faudra descendre le tableau, et, s’il est bien sec, alors je le revernirai avec un nouveau vernis tout particulier, que d’autres ne peuvent pas faire. Et c’est ainsi qu’il se conservera encore cent ans de plus. Mais surtout ne le faites plus vernir par personne; tous les autres vernis sont jaunes, et on endommagerait la peinture. Si une chose à laquelle j’ai travaillé bien plus d’un an venait à s’endommager, cela me ferait de la peine à moi-même. Si vous l’ouvrez, soyez présent vous-même pour qu’on ne vous le gâte pas. Prenez-en bien soin, car

vous entendrez dire à vos peintres et aux peintres étrangers de quelle manière il est fait. Saluez de ma part votre peintre Martin Hess.

Ma femme vous demande un pourboire; cela vous regarde, je ne veux pas vous taxer, etc.

Sur ce, je me recommande à vous ; ne vous attachez qu’au sens de ma lettre. J’ai écrit en hâte.

Fait à Nuremberg, le dimanche après la Saint-Bartholomé (26 août i5oç)).

Albrecht Durer.

Etc. Cher monsieur Jacob Heller, j’apprends avec plaisir que mon tableau vous plaît. Je n’ai donc pas dépensé ma peine pour rien, et je suis heureux que vous soyez content du prix, et cela avec raison, car j’aurais bien pu en avoir 100 florins de plus que vous ne m’avez donné; mais je ne l’ai pas voulu. Je vous ai donc laissé le tableau, car j’espère ainsi conserver un ami dans les pays d’en bas.

Ma ménagère vous a beaucoup remercié. Elle portera en votre honneur le cadeau que vous lui avez offert. Mon jeune frère 1 vous remercie aussi des 2 florins de pourboire que vous lui avez donnés. Et sur ce, je vous remercie également de tous les honneurs, etc.

Comme vous m’écrivez pour me demander comment il faut encadrer le tableau, je vous envoie mon avis en un dessin. C’est ainsi que je ferais s’il était à moi; mais faites comme bon vous semblera.

Sur ce, je vous souhaite des temps heureux.

Fait en 1509, le vendredi avant Galli (12 octobre 1509).

Albrecht Durer.

1. Hans Durer, élève d’Albert, devint le peintre ordinaire de la Cour de Pologne, à Cracovie.

ESQUISSE A LA PLUME DE L'ASS OMPTION ( Bibliothèque Ambroisienne )

Voilà, de Irt main même de Durer , le cornu bleau d'au; cl GV une bon n< ussez me •

voir suivre une œuvre d'art, depuis .■ n - >•, ■ entier achèvement, av, rôcises et délai

maître. Nous devions profiter avec • m d'un, - >

reuse exception, s’il es i vr. : que te . : .-•c’

chef-d’œuvre mérite d’être pi-. use:n!-r»*

Voilà, de la main même de Durer, le commentaire de son tableau d'autel. C’est une bonne fortune assez rare que de pouvoir suivre une œuvre d’art, depuis son éclosion jusqu’à son entier achèvement, avec les indications précises et détaillées du maître. Nous devions profiter avec empressement d’une si heureuse exception, s’il est vrai que tout ce qui se rattache à un chef-d’œuvre mérite d’être pieusement recueilli.

Page 1