‹ Étude sur les affections articulairesChapitre 15 sur 29 · L’œdème du pied persiste. P. 120; T. V · texte numérisé non relu

L’œdème du pied persiste. P. 120; T. V

■16. P. 104; T.V. 38°, 4. Légère douleur spontanée dans le genou.

17. P. 120; T. V. 38°,2. La malade accuse une douleur vague, spontanée, dans l’épaule.

21. P. 112; T. V. 38°, 1. Douleurs assez localisées à la partie externe du tibia.

22. P. 120; T. V. 38°, 2. Pas de sommeil; douleur spontanée articulaire.

Le membre est placé dans une gouttière et maintenu immobile; le genou mesure 33 centimètres.

Depuis ce jour jusqu’au 5 mars, elle reste dans sa gouttière; puis on la retire pour lui faire exécuter quelques mouvements, et, jusqu’au 17 mars, elle se lève, prend des bains sulfureux avec une douche de vapeur sur le genou; en même temps, on lui fait des massages méthodiques.

Elle sort guérie le 5 avril.

Réflexions. — Il s’agit donc ici d’une primipare, qui, dans le cours d’un puerpéristne à marche chronique, a vu survenir, à une époque éloignée du début, une arthrite du genou gauche. Je sais bien que l’érysipèle a eu une influence sur la marche de la température; mais pourquoi ce moment fébrile léger après la disparition de l’érysipèle? C’est que la malade était toujours sous l’influence du puerpérisme infectieux, à forme spéciale, qui a fini par déterminer une localisation sur une jointure.

D’ailleurs, chez d’autres malades, nous avons vu l’arthrite survenir vingt, trente jours après l’accouchement; mais, pendant douze à quinze jours, on les observait à l’hôpital, et on constatait une température de 38,5 à 39° le soir, 38 le matin. Elles se levaient, n’accusaient aucune douleur et demandaient leur sortie, disant qu’elles allaient bien : on la leur refusait; mais elles n’en sortaient pas moins, pour entrer de nouveau, ayant quelques localisations articulaires, avec une légère fièvre, le soir.

Il en résulte donc que ces arthropathies ne surviennent point accidentellement, et, quand on observe de près les malades, on constate que ces manifestations sont survenues pendant le cours d’un état fébrile, qui est une forme du puerpérisme infectieux; c’est également dans ces circonstances que surviennent certaines péritonites à caractères cliniques spéciaux, des parotidites, etc. Dans l’observation précitée, on ne peut voir là une propagation de l’érysipèle, puisque celui-ci était guéri depuis une quinzaine de jours, et que l’état des jointures était examiné tous les jours.

Symptomatologie. — Plusieurs jours après l’accouchement, on voit parfois se montrer un léger état fébrile, qui en général se prolonge pendant longtemps, et dans le cours duquel se manifestent diverses phlegmasies : l’une d’elles est l’arthrite. Ce début, à petit appareil fébrile, est insidieux, puerpéral, et passe souvent inaperçu.

D’autres fois, le début est celui du puerpérisme aigu, et s’accompagne de différentes lésions : métrite, angioleucite, péritonite ; puis les phénomènes fébriles acquièrent une moindre intensité. C’est alors seulement que se montrent les altérations du côté des jointures. Le cas que je rapporte en est un exemple.

La malade se plaint de douleurs articulaires ordinairement localisées à une seule jointure, au genou. Les articulations se tuméfient, sont douloureuses à la pression; les mouvements peuvent à peine s'exécuter, le membre reste immobile et dans une demi-llexion. On voit une rougeur rubéolique recouvrir la partie tuméfiée; on y constate un épanchement très-net, plus ou moins abondant. Si on fait la ponction, le liquide est séreux; le plus souvent il s’écoule un liquide purulent souvent très-fétide.

Autour de l’article, on perçoit assez souvent des parties indurées, enflammées, qui ne se rencontrent guère que dans les arthrites purulentes. — L’épanchement se résorbe peu à peu, soit à l’aide des vésicatoires répétés ou de la compression ; mais cela dure des mois avant le retour à l’état normal.

II persiste pendant longtemps des épaississements inflammatoires, des roideurs, des douleurs vives, quand on veut exécuter des mouvements. — Il y a surtout une grande tendance à l’ankylose.

Après des mois entiers, pendant lesquels on a employé des révulsifs, des appareils inamovibles, on parvient le plus souvent à rendre à l’articulation malade ses fonctions plus ou moins complètement. — Souvent, pendant la convalencence, se montrent des douleurs, des roideurs légères, qui gênent la marche : c’est dire que ces manifestations ont une certaine gravité, et que le pronostic doit être bien connu.

S’agit-il de rhumatisme?

Ces lésions n’ont aucun des attributs de la maladie rhumatismale, ni la mobilité, ni les phénomènes fébriles, ni les

sueurs, ni la fréquence des lésions cardiaques ou autres. D’ailleurs, le plus souvent, pas d’antécédents rhumantismaux.

Faut-il admettre une arthrite scrofuleuse, accidentelle ou autre? Mais, dans les antécédents, on ne trouve rien qui puisse justifier de pareilles assertions.

Il faut donc conclure ici que ces localisations articulaires sont rhumatoïdes, c’est-à-dire qu’elles offrent un certain aspect qui ressemble à celui des lésions rhumatismales, mais que leur nature est différente.

Avant de terminer, qu’il nous soit permis d’examiner s’il s’agit de rhumatisme. Nos observations nous montrent que ces arthropathies se développent toujours pendant le cours d’une variété de puerpérisme infectieux. Or, quand un phénomène se montre d’une manière plus ou moins fréquente dans le cours d’une maladie, on dit que c’est un signe de l'état morbide primitif ; de même ici nous disons que ces lésions sont des manifestations du puerpérisme. Telle est la manière simple, et en même temps conforme aux règles de la pathologie générale, de comprendre ces phénomènes.

Mais non ; on a voulu chercher ailleurs, et l’on a imaginé que ces altérations articulaires formaient une entité morbide, le rhumatisme. On a ainsi créé une diathèse au nombre des attributs d’un état infectieux.

Raisonnons pour le cas particulier. Nous allons voir, par un simple parallèle, que tout s’oppose à une pareille interprétation :

1° Dans le rhumatisme, il y a une ou plusieurs attaques, des antécédents héréditaires rhumatismaux, arthritiques, des conditions spéciales d’humidité, etc., etc.

Dans le puerpérisme, tout cela manque, et, s’il y a coexistence, ce n’est là qu’un fait accidentel.

2° Dans le rhumatisme, les arthrites sont subites, rapides, mobiles , irrégulières , instables : c’est plutôt une fluxion phlegmasique qu’une arthrite phlegmoneuse franche. Une jointure gonfle, se tend, la peau prend un aspect spécial; puis tout s’évanouit, pour apparaître sur une autre jointure.

Dans le puerpérisme, la lésion articulaire est fixe, tendue : on ne rencontre plus ce trio, en quelque sorte rhumatismal, mobilité, irrégularité, instabilité.— La détermination articu-

laire peut bien se faire en plusieurs temps, successivement ; mais une articulation ne cesse pas tout à coup d’être malade, en même temps que plusieurs autres se prennent. La physionomie de l’arthrite est différente dans les deux cas.

3° Dans le rhumatisme, après une première attaque, le clinicien se met sur ses gardes et dit à sa malade qu’elle pourrait bien avoir une ou plusieurs attaques à des intervalles plus ou moins longs.

Au contraire, une fois les arthrites puerpérales guéries, la malade n’est plus exposée à en avoir de nouvelles, sous l’influence des causes banales du rhumatisme.

•4° Dans le rhumatisme aussi aigu, la loi de Bouillaud par les manifestations cardiaques est la règle.

Dans le puerpérisme, la loi opposée est la règle. Quoi! ces arthrites seraient dues à des causes autres que le puerpérisme! Mais, quand une femme est intoxiquée dans la puerpéralité, on les prévoit, on les annonce même, on les craint.

L’assurance avec laquelle on les prédit, indépendamment de mille autres raisons, nous fait proclamer bien haut leur nature puerpérale.

CONCLUSIONS

Les manifestations rhumatoïdes du puerpérisme infectieux se divisent :

1° En celles qui se produisent dans le puerpérisme infectieux suraigu ;

2° Eu celles qui ont lieu dans le puerpérisme aigu;

3° En celles qui se présentent dans le puerpérisme chronique.

Ces arthrites sont rhumatoïdes et non rhumatismales.

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