MANIFESTATIONS RHUMATOÏDES DE LA BLENNORRHAGIE
Le médecin doit aujourd’hui employer les mêmes méthodes que les physiciens et les chimistes, puisque les fonctions ou phénomènes dits vitaux 11e sont que le résultat de propriétés de nature physique et chimique; les conditions de développement de ces phénomènes étant seules différentes dans la matière brute et dans la matière organisée; parce qu’enfin, dans cet ensemble que Ton désigne sous le nom de maladie, il n’y a rien de connu jusqu’ici qui ne puisse rentrer dans le cadre des lois physiques et chimiques.
Il faut que les recherches médicales soient dirigées dans ce sens ; nous croyons, en effet, que les progrès de la médecine sont à ce prix.
Dans ce premier travail, qui est écrit depuis 1870, nous nous servirons surtout de l’observation clinique classique.
Mais, pour démontrer l’utilité des méthodes plus directement physico chimiques , nous analyserons dans un autre mémoire nos recherches sur les altérations humorales dans la blennorrhagie, dans la dysentérie, etc., maladies que nous avons déjà étudiées à d’autres points de vue.
De cette manière, nous aurons analysé, en nous conformant aux données de la science actuelle, les effets de la maladie à l’aide de méthodes variées, toutes physico-chimiques.
Mais il restera à connaîtreles conditions généalogiques de ce phénomène complexe qu’on appelle la maladie. Ici il faudra porter nos investigations, à Y aide des mêmes méthodes, dans deux sens différents : 1° du côté de l’organisme vivant ; 2° du côté du milieu qui l’entoure. Ce dernier point de la question ne sera publié que plus tard. .
ofi
§ 1er-
Tous les auteurs qui ont vu une corrélation intime entre la chaudepisse et le rhumatisme ont appliqué ce nom à toute affection articulaire survenant dans le cours d’une blennorrhagie, tout en rejetant la possibilité d’une coïncidence.
lien est résulté un hybride qui tient de la nature du vrai rhumatisme et de la nature de la blennorrhagie; de vrais rhumatismes ont été méconnus et désignés sous le nom de rhumatismes blennorrhagiques : telle a été l’exagération.
Néanmoins il reste encore debout une manifestation de la blennorrhagie, localisation qui n’est point du rhumatisme, mais qui en présente certaines apparences.
Ce sont ces lésions articulaires fixes subaiguës, envahissant le plus souvent une seule, deux, trois articulations; avec un très-léger mouvement fébrile, quelquefois à peine marqué.
Certes on compte beaucoup d’observations, ce sont peutêtre les plus nombreuses, où existe du rhumatisme articulaire influencé par la blennorrhagie : ce sont ces formes d’arthrites à peu près semblables à celles du rhumatisme ordinaire, mais qui, vers la fin, se localisent sur une seule articulation , ou bien le rhumatisme s’éternise , parfois même il devient chronique.
Dans ces cas on trouve l’hérédité comme cause : cliniquement il y a des sueurs, de la fièvre, des localisations cardiaques, tout cela coexistant avec une blennorrhagie.
La preuve que, dans ces circonstances, il s’agit bien d’un rhumatisme modifié, c’est que : cette forme de rhumatisme se rencontre assez souvent au moment où l’on voit apparaître un grand nombre de rhumatismes vrais , où l’on en reçoit dans les salles d’hôpital ; dans ces conditions on dit rhumatismes blennorrhagiques; il est même possible que celle-ci ait joué un certain rôle dans l’étiologie; en tout cas elle le modifie dans sa forme.
A certaines époques de l’année se développent beaucoup de vrais rhumatismes, c’est un fait vulgaire ; et, en automne, les rhumatismes sont suraigus, aigus, ou subaigus, quelque-
fois même ils envahissent une ou deux articulations ; alors la localisation est fugitive : elle est mobile, changeante, disparaît pour reparaître. Il n’y a pas d’arthrites tenaces, fixes, ou si les douleurs persistent, ce qui est fréquent, ce sont des arthropathies sans lésions locales appréciables des jointures.
Mais quand il y a coexistence de la blennorrhagie, il peut arriver :
1° Que le rhumatisme suive la marche ordinaire ;
2° Que le rhumatisme se localise pendant un certain temps sur une ou plusieurs jointures, avec ou sans affections cardiaques;
3° Que le rhumatisme persiste longtemps, avec des douleurs articulaires plus ou moins intenses;
4° Que le rhumatisme devienne chronique avec des poussées de temps à autre.
Dans le premier cas, je dis que la blennorrhagie a été sans action sur la marche de la maladie, et qu’au contraire elle a agi dans les autres circonstances.
C’est un fait d’expérience, que le clinicien connaît très-bien; il voit, en effet, des malades qui présentent des arthrites généralisées, mobiles, une teinte anémique rapide avec des sueurs profuses, en un mot des individus qui offrent la physionomie des rhumatisants; puis tout cesse, bien qu’ils conservent encore pendant quelque temps des douleurs vagues dans les jointures; mais s’il v a coexistence d’une blennorrhagie, alors la manifestation rhumatoïde se fixe à une seule jointure, quelquefois à deux, et là y produit des lésions multiples, dont le dernier résultat est quelquefois l’ankylose, si l’on n’intervient point.
Ordinairement nous ne voyons pas non plus les jointures être le siège d’arthrites se prolongeant pendant des mois; c’est néanmoins ce qui arrive souvent quand il y a coexistence de blennorrhagie.
D’ailleurs, dans tous ces cas, la blennorhagie n’a qu’une part secondaire dans ces localisations; le plus souvent on retrouve soit des antécédents rhumatismaux dans la famille, soit des attaques antérieures d’arthrites rhumatismales; ici les
lésions cardiaques sont la règle et suivent la loi de M. Bouillaud.
Pour nous, il existe deux formes de la localisation arthropathique de la blennorrhagie.
1° La forme arthralgique qui comprend les cas où le malade accuse une douleur plus ou moins vive, mais sans aucune modification appréciable des jointures : elle est ordinairement
ultiple.
2° La manifestation mono-articulaire ou polyarticulaire sans mobilité, tenace, sans peu ou point de sueurs, avec tendance à des lésions organiques de l’articulation.
Dans ces deux cas, les lésions cardiaques sont l’exception.
La dernière variété est la forme classique du rhumatisme blennorrhagique.
3° Enfin il existe des exemples d’arthropathie blennorrhagique avec érythème noueux.
Je ne parlerai point ici des rhumatismes vrais, modifiés par la blennorrhagie.
Ce sont ces cas de rhumatismes mixtes qui offrent la môme physionomie que le rhumatisme ordinaire , mais qui peuvent présenter à un certain moment une localisation persistante sur une seule jointure, ou qui prennent une marche chronique ou une forme subaiguë.
Ce sont là des observations dont l’interprétation est des plus difficiles.