CHAPITRE V
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L’inefficacité des moyens médicaux et topiques dans le traitement des affections sympathiques ayant été constatée de bonne heure, on a essayé de les guérir par différents moyens opératoires, dont nous dirons quelques mots.
Wardrop (3) a le premier eu l’idée de détruire l’œil primitivement malade. 11 savait que les vétérinaires traitaient une certaine opbthalmie des chevaux qui attaque un œil après l’autre, en amenant la fonte purulente de l’œil primitivement perdu. Leur méthode consistait dans l’interposition de morceaux de chaux entre les paupières. Wardrop modifia ce procédé en faisant une incision de la cornée, à travers laquelle il fit sortir le cristallin et une partie du corps vitré, et il affirme avoir souvent sauvé parce moyen
(1) Ophth. Bcob., p. 160.
(2) Structure de l’enveloppe des nerfs. Journal d’anatomie et de physiologie de Charles Robin ; 1868, p. 47-53.
(3) Morbid anatoiny of the huinin Eye, vol. II, p, 159. London,
le deuxième œil. 11 pensait qu’il pourrait y avoir certaines maladies de l’œil humain, dans laquelle un procédé semblable rendrait des services.
Barton (1) a imité ce procédé chez l’homme dans les cas de plaie par fragments de capsule et en a retiré de bons effets. Walton (2) enleva toute la moitié antérieure du globe, et Taylor (3 ) rapporte 8 cas traités avec succès par l’ablation de la cornée. Mais c’est à Prichard (4) que revient le mérite d’avoir introduit dans la pratique l’énucléation de l’œil blessé pour guérir les inflammations sympathiques de son congénère.
Les grandes espérances qu’on avait fondées sur l’efficacité de l’énucléation ne se sont pas entièrement réalisées. Elle a donné, il est vrai, des résultats excellents dans les cas où l’affection sympathique s’est montrée sous la forme de troubles nerveux; la photophobie, le larmoiement et les difficultés de l’accommodation disparaissent promptement. M. Rheindorf en a retiré également des effets très-satisfaisants dans les trois cas d’iridokératite qu’il a eu l’occasion d’observer.
Mais les résultats obtenus par Ténucléafion sont moins favorables dans Tirodocyclite séreuse. Ce n’est que dans une petite partie des cas quelle amène la guérison de la maladie, dans quelques-uns elle produit une légère amélioration (comme dans notre obs. VI) ; dans une partie considérable des cas, elle ne fait qu’enrayer la marche de la maladie ; rarement elle est restée sans succès. L’inverse a lieu pour l’iridocyclite plastique. Dans cette affection, une
(1) London, Méd. gazette, vol. XXI, p. 175.
(•2) Lancet, 1858, p. 97.
(3) Ann. d’Oc., XXXIV, p. 256.
(4) Association Med. Journ. 1854, 6 octobre.
Laqueur. 4
fois bien déclarée, les insuccès sont la règle, les bons résultats l’exception. On peut dire que le plus souvent, cette affection n’est pas influencée du tout par Texcision du premier œil, et M. Mooren doit s’estimer heureux d’avoir enrayé la maladie 20 fois sur les 61 énucléations qu’il a pratiquées.
11 est évident que l’époque à laquelle l’opération est faite est d’une grande importance, et que les chances de succès sont d’autant moindres que l’affection est plus avancée. Mais on doit se garder de croire que l’effet soit à peu près certain quand l’énucléation est pratiquée dès le début de l’iridocyclite sympathique. Ainsi, dans le cas déjà cité de M. Berlin, l’énucléation, bien que faite vingt-quatre heures après la première manifestation de la maladie, n’a pas empêché son développement ultérieur et l’atrophie consécutive du globe.
Des observations de ce genre, qui malheureusement ne sont pas tout à fait rares, ont engagé M. Derby (1) à conseiller l’ablation de Tœil blessé, pendant que l’autre est encore entièrement intact, etMM. Warlomontet Testelin (2) se rangent à cette opinion.
Les résultats obtenus par l’énucléation peuvent être résumés ainsi :
1“ L’énucléation est un moyen sûr de prévenir les accidents sympathiques.
2“ Elle guérit toujours les affections sympathiques qui appartiennent à l’ordre des troubles nerveux.
3° Elle parait être d’un effet satisfaisant dans l’iridokératite sympathique.
(IJ Ann. d’Ocul., LIV, p. 234.
(2) Mackenzie. Traité des maladies des yeux. Supplément. Paris, 1867, p. 382.
4° Elle arrive ordinairement à enrayer la marche de l’iridocyclite séreuse.
5“ Elle est rarement couronnée de succès dans l’iridocyclite plastique. Son eliét est incertain même au début de l’affection .
Quant à la section des nerfs ciliaires, que M. Graefe a proposé de substituer, dans certaines conditions, à l’énucléation, et que M. Meyer (1) a pratiquée trois fois avec succès (dans des cas de troubles fonctionnels), nous pensons qu’elle peut être utile quand l’énucléation ne peut pas être faite , dans les cas, par exemple, où l’œil blessé a conservé une partie de sa vision.
L’iridectomie pratiquée sur l’œil sympathiquement affecté a donné souvent de bons résultats dans la forme séreuse de l’inflammation ; mais, dans l’iridocyclite plastique, son effet est presque nul. Aussi M. Critcbett conseille-t-il de ne pas la faire dans ces conditions, parce qu’il croit qu’elle peut même amener une aggravation. Nous croyons que l’iridectomie ne doit pas être rejetée d’une manière absolue; car en deux cas, nous l’avons vu produire une diminution de l’inflammation et même une légère amélioration de la vue.
(l) Ann. d’Oc., LYIIT, p. 129; sept, et oct. 1867.