CH CR CH CH CH CS CH
res CR Che CH > CH AZ Az
Il nous reste à faire la monographie des principaux alcaloïdes d'origine microbienne connus, et pour le faire d’une façon rationnelle, nous diviserons cette étude en deux parties : dans la première, nous étudierons les alcaloïdes cadavériques qui ont été isolés et obtenus dans un état de pureté suffisant pour les soumettre à une étude chimique sérieuse, ce sont les alca- ‘ loïdes produits par les microbes zymogènes ; dans la deuxième partie, nous étudierons les microbes pathogènes et là souvent l'étude chimique sera imparfaite et parfois nulle, l’expérimentation physiologique seule interviendra et souvent même les corps dont nous signalerons l'existence n'ont été obtenus dans les cultures que mélangés avec les toxines diastasiques dont nous avons déjà parlé, aussi appellerons-nous cette catégorie de corps : Alcaloïdes indéterminés, et nous les classerons
suivant le microbe ou la maladie dont ils sont caractérisques.
1° Alcaloïdes putréfactifs.
Nous avons vu que ces corps prennent naissance dans la décomposition à lair libre des matières albuminoïdes des animaux ; nous les diviserons d’abord en deux grandes catégories : ceux qui sont liquides et non oxygénés, et les alcaloïdes
solides et oxygénés.
Nous étudierons à part les alcaloïdes cadavériques et ceux que Brieger a retirés du fromage et de la cu, etc.
‘49 Alcaloïdes cadavériques : Ptomaïnes non oxygénées. / CH°
Collidine DR ou CH CH N AzH?
C’est le premier alcaloïde cadavérique nettement caractérisé comme espèce chimique, elle a été découverte en 1876 par Nencki, qui la retira des produits de putréfaction de 600 grammes de gélatine et de 200 grammes de pancréas de bœuf et 10 litres” d’eau ; c’est seulement dans ces conditions qu’elle se forme et la présence du pancréas est absolument nécessaire (Brieger). Oeschner de Coninck a retiré également cette ptomaïine des
produits de putréfaction des poulpes marins.
Propriétés. — C'est un liquide jaunâtre assez mobile, d'odeur vireuse, très peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther; sa densité est 0,9865, il bout à 202° sans décomposition.
Elle n’est pas identique avec la collidine de synthèse obtenue par Brieger en chauffant en vase clos l’aldéhydrate d’ammoniaque.
Elle s'hydrate facilement à l’air en brunissant, elle donne des sels bien cristallisés, très déliquescents et très solubles dans l’eau avec les hydracides.
Ces sels sont précipités de leurs solutions par le chlorure de platine et le précipité se redissout à chaud, 1] en est de même avec le chlorure d’or et les deux nouveaux sels formés sont peu stables.
Nencki considérait cette base comme un isophényléthylamine, mais dans une note présentée à l’Académie des sciences le 7 janvier 1889, Œschner de Coninck rangea cette ptomaïne
RPC us
dans les bases pyridiques à la suite des expériences suivantes : il oxyda cette base par le permanganate de potasse puis obtint une solution aqueuse qui, traifée par un excès d'acide chlorydrique puis par le chlorure de platine, précipite. -
Le précipité formé, traité par l’eau bouillante, s’est comporté comme le chloroplatinate de pyridine dans les mêmes conditions. (ŒEschner admit que l'oxydation avait amené la formation d'un acide pyridinocarboné présentant les principaux caractères de l'acide nicotianique et cet acide décomposé avait donné de la pyridine. Il résulterait de ces expériences que la collidine putréfactive serait une propylpyridine.
Parvoline C° H'3 Az.
Découverte par MM. A. Gautier et Etard qui en indiquèrent la préparation et les propriétés dans une note à l’Académie des Sciences le 12 juin 1882.
Ils la retirèrent des premiers extraits chloroformiques des produits de putréfaction du scombre préparés suivant la méthode que nous avons exposée précédemment et ils la décrivaient comme un liguide huileux, incolore, bleuissant le tournesol, saturant les acides forts, donnant avec les acides. nitrique, chlorhydrique, le ferricyanure de potassium et les sels ferriques les réactions caractéristiques des ptomaïnes; précipitant le brome, l’iode, les phosphomolybdates ete, se résinifiant à l'air, donnant un chlorhydrate cristallisé en feuilles de fougère et en cristaux de neige, un chloroplatinate cristallisé peu soluble ; son odeur rappelle celle de l’aubépine. Ils donnaient comme composition centésimale du chloroplatinate de cet alcaloïde : C= 31,8 — H — H — Az = 51 — P-— 29,3 ce qui correspond sensiblement à la formule brute (C°’H#AZHCP®) P Cl et pour lalcaloïde (C'IT'SAz ou CHF — CH°AZH®.
Outre les propriétés signalées par les auteurs dans leur mémoire nous dirons que la parvoline bout entre 195 et 200°, qu’elle est légèrement soluble dans l’eau, très soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme.
Elle est probablement identique avec le produit obtenu par Waagi en chauffant à 200° en tube scellé le mélange d’ammoniaque et d'aldéhyde propionique et on peut admettre qu’elle se comporte comme une butylpyridine.
+ Hydrocollidine C‘H':Az.
Historique. — Dans le mémoire que nous venons de citer, MM. Gauthier et Étard annonçaient également que les derniers extraits chloroformiques des produits liquides de la putréfaction du scombre leur avaient fourni un alcaloïde bouillant à 210° et la formule établie d’après l'analyse élémentaire se rapprochait de C‘H''Az; mais l'analogie des propriétés de ce corps avec l'hydrocollidine de Cahours et Étard leur fit adopter la formule C'HSAZ. On la rencontre abondamment dans les produits résultant de la putréfaction de la viande de bœuf et de cheval et en général de toutes les matières albuminoïdes.
L'hydrocollidine fut obtenue par MM. Cahours et Étard, en traitant la nicotine par le sélénium ; ils maintenaient un mélange de 100 grammes de nicotine et de 20 grammes de sélénium dans un ballon et chauffaient à l’ébullition jusqu'à cessation de la formation de cristaux qui au rouge se décomposent.
Le résidu décanté pour le séparer du sélénium est distillé, la liqueur huileuse qui distille est débarrassée du sélénium qui reste par addition d'une solution de soude concentrée suivie d’une distillation dans un courant de vapeur d’eau. On commence à recueillir l’eau de condensation quand elle devient
laiteuse et on continue tant que les alcaloïles distillent. On
Yxr
neutralise les liqueurs avec de la soude, on agite avec de l'éther | et la solution éthérée est évaporée et le résidu soumis à une distillation fractionnée et vers 205° distille un corps dont la formule répond à celle de l'hydrocollidine.
Œschner de Coninck a obtenu de son côté l'hydrocollidine en traitant la collidine par le PARU et l'acide Fos
en vase clos.
Propridtés. — Qu'elle résulte de Fune quelconque de ces préparations, l'hydrocollidine se présente sous la forme d'un liquide ambré, limpide, légèrement oléagineux, doué d'une odeur pénétrante et tenace de syringa et d'une saveur brûlante. :
Sa densité est voisine de celle de l’eau, elle bout à 205°.
Insoluble dans l’eau mais soluble dans l'alcool et l’éther.
Elle brunit et devient visqueuse à l’air et attire l’acide carbonique.
Elle est soluble dans les acides étendus et donne un chlorhydrate cristallisé en fines aiguilles soluble dans l’eau et l’alcool et qui se résinifie par un excès d’acide.
Le bichlorure de mercure précipite en blanc ses solutions salines à froid, le chlorure d’or donne un précipité jaune soluble à chaud et cristallisant par refroidissement, il en est de même du chlorure de platine.
C'est une substance très toxique, sept milligrammes suffisent pour tuer un oiseau en produisant des tremblements, des con-
vulsions, des contractions tétaniques et la mort avec le cœur
en diastole.
Base C7 H°° Az.
Les eaux mères qui résultaient des opérations-ayant fourni à
MM. Gautier et Etard l’hydrocollidine contenaient le chloroplatinate d'une base présentant la composition centésimale sui-
PSE ONE
vante : C — 98,73, H — 5,81, Az —-7,19, PI — 27,93, Cl — 30, 50, ce qui donne pour sa ONU (C" H° Azt2 Ch P Cl, .
Le chloroplatinate soluble dans l’eau Heliee en aiguilles jaunes, il subit une décomposition lente à 100° en dégageant
une odeur de syringa.
Base C'° H'° Az.
Découverte par MM. Guareschi et Mosso en 1863, qui annoncèrent cette découverte dans les Archives italiennes de Biologie : ils l’obtinrent en traitant par la méthode de MM. Gautier et Étard la fibrine de bœuf putréfiée depuis 5 mois, l’analyse leur donna des résultats variables, mais les propriétés la plaçant à côté des bases ue ils adoptèrent la formule CHA:
En juin 1886, Œschner de Coninck ayant étudié les produits résultant de la putréfaction de 41 douzaines de poulpes abandonnés à l’air libre près de Thau, trouva dans ces produits prélevés après trois semaines des ptomaïnes que nous verrons plus loin, et dans les produits plus avancés deux bases répondant aux formules C# H' Az, identifiée avec la collidine déjà étudiée et C*,H1° Az, identique avec la base Guareschi et Mosso.
Propriétés. — C'est un liquide huileux à légère odeur de -pyridine, très alcalin, peu soluble dans l’eau, très facilement résinifiable.
Elle précipite en blanc jaunâtre avec les acides phosphomolybdique et phosphotungstique; en blanc avec le bichlorure de mercure, les précipités sont amorphes avec l'acide picrique et le tannin. Elle fournit très nettement la réaction Brouardel-
Boutmy.
Son chlorhydrate, qui cristallise en fines lames iucolores légèrement déliquescentes, donne avec le chlorure d’or un précipité cristallin fortement réductible et avec le chlorure de platine un précipité abondant cristallin inaltérable à 100°.
Neuridine C° H!4 Az?
Historique. — Découverte par Brieger en 1884 dans les produits résultant de la putréfaction de la viande de cheval, ce savant la rencontra successivement dans les produits de décomposition de la morue, du fromage, de la gélatine, des cadavres (du troisième au quinzième jour) et constata sa présence dans le cerveau humain. Des constatations faites avec le jaune d'œuf Brieger émit une hypothèse sur la manière dont se forme la
peuridine, hypothèse que nous avons rapportée précédemment.
Préparation. — Brieger appliqua à la viande de cheval, à la morue, à la gélatine et au fromage les deux méthodes que nous avons étudiées au chapitre spécial et c’est ainsi qu'il
obtint la neuridine.
Propriétés physiques. — La neuridine obtenue sous forme de chlorhydrate est extrèmement soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool absolu, l’éther, le chloroforme, l’éther de pétrole,
la benzine et l'alcool amylique quand le sel est pur.
Propriétés chimiques. — Elle donne avec l'acide phosphotungstique un précipité blanc amorphe soluble dans un excès de réactif, avec l’acide phosphomolybdique un précipité blane cristallin et un précipité blane floconneux avec l'acide phosphoantimonique.
L'acide picrique donne lentement un précipité se transfor-
mant rapidement er belles aiguilles jaunes assez solubles dans l'alcool, non fusibles mais brunissant à 9230° en émettant des vapeurs et se charbonnant à 250.
La faible solubilité du picrate de neuridine est utilisée pour séparer cette base de la choline qui l'accompagne souvent, mais dont le picrate et l’aurate sont plus solubles que les sels correspondants de neuridine.
L'iodure double de bismuth et de potassium donne un précipité rouge amorphe, tandis que le chlorure d'or donne un précipité cristallin.
La soude la dédouble en di et triméthylamines, ce qui a permis d'établir sa constitution.
La neuridine ne donne pas la réaction Brouardel-Boutmy et pure elle n’est pas toxique.
Nous avons parlé des expériences de Brieger établissant le mode de formation de la neuridine, il nous reste à dire quelques mots de sa constitution où du moins des hypothèses faites à ce sujet. Brieger ayant constaté son dédoublement en di et triméthylamine, essaya de l'identifier avec l'amylènediamine et avec la neurine dont nous parlerons, mais l'expérience n'a pas permis (l'affirmer cette identité. C'est une diamine et non
une pyridine.
Cadavérine C° H!5 Az?.
Découverte par Brieger qui la retira des produits de putréfaction d'organes humains en même temps que la neuridine à partir du troisième jour de putréfaction, elle a été trouvée par Finkler et Prior dans les cultures du microbe du choléra nostras et dans les bouillons de culture du choléra, Boecklixh
l'a retirée de la saumure des harengs, (Œschner de Coninck
des DroduiS de putréfaction des nd et VorseR Baumann
et Brieger de l'urine des-cystinuriques.
Eaofin Ladenburg l’identifia avec Fe D entuneb neue
de syuthèse.
Préparation. — 1° Brieger l’a isolée par sa méthode générale précitée ; 2° Les observateurs qui l'ont retirée de l'urine additionnaient l'urine de 24 heures de 1/3 d'une solution de soude à 10/1090, puis l’agitaient avec 20 ou 25 C* de chlorure de benzoyle jusqu'à disparition de l'odeur de chlorure. Les phosphates se précipitent avec les benzoyles de diamines, on fait digérer le précipité avec de l'alcool et le liquide filtré est concentré puis versé dans 30 fois son poids d’eau. Les benzoyldiamines cristallisent en aiguilles par le repos. On dissout ces cristaux dans l’alcool puis on verse cette solution dans 20 fois son poids d’éther qui garde en solution la cadavérine tandis qu’une autre base se précipite ; 3° La synthèse de cet alcaloïde a été faite en faisant agir l'hydrogène naissant sur le cyanure de trimé-
thylène G Az (CH? CAz + 4° = CHA"
Propriétés. — C'est un liquide épais, sirupeux, transparent, dont l’odeur rappelle celle de la conine, absorbant l'acide car-bonique de l'air pour donner un carbonate cristallisé. Elle bout entre 120 et 150° et sa densité est 0,9174. Elle est soluble dans l’eau et l'alcool, moins soluble dans l’éther.
Elle donne avec les acides chlorhydrique et sulfurique des sels cristalisés en aiguilles, solubles dans l’eau et l'alcool ordinaire et l’éther alcoolisé, mais insolubles dans l'alcool absolu et l’éther pur. Ce chlorhydrate se décompose à chaud en ammoniaque, acide chlorhydrique et pipéridine.
Le chlorate de potasse donne dans les solutions de cadavérine
un précipité jaune orangé soluble à chaud.
Avec le chlorure d'or on obtient un sel cristallisé en aiguilles brillantes ou en cubes déliquescents. On obtient également des précipités avec le chlorure mereurique, l'acide picrique.
Elle donne la réaction Brouardel-Boutmy.
Chauffée avec la potasse alcoolique et le chloroforme elle ne donne pas de carbylamine.
Traitée par l’iodure de méthyle en présence de l'alcool méthylique elle donne un iodhydrate de diméthylcadavérine.
Propriétés physiologiques. — Elle est peu toxique quand elle est pure, mais injectée sous la peau elle produit la narcose des tissus et amène la formation de pus en l’absence de microbes.
Putrescine C‘ H!° Az?.
Cette base découverte par Brieger et trouvée par Boecklich dans la saumure de hareng accompagne toujours la cadavérine, elle est surtout abondante du 4 jour de la putré-
faction au 20° jour.
Préparation. — ŒElle se prépare par la méthode de Brieger et la seule difficulté de l'opération est sa séparation d'avec la cadavérine, car leurs combinaisons mercuriques, platiniques sont également solubles.
On peut les séparer soit en utilisant les différences de solubilité du chloraurate de putrescine, peu soluble, tandis que celui de cadavérine est très soluble dans l’eau; soit encore en traitant les chlorhydrates des deux bases par l'alcool à 96° bouillant qui les dissout mais qui, par refroidissement, aban-
donne les aiguilles de chlorhydrate de putrescine.