ASIE
SC Ne A ee
Dans cette hypothèse où l'expertise aurait eu bai dans un laps de temps supérieur à 48 heures, l'expert s ‘attachera toujours à obtenir des alcaloïdes cristallisés et dans le plus grand état de pureté possible, et il en vérifiera soigneusement toutes les propriétés physiques et chimiques, il reconnaitra alors qu'il se trouve, soit en présence d'une seule sorte d’alcaloïdes, soit en présence d'un mélange d'alcaloïdes putréfactifs et d’alcaloïdes végétaux.
Dans le premier cas, s’il s’agit d'alcaloïdes animaux, suivant la remarque de Marino Zuco, ils se trouveront en si petites quantités qu'à poids égal aucun alcaloïde végétal ne serait capable de déterminer la mort d'un homme.
D'autre part, la réaction Brouardel-Boutmy avec production immédiate de bleu de Prusse permettra d’exclure tous les alcaloïdes végétaux sauf la morphine, l'apomorphine, la vératrine , lhyoscyamine et la muscarine.
L’ EE entalion du courant électrique sur les muscles permettra de trancher la difficulté et ce résultat pourra être contrôlé comme suit : Si l’alcaloïde est la morphine, on aura par l’expérimentation physiologique comme avec une ptomaïne les symptômes de l'intoxication par les narcotinoacres, mais avec la morphine, l'animal succombera lentement et sera stupéfié ; d'autre part, le réactif de Frohde d’une part et le perchlorure de fer qui, sans action sur les ptomaïnes, se colore en bleu avec la morphine, permettront de se prononcer.
S'agit-il de la vératrine, la réaction Brouardel-Boutmy se fera très lentement et restera incertaine.
La strychnine sera décelée par la teinte violacée que donne avec elle le bichromate de potasse mélangé à l'acide sulfurique.
L'atropine serait caractérisée par la coloration violette avec la
potasse après oxydation avec l'acide nitrique.
{ DRE r AE
Seule la muscarine ne donne pas de réactions chimiques bien caractéristiques, et c’est surtout elle qu'on devra obtenir dans un grand état de pureté pour faire comparativement des expériences physiologiques.
2 Mais si la distinction est facile dans le cas que nous venons d'envisager, il n’en sera pas de même quand nous serons en présence d'un mélange de ptomaiïnes et d'alcaloïdes végétaux.
Supposons, par exemple, le cas d’un cadavre ayant séjourné dix-huit mois sous l’eau et présentant à la fois les réactions de la vératrine et la réaction Brouardel très nette, comment distinguer l’alcaloïde ? un seul procédé pérmet de le faire, l’action des dissolvants, des cristallisations répétées pour séparer les deux corps, et quand on les aura ainsi séparés, l'injection à des animaux.
S'agit-il d’un empoisonnement par la morphine, cette substance n’amenant la mort qu'à dose relativement élevée, la quantité de ptomaïnes formées sera insuffisante pour masquer les réactions chimiques et physiologiques de la morphine.
Le cas d’un cadavre ancien provenant d’un individu intoxiqué par la strychnine ou par l’aconitine serait plus embarrassant, car ces bases sont très vénéneuses, et si on a employé la dose minimum pour produire l'empoisonnement et que la recherche soit faite plusieurs mois après, lorsque le développement des ptomaïnes sera avancé, les alcaloïdes végétaux disparaissant peu à peu, la réaction bleue violacée donnée par la strychnine avec le mélange de bichromate de potasse et d'acide sulfurique pourra être noyée dans la coloration brune puis verte produite dans les mêmes conditions par les ptomaïnes.
Dans ce dernier cas, c'est seulement peu de temps après la mort, c'est-à-dire quand le développement des alcaloïdes cada-
vériques sera peu avancé et que, d'autre part, le poison
cherché n'aura pu subir d'altération, que l'expertise sera possible, : on ; E ; : ; Dans tous les cas, l'expert devra se rappeler qu'il ne sera en droit de conclure à un crime que s’il a isolé une certaine quantité d’alcaloïde végétal cristallisé à l'état libre et présentant un accord parfait dans les caractères physiques, chimiques et physiologiques avec un poison végétal connu. [I] aura Je droit de conclure à la présence de l’alcaloïde qui présente ces propriétés, surtout s’il se rappelle que, malgré l’assertion d’un avocat (Aff. Brands), la réaction physiologique, accompagnée de l'étude miographique est décisive et que la persistance de l’impressionnabilité du muscle aux courants d'induction est une réaction éliminatrice des ptomaïnes.
En résumé, si dans certains cas les difficultés de l’expertise
sont grandes, elles ne sont pas insurmontables, ce qu'il im-
porte surtout de faire, c'est de compléter et de préciser l'étude
des ptomaïnes. De cette façon, les experts se trouveront à l'abri des difficultés que peut faire naître la question des ptomaïnes ; mais il en reste une sur laquelle je veux dire quelques mots et qui reste suspendue sur leur tête comme l'épée de Damoclès dont parlait M. Brouardel au sujet des ptomaïnes. Je veux parler des toxines.
L'extension donnée à l'étude des toxines sécrétées par les microbes pathogènes et à celle des ptomaïnes, le retentissement donné à ces travaux dans le monde profane ont fait connaître ces poisons dont quelques-uns sont aussi dangereux que les poisons végétaux. Or, le jour où un criminel se servira d’alcaloïdes cadavériques ou d'une culture stérilisée ou non de bacille de Loffler ou de streptocoque, il ne sera peut-ètre pas très facile à l'expert de déceler le poison employé ou tout au moins de dire s’il y a eu tentative criminelle ou maladie contractée ?
D eee a
Nous ne nous étendrons pas sur cette question, mais nous avons simplement voulu la poser comme un problème se rattachant au sujet qui fait l'objet de cette étude.
Cet exposé des propriétés des alcaloïdes microbiens serait incomplet si nous ne résumions pas ici les diverses hypothèses qui ont été faites sur la place occupée dans la série des alcaloïdes par les ptomaïnes et les toxines ; ici, comme pour l'origine de ces corps, la question est loin d'être résolue en dépit des nombreuses hypothèses. qui ont été faites sur ce sujet.
Panum considéra le poison putride qu'il avait découvert comme une substance albuminoïde analogue aux peptones et . non modifiable par l'ébullition; ses études chimiques se bornèrent à ces constatations et il nous faut attendre jusqu'aux travaux de Selmi, Gautier et Brieger pour trouver des tentatives de classification et de détermination des fonctions chi- miques des poisons bactériens, tandis que Selmi affirme que les alcaloïdes animaux qu’il avait isolés étaient extrêmement semblables aux alcaloïdes d’origine végétale et appartenaient à la série pyridique. Comme ces derniers, Gautier et après lui Nencki, Guareschi et Mosso trouvent des alcaloïdes moins complexes que les alcaloïdes végétaux, mais appartenant comme eux à la série pyridique; Brieger, au contraire, range presque toutes les ptomaïnes parmi les diamines.
Ces constatations présentent un très grand intérêt, car elles montrent que chacun des savants qui se sont occupés activement de la recherche des ptomaïnes, a trouvé des corps appartenant à la même classe d'alcaloïdes, mais classe différente de celle des composés trouvés par d’autres expérimentateurs. Il semble ressortir très nettement de ce fait que la fonction chimique de ces ptomaines dépend de leur mode de préparation.
Il n’y a là rien qui doive nous surprendre : rappelons, en
effet, que les ptomaïnes ne préexistent pas en nature dans les
Len Rene
tissus, mais qu'elles y sont en combinaison albuminoïdique Bb) qu'elles constituent probablement ces corps découverts par Miescher et étudiés par Kossel, auxquels on à donné le nom de nucléoalbumines et qui sont constitués par l'union des albumines avec des bases organiques et du phosphore. C'est Le processus putréfactif qui amène la décomposition de ces nucléoalbumines et nous verrons dans nos conclusions que la décomposition des albuminoïdes s'effectue en plusieurs stades donnant des produits dont la composition se simplifie de plus en plus par perte des chaînes latérales et rupture des noyaux cycliques : ceci suffit déjà pour expliquer que suivant l'époque de la putréfaction à laquelle les observateurs ont obtenu leurs produits, ils aient rencontré des alcaloïdes plus ou moins complexes.
D'autre part, les nucléoalbumines se décomposent par le contact prolongé avec l'alcool, par le chauffage en donnant des bases alcaloïdiques; or, Brieger traite ses tissus animaux par l’ébullition avec l'acide chlorhydrique, et cette action suffit à elle seule pour amener une décomposition des matières albuminoïdes et surtout des nucléoalbumines, décomposition qui correspond à l'apparition de la peptotoxine qu'aucun autre opérateur n'a pu obtenir par une méthode moins brutale et qui n'a été extraite après Brieger que par Baumann, qui remplaca l'acide chlorhydrique par le chlorure de benzole, réactif aussi énergique
Cette conception des nucléoalbumines suffit donc pour expliquer avec l'hypothèse de M. Schulzenberger que nous exposerons plus tard, la diversité des résultats obtenus, elle a été vérifiée par Martin pour la toxine du charbon qu'il a reconnu provenir d'une combinaison albuminoïde, par Brieger pour la choline et la neuridine.
Quoi qu'il en soit, nous rangerons les ptomaïnes connues en trois groupes :
1° Les ptomaïnes acycliques non oxygénées telles que la saprine, la cadavérine qui est une pentaméthylènediamique, la putrescine et presque toutes les ptomaïnes non oxygénées de Brieger : ces corps sont pour la plupart des diamines, c’està-dire qu'ils résultent de la substitution d’un radical méthyléthyl, etc., alcoolique à deux atomes d'hydrogène dans deux molécules d'ammoniaque, ils répondent à la formule générale suivante :
He R R:
A | +R LR A2 | I FF IP
2° Les ptomaïnes acycliques oxygénées telles que la névrine, la choline et toutes les ptomaïnes de Griffiths. Elles dérivent presque toutes de la substitution d’un radical d’acide à un atome d'hydrogène dans une molécule d’ammonique et peuvent se ranger parmi les amides ou des corps plus complexes, tels que les acides amidés, les dérivés nitrosés, etc.
3° Enfin les p{omaines cycliques telles que la collidine, la parvoline et les ptomaïnes de Gautier. Ce sont, pour la plupart, des bases pyridiques ou hydropyridiques.
Elles résultent de la substitution d’un ou plusieurs radicaux d'alcool à un ou plusieurs atomes d'hydrogène dans la pyri-
dine et répondent au type suivant :