‹ Étude sur les animaux de l'Anjou, (mammifères)Chapitre 2 sur 7 · ORDRE. - LES CARNASSIERS · texte numérisé non relu

ORDRE. - LES CARNASSIERS

CiRAGitRES. — Trois sortes de dents modifiées selon le genre de nourriture; point de pouce opposable i leurs pieds antérieurs; nombre de mamelles variable.

Famille. — CHÉIROPTÈRES.

Les animaux qui doivent nous occuper, au commencement de cette étude sur les Mammifères de l'Anjou, sont les Chéiroptères. Ces oyseaux de ténèbres, comme on les appelait au xiu* siècle, ont été de tout temps un sujet d'horreur et de dégoût.

Moïse place les chauves-souris au nombre des êtres immondes, dont le peuple de Dieu no doit jamais manger la chair*, ce qui semble prouver contradicloirement, (jue d'autres peuples la mangeaient.

Li*îs Grecs semblent les avoir prises pour modèle de lenn; harpies.

Les récits du moyen î\ge montrent ies^rrcières clievauchaii(, dans les airs, sur un balai et se rendant au sabbat guidées, dans leur fantastique voyage, par les chauves-souris.

Les artistes de cette époque représentent presque toujours la Mort avec un cortège de ces tristes animaux, et maintes fois les ymagiers ont sculpté sur les chapiteaux, sur les gargouilles de nos (églises, range déchu, l'esprit du mal, ayant sur ses épaules des ailes de chauves-souris.

* Il n'entre pas dans ie plan de câ travail de parler des deux preutierâ ordre:» de mammifères, o'wtpà-dire :

1* Des BIMANES, genre aowxv (floiio);

2» Des QUADRUMANES, doat noas ne sommetf point lefc desoendials et qui n'I»bitent pas notre pays.

• Omnes «'ves mundas comedite. Imraundas ne comedatis, aquilam scilicet, et gryphem, et haliœetunij ixion, el vullurem ne uiilTuir) jnxîa gcuus suum : et oninc cornai geaeris, et strutlilouciii, ac uocluam, et iai uui, nUjiie nccipitrem juxta genna saum : herodium ac cyguuui, el ibin, te merguluiu, pori)bynonem, et nyettooraoem, onocrotalum , et ehandrium » singnla io génère suo : tipupam quoque et respertilioncm. {Uber DuOeremmii, cap. xiv, j^. ii à 18.)

Les poètes les ont regardées comme les compagnes assidnes des démons» des spectres, des apparitions, et les hôtes des cimetières.

La nuit, quand les démons dansent sous le ciel sombre. Tu suis le char magique en tuumoyaut dans l'ombre : L'hymne infernal fin? ite m «onisert mal fa isu nt . Plus ! car un doux parfiim sort de ces fleurs nourdles.

Fuis, il faut à tes momet ailes L'air du tombeau natal et la Tapeur du aang ^

Euiiu le boa La Fontaine l'a prise, dans ses Fables, pour type de la duplicité :

Je suis oiseau, voyez mes ailes ; Je sds souris, vivent les rats * 1

Ces Mammifères de sinistre aspect ont été, pendant longues années, regardés par les naturalistes comme des oiseaux. Aristote les définit « des oiseaux à ailesdepeau; » il hésite à savoir si les chauvessouris sont des volatiles, à cause de leurs pieds, mais il n'ose les reg;ir 1er comme des quadrupèdes, ne les voyant pas pourvues de quatre pattes l)ieri distinctes. Ses réflexions, sur l'absence de queue et de croupion qu'il remarque chez les Chéiroptères, le conduisent à des idées théoriijaesy qui ne sont appuyées sur aucune observation.

Pline s'occupe seulement de la chauTe-eooris pour dire qu'il esdste des oiseanz qui engendrent leurs petits vivants et qui les allaitent au moyen de mamelles.

Âldiovandie est le piemier naturaliste qui étudia sérieusement les Chéiroptères. Mais, cédant aux préjugés de son siècle, il fit de la chaave-4ouris et de rantrache une mâme famille; il motive ce ekuBsemen^ sur ce que ces deux espèces d*oiseauz participent également de la nature des quadrupèdes.

Scaliger regarde la chauve-souris comme un être merveilleux; il lui trouve deux pieds, puis quatre. Elle marche sans pattes, dltr-il, vole sans ailes ; elle voit lorsqu'il n'y a pas de lundère , et cesse de voir quand i amure parait. C'est, ajoute-t-il, le plus singU"

* Victor Httgo, Ode» et BhUsdtt, livre V, ode V, la ChauTe-Souri».

* La Fontaine, livre II, fiOïle y, la Cbaave-Sottris el les deu Belettes.

lier de tous les oiseaux, puisqu'il a des deuts et est privé de bec ' .

linné la rangea dans un même ordre avec Thomme et les singes. Ce célèbre naturaliste ne craignit pas de donner aux uns et aux antres un nom semblable. Ainsi, il les désigna tantôt sous celui à^aniromorphœ, «i être à visage humain, w tantôt sous eelui de priauUeSf « animaux du premier rang. »

Cette dassificatioii pamt d'abord fort extraordinaire; mais le grand nom de linné suffît pour la consacrer.

Aujourd'hui, les chauves-souris sont admises dans l'ordre des Carnassiers. Le mot « carnassier » pris dans son arception rigoureuse ue devrait rceliement appartenir qu'aux anuiuiux qui se nourrissent île chair exclusivement. Les CliLiropltres étant insectivores, devrait'iit donc être compris dans une autre catégorie. Mais les maîtres de la science, s élant surtout préoccupés des mœurs et du caractère des animaux ayant la même analogie, ont admis dans l'ordre des Carnassiers les chauves-souris, ainsi que d'autres espèces insectivores.

Les Chéiroptères sont très-intéressants à étudier, et jamais on ne dira sur eux le dernier mot.

D'habitudes tristes, ik^passent la majeure partie de leur existence dans les caves, dims les greniers, dans les souterrains, dans les carrières, dans les raines, dyis les troncs d'arbres ereux, etc« Engourdis pendant la rigoureuse saison, ils soctent de leur état de torpeur lorsque la douce température arrive, et se montrent au moment du crépuscule *. Biais, pour cela, il ne faut pas de vents violents; que l'orage gronde, que l'éclair sillonne la nue, que le temps soit brumeux^ qn'il fosse le moindre firoid, ces singuliers animaux, doués d'une sensibilité ^trême, ne peuvent impunément braver ces variations de Tatmosphère, de sorte qu'ils sont quelquefois, outre l'époque hivernale, longtemps sans prendre de nourriture. Vivant

* Le Dictionnaire de Trévoux, RIDCCLXXI, déûnit ainsi li chauve-souris : « petit oiseau uoclurnc^ dunt le» ailu^, au lieu de plume^ sont de peau et de carltlji|[dj il ressemble, k uue sourit', il u a ui bec ni plume. »

* M. CouHilier jeune a été témoin d'un bit très-singulier : il a tu en plein hiver, par un froid de 10 à 12 degrés, lorsque la terre était couverte de neige, des dkauteâ-souris voler en plein jour dont la oour de la mairie de Sauiniir.

dinsecU'S ailés, il leur est impossible de les capturer autrement qu'en plein air. Aussi, lorsqu'il leur esi permis de chasser, s'en donnent-ils à cœur joie et le font-ils avec une ardeur téméraire, qui souvent leur est funeste. On ne se figure pas la gloutonnerie des chauves-souris. U arrive, et j'ai constaté ce fait, qu'ayant avalé une grande quantité d'insectes, elles tombent à terre comme un homme ivre, n'ayant plus la force de diriger leur vol ; ou bien, s' accrochant aux aspérités ' d'un mur, elles n'en bougent plus tani que la digestion n'est pas faite. Mais malheor à elles, si ud hibou on une chouette de mauvais présage les aperçoivent dans leur . course nocturne ; les dévorer est pour eux l'affaire d'un instant.

J'ai remarqué un jour, sur un pré, un rhlnolophe grand-fer-àcheval, qui avait la peau du ventre très-tendue. Je Tétoufiai et voulus ensuite Pempailler. Quand je lui ouvris Tabdomen avec * un - scalpel; je le trouvai littéralement plein d'insectes ; il y en avait même jusque dans son gosier. Presque tous appartenaient à la famille des cousins. Les abajoues^ qui garnissent la bouche, étaient bourrées de petits insectes.

Malgré sa voracité, la chauve-souris est prévoyante. Peut-être le lendemain du jour oiî elle a fait une bonne chasse lui faudra-t-il rester au gîte. Aussi ses ahajoues sont-elles de x'éritables gardi -[ii inger. C'est lors<pi'ellc en retire les insectes qui y sont entasses que ses dents lui sont utiles, car, lorsqu'elle attrape sa proie au vol, elle l'endoutit absolument comme le fait l'engoulevent, caprimulgtts europœns. L.

Généralement les Chéiroptères font peu de pérégrinations loin- ^ines ; ils tournent constamment autour du vieux château qui leur sert d'abri, de la ruine où ils trouvent asile.

n m'est arrivé de prendre une chauve-souris (la pipistrelle), qui, [lar une soirée d'été, s'était hasardée à entrer dans ma chambre, et dé lui attacher aux deux extrémités des ailes deux petits fils rouges, de manière à ne gêner en rien son vol; l'ayant relâchée, je la vis, je puis dire, à peu près le reste de la saison voltigeant à l'heure du crépuscule autour de ma demeure, et je suis persuadé que, si elle eiYtpu conserver jusqu'au printemps la marque que je lui avais

mise, je Taurais de nouveau vue à cette époque décrire au luèiue lieu ses capricieux circuits.

Dans le Dictionnaire f universel d'histoire naturelle ^^^ïi^y dans un savant article sur les Chéiroptères, cette phrase :

« Ces animaux ne sont nullement faciles à observer vivants; [Hnvés de leur liberté, ils q6 tardent pas à pénr, quelque soin qu'on prenne pour les conserver. »

Pour prouver cette affirmation, l'auteur cite les observations faites à ce sujet par M. G. Danidl sur les habitudes de la pipistrelle et de la noctule *.

* En juillet 1833, H. Daniell reçut cinq femelles fécoudées de pipistrelle», et les mit du» «ne cage où elles forent fort turbulentes; elles mangeaient aTec avidité les mooéhes et la viande crue, mais refusaient obstinément la Tiand* cuite. Lorsqu'une mouche entrait dans la cage, elles rétourdis^aicnt d'un coup d'aile, et se jetaient sur elle, les ailes étendues, comme pourlui fei iner laretraite. La maslicatiou et la déglutition étaient lentes et pénibles ; plusieursi minutes étaient néeessairee pour dévorer une grosse mouche. Au bont de dix-neuf jours, les cinq pipistrelles étaient mortes; à l'autopeie» on trouva qu'éltes ne portaient qu'un seul petit.

Le 16 mai 1834, M. Danîell se procura qualrefemelles et un mâle appartenant au genre noctule; le mâle était très-sauvage, chercliait sans cesse à s'échapper et mourut an bout de dix-huit jours. Après avoir r^é toute espèce de nour^ riture, trois femelles sucflombèrent peu après; celle qui survécut, fut nourrie avec du foie et du cœur de volaille, qu'elle mangeait \ peu pr6s comme eût fait un chien; elle mettait un soin particulier à sa toilette, employait beaucoup de temps à nettoyer sa fourrure, et à la partager en deux portions par une raie droite qui suivait le milieu du dos; pour cela elle se servait des extrémités postérieures comme d'un peigne. Elle mangeait beaucoup, relativement k son poids, •t se tenait presque constamment pendue au sommet de sa cage» ne quittant celte position rjne le «oir. f»our prendre sa nourriture.

Le 23, M. Dauieil ayant remarqué que cette noctule paraissait fort inquiète, l'observa avec soin, et fut témoin do son acooochement. Après un^b^ure d'agitation environ, la noctule s'aeerodw par les membres antérieurs, étendit ses pieds de derritoe et roula sa queue, de manière à fonner avoe la membrane inter-femomle une espère de pnche dnns l^qnrlle fut reçu un petit, de taill*» relitiTemeut assez forte, entièrement uu et aveugle. Un cordon ombilical long de deux pouces l'attachait à la mère, qui ne tarda pas à le couper; puis elle se mit à lécher et à nettoyer son petit* Cela fidi, elle reprit sa position accoutumée et enveloppa si bien le petit avec ses ailes, qu'il fut impossible d'observer le mode d'allaitement. Le lendemain elle mourut, et l'on trouva In joune noctule adhère iitp encore à la mamelle, on cs^aja de la nourrir à i'uide d'une éponge imbibcu de lait ; mais elle succomba à sou tour, au bout de huit jours, sans que ses yeux fussent ouverts; quelques poils seulement commençaient à se montrer sur son corps.

Je mets en fait ceci, c'est qu'il n'existe dans notre pays aucun être du règne animal qui ne puisse vivre eu caplivilL . Pour les uns, il faudra prendre beaucoup de précautions ; pour d'auLrts, le naturaliste sera obligé d'étudier avec un soin tout particulier les habitudes du mammifère qu'il voudra garder près de lui ; mais, avec de la persévérance, on sera toujours sûr d'arriver à un bon résultat.

Ainsi, j'ai conservé, plus d'un an, un grand rbinolophe dans une l»qite. Pendant toute la journée, il restait accroché la tète en bas, suivant les habitudes des chauves -sourisi aux parois des planches, qui étaient mal rabotées afin de donner prise à ses ongles. Je lui présentais des mouches qu'il dévorait avec avidité, mais après les avoir abattues d'un coup d'aile. Le jour, il restait dans un état de torpeur, mais, la nuit, il faisait un tel bruit^ qu'il me fut impossible de le conserver dans un appartement habité. Je dis que j'ai conservé un rbinolophe grand-fer-à-Hsheval, plus d'une année, en captivité; * peutr-étre l'aurais-je conservé davantage, si, par une négligence dont feus à me repentir, je n'avais laissé un soir la porte mal fermée ; le lendemain matin, lorsque je voulus lui faire ma vbite accoutumée, je trouvai la cage vide et ne pus jamais remettre la main sur mon prisonnier, qui aura probablement été la (ffoie des chats.

n m'est arrivé d'être souvent, un jonr on deux, sans lui donner de nourriture. L'abstinence forcée que je lui faisaià faire n'occasiou' naît chez lui aucun symptôme d'atTaiblissement.

C'est sur ce rbinolophe que j'ai étudié la marche des chauvessouris. Quand une chauve-souris est poursuivie et qu'elle tombe à terre, il lui e£t impossibln de se s(^!istraire à son ennemi; la nature ne lui a pas donné des pattes, qui puibseut, comme aux quadrupèdes, lui faciliter une course rapide.

C'est à l'aide de ses ailes reployées et (jui lui servent de jambes de devant, qu'eUe se hasarde à marcher, et, lorsque après plusieurs culbutes elle a pris son aplomb, elle va encore assez vite, surtout si on lui tient compte des innombrables efforts qu'elle est obligée de foire. Mais, pour s'envoler, il faut qu'elle atteigne un endroit élevé; quelque petit qu'il soit, cela lui suffit. Sur une surface plane, die ne pourra jamais prendre que de pénibles allures. Chaque fois que je mettais mon rhindophe à terre, dans une chambre, son premier

mouvement était d'essayer de s'acerocher à one plinthe de la boiserie, et lorsqu'il y était parvenu, ce point d'appui lui suffisait pour s'élancer et étendre ses ailes.

J'avais mis, un soir, dans une même ca^c quatre rhinolophes, deux femelles et deux uuilus. Le lendemain, faisant mon inspection, je trouvai les deux mâles dans un état horrible à voir, le musea\i plein de sang;, le ventre ouvert, les ailes déchirées, et donnant à peine signe d'existence. Quant aux femelles, elles étaient pleines de vie, et semblaient n'avoir pris aucune part au drame terrible dont elles étaient innocemment la cause.

Au bout d'un mois, une des femelles mourut. 1^ dernière est celle que j*ai eonservée si longtemps. Je ne dirai point que j'étais parvenu à l'apprivoiser complètement, mais, ce que je puis affirmer, c'est que, m'ennuyant à faire la chasse pour elle, j'avais pris le perti ' de la saisir au crépuscule par la peau du cou, et de la présenter ainsi devant une vitre où se trouvaient des mouches en grande quantité. Le premier jour, elle se débattit fortement et ne toucha à aucune. Le second, elle se débattit moins-et commença à en manger quelques-unes. Enfin, le troisième jour, elle avait pris son parti, et s'habitua tellement à cet exercice, que chaque fois que je la présentais à la fenêtre, elle notait ses ailes et poussait des petits cris de joie.

Au dernier siècle, la faculté de médecine d'Angers prescrivait aux poitrinaires la chair de la chauve-souris, comme étant excellente à manger et d'une dij^estion facile *.

Elles étaient, alors, pour les paysans, le sujet d'une spéculation. Us les vendaient bon prix aux apothicaires. Outre la recherche qu'ils en faisaient dans les caves, les souterrains, etc., ils avaient encore plusieurs irnjyens de s'en emparer. Ainsi, le vol lent et irrégulier des Chéiroptères permettait de les atteindre avec des tilets et des perches. Connaissant leur gloutonnerie, les chasseurs attachaient au bout d'une ligne un insecte. La chauve-souris ne voyait jamais le piège qui lui était tendu et se taisait prendre à cet appât grossier.

*■ Univsnité d'Angen, fneiilt& de raédecina, liane 4.

Scaliger et quelques aateonf entre autres le docteur Louis' Leniery, prétendent «cpie les cbauves-flonris sont fort estimées dans plusieurs endroits pour leur bon goût. Us disent même qu'aux pays orientaux, elles sont plus délicates et plus agréables que nos poules

domestique». »

La chauve-s<:)ui i-T a des cnuerais acharnés dans les oiseaux nocturnes. La chouette, le chat-huant, les hiboux en sniil très-friands et LUI iliHruisi'nt uti grand nombre. De plus, li y a des csjHices qui se font entre eiies une rude guerre, comme nous aurons occasion

d'eu parler eu étudiant les divers Chéiroptères qui habitent l'Anjou.

GflNBB milNOLOPUE. — KuiMOLOPHUS (Géoff.).

Caractères. — Nez placé dans une cavité bordée de membranes, ayant la forme d'un fer à cheval au-dessus duquel s'élance une feuille; les oreilles sont moyennes et n'ont pas d'oreiliuus. — Quant à la queue, elle est entièrement enteloppée dams la memtirane inter^^fémende. — Trente-deux dents, quatre îndnves en bas et deui plus petites en haut, cinq molaires à la mâchoire supérieure, six à l'inférienre.

LB GRARD-FER-A-GHEVAL. ~ RmHOLOPBtiB UmBASTiTTS (Gtioiv.). — Vbspibtiuo fBmmrBfgamv» (Daiib.>.

Caractères. — Pelage Cauve au-dessus, clair au-dessous, feuille nasale

double, la postérieure est en fer de lance, l'antérieure est sinueuse au sommet et aux bords, oreilles grandes et pointues, membranes brunes. Longueur de la tète aux pieds, sept centimèU'es *, envergure, 27 cenliractres.

Il existe de celte espèce une ?ariété de couleur isabelle (perrières de la Touche, commune de Mardgné-Briant).

Quand arrive l'automne, les Kbinolophes grand-fer-à-cheval sont généralement très^f^i leur peau alors suinte une liqueur épaisse et luisante qui, en se répandant sur les poils du ventre, produit une odeur désagréable.

Sur les limites de la commune de Martigné-Briant, près le ruisseau de BelrAvTy commune de Ghavagnes-les-£aux » au lieu appelé La Touche, sont d'anciennes carrières de pierres coquillières, qui

furent pour la première fois explorées par les deux naturalistes ' qui ont écrit riiitéressaute Flore de l'Anjou, intitulée : Herborisatiom de feii M. Merlet de la Boulaye, ancien professeur de. botanique à Angers. Ces carrières servent de refuge aux Rhinolophes. Pour pénétrer dans ces carrières, il faut d'abord entrer dans un trou qui 1 i ss<.'mble assez à celui d'un blaireau ; après avoir rannpé à piaf ventre pendant quehjues minutes, on pénètre dans de vastes salles, ou l'on trouve, suspendu aux parois du mur, le rhinolophus unihastatus. Â la vue de la lumière (car si on ii*a pas de torche, ou reste dans Tobscurité la plus complète), les chauves-souris se mettent à voltige antour'du flambeau, puis viennent reprendre leur position d'immohUité, c'est-à-dire» elles se placent la tète en bas et les pieds en hànt^ accrochées aux aspérités de la muraille.

Un fait asses curieux, c'est que, dans ces salles ou plutdt çes compartiments, on ne trouve jamais ensemble le màle et la femelle. Après les amours, les mâles abandonnent complètement les mères et vivent à part. Ces dernières portent leurs petits attachés à leurs mamelles (comme du reste toutes les chauvethscfuris), qa*dles soulèvent en repliant leur membrane intei^fémorale.

Les rhinolophes produisent deux petits et souvent un seul. C'est sur des rhinolophes que l'abbé Spallanzani a fait l'expérience suivante. Après avoir arraché les yeux à plusieurs de ces animaux, il les lâcha dans sa chambre, et les vit s(i diriger avec la même sûreté et voltiger dans son appartement sans jamais se heurter au [ilafond.

C'est ce qui avait ron<kvit ce pbvsiologue à regarder les cliauvessouris comme douées du sixième sens, qui leui* révélait l'approche d'un obstacle solide.

La chauve-souris à l'état de repos, se place la tèle en bas et les pieds eu haut, eu s'en veloppant dans ses ailes comme dans un maQ~ teau. Dans cette position, il lui est fort difficile de vider. Aussi» voici le moyen qu'elle emploie lorsqu'elle en sent le besoin.

* Ces deux naturalistes sout MM. Pantin du Plessis ot DaTv de la Roche. J'ai été très-surpris de trouver, daus l' Annuaire de rinsiUut des provinces, le uoai

d'une Autre penonne (qui en ce* derniers temps se INre k U poéue)j coiiin«é étsnl l'uiteor de ce travail, 4|a*eUe n'a Jamais éorit, ni payé.

Elle met uno dn ses pattes on liberté d'agir et on prcUile [>onr heurter plusieurs fois la voûte. Le corps mis, par ses efforts, en mouvement, oseille et halance sur les deux ongles de l'autre patte, lesquelles forment parleur égalité et leur parallélisme unclign<^ droite comme serait Taxe d'une charnière. Quand la chauve-souris est parvenue au plus haut point de la coufbe qu'elle décrit , elle abat le bras et cherche sur les cAtés un point d'appui pour y accrocher l'ongle qui le termine, celui du pouce de l'extrémité antérieure. C'est dans cette situation horizontale, le ventre en bas, qu'elle peut vider sans salir sa robe. Cette opération ne dure pas plus de trois secondes. C'est sur des rfainolopbes que j*ai fait cette observation.

Quand on entre dans des carrières où se trouvent en grand nombre 4iles chauves-souris, surtout des rfainolopbes, on est suffoqué par une odeur fétide qui provient de la fiente de ces animaux.

Le ibinolophe grand-fei>&-cheva1 a été étudié, pour la première fois, en France, en 1759, par Daubenton.

Assez commnn. Château d'Angers, clochers de l'église cathédrale Saint-Maurice, dans le Baugeois et dans le Saumurois.

LE PEUT-FBR-A-GHEVAL. — BHorotontus Bibastatus (Géoff.).

Caractères. — De trois huitièmes plus petit que le grand -fer-à-chevai ; le fipoiit est formé de deux pièces, en forme de lance, placées paiHlessos roue et l'auln» oreille, plus Binueuses que celles da Rhimbphm'Unikat''

Lorsqu'on voit cette chauve-souris suspendue à une voûte, on est tenlé de la prendre pour une chrysalide, tant elle est resserrée dans la membrane de ses ailes.

On la trouve généralement aux mêmes lieux que la précédente; cependant elle est moins commune.

Gbnhe VESPERTILION. — Vespbrtilio (6I!:opf.).

Caractères. — Museau dépourvu de feuille saiis chanfrein sillonné. Oreilles séparées sur la léte ou réunies à leur base; l'orcillun interne, m&cboire inférieure quatre incisives, irës-raremeat deux; la queue est enveloppée dans la membrane întaNémorale,

VËSPËRTILIOlf MURIN. — Vesperhuo Mubinds (Lom

GaractÉKIS. -~ Oreilles ovales, inclinées en arrière, de la longueur de la tète; oreillons folcîformes, pelage d'an brun roussfttre en dessus, d'un gris blane en dessous. Face nue, firont très velu, narines reniltes sur les

bords. Longueur neuf centimètres, envergure Irente-Irois centimètres, bras six centimètres cinq millimèlres; doigt du milieu neuf centimètres cinq millimètres; quatrième doigt huit centimètres cinq millimèlres; cinquième doigt, environ ftuit centimètres, pieds deux centimètres trois millimètres ; queue quatre centimètres.

Ce vespertilion est très^méehant; il est la terreur des antres chéiroptères, qui à sa vue prennent la fnite en poussant des cris.

L*été, dans les douves sèches du château d'Ângers, on voit souvent & terre des chauvesHSOuris qui ne peuvent plus houger, ayant les aiks déchvées et les os rompus ; ce sont les victimes du vespertilion murin. Cet animal attaque toute chauve- souris qui se hasarde h chasser la nuit dans ses parapres. H n'y a qu'une seule espèce qui lui tienl hardiment tète, c'est le graii(J-ier-à- cheval. Non-seulement le vespertilion nuirin n'est pas toujours le maître, mais encore il arrive que l'attaqué met hoit, Je combat l'alta(|uant.

Le vespertilion murin est assez rare. Aubigné-Briant, Martigné- Briant, Saumur, etc.

YËSPERTILION. — Stomurinus (Brehm.).

Caractères. — • Celte espèce a été confondue avec le vespertilion murin, et cependant elle en diffère par son envergure de trente-cinq centimètres, par ses oreilles plus courtes que la tète, par le dessus du corps brun foncé, par son museau noirâtre.

Ce vespertîrton habite les troncs d'arlffesy vit isolé. Ses mœurs sont plus douces que celles du vetperUSo 9ubmunnm. Raie. Je Tai trouvé plusieurs fois sur les horda de la Loire.

VëSPKRTILION NOCTULE. — Vespbrtiuo Nogtula (Linn.).

Gaaâgtéres. — Pelag» d*iiD roux foncé, poil dons, narines écartées, oreiUes ovales, moins longues que la téte, oreillon presque droit, déprimé au miliflu, terminé par une tête aplatie et ronde, museau court, chanfrein large, membrane des ailes et de la queue d'un brun noir. Le long des bras, en dessus comme en dessous, une large ligne de poils de ia même couleur que ceux du corps de l'animal; la membrane qui borde les flancs est recouverte de poils épais. Longueur huit centimètres, envergure des ailes Irente-trois centimètres, des bras huit centimètres, doigt du milieu neuf cantimèires cinq millimètres, quatrième doigt six centimètres trois millimètres, cinquième doigt six. centimètres, queue trois centimètres, pieds quatre centimètres. Les mâles diifècent des femelles en ce qu-ils sont plus sveltes.

La noctule sort de sa retraite dès cinq heures du soir en été ; elle

vole très-haut et se rapproche Je terre et des eaux seulement au moment du crépuscule; elle vit en troupes qui s'agglomèrent, l'hiver, dans les souterrains, pour conserver plus de chaleur. Assez commune dans raiTondissemeut de Segré.

VESPERTtLlON SEROTINE. Vesprrtilio SBRoriNin (Limi.).

Caractères. — Oreilles courtes et pointues, face nue, lèvre supérieure renflée, garnie de verrues; museau court, yeux peiiis, on illons en demicœur, son bord extérieur découpé comme le lleuron d'une iieur de lys, el sou bord intérieur découpé carrément ; pelage d'un brun fauve, plus foncé chez le mêle que la femelle. Vit isolé. Envergure trrate-six centH mètres.

Cette cliauve-souris n'a point enooie été rencontrée dans le haut Anjou. Je crois qu'elle doit se trouver dans tout notre département« On l'a souvent prise pour la noctule, dont cependant elle diffère; elle se retire dans les troues d'arbres. Je ne Tai jamais vue dans aucnn soutermin.

VESPERTILION NOIRATRE. — Vespertilio iNighans (Ciiespon).

Ce joli chéiroptèra a été observé pour la première tmê par M. Ofi^n de Nîmes.

Caractères. — Pelage de dessous d*un gris cendré, tauciis que le dessus est d'un fiiuve foncé» la moitié inférieure des poils est noir (il en esl de même pour ceux qui recouvrent le dessons du corps) ; une belle teinte marron tif et Mslré colwe le firent et les cétés du cou ; bce noire, c'està-dire que le bout du museau, les joues et les oreilles sont noirs. La région qui sépare les oreilles du coin de la bouche est presque nue et noirâtre; oreilles oviips, triinjrulaires, aussi longues que la tète, ayant un rebord à leur base extérieure, au-dessus duquel est une échancrure. Mem* branes des ailes etrinler-fémorale noires. Le sommet delaqueuc se prolonge en uu Uiei iuiig d une ii^ue. Longueur loiale de la teie ei du corps quaire eentifflètres; ^nerpire des ailes dis-linit centimètres; du bras tnns centimètres quatre millimètres; doigt du milieu cinq centimèires trois millimètres, du quatrième doigt cinq centimètres, du cinquième doigt quatre centimètres ; queue trois centimètres ; pieds deux centiroèlres. La femelle est un peu plus grande que le mêle et a la couleur de dessous d'un gris blaachètre.

Cette ebauve-eourîfl n'étût point encore âgnalée en Maine-eU

Loire ; cependant elle est très^facile à reconnaître par ses trois couronnes. Elle est très-commune et vit en société avec l'espèce suivante.

Château d'Angers, Mûrs, bouceiies, Brissac, etc.

VESPERTILION PIPISTRELLE. — Tespbrtimo Pipistrblliis (Lunr.).

CAitACTFîŒS. — Pelage d'un brun foncé en dessus, d'un brun fauve en dessous, jioils longs, oreilles et bout du museau noirs; nez large avec un sillou au milieu; oreilles ovales, légèrement éciiaucrécs sur leur bord externe, ormllons dnnts, arrom&Tà leur eitrémité ; membranes noires, celles des mâles ayant une bordure blanche au bas de la première échancrure qui suit les pieds; queue terminée par une pointe aiguS, loagueur totale quatre centimètres; envergure vingt-trois centimètres, du doigt du milieu cinq centimètres, quatrième doigt quaire centimètres sept milii* mètres, cinquième doigt quatre centimètres; de la queue, sept centimètres quatre millimètres.

Cette chAnve-souru sort un peu avant le crépuscule; on la voit

encore dans les airs pendant cdnl du matin ; quand les temps sont doux , le jour, elle quitte sa retraite quelques luonients et se plaît à

raser les eaux. Nous n'indiquerons aucune localité pour la pipistrelle; elle est tellement commune, qu'on peut la remarquer sur tous les points de notre département.

VESI EliXiUON ÉCHAiNGRÉ. — Vesfertilio Eearginatus (Géoff.).

* Caractères. — Pelage d'un gris roossàtre en dessus, cendré en dessonsi front relevé en dessus du chanfrein ; oreilles oblongues, de la même longueur que la tâtc, fortement échancrées sur leur bord extérieur, à la moitié de leur longueur, velues sur leur bord interne, en face de l'échancrure ; oreillon droit, lancéolé, faisant la moitié deiaionjîueur de l'oreille ; membrane des ailes noirâtre. Longueulr six centimètres ; eavergure trente centimètres j du doigt du milieu dix centimètres, quatrième doigt sept eentiniètres, cinquième doigt sept centimètres sept millimètres; de la queue quatre centimètres trois millimètres; pieds quatre centimètres.

Cette espèce est la plus rare de toutes celles qui habitent l'Anjou. C'est dans les vieux châteaux du Baugeois qn'on l'a seulement trouvée jusqu'à ce moment. Vit isolée.

VËSPËRTILiOI^ A MOUSTAGUËS. ^ VBSPBRmio Htstaoniis (Lbisler).

CARACTÉnES. — Tête petite, nez renflé avec une fissure au nuiieu; oreilles grandes, oblongues, arrondies au sommet ; face velue, ornée de poils doux, ailes longues, qui forment moustaches; pelage laineux, marron en dessus, blanchâtre en dessous, ta femelle a d^ teintes moins foncées ; elle habite aveo la pipistrelle.

Celte chauve-souris n'a point encore été trouvée en Anjou; mais nous ne désespérons point de la rencontrer dans notre province, ï^s chauves-souris n'ayant jamais été bien étudiées, il y a, j'en suis persuadé, beaucoup d'espèces encore à (lécouvrir.

Le vespertilion à moustaches a été d'abord observé en Allemagne, puis on a constaté sa présence à Paris; M. Bâillon l'a vu à Abbeville; M. Giespon l'indique dans sa Faune méridumale^ Nous donnons ses caractères, qui pourront peut-être servir à ceux qui voudront essayer de le chercher dans notre département.

OreUlM mri— mr le tamrt «e 1» tête*

VËSPËRTILION OREILLARD. — Vespertilio Aubitus (Lnm.)* — Valgairement I'Oreillabo.

Cabagtêres. — Pelage d'un gris fauve en dessus, d*nii cendré blanchâtre en dessous ; oreilles très^grandes, unies Tune à rentre sur le crâne ;

oreillon grand et lancéolé. Longueur cinq centimètres, envergure vingtsix 'centimètres ; longueur du bras quatre centimètres, du doigt du milieu sppt centimètres, du quatrième doigt six centimètres, mémo dimension pour le cinquième doigt; queue quatre centimètres; longueur des pieds trois centimètres.

De tous les Gbéiroptères, le plus malheureux est Torallaid ; car H a pour ennemis non senlemrat tous ceux de ses congénères, mais encore les autres chauves-souris. Si» par hasard, cet animal, qui est très-poltron, se montre près des lieux où chassent les chauves* souris, de suite elles se mettent, en jetant des cris, à sa poursuite et lui font prendre la fiiite. A.usû sort- il plus tard et rentie-t-il do meilleuie heure. Il se tient à l'écart; son vol est lent et lourd; il se retire dans les vieux édifices, vit isolé, évitant tout lien où il pourrait rencontrer une chauve-souris, qui ne manquerait pas de l'attaquer et de le mettre à mort.

GHADVfi-SOURIS BARBASTSLLB.>>YDSVBiiTaJ0BA]iBASTBU.us(6iiiL.)

Vu^irement la Barbistbijle.

CARArTKnK*;. — Oreilles grandes, triangulaires, arrondies, réuniesen partie l'une a 1 auti eau-dessus du front ; pelage noir ; envergure vingt-sept centimètres; trente-deux dents ; museau tronqué ; joues renflées ; chanfrein enfoncé et dégarni de poils.

Cette chauve-souris a cela de particuli^ qu'elle répand une odeur fort désagréable. ËUe est très-rare.

Habite avec la pipistrelle.

Digitizeo uy ^^oogle

Deuxième PAmttB. — INSECTIVORES.

GàRACTdSES.'— Pieds courts, armés d'ongles, eaux de derrière ont dnq doigts; en marcbant ils appuieot entièrenieiit la pointe da pied sur la terre. Molaiies hérissées de pointes. Ces animaux ont les mouvements Irès^ents et ne sortent guère que 2e jour ; ils se nourrissent généralement d'Ipsectes et passent l'hiver dans un élat complet d'engourdissement.

G£NRE HÉRISSON. — ËRIKACEUS (LiNN.).

CiRACTâBEB. — Musean pointo, eorpe garni de piquants, jeux petitSi queoe courte. Ces animaux peuvent se rouler en bonîe en rentrant leur tète comme dans nn étui.

L£ HERISSON ORDINAIRE. — ëiunaceds ëuropeus (Likn.).

Caractères. — Nez noirâtre, tète, cou et dessous de la gorge, ainsi que les jambes, d'un IGiuve clair, piquants variés de noir-brun etde blancaiûe.

J'ai trouvé une seule fois, sur la commune de Mozé (Maine-et- Luirej, un lierihson dont 1 aspect était entièrement roux. Mon collègue et auii Raoul Je i>aracé a fait la même rencontre, sur la commune du Lion-d'Angers.

Ou a écrit de singulières eiiuses sur le hérisson. Ainsi, l'on a prétendu et affirmé que les piquants (|ui couvrent la peau de cet insectivore, le forcent à s'accoupler face à face. Je puis, au contraire, affirmer que les hérissoDS op^^ent leur acoouplemeat comme les autres mammifères.

La description anatomique du hérisson a été faite de la façon la plus complète, et il semble difficile d'ajouter sur cette matière. Mais la vie^ les mœun, les habitudes ont été pea étudiées. Ainsi, dans le Dtethnnaire wUoersei d^hktoire naturdl», je nsmarque ce passage à l'artide Hérisson : « On ignore la durée delà gestation. »

Je puis dire, de la la^ la plus certaine, qu'elle est de deux dmis. Yoid comment j*ai pu établhr ce fait.

Le 30 mars 1866, j'ai trouvé à Gkiye, commune de Mûrs, près les Ponts-de-Cé, à six heures du soir, un h^isson mâle

et une femelle accouplés. Je remarquai avec soin le lieu de leur retraite; ils avaient choisi un hangar rempli de bois. Lorsque le mois de mai arriva, tous les jours je visitai la demeure de ces animaux ; le 2 mai, je m^aperçus que la femelle s*occopalt à faire son nid avec de la mousse et des feuilles sèches ; le 29 mai au matin, je constatai Parrivée, pendant la nuit, d'une portée de six petits, dont la peau était blanclie, parsemée de petits points noirs, indiquant la place des piquants. Ces petits étaient aveugles et avaient ^s oreilles fermées.

Le hérisson ne sort que pendant la nuit. Cet animal vit isolé, et quoiqu'il soit assez commun daii> ii 'tre département, on est quelquefois assez longtemps sans en apercevoir ; aussi ne peut-on se livrera son égard à un examen suivi. C'est une grave erreur que de croire que le lif-risson n'est pas intelligent. D'une nature timide, il marche lentement, le moindre bruissement d'une feuille le lait s'arrêter ; il écoute, et s'il prévoit quelque danger, de suite il se met en boule et présente à son adversaire une masse de piquants qu'il n'est pas facile de saisir impunément C'est là sou unique moyeu de défense, aussi en use-t^il largement. H vit d'insectes et de moUusques, qu'il dévore avec avidité. Les limaçons, surtout cdui des jardins, jETe&r hartemis (Mulier) , et celui appelé vigneronne, HeSx ponuUia (Linné), sont pour lui mets de prince. Lorsqu'il en rencontre plusieurs, il prend son temps entre chaque, et met un eerfun intervalle à les dévorer. Il est tellement timide, qu'à chaque instant il prête l'oreille pour s'assurer si l'on ne viendra pas le troubler dans sou repas. Tant qu'il trouve de quoi vivre, il s'éloigne peu de la retraite qu'il s'est clioisie.

Le herissou est très-sii,-rt [itihle d'cducati ii. J'ai connu un paysan qui ec avait dressé un d'uiu fat rm rioiiDanti' ; il arrivait à son commandement lorsqu'il l'appelait, et venait manger dans sa main, puis, pendant la journée, il restait blotti dans le coin d'une chambre sur un monceau de copeaux.

J'ai conservé moi-même, pendmit quelque temps, un hérisson en captivité ; j'ai remarqué qu'à l'époque des grandes chaleurs il fallait souvent foire baigner cet animal. «

Le hérisson était autrefois très recherché sur la table des grands. Ainsi, parmi les plats qui formèrent le menu dressé, en 1455, par le célèbre cuisinier angevin Taillevant, pour Charles d'Anjou, prince du sang, beau-frère du roi Charles VIF, nous voyons figurer un

hérisson à la sauce. Il était permis de manger le hérisson pendant le Carême, ou le considérait comme un (iliment maigre, parce que cet animal ne se nourrit que d'insecles et de mollusques. ' Aujourd'hui, les habitants de ïa campagne aiment encore beaucoup la chair du hérisson ; ils sout les plus cruels ennemis de cet inoffensif mammifère. Lors(ju'ils en reucontrent im , à l'aide d'un bâton appliqué, ils pèsent sur sou dos: la douleur, qu'éprouve la pauvre bête, lui fait quitter sa forme spbérique ; elle s'allonge sous le jwids de la souffrance, et c'est alors qu'ils la tuent, afindepcmvoir plus facilement la mettre dans leur gibecière.

n existe dans le Baugeois une singulière croyance : on prétend que si une vache vient à passer dans un chemin où se trouve un hérisson mort, elle sera ùukinkméneni privée de .son laitt

Anjourdliuiy dans Vintérèt de Pagricultoie, ou accorde une large part à bien des animaux qu'on proscrivait autrefois. Ainsi Ton considérait, il n'y a pas encore longtemps, les oiseaux de proie nocturnes comme très-nuisibles au gibier, et Ton payait une prime pour leur capture. Dans une seule forêt des environs de Paris et en une seule nuit, on a détruit 14t>6 hiboux chats-huants et autres nocturnes. •

Nous avons fait uii pas en avaiiL, el le grand-veneur, en cessant de faire payer la prime aux gardes pour la prise des nocturnes, a donné un excellent exemple, (jue tous les grands propriétaires devraient LiLii se hâter de suivre. Confondre tous les oiseaux de proie diurnes, nocturnes et autres, c'est faire preuve d'ignorance et de cruauté ; il n'est pas juste de condamner à mort des êtres qui ont droit à notre bienveillance, l'expérience ayant démontré les services qu'ils rendent aux cultivateurs.

Cette protection devrait à bon droit s'étendre sur le hérisson, qui dans AM champs ^ nos jardins ne foit absolument que du bien, qui

* La vie de eui^gM,

jamais ne fouit la terre, qui ne laisise nulle part des traces de son passai^, ne dévaste aucune plante, saisissant les insectes et les mollusques à lasucÊEUse du sol. Aussi, les propriétaires intelligents ontib soin de se procurer des hérissons qu'ils mettent dans leurs jardins, et, lorsqn^ peuvent les y habituer, ils ne tardent pas à s'apercevoir de leur utilité.

Le hérisson est de beaucoup préférable au crapaud, qui est devenu, depuis quelques années, Tauxiliaire indispensable des maraîchers de Paris ^ Les crapauds font une guerre acharnée aux limaçons qui, en une seule nuit, peuvent dter toute valeur commerdale aux laitues, aux carottes, aux asperges et même aux fruits de primeur. Outre que le hérisson dévore les limaçons comme le crapaud, il a sur lai riaimciise avaiita{^e d'être complètement utile, tandis qu'il est reconnu que le crapaud est reunemi déclaré des melonniëres

* Il le Ikit à Pttri* «in eonunense oonndémUe de enpBods.

* A Tappoi d« eette assertion, doos alloDB publier une leltn insérée dini le

journal le Salul public, de Lyon, à la date du B mars 1868.

Nous recevons, dit le rédacteur de ce journal, de M. Chcrbhnc, maire de LentUly, k lettre suivante, qui traite, avec l'autorité d'un esprit pratique, une question intéressante, et en donne une bonne solution :

« Monsieur le rédacteur,

« J'ai lu dans une de vos chroniques un article concemaut la destruction de le lipèitt. Sans doute, c'est nn rqitile dangereux et qu iî importe de cotnhattre par tous les moyen». Je mis donc essayer de porter à le eonnaissence du publie le cause de sa grande multiplication depuis quelques nun^es.

« Cette multiplication est due à la chasse inpior;ible qu'on fait très-h^équeniment aux hérissons. Depuis quelque temps, de3 bandes de bohémiens infestent nos campagnes et eampenl sur les grandes routes, où ou les rencontre par vingtaines. Les hommes, pendant la journée, se lifrent à la conftetion de peniers, qni sont bien faits et très-bons, parce qu'ils sont fiûts avec do bois de lune ; les femmes courent les champs et vont dire la bonne aventure aux campagnards qui Tculcut bien les écouter; les enlants mendient, et quelques-uns jouent de l'accordéon.

« Veii, le eoir Tenu, le père de iamille détache le chien dressé à cette dusse et suit le bord ût» bois et des ruisseaux, et chaque nuit, nmasse cpwfre on cinq hérissons qui servent à la nourriture de la colonie.

« le me snis trouvé plusieurs fois à portée de voir exterminer plusieurs de

Le hérisson franchit les clôtures les plus élevées. Un de nos collègues^ M. le commandant Dupont, avait mis dans son jardin clos de murs un hérisson femelle ; Tannée |sinvante il fut fort étonné de voir an printemps cette femdle suivie d'une ptogénitnn ; il était évident qu'un hérisson s'était introduit dans le jardin, et il n'avait pu le &iie qu'en escahidant les murs. La mère et les petits, ennuyés d'être dans le jardin, prirent à leur tour la fuite, en employant le même moyen d'escalade, que celui qui avait servi au mâle pour venir trouver la femeUe.

ces petits animaux inoffensirs, et Je me snfs Mi expliquer leur manière de les ■chasser et de les accommoder.

« Or, ii n'est pas de plus grand deslracteur de vipères, de rats, de reptiles de toute sorte que le liéritaon. Aussi la. nature, qui fiait si bien tout ce qu'elle fait, l'ept^eUe armé et habillé de pied-en-cap pour le rendre propre à attaquer eee reptiles tant redoutés. Le hérisson, par son odorat, est semblable au porc, qui "n trouver à trente centimMres sous terre les truffes. Le hérisson sent les reptiles enfouis, et, aTec l'aide de son museau et de ses petites pattes, il va les découvrir à trente, même à quarante centimètres, s'en empare et en fait sa proie.

« Si l'en doute de ce que J'aTance, qu'on sa proeore un hérisson et une tipère, qu'on les enferme ensemble; bientôt on verra le combat enomencer, et la vipère ne tardera pas à succomber. Le lipri'-snu rabat son casque épineux, se jette sur le reptile, avec ses dents acérées lui casse la colonne vertébrale et lui coupe la tète.

« Outre les bohémiens que je tous ai signalés pins haut, il existe dans eertoines communes des individus qui, d'après la rumeur publique, s'occupent de eetto

chasse aux hérissons et en apportent à Lyon des quantités con?idéral)le5.

0 Que l'on avise à empêcher celte cliasse, qu'on favorise au contraire la reproduction des hérissons, et l'on n'aura plus besoin, dans quelques années, de s'occuper do b destraetiea de la tiptea.

« Un bohémien m'a certifié en avoir pris tingt-deax de U»anne à l'iUbresle, sur un parcours de six kilomètres, en une seule nuit. Que l'on calcule le nombre de reptiles que ces vingt-deux hérissons auraient pu détruire!...

« 11 importe donc de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher la dostnietion de ee petit quadrupèdes inolmsif k Ti^Gulture, sinon pendant la maturité du raisin, où il man^ quelques graj^pes et quelques pommes tombées.

« Agrées, etc. »

Genhe musaraigne. — Sorkx (Linn ).

(Iahactèiœs. — Museau long, eflilé, mobile, oreilles courles, cachées par les coins , queuu comprimée, dents tantôt rougeàtres ou brunes à leur extrémité, tantôt entièrement blanches.

Ces petits quadrupèdes appartenant & ce genre ont des habitudes nocturnes, vivent d'insectes, ont des yeux tellement petits, qu'on les croirait aveugles, et cependant ils savent parfoitement fuir à l'approche du moindre danger. D'une nature méchante, ils se battent et se déchirent entre eux Ils vivent solitaires dans des trous, dans les murailles, sortent le jour, mais préfèrent la nuit. Us répandent ime odeur de musc qui, à Fépoque du rut, est tellement prononcée, que les chats, lorsqu'ils les tuent, ne peuvent les manger. C'est ce qui explique le nombre de musaraignes mortes, que l'on rencontre fréquemment dans les èhamps.

Là MUSARAIGNE GONHUNE. — Sorex Araneus (ScHREua.). Vulgairement Hisbritb, Misbreiqhb, Husbttb.

Caractères. — Lonî^ucnr du corps et de la tête 0i°,0r»2, de la queue 0",075, pelage gris en dessus, cendré en dessous, oreilles nnps, tjrandes, arrondies, dents d'un blanc brillant, moustaches allongées, queue longue, grêle, effilée à son extrémité et couverte de poils très courts. Elle vit solitaire.

Cette musaraigne, qu'on trouve partout, est essentiellement farouche, habijte les troncs d'arbres, les creux de rochers, les trous de murailles, sous des amas de feuilles, dans les fumiars, etc., lait son nid à terre avec des feuilles sèches.

Les habitants de la campagne croient que la morsure de cet animal est venimeuse et dangereuse pour leurs bestiaux ; et chaque

t M. CouTtiller jeaae, direeteur do oiiMée de Sftamiir, m'a neonté qu'ayant

uQ jour tendu Jeâ piégeit pour prendre des campagnols, il remarqua que ceux qui s'étaieul luisisé» capturer étaient tous dévorés sur les pièges par des musaraignes; ce fait prouve que cet animal n'est pa», comme généralemeot od le croit, mvUi^ment ùueetwan.

fois qu'ils trouvent des musaraignes, ils les tuent impitoyablement.

Voici ce quia douiié lieu à ce préjugé. Lorsqu'il fait froid, les musaraigoes se retirent souvent <Jaiis les étahles, st; cachent sous les fourrages, sous les orèrJips, sous les litières; cet animal, qui s*en va trottant le nez en Tair, poussant un petit cri, dans lequel on a cru distinguer le mot miserite, ce qui lui a fait donner ce nom vulgaire, a la singulière habitude de mordre tout ce qui se trouve sur son passage ; ainsi, dans les étables, il mordille les jambes des bœufS; des vaches. Mais ces très-légères moisuies ne font aucun mal aux bestiaux, qui souvent même ne s'en aperçoivent pas, et qui par un faible mouvement se débarrassent aisément de ces petits agresseurs.

MUSARAIGNE CARRELET. — Sorbx Tetbagonohus (Kemi.).

Caractères. — Tête carrée présentant quatre faces ; iéf,'ers sillons à la partie inférieure, ce qui l'a fait comparer à l'anguille désirée sur nos marchés souî» le nom de Carrelet.

Il arrive quelquefois que des individus appartenant à cette espèce perdent les poils qui couvrent leur tète. Cette remarque, qui a été faite pour la première fois, en Anjou. [)ar le savant M. AugusteGourtiiler jeonej avait donné & penser à M. Pierre Millet que» dans cette mue aocidenteUe, on pourrait trouver les cairactères d'une espèce, qu'il sign&la, en 1825, sous le nom depersonaim, à la Société Linnéraine de Pàris. Cette es|ièoe ne fut pas admise; aussi» l'auteur en changea-t-il le nom, en 182S, pour lui donner celui de corcnatus.

Ce n'est qu'une ùmplè variété de la musaraigne eafrdlet.

Habite les jardins, les champs; mêmes mœurs que l'espèce précédente. ,

1IDSARAI6NE PLARON*. -~ Sorsx GoNsmicm (Hemi.).

Oaiuc^'éres. Manteau plus épais que la précédente, oreilles petites, pela^^e long, noir en dessus, gn6 brun au ventre, cendré à la gorgQi queue aplatie.

Cette espèce fait son nid dans les prés. Quand elle fuit, elle court

toat droit devant elle, ce qui fait qu'elle est souvent victime des animaux qui la poursuivent; elle va à l'eau et plouge très-bien. Bords de la Loire| du Ihouet, de la Moine, etc.

MUSARAIGNE D'EAU. ~ Sorex Fodikns (Pillas).

GaragtArbs. — Pelage velouté en dessous, museaa gros, bord de la lème supérieure un peu blancbâtre ; tache blanche en arrière des yeux ,

queue de la longueur du corps, noirâtre et frangée en dessus par des poils raides blanchâtres, qui aident Tanimal dans la natation ; pieds cendrés bordés de cils, moustaches noires ; longueur totale 17 centimètres.

n existe, en Maine-et-Loire, nue variété de cette musaraigne; elle n'a pas de tache blanche en arrière de roeil et aux oreilles ; ses on^ gles sontiougeàtres; elle n*a point de cib blancs sous la queue. Elle est assez rare ; je Tai trouvée plusieurs fois sur les bords du Layon.

Celte espèce hal)ite dans des trons, au bord des ruisseaux, ne vit que d'insectes aijautlques et de petits crustacés, qu'elle saisit soit à la surface de l'eau, soit en plongeant. La femelle fait son nid à terre ; il est compost; de feuilles sèches, principalement de feuilles de chêne et de saule blanc. Lorsqu'elle le quitte, pour aller chercher sa nourriture, elle a soin de couvrir sa progéniture de feuillage, alin de la dérober à tous les regards, de sorte qu'il faut un œil trèsesercé pour |)onvoir découvrir son nid. Du reste, lorsqu'elle est avec ses petits, elle les cacbe avec un soin extrême, et l'on n'aperçoit que son léger museau pointu, qui est dans un état d'immobilité complète. '

Cette musaraigne est très-commune sur tous les bords de nos petits cours d*eau.

Gbiiiib TAOPE. — Talpa (Linn ).

Les animaux placés dans ce genre habitent sons la terre, qu*ils fouissent avec une habileté incroyable. Leur corps est trapu, leur musean allongé et mobile; l'ampleur de leurs membres antéinenrs, que terminent des ongles forts et robiistes , leur donne une grande

facilité pour labourer le sol et se creuser des paieries ramifiées à l'infini. C'est dans ces labyrinthes que les tau|)es lixeut leur demeure, dont elles ne sortent guère, si ce n'est la nuit, ou bieu lorsqu'elles veulent changer de contrée.

Un œil exercé reconnaîtra facilement, quand il verra une galerie de taupe, si elle est l'œuvre d'un mâle, d'une femelle ou d'un jeune individu. Les mâles, plus gros que les femelles» tracent des souterrains moins tortueux ; quant aux adultes, les boyaux qu'ils creusent sont peu profonds et la terre qu'ils soulèvent forme des élévations ou tanpinières peu voluminenses.

On leur compte vîngt-denx dents à diaque mÂehoire.

Leurs yeu^ sont extrêmement petits, ce qui a fiiit croire à beaucoup de personnes que ces animaux sont aveugles.

A Tépoque des unions, les mâles sont très-méchants et se battent entre eux. Ces combats leur sont souvent funestes, car la moindre goutte de sang que la taupe répand par la tète suffit pour lui occasionner immédiatement la mort.

Les taupes vivent parfaitement en captivité ; le grand plaisir des jeunes écoliers est d'en avoir dans de grandes boites remplies de terre et de leur donner des insectes à manger.

LA TAUPE D'EUROPE. - Talpa Europea (Linn.).

CAitACT&Ris. — Pelage noir, doux et velouté, queue conrie.

11 existe, en Anjou, plusieurs variétés de la taupe d Euiope : 1° La cendrée, qui est assez commune dans les environs de Baugé ;

20 L'isabelle, assez rare, vallée de la Loire ;

â* La blanche.

Le muséum d'histoire naturelle de la ville d*Ângers possède de très-beaux individus de ces deux dernières variétés, montés avec art par le directeur de cet établissement scientifique, H. Deloche.

Cg& deux variétés sont dues à des causes aocidenteUes.

La taupe d*Euiope fait deux portées par an, l'une au mois de mars et Tautre en juin ; les petits naissent nus et louges. La taupe

construit son nid avec des feuilles sèches; il est placé au centre de nombreuses ^eries, dans une cliambre, dont la voùfe est soutenue par des piliers qu'on dirait maçonnés^ tant ils sont durs; les corridors qui communiquent avec le lieu où repose sa progéniture sont bouchés par de la terre, aîiu d'interdire toate communication. Cette terre, obstacle [mir les reptiles ennemis de la taupe, n'en est pas un pour elle, lorsqu'elle veut sortir de sa n iraite. La taupe vit biolée; plus elle est vieille, et plus son poil est noir.

La taupe est-elle un animal réellement nuisible dans toute Tacception du mot?

Depuis plusieurs années , de savants naturalistes se sont posé cette question. Les uns ont condamné à tout jamais la taupe et ont vivement engagé les agriculteurs à lui faire la guerre-

D'autres l'ont [anse sous leur protection et l'ont classée parmi les animaux les plus utiles.

Je crois que cet insectÎTOfe ne mérite

Ni cet excès d'hoaaeur, ni cette indignité.

Dons les jardins» la taupe cause des dégâts considérables; latence qu'elle rejette à la suiÊice du sol, en fouissant ses galeries, détruit complètement les semis qui se trouvent dans le terrain qu'elle

laboure ; les plantes aux racines peu jirofondes étant soulevées, meurent desséchées par Taction de Tair ou brûlées par les rayons du soleil. Les insectes qu'elle détruit, il est vrai, en grande quantité, — car, comme l'a très-juatement observé GeoffroiSaint-H l aire, le besoiudemangernaît, chez elle,d'unépui?einent ressenti jusqu a la frénésie, — ne compeusent pas le mal qu elle fait dans nos platesbandes. Aussi, la tau{)e est-elle regardée par noshorticulteui'setnos maraicbers comme un être malfaisant, auquel il ne faut accorder ni trêve ni merci. Quant aux agriculteurs, elle leur rend Je véritables services; ses ravages dans les vastes cultures sont insignifiants, et, du reste, son domicile est surtout dans les prés bas. La taupe aime la fir^cheur; les prés à regain lui offrent le double avantage d'être toujours un peu humides et de renfermer beaucoup d'insectes et de larves. La terre qui sort de ses galeries vaut, pour le cultivateur in-

telligent, un engrais, si surtout il a soin de Tétendre avec un râteau; mais s'il néglige cette précaution, il voit à l'époque de la fenaison 8a prairie couverte de petite monticules où croissent généralement de mauvaises herbes» et contre lesquels vient se heurter la fauU du faucheur.

Au zvi* siède et jusqu'à Fépoqiie de k Révolution, il était atta* ché à chaque sâgneurie un homme exerçant la profession de tan^ pier. Toute taupe prise par lui était accrochée au poteau de la seigneurie, et il recevait une prime de 4 sols.

Sous Louis XV, il s'établit en Ânjou un singulier usag^. Les femmes du grand monde crurent embellir leur visage en cachant leurs sourrâls sous de petites bandelettes en peau de taupe. Cest à cette époque que les taapiers furent astreints à dépouiller leur capture, pour en remettre la peau entre les mains de la châtelaine.

Les pièges dont on se servait alors étaient fort grossiers ; ils consistaient en uu cyliudre ereiix long de hait pouces ; à chaque bout du cylindre était placée un* p( tite palette en l)ois ; celle qui se trouvait à la partie du cylindre qu'on introduisait la première dans la galerie était mobile. La taupe , lorsqu'elle la i-encontrait sur son passage, la soulevait facilement, mais aussitôt elle se fermait sur elle. Comme l'autre palette était fixe, la taupe se trouvait ainsi dans une véritable prison.

Famille DBS GARNIVORËS.

Gàbagtéres. — A chaque mâchoire six iacisÎTes et deux esmnes, molsires tranchantes.

Cette famille se divise en trois tribus : les plantigrades, les digitigrades et les amphibies. Aucun mammifère de cette dernière tribu n'habite l'Anjou.

Première tribu. - LES PLANTIGRADES.

Ils marrJieut sur la plante enti^, ce qui leur donne une grande &cilité pour se redresser sur les pieds de derrière. Par leurs babi-

tudcs, ils se rapprodieni des insectivores. Beaucoup d'entre eux ' sont nocturnes.

Gbnrs blaireau. — Mêles (^orr.).

CAiîArTFFsEs. — Jrîmbcs courtes; ro qui fait que les ani/iiaiix dr re genre semblent plutôt ramper que marcher. Cinq doigts aux pieds, ongles robustes, avec lesquels ils creusent des terriers profonds. Queue velue et courte. Sous la queue se trouve une poche de laquelle sort une liqueur giasse qui répand une très-iiuiinaise odeur.

KiAlREàlI GOIIMIIH. — Hblbs Yoloams. (IKbsm.)-

Caractères. — Pelage d'un gris brun en dflfiniB, noir en dessous, bande noire allongée de chaque c6té de la téte, passant snr les jenx et les oreilles.

Le blaireau vit solitaire dans des terriers qu'il se creuse, ne 'stnrt que la nuit pour chercher sa nourriture. Son système dentaire le fait ranger dans la famille des carnivores; mais, s'il mange des mulots, des oiseaux, du gibier, il est très-friand de fruits, etc[uand il pénètre dans un verger, dans une vigne, il laisse peu à récolter après lui. Cet animal est très-paresseux ; la faim seule le faitquitter son repaire. Au mois de juillet, la femelle fait une portée qui varie entre quatre et cinq petits.

Le terrier du blaireau est extrêraernent propre ; il rreiise h coté un trou dans lequel il dépose ses-ordures, mais ne les recouvre pas, ce qui fait que les terriers de ces animaux ont une odeur nauséabonde. Un fait singulier à constater, c'est que les blaireaux, si soigneux de leur personne et de leur demeure, ont presque tous généralement la gale.

Le blaireau fait un nid pour déposer ses petits. Ce nid, qui n'est qu'une espèce de foigot formé d^herbes, est préparé en dehors du terrier» sur les lieux où le blaireau a choisi les plantes qui lui con-* viennent ; lorsqu'il est terminé, il le traîne entre ses jambes jusqu'à son logis et Tétend ensuite avec le plus grand soin dans Tmléiieiir.

J*ai vu bien des fois des nids de blaireaux ; \h mni tons, dans notre pnmnce, composés des mêmes plantes. Voici celles que j'y ai constammentramaïquéeB : lemiUet(mt^t<m effutum, L,)f la mélique [meSea uniflora^ Rbtz), la eanche gaionnante {fàra ee^fitosa h.), la houlqne molle (holcus mol&s^ L.), le paturin des fiuêts {paa nemo~ raSs, la cynostue en eiète {eynosurm emtatus, la molinie bleuâtre {moUnia ceerulea, Mosnch)» le brôme rude {Promus atiptr^ Hubb4t).

Le blaireau s'apprivoise très-facilement; on Télève à l'état dedomesticité, absolument comme un jeune chien, n est rare que les chiens s'emparent d'un blaireau ; son poil

épais, ses mâchoires robustes et ses ongles offrent une vigoureuse résistance à ses agresseurs. Le blaireau se couche sur le dos lorsqu'il est attaqué et fait aux bassets qui le chassent de profondes blessures. C'est le plus communément dans son terrier qu'on s'en rend maître, mais non sans difficultés ; il faut presque toujours le bêcher.

£n 1620, le roi Louis XIII passa plusieurs jours au chftteau du Pimpéan, situé sur la paroisse de Grezillé, appartenant au prince de Beauvau \ On procura au roi le plaisir de traquer des blaireauz^ genre de chasse qu'il affectionnait.

Le poil est employé pour la fabrication des brosses» surtout des brosses à barbe.

Autrefois la foculté de médecine d'Angers ordonnait pour la gué» rison des douleurs, une pommade composée de graisse de blaireau.

En 1780, on faisait des pâtés avec la chair du blaireau. Voici ce qui avait donné naissance 'à ce mets. Un gentilhomme provençal, l'abbé Honoré Quiqueran de Beaujeu, ayant reçu d'un de ses do-

• La branche de la famille de Beauvau, qui possédait ce château, portait le nom de Beauvau-Piinpéan. Cette magnifique terre vient d'être vendue (i868) & des spéculateurs. Ou voyait encore, à celte data, dans une salle du -château, le lit dans lequel le roi Lotd» XIII coucha pendant son séjour au Pimpéan. La chap pelle qui cit du xvi* siède, a sa voûte ornée d'une très-belle fresque repré* sentant Dieu le Père, assis sur un trftne, tenant dans ses mains le Cbrist. Au* dessus de Dieu, est le Saintp&prit sous la forme d'une colombe.

mestiques un blaireau fort gras, ordonna à son maltre-queux de le préparer en pâté. Les convives auxquels il fit manger ce nouveau plat le trouvèrent teUement eiupiis, qu'il fut mis en honneur dans toute la Provence. L*abbé Quiqueran de Beaujeu vint quelque temps après professer la théologie à Saumur, et là, il introduisit le pftté de Uaizeau dans la cuisine angevine. Aujourdliai, on a complètement perdu le souvenir de cette conquête culinaire du zviii* dède.

Deuxième tribu. — LES DiaiTIGRADES.

Gabactéres. — Ces animaux au lieu d'appuyer la plante entière de leurs pieds sur le sol ne le touchent que de l'extrémité de leurs doigts; ils ppDvpnt tenir leurs ongles redressés durant la marche, et ne les recourbent que lorsqu ils veulent déchirer leur proie.

GSRRE MARXË. — MUSTBIA (LlNN.).

De tous les carnassiers qui habitent l'Anjou, les martes sont les plus cruels* D'une souplesse extrême, elles savent j pour approcher de leur proie, se glisser par les plus petits trous. Lorsqu'elles peuvent pénétrer dans un poulailler, dans une liasse- cour, au lieu d'assouvir leur fûm sur les premiers animaux qu'elles rencontrent, comme le font les autres carnassiers, elles tiennent à ce qu'il n'existe autour d'elles aucun être vivant; oies, canards, dindons, poules, lapins, etc., tout est mis à mort; ce n'est qu'an milieu du sang que les martes sont vraiment heureuses.

Leur caractère sauvage n'est pcunt un obstade pour les apprivoiser. On rencontre assez souvent de petits mendiants qui parcourent nos villes avec des martes parfaitement dressées et auxquelles ils fout faire des exercices d'agilité étonnants.

Pendant les soirées d'hiver, les paysans ch is^^ent les ruartes. La peau de ces aiiiuiaux est très- recherchée comme [i>urrure. Cette chasse se fait avec des chiens dressés à cet etïet. Lorsqu'une marte est poursuivie de trop près, vite elle grimpe sur un arbre; lescliasseiirs alors la fout tomber avec des perches, et lorsqu'elle est à terie, les chiens qui font le guet au pied de l'arbre s'en emparent.

Il arrive (jiie la marte, lorsqu'elle trouve un arbre creux , se blottit au fond et n'en bouge plus; pour la faire sortir, on emploie deux moyens. D'abord on enfume i arbre, et si ce procédé ne réussit pas, on fait un trou à la base. Un chasseur monté dans l'arbre force avec un bâton la marte à sortir par 1 ouverture qu'on vient de pratiquer y et alors la bète est prise par le chien.

Lorsqu'on veut, ce qui est très-rare, l'avoir vivante, on place devant le trou de l'arbre un filet dans lequel elle %c jette.

Cette chasse à la marte commence après la Toussaint ; elle est excellente dans les temps de neige, parce qa*il est trèfr-faeilef dans ce moment, de suivre les traces de la marte.

Quand l'on parle d'une personne qui veut donner poor vraie une chose fausse, on dit proverbialement, dans nos campagnes :

Si l'on ne so tenait à son égard, il ferait pieitdre laai te puur renard.

MARTE COMMUiXE. - Mustelà Martes (Linn.).

CARACTfftBs. » Pelage d'un bnm lustré^ tache d'un jaune dair sons la gwge ; ventre d'un tom rouasàtre; queue longue et bien fournie.

Cette marte, qu'on juJu^ue dans les forêts de ChiuiUelais, deMonnoye, de Paumenard, dans les buis du Louroux, de Serrant, dans les forets de Brissac, de Longuenée, de Lépo, de Yezins^ est extrêmement rare,

« La marte dorée, mmtela martes, dit M. le docteur Farge dans ft sa Statistique sur les aniuuiux à fourrures de F Anjou, dont la « fourrure, aux eiiéts chatoyants et dorés, orne et enrichit les paît rures d'hiver de nos dames, ne se montre que rarement dans le « commerce ; à peine les plus froids hivârs en amènent^ils cinq ou « six à l'entrepôt. »

La marte commune se tient dans nos forêts; elle se cache le jour et ne sort que le soir, pour Êdre la chasse; elle grimpe sur les arbres les plus élevés, et là, se tient à la bîfarcation d'une forte branchai Il est bien rare que des chiens forcent cette marte, car elle a contre eux un refuge assuré, les ari>res; et comme elle grimpe

jusque dans leur ctme, il est très^ifficile de pouvoir Tatleiiidre; aussi, presque toutes celles qui sont tuées le sont à coups de fusil.

La marte fût ordioairement de deux à quatre petits par portée; ce n'est qu'accidentellement qu'elle en produit une seconde.

Cet animal ne construit jamais de nid ; il s*empare de celui de l'écureml. Le mâle chasse pour sa progéniture, tandis que la femelle est occupée à la garder et à la promener.

Les deux martes qu'on voit au Muséum d'histoire naturelle de la ville d'Angers, vieniieut l'une du Saumurois, l'auti-e de la Vendée.

HARTE FOUINfi. <- Hustela Foima ^nnr.). ^ La Foum.

CabactAres. — Peisge brun, dessous de la goi^e hlsncliâlre, sommet de la téle aplati ; yeoz bnm-clair ; queue longue transparente.

Cette espèce est commune eu Aniou ; on la rencontre à peu près partout. Beaucoup plus familière qu* la marte commune, qui ne quitte jamais nos forêts, elle s'approche des habitations, élit domicile dans les greniers, dans les granges, ahn d'avoir plus facilement sous la main les pigeons du colombier, les poules de la fenne^ et les lapins du clapier.

Elle établit son nid dans les greniers, dans les meules de fein, dans des trous, dans les murailles, ete. L'intérieur en est toujours tapissé de mousse.

M. Nicaise-Augusiin Ûesvanz, directeur dn Muséum d'Angen;, oe savant naturaliste, qui le premier a lait sur la £aune angevine des observations très-curieuses, dontil n'a pas su tirer parti (sîetMW non fH)6»),aeu, pendant dix années, deux fouines qui vivaient en liberté dans sa maison. Elles sortaient, couraient dans le jardin, revenaient au logis, sans qu'on s'occup&t d'elles, et vivaient {amiUèrement avec les chats.

La fouine aime à se désaltérer souvent; si elle était un seul jour sans boire, elle succomijerait infailliblement.

Elle exhale une odeur musquée fort désagréable. Chaque année, elle fait deux portées.

L*ÂDjoa, d'après la Statistique de M. Farge, ne fournit pas moins de quatre cents peaux de fouines par hiver.

LE PUTOIS GOMMLN. — Mustela Putorii s ^Lim.),

Caractères. — Pelage brun, d'un blanc faave intéiieuremenl, ou un peu blanc près do museau ; yeux bruns, queue médiocre.

Cet auimal est commun dans nos contrées. Comme la foume, il se rapproche le plus possible des fermes, où il espère faire capture. Il passe généralement les hivers dans les greniers; lorsqu'il fait une descente dans une basse-cour, il met d'abord tout hors de combat, puis apaise sa faim et ensuite emporte, pièce par pièce, lesTolailles qu'il a tuées.

Dans rhiver de 1867, un paysan des environs deBaugé atrouvé, dans son grenier, en allant chercher du fouimge pour ses vaches, sept poules, qu'un putois avait étranglées, pendant une nuit, dans le poulailler de la ferme, et qu'il avait ensuite cachées dansune meule de foin.

L'auteur de la Statistique sur les animaux à fourrures de PÂnjon évalue de trois cent cinquante à quatre cents le nombre de putois pris par hiver et dont les peaux sont mises dans le commerce.

L'été, le putois habite les bois, les champs, et se creuse des garennes où il se retire.

A répoque des unions, les mâles se livrent entre eux de sanglants combats; plus d'un mord la poussière, en disputant à son adversaire une femelle.

C'est presque toujours dans un grenier que la femelle fait son nid ; sa portée est ordinairement de trois à cinq petits. Dès qu'ils sont en état de marcher, elle les prend par la peau du cou, les descend un à un à terre, et les conduit dans les champs.

Quant au mâle, dès que la femelle est pleine, il l'abandonne pour se livrer à ses chasses dévastatrices. Le putois dort tout le jour et ne sort que la nuit.

Sous Louis XY, on se servait, dansnos campagnes, du putois pour prendre dans les garennes les lapins, comme aujourd'hui l'on se sert

àa furet, putorim furo (Less.) pour cette chasse; les patois se dressaient focilement à cet exercice. Sans doute, leur mauvaise odeur et peat<>ètre aussi le mal qu'on pouvait avoir à s'en procurer auront fût renoncer & ces animaux pour adopter les furets.

Dans nos vieux auteurs, nous trouvons cette singulière déliaitiorj du putois :

a Chat sauvage qui a le poil brun, ainsi nommé à cause de sa « puanteur; c'est plutôt une espèce de belette. Les Latins Tont ap- « pelée vesOi et dans la basse latinité ptUadus, »

LE MINK. — MusTELà Lutseola (Pallas). — Vulgairement Vison.

Caractkres. — Brun noirâtre; la lèvre supérieure, le menton et ie dessous du cou soul blancs; pieds demi-palmés.

Cet animal n'avait jamais été signalé dans aucun ouvrage d'histoire naturelle rdatif à l'Anjou avant 1856. C'est à cette époc|ue que notre collègue, M. Charles Trouillard, président du tribunal de commence de Suuuiur, nous apprit, et nous l'aniioucàmes dans les Annales de la Société Linnée nue, qu'il avait tué sur les bords de l'Authion deux visons. Queltpie temps après, iM. Farge publiait sa Statistique, sur les animaux à fourrures de Maine-et-Loire. Dans ce travail, nous lisons ce passage :

« Un bon hiver n'amène pas à l'entrepôt moins de cinquante vi* « sons du pays. L'Autiiion en fournit toujours la plus grande « partie; Trelazé seul en donna plusieurs l'année dernière (4856) ; « mats il en vient aussi une assez bonne quantité de Gholet. »

Un des visons qui se trouvent au \luséum d'histoire naturelle de la ville, a été tué sur un saule de la prairie de la Baumette, par M. le conservateiu: Delocbe.

MARTE HfiRMINË. — Mustela ëkminea (Lihn.) — Vulgairanent

ROSELBT, HkRMIME.

Caractèrej^ —Blanche en hiver; au printemps, à l'été et à raotomiie, la robe est formée de taches blanches et ronsses, le bout de la queue est toiyours noir.

Mêmes mœurs queles espèces précédentes ; se nourrissant» comme eUes, de lapins, de rats» de mulots, d^oiseaux; elle est aussi très Mande d'œnfe. C'est, de toutes les espèces dont nous avons parlé, celle qui est la moins estimée pour le commerce, nos fourronrs ayant beaucoup plus de profit à orner la chausse des avocats et la rolK du magistrat avec la peau du lapin de Russie.

Elle s'apprivoise facilement ; mais son pelage, au Heu d'être blanc en hiver, comme c'est l'habitude, lorsqu'elle habite lesciiatups, reste, en captivitt;, d'un brnn sale et terne.

Les anciens regardaient l'hermine comme un rat, et la nommaient mus ponticus, c'est-à-dire rat de Pont, en Asie. Elle figure dans les armes de la Bretagne avec cette devise : Potius mori quam fœdari, sine macuia,

LA. VEUBVni. — MosTELA Volcâbis (Lnnf.)

Caractères. — Pelage d'un roux vif en dessus et blanc en dessous; son corps est long el lort mince. U existe une variété couleur isabeiie en dessus et blanchâtre en dessous.

La belette se retire dans les haies, dans les broussailles, sous les tas de pierres, dans les anfractuosifés de rochers, dans les troncs d'arbres ; elle grimpe avec une extrême facilité ; sa course est trèsrapide. Elle chasse les taupes, les mulots, les lapins et même lee lièvres.

J'en ai vu une, un jour, qui était aux prises avec un surmulot; elle le serrait avec son corps comme l'eût £ait un serpent, et de cette manière elle finit par le laisser sans vie. Alors, maitiesse de lui, elle se mit à lui sucer le sang, et lorsqu'elle en fut repue, elle abandonna sa victime, dont la peau n'avait aucune dédurure, n ce n'est un petit trou qui lui avait suffi pour rassasier sa soif sanguinaire.

Le fait que je rapporte se passait en plein jour, ce qui prouve que

cet animal chasse aussi bien à la clarté du soleil que i>endant la nuit.

Dans les collèges, les élèves, lorsqu'ils {teuvent se procurer des belettes, les dressent à une foule de petits exercices pendant les

récréations.

C'est dans un tronc d'arbre ou dans un terrier, qu'elle fait son nid; elle met bas trois à quatre petits par portée j éih en a ordinairement deux.

Ce petit animal cruel et hardi est, de touie» espèces (|ue nous avons décrites, la plus dangereuse; car il faut que la porte d'un clapier soit bien close, pour qu'il ne trouve pas une issue qui lui en facilite l'entrée.

La belette a un soin extrême de ses petits ; sans cesse elle les prend dans sa gueule pour les transporter d'un lieu à un autre, ce qui avait fait croire aux anciens, entre autres à Ovide, qt^eUe /atsaii ses petUs par la bouche.

Genre LOUTRE. — Lctba (Stork.).

GabagtAres. — Corps alIoDgé, tète comprimée ; jambes courtes ; peds palmés, ayant cinq doigts ;'quene aplatie horisonlalement.

La Ibotre marche difficilement à terre ; c'est Teau qui est son véritable élément. Elle vit de poissons qn'elle pêche la auiL ; lorsqu'elle s'est installée près d un étang, elle ne le quitte qu'après l'avoir enti» rrment dépeuplé.

Le jour, elle se retire dans le voisinaj^e des lieux où elle prend sa nourriture ; c'est ordinairement dans des troncs d^arbres^ dans des trous de rochers, qu'elle garnit d'herbes !on|;^ucs (ce sout généralement des scirpes, des carei^ et des iris) et où elle dépose ses petits; elle vit solitaire.

Plus d'une fois, comme la fameuse pie voleuse, la loutre a été cause de châtiments et de poursuites, dont les victimes étaient par* lentement innocentes du délit qu'on leur roprochait.

Ainsi, il est arrivé à des domestiques, à des gardes, d'être renvoyés de leurs places, étant accusés d'avoir dérobé le . poisson d'un

étang, d'uu réservoir, etc., taudis que le vrai coupable était une loutre.

Tl y a, cependant, un moyen assez facile de s'apercevoir si une loutre a pris possession d'un étang ; il suffît pour cela d'en faire le tour. Si, sur le bord, on trouve des débris d'arêtes, d'écaillés, nul doute qu'une loutre exerce ses ravages au fond de Peau. La loutre préfère à toute autre nourriture le poisson ; mais, à défaut, elle mange des mollusques et des plantes aquatiques. Elle est facile à apprivoiser; mais pour cela il faul s'y prendre de bonne heure, car une loutre dans la force de Tège conserve toujours son caractère sauvage.

LA LOUTRE COMMUNE. — Ldtra Vulgaris (Ebxl.). — Vulgairement La Louére, La Leurre, liA Lubrrb.

Caractères. — Pelage brun en dessus et blanchâtre en dessous ; bords des lèvres et menlon d*im gris pâle ; robe des Jeunes plusfoncée que celle des vieux.

Au xvn'' siècle, les pauvres liuLiUiuLs de nos campagnes faisaient la chasse à la loutre pour s'eu nourrir et pour en avoir la peau ; les loutres étaient communes alors, et leur peau servait à faire des bonnets, des casquettes, etc. On avait deux moyens de chasser la loutre; le plus simple était d'avoir un chien dressé, qui plon-j^eait et ramenait à la surface de l'eau la loutre étranglée ; il arrivait quelquefois que, dans cette lutte, la loutre triomphait, ' cramponnant fortement avec ses dents au cou du chien et finissant par le noyer.

L'autre moyen consistait à la faire sortir de l'eau, à l'aide de bâtons, et alors un lévrier, qui se tenait sur le bord de l'étang, sautait sur la louerre et la tuait.

Les paysans des bords de la Loire dressaient de jeunes loutres à la pèche. A un signal donné, la loutre se jetait à Feau et faisait fuir le poisson, qui tombait dans des filets pr^Murés pour le recevdlr.

La faculté de médecine d'Angers, dans son Trtàié des aUmenU, année MDGC\, s*ex^me ainsi sur les loutres :

« Elles habitent proche des lacs et des rivières, dans les cavernes « qu'ellefl se sont foites ; elles ruinent les rivières par la quantité de

« poissons dont elles les privent. En effet, non-seulement elles dé- « voient avec une avidité extraordinaire tous les poissons qu'elles y « peuvent attraper, jusqu'à ce qu*elles en soient tout à fait repues, « mais elles en emportent encore avec eUes dans leurs cavernes. Or, a coiniiif ( ( s |*oissoiis, ou sont déjà morts avant d'y arriver, ou meu- « rent peu de temps après, ils y pourrissent bientôt et y causent une a infection et une puanteur insupportable, dont la loutre se ressent « d'autant plus qu'elle vit de ces mêmes poissons corrompus ; c'est «I pourquoi sa chair est peo en usage dans les aliments, si ce n'est m parmi de très-pauvres gens, qui n'ont pas d'autre moyen d'ache- « ter de meilleures viandes et qui sont pour Fordinaire peu déli- « cats ; cette^ chair abonde en parties foules visqueuses, grossières « et propwB à produire des humeurs de même nalnre. On en fût si t« peu de cas en plusieurs endroits, que les chasseurs, après avoir « dépouillé la loutre, la jettent ensuite i la voirie comme nous fgd- « sons des chiens ou d'autres dont nous ne mangeons point.

« La loutre est appelée eanis fluoiatUis, parce qu'elle ressemble « en quelque chose au chien et qu'elle est souvent dans nos rl«> « vières. »

La loutre est assez commune en Anjou. Ainsi M. le docteur Farge, dans sa Statistique sur les animaux à fourrure^, établit qu'il > en est livré au commerce quinze à vingt peaux, chaque hiver.

Genre CHIEN. — Ganis (Lum.)

Garact&bes. — Trois fausses molaues en haut, quatre en bas, et deux

tuberculeuses derrière l'une et l'autre carnassières, incisives forletncnl échancrées ; les pupilles toujours circulaires, queue recourbée en arc, langue douce, pieds de devant à cinq doigts, ceux de derrière à quatre.

LE LOUP ORDINAffiE. — Cakis Lupus (Linn.)

Caractères. — Pelage gris fiuive avec une raie noire sur les jambes de devant, lorsqu'il est adulte; queue droite, yeux civiques, iris d*uB jaune fauve, oreilles droites.

Cet animal, qui, dans le nord de la France, vit en société, est presque toujours solitaire dans nos bois; ce n'est qu'accidentelle-»

ment qu'on rencontre une louve et des louveteaux. La louve porte trois mois et demi, et lorsfju'elle met bas, elle se retire dans un lieu écarté, où elle donne le plus grand soin à ses petits; quand ils sont attaqués, elle les défend avec intrépidité et fnreur.

La legerele de son pas, la finesse de sa vue et de son odorat lui sont d'un grand secours dans les ruses qu'il emploie, afin de surprendre le mouton, qu'il guette, ou la poule, qu'il veut dévorer; il n'a d'égal en ce genre que son compère le renard.

Des chasseurs m'ont assuré qu'un loup peut au moins faire vingl , lieues par jour, sans prendre de repos.

LE LOUP NOIR. Gahu Ltcaor (Looi.)

Ce loup ne diffère du précédent que par sa couleur, qui est noire sur toutes les parties du corps. EstHse une espèce ? ou doit-on le considérer comme une variété du loup commun? Ce n'est point à nous à trancher cette question. Quelques savants sont portés à croire que non-seulement ce n'est pas une espèce, mais que ce n'est pas même une variété constante du loup ordinaire. C'est tout simplement, d'après eux, un individu attaqué de mélanisme. Quoi qu'il en soit, un loup entièrement noir a été tué dans l'arrondissement de Saumur et a Mt partie, pendant longues années, du Cabinet d'histoire naturelle de la ville de Saumur.

Les kmps sont raies en Maine-et-Loire ; on pourrait presque dire qu'ils ne sont, dans nos forêts, que de passage. Aussi , déjà depuis (ju' lques années, l'office de lieutenant de louveterie est presque une sinécure dans nos contrées.

Nous sommes loin heureusement de ces temps où les loups désolaient nos campagnes et faisaient des descentes ins(|ue dans nos villes. Un ciiauoine d'Angers, Lehoreau, raconte, dans un manuscrit déposé à la bibliothèqu*' do l'évAchc\ qu'en l'année 171 . un loup enragé, venant des Banchais % entra à Angers, où il mordit

* Cérémonial de l'Église d'Angers.

* Le \iHago des Baochais est situé à quatre kilomètres euviron d'Angerâ, sur Ttneiewie route de Pirli.

plus de soixante peisoiiiR's. Lfs loups étaient si nombreux à cette éj)oqiie, que les cultivateurs n'osaient sortir qu'en troupes, armés Jusqu'aux dents. Plus de deux cent cinijuantc personnes furent moréaei au visage dans le faubourg Saint-MicheL, et un grand nomlire d'elles moururent dans d'afi&euses convulsions. L'évêque Michel Poncek de la Bivière publia un mandement pour ordonner une cHassc dans la province. IL paromit, ainsi que ]\IM. Je la maison de viUe, de donner vingt-quatre livres à celui qui lui présenterait un loup soit mort soit vif ^

L'intendant de la généralité de Tours, dont rélevait Ângen, exempta tons ceux qui tuèrent des loups de payer la taille et Timpdt du sel pendant trois années. Le dimanche 10 juin, Févèque fit une procession générale qui se rendit de Téglise abbatiale Saint- Âobin<4e-Riebe, pour prier Dien de délivrer l'Anjou des loups enragés. L'évêque offida ponttficalement dans cette église, puis retourna, accompagné de tout sou clergé et des ordres mendiants, à la cathédrale St-Maurice.

« Il se trouva eu 1597, dit Ballainj dans son manuscrit /lnnâ;/e5 «( et Antiquités de l'Anjou, plusieurs loups qui mangèrent les « enfants. On Jit à Angers une procession générale le mardi jour « d'aoust, afin d'obtenir de IJieu, pour la noblesse d'Anjou qui les « cliassa, le courage de les tuer. »

Kn i an IX de la république, M . Montault-Desilles, préfet de Maineet-Loire, adressa au ministre de l'intérieur la lettre suivante :

a Angers, 2 ventôse an IX.

« Le préfet de Maine-et-Loire au ministre de l'intérieur. « Une louve enragée, d'une grosseur énorme et de l'âge de trois ans, portait la désolation dans le 3* arrondissement de ce département, elle s'élançait sur toutes les personnes qu*elle rencontrait, et

* Les personnes mordues pur !« loup furent d'abord transportées à l'hôpital Saint-Jehan l'Evangéliste. uiaiâ les horribles t>outrraaces auxquelles elles étaient en proie oftra|èreiit tellement les malades de cet hospice, que la maison de viUe fat oMigée d« les fure soisner duis une maison partîeulière.

(Belhin, AmHqiiUù éPA»^.)

luttait avoc fureur et corps a corps avec tous ceux (pii l'attaquaient, elle osait pénétrer ju^ju*' lans les cours elles maisons, où quelques femmes ont été viciinies île sa voracité.

« Les meilleurs chasseurs de T arrondissement et les meilleurs chiens l'ont poursuivie pendant quatorze heures» elld a ^igué les premiers et dévoré les seconds, enlin toutes les communes menacées de celte béte féroce se sont levées ea masse pour Texterminer , et cinq mille personnes rassemblées au son du tocsin, se sont mises à sa recherche, on n*a pss eu de peine à la trouver ; car, loin de faÀT le danger, elle semblait le rechercher et le brait des armes ne fEÛsait que redoubler sa rage.

« Deux hommes vigoureux» l'un armé d'un broc et l'antre d'un

fusil, l'ont attaquée de concert ; elle s'est élancée sur eux et a brisé les armes dont ils étaient munis ; ik ont été trop heureux d'échap^ per à ce prix à sa fureur.

« Deux jeunes gens de la commune de Saint-Georges-Ghâtelaison,

dont Tun a été mutilé dans les armées de la république, affligés de voir ainsi s'exposer des pères de famille, se jurèrent de ne point s'abandonner et de ne pas lâcher prise, que la louve n'eût tombé sous leurs coups. Après une lutte upimàtre ei leiiiUo, lu citoyen Georges Martin, cultivateur, âgé de 24 ans, [)arvint à enfoncer son broc de fer dans la mâchoire supérieure du furieux animal, qui, durant le combat, s'était élevé plusieurs fois à la hauteur de sa tète.

« C'est le 28 pluviôse dernier à deux heures du soir qu'a eu lieu cet acte de dévouement et de courage du citoyen Martin, qui a rendu à son arrondiafiement, et peut-être au département tout entier, le plus signalé service, en le délivrant d'un fléau épouvantable.

«Saint et respect.

« Montault-Desillbs. »

En 1 526, Charles de Rohan fit assembler à son château du Verger tons les paysans de la seigneurie, ponr faire des huées aux loups. Les loups étaient alors tell eme nt communs dans la province d*Ânjon, que ces chasses se renouvelaient souvent.

Les seigneurs du Verger se livrèrent personnellement à la chasse

des loups sous le règne de Charles IX. On regardait avant cette é|W)i[utj, comme indiî^e d'un gentilhomme la poursuite des loups. Jean de Clamorgan ayant mis cette chasse en honneur, les loups disparurent peu à peu de nos contrées. Les Rohan dirigèreat sou— vant les battues faites en Anjou contre ces terribles bêtes.

IjA meute du Verger était une des meilleures pour ce genre de chasse, et faisait exception à ce qu'écrivait de Clamorgan sur les chiens de France.

« Sur cent mille chiens courants que nourrit la France, U n'y en « a pas nn seul, dit-il, capable de faire sortir un loop du bob ; i la « vue de cet animal, leur poil se hérisse et ils tremblent, s^eofoient « ou sont dévovés. x»

Les Aohan- prétendaient, avec un seol de leurs chiens, faire déguerpir un loup.

Voici comment se ftdsait la chasse du loup au xvi« siècle.

Après avoir reconnu Tenoeinte d'une lofât où se trouvaient les loups, on r^tourut de filets, puis à un bout ou plaçait des lévriers forts et hardis, et à l'autre des hommes armés de grauds épieux et de massues.

Dans l'intérieur, les batteurs faisaieut débusquer les loups eu frappant le bois avec des bâtons et en poussant de grands cris.

Bufifon prétend, mais à tort, que le loup n est j>;is nuseeptible d'éducation. Nous avons vu plusieurs fois des bateleurs parcourir nos villes avec des loups dressés, auxquels ils faisaieut faire les mêmes exercices qu'aux chiens savants.

Les ruses du loup, pour s'emparer de sa proie, ont donné naissance à plusieurs dictons encore familiers eu Anjou, tels que celui-ci :

Qui saxu-ait les coups, Ou prendrait les loups.

Sous-Genbe. — BENARD.

Les renards se distinguent des loups et des chiens par leur museau pointu, par des pupilles qui, de jour, se contractait verticalement, par kur queue |^ longue et plus touffue.

Tout le mondo connaît les ruses du renard, de maistre Goupil ^ comme on l'appelait au moyen âge.

Le renard est le symbole de la ruse et de la subtilité.

On vieux rmud, mais des plus ta».

Grand croqueur de poulets, gfand preneur de lapins, Sentant son renard d'une lieue.

Fut enfin au pi^ attrapé^

a dit le bon La Fontaine, dans une de ses fables.

Le renard est parfaitement organise pour lâchasse. Heureusement la nature lui a refusé la faculté de pouvoir grimper le long des murs, sans cela, rien de ce qui est dans nos jardins (car l'on sait qu'il est friand de raisins et de fruits), ou dans nos basses-eours, ne pourrait échapper à sa dent.

Cet animal est très-glouton ; il vit de rats, de souris, de lièvres, de lapins, de perdrix, de reptiles, etc., mais il faut toujours que sa proie soit vivante. Il ne chasse que la nuit, et le jonr se retire dans des terriers qu'il se creuse, ou dans celui dn blaireau, dont il s'empare. Tiès-fiouvent le màle et la femelle dhassant ensemble pendant les nuits d'été ; il donne de la voix ; en hiver, son cri ressembW an bêlement d'une vieille brebis ; dans les mois de janvier et février, époque de l'accouplement, il appelle la femdle par trois cris de suite.

Lorsque la femelle a ses petits, si die s'aperçoit qu'on ait découvert sa retraite, elle va tout de smte chercher gite ailleurs, emportant sa progéniture dans sa gueule.

Le renard pris jeune s'élève parfaitement et peut recevoir l'éducation qu'on donne à un chien ; mais il faut toujours l'éloigner de la basse-cour, car il ne perd jamais ses instincts de i^ioutonnerie.

Cbasaex le naturel, il revient au galop.

Au xrv* siècle, les renards et autres bêtes fauves étaient si nombreux en Anjou, que « Charles de Valois, comte d'Ânjou et du Maine, donna permission^ en l'année 1321, à tous les habitants d'Angers d'aller & la chasse et de tuer en la garenne dudit Angers «

( il y a appafence que c'est la Quinte') toutes sortes de bêles fauves, tant grandes que petites. Ceux qui avoient des vignes s'obligferent de donner 16 deniers pour avoir cette permission, et cenx qui

avoient des prés hauts non noyables 12 deniers. Philippe de Valois son filsj qui fut depuis roy de France, confirma et signa ocs privilèges A Aigrefnin, ce qui fut ratifié par Gharles-le-Bel. » (Le moine Roger, Histoire d' Anjou, page 291.)

La chasse du renard ne fut mise eji h inn ur, dans l'Anjou, (|uh sous le règne du roi ehassenr par excellenee, Louis Xlll. Avant cette époque, nous ne trouvons aucun indice qu'elle fût pratiquée eu grand, comme elle le fut jusqu'à l'époque de la Révolution.

Il n'est pas d'ann^ qu'on ne voie, à Angers, sur le marché aux lapins et aux oiseaux, qui se tient tous les dimanches, pendant la belle saison, au boulevard de Saumur, deux ou trois renards. H est assez difficile de préciser approximativement le nombre de renards tués» chaque année, en Anjou. Les peaux de renard sont, comme Tapar^ Êûtement dit M. le docteur Facge, dans le travail que nous avons déjà dté, presque toutes ^parées en descentes de lit, pour le compte des chasseurs eux-mêmes, et c*est un cadeau d'assez bon goût qu'on offre volontio^ à ses amis comme dépouille opime. Gda réduit de moitié -envhn>n, c'est-à-dire à cent et quelques peaux, par hiver, le commerce du renard indigène. On dit proverbialement : Dans le traquenard Jamais deux fois n'est paris renard.

LE REiNAUD ORDINAIftE. — Canis Yulpes (Linn.).

CARACTÈnES. — Pelage roux en dessus, blanc en dessous ; le derrière des oreilles noir; la queue (ouifue, blanche à l'extrémité mêlée de quelques poils noirs.

IjË renard charbonnier. — Ganis Alopbk (Lum Jusqu'ici l'on ne connaissait, en Anjouj qu'une espèce de renard ; on regardait à tort, selon nousi le renard charbonnier comme une variété du renard ordinaire.

' On désignait sous le nom de Quinte, les terrains de la Itaalieue souuiiii à la jaridiclion du jug» ordinaire, oomprii entra la Pont-de-Cé ai la ville d'Angen « C'esiMire pléfie.

Il diffère de ce dernier par Bon pelage d'an roux foncé» par le bout de sa quene ipi est noir, ainsi que ses pattes de devant; il est géaéialement plus robuste et se fiût chasser plus longtemps ; son terrier est profond ; il vit solitaire, baMte nosforâte; mais il est plus

rare que le renard ordinaire.

11 existe, eu Aujou, principalement dans 1" arrondissement de Segré, une curieuse variété d\i renard chaii)unnier. Cette variété est connue i>ûus le nom de canis crua'r/era. Bress. et Geru., qu'il ne faut pas confondre avec le canis decuàsalu:> Je Cieoffroi. Liie ne diffère du rmnrà charboumert^ue par quelques poils Jioirs, lui formant une croix sur le dos.

GeNFJK ci visite. — VlVEUHA \LlNN.)

Caractéufs. — Molaires au nombre de six de chaque côté des mâchoires, deux tuberculeuses, la carnassière et trois fausses molaires; six incisives à chaque mâchoire et deux canines. I^angue couverte de papilles rudes connue celle des chats, oreilles arrondies de médiocre grandeur, les narines placées au boot du museaa sont entourées d*nn mùfle eomne selles du chien. La pupille devient, i la grande lumière, de forme verticale, et les ongles peuvent se letirer entre les deigis comme ceni des chats.

Le mot civette, d'origine arabe, a été d!abord appliqué à la snbstance odoriférante que cet animal produit, puis à Tanimal luimême. On désigne sous le nom de vwerrien la famille des mammifères «[ui d jjuar type la civette ou yeuette.

LA 6ENBTTE GOHBIUNE. — VivBRRà GsiŒTf a (Linn.) — Vulgairement

Gbhette.

GaractAres. — Pelage gris tacheté de bran on de noir; ces taches sont tantôt rondes, tantôt oblongnes ; queue aussi loi^e que le corps, mêlée de noir; museaa noirâtre, taches blanches au sourcil, à la joue et «de chaque

côté du nez. La bourse s'ouvre au dehors par une fente ohiongue placé sous Fanus, et pareille dansTun et l'autre sexe, ce qui fait qull est assez diflicile de les distinguer extérieurement ; celte fente conduit dans deux cavités, pouvant contenir chacune une amande; leur paroi externe est légèrement velue et percée de plusieurs trous qui couduiseul dans un

follicule ovale, proliMid d*ua centimètre, et dont la surfoee ceaeave est elle-même potée de beaucoup de pores. G*est là que nstt cette substance

odorifémitey qui a élé, de louB temps, un objet de commerce, à canee de son emploi pour la loiletle et en m^ecine.

ïïe tous les animaux de notre Faune, la genette est un des pins rares. Ce mammifère habite les bois et les forêts de la rive gauche de la Loire, tels que ceux de Gholet, Maolémar, Yezins. H. GourtiUer, directeur du Musée de Saumur, Ta observée à Distré.

Le cabinet d'histoire naturelle de la ville d* Angers possède trois individus de cette espéc<3 tués dans la forôt de Vezins,

Autrefois ceL auiaial était assez commun, en Anjou. Ainsi, dans les châteaux, il était d'usage d'eu élever àTétat de domesticité, j)our les dresser à une chasse très en faveur au xvi« siècle, la chasse aux rats. On l'appelait à cette époque chai de Comtantinopie.

Gbhrb chat. — Feus Gatùs (Linn.).

Gabactèrbs. — Tète arrondie, mflchoiies courtes, molaires tranchantes, les ongles sont rétractiles et peuvent se redresser par le moyen de l^menls élastiques, ce qui préserve la pointe de s*user, langue hé~ rissée de papilles cornées. Une singularité inexplicable, c'est que tous les chats marqués de trois couleurs, jaune, noir et blanc, sont des femelles

LE CHAT SAUVAGE. — Fms Catus (Lnm.).

Pendant longtemps, j'ai hésité à reconnaître l'habitat du chat sauvage dans nos contrées ; je n'avais jamais vu ce quadrujHide, et sa présence, en Anjou, ne m'avait été révélée que par un dessin de ï Indicateur de Maine-et-Loire, dessin qui ne me représentait qu'ua pau\Te chat maigre, rendu sauvage par la faim.

Pour éclaircir cette question, je me suis adressé à mon bon et excellent ami, M. Courtiller jeune^ directeur du Cabinet d'histoire naturelle et d'archéologie de la ville de Saumur. Cet excellent collègue s'est empressé, avec sa complaisance habituelle, de me faire parvenir la photographié d'un chat sauvage, qui se trouve, depuis qudques années, dans la galerie des mammifères du Musée sanmurois, et une description exacte de ranimai. La vue de cette photographie a entièrement levé mes doutes ; elle n'a rien de commun avee le dessin dont nous venons de parler.

* Dl0fl0iuitîra MiiMrM/ d*At«l«lre iwl«r»lb« Verfoo, CfaatdoaMsUqne, p. 4J7

Caractères. — Longueur lolale 0™,*.>n conlimètres, da corps 0™,60 cenlimètrps, de la qupue {)'",'}0 cenlimèlres, de hauteur aux épaules O^jSy ccnlim'Mros. Pelage jaunâtre mélani,'é de brun, à peu pr»*'? semblable à celui du lievre ou du loup, mélange dû à ce que chaque poil esl roux à la base, blanc au milieu et noir a ia pointe, ce qui rend la nuance un peu plus foncée pour ce dernier* Quatre petites raies noires descendent du BODunet de la tète et s'arrêtent à restrémité du cou, deux antres rues un peu p!as fortes s'étendent sur les épaules, et du milieu de ces deux nies part une bande noire, qui s'étend sur le dos jusqu'à la naissance de la queue qui est annelée de roux et de noir, et couverte de poils assez tou^ fus, poils de la face d'un roux fauve avec quelques bandes plus foncées, lèvres noires, dessous des mâchoires blanc, une petite lâche ronde blanche au milieu de la gorge, dessous du corps d'un roux plus paie môlé de gris ; intérieur des cuisses postérieures d'un roux fauve vif. Une femelle.

On sait que, daus les chats, les mâles sont beaucoup plus grands que les femelles. Jamais les cliats, même à la campagne, n'ont atteint ces proportions, ni revèta ces couleurs.

Trois chats sauvages, à la connaissance de Al. Auguste Courtiiler, ont été tués dans les environs de Saumur, au bois de Courléon, Verrie, etc.

Le chat sauvage vit isolé dans les bois, fait la chasse aux lièvres et aux perdrix, dépose ses petits dans des troncs d'arbres. Lorsqu'il est lancé par des chiens courants, il se £ait poursuivre absolument comme ie renard. Fatigué, il grimpe sur un arbre, se couche sur une branche et regarde fort tranquillement passer la mente.

C'est du croisement du chat sauvago avec le chat ganté que des> cendent, comme on sait, les diverses variétés de chats que nous

tenons en domesticité, tels que :

Le chat domestique tigré, felis catus domesticm, Linn. Le chat des Ciiartreux, felis catus cœrukus, Linn. Le chat d'Bspagne, feUs eaius hispameus, Linn. Le chat'angora, feUs caius angorensis, Linn.

Le chat rouge de Tobolsk» de Ginelin.

Le chat de Chine, à oreilles pendanteSi Le chat Mulais, de Rafiles.

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