‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 13 sur 34 · VO CE · texte numérisé non relu

VO CE

OgservaTion XXIII.

Le 5 juin 1894, le manœuvre L...0..., âgé de 29 ans, prétend qu’il a reçu une pierre sur le doigt. Il parait souffrir beaucoup. Iln°ÿ a cependant pas la moindre trace d’un traumatisme, quelqu'il ait pu être, sur la main gauche que nous présente l'intéressé. Tous les signes physiques concordent, par la tuméfaction, la rougeur du côté palmaire, l’œdème de la face dorsale, par l'impuissance fonctionnelle et presque totale de tous les mouvements du doigt, pour établir la certitude d’un panari du milieu de la face palmaire de la phalange métacarpiennne du médius de la main gauche.

Malgré les appréhensions et les cris de l'intéressé, un débridement est pratiqué, qui donne issue à une notable quantité de pus. La preuve était ainsi faite qu'il n'existait pas de traumatisme; mais qu’il existait une infection localisée, nettement phlegmoneuse.

OBsERvATION XXIV.

Un mois plus tard, le 5 juillet 1894, c’est une varouleuse, Marie R..., qui dit avoir reçu un coup d’ailette sur l’index droit.

On reconnaît d'emblée la rougeur, la tuméfaction, la chaleur et la sensibilité d’un abcès sous-cutané de la face dorsale de la phalange moyenne de l’index droit, présentant en son centre un point jaunâtre.

L’incision de l’abcès sous-cutané donne lieu à un écoulement de pus et d’un peu de sang.

Les infections localisées sont communes. Ce sont des maladies, qu’il faut soigner comme telles; mais l’appât du lucre n'est pas un motif d’exagérer la valeur d’un minime traumatisme. Il importe de laisser à chacun des éléments de la vie sociale, les charges qui lui incombent, sans renvoyer des Sociétés de secours mutuels aux Assurances-accidents les obligations contractées par leur fonction.

« Lorsqu'un accident est tellement minime, qu'il ne gène pas pour travailler, il ne doit pas être mis à la charge d’une Assu-

séile

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rance-accidents. Si, plus tard, il devient la porte d'entrée d’une infection locale, le traitement de cette infection incombe à la Société de secours mutuels ». (Guermonprez).

: OgservarTIon XXV.

Le 15 juin 1894, le rattacheur Jean H..., âgé de 16 ans, dit qu'il a reçu, le jour même, un coup au bras gauche au bâtis de son métier. On ne trouve pas la moindre trace d’un traumatisme, quel qu’il soit ; mais on reconnaît une furonculose manifeste, ayant déterminé de la lymphangite et une collection purulente située au niveau de l’olécrane du coude gauche. La collection est sur le point de s’ouvrir : elle est donc de date ancienne. Sans aucun délai, un coup de bistouri donne issue à une notable quantité de pus; et l’enfant est convaincu de sa supercherie.

Ce n’est pas en quelques heures que ce foyer de suppurution aurait pu se former.

L'histoire des « durillons-forcés » se trouve souvent obscurcie par des racontars analogues. L'intérêt, qui les inspire, est toujours le même. On imagine une blessure ; et, si on peut y faire croire, on met le chômage à la charge de l’Assuranceaccidents.

Quelque fois des ouvriers viennent réclamer des soins pour des affections existant réellement et survenues pendant le travail ; et cependant ce sont encore des simulateurs.

La blossure a été minime, la lésion, par suite de leur négligence, n’est plus en rapport avec la cause initiale ; aussi se croient-ils obligés de dénaturer l'accident. A la place d'un accident léger, ils en invoquent un beaucoup plus grave. C’est une manière de masquer la disproportion qui existait au préalable. Ceci s'applique surtout aux phlegmons.

Un ouvriér se pique au doigt à son métier à tisser ; un maçon s’inocule avec une pierre, ou par un instrument de travail quelconque. Au lieu de prendre quelques précautions, il traite ces

légères lésions par le plus souverain mépris; aussi arrive-t-il que la bénigne écorchure, la minime piqûre devient .douloureuse, puis s’enflamme.... L'ouvrier travaille toujours ....; enfin, la main, le bras, ou le pied se gonflent. Les douleurs deviennent intolérables. Il faut réclamer des soins ; mais, Si l'on vient à dire que cette collection purulente, qui déjà se forme, est due à une simple égratignure qui date de huit ou dix jours, on risque de se voir refuser par l'Assurance, parce que le contrat exige que l’on se fasse soigner dans les 24 heures après l'accident. Il est FIN de rapprocher la date de l'accident et de grossir son importance. La piqûre, vieille de dix jours, devient un écrasement de la main survenue la veille; elle devient une chute d'objet. Le plus souvent on cache soigneusement la porte d'entrée. Les observations en sont nombreuses. L'un, ne craint pas d’attribuer sa collection purulente à une coupure ; un autre à l’enfoncement d'un clou dans le pied; etc., etc.

Tous ces malades sont des simulateurs de mauvaise foi, qui trompent sur la NATURE de l’accident initial.

OBservaTION XX VI.

Le 18 juillet 1894, le frappeur Léonard L..., âgé de 31 ans, présente une petite collection purulente au-dessous d’un durillon de l’index gauche et il attribue à une « coupure, six jours auparavant, par une bavure de cornière ». Avant d’opérer le débridement, on fait un savonnage et unz exploration, qui démontrent que le durillon n’a même pas été excorié.

OBsERvATION XX VII.

Le 3 juillet 1894, le fileur Charles V..., âgé de 40 ans , est atteint d’un panari sous-épidermiqne au talon gauche. Une incision au bistouri donne issue à une notable quantité d’un pus mal lié. Il

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prétend qu’un clou s’est enfoncé dans son pied le 29 juin; mais il ne parvient pas à préciser le point piqué : et on ne réussit pas à reconnaître le moindre vestige de plaie par instrument piquant, comme on en observe si communément à la Maison de secours pour les Blessés de l’industrie.

OgBservarion XX VIII.

Le chocolatier Georges J..., âgé de 23 ans, dit avoir reçu un instrument de travail sur le pied gauche sept jours auparavant.

Le 9 mai 1894, on trouve, sur toute la face dorsale du pied, une tuméfaction inflammatoire assez intense. A la naissance du cinquième orteil une incision a été pratiquée en ville. On reconnaît sur le bord externe de la face plantaire un vieux durillon, qui s’est enflammé probablement par le port de la chaussure; mais il n’est plus possible de constater aucun signe de traumatisme.

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