‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 15 sur 34 · ANS · texte numérisé non relu

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présente que quatre jours, plus tard (9823) : la face dorsale de la main gauche est rouge, tuméfiée, sensible, entre les troisième et quatrième articulations métacarpo-phalangiennes ; il en est de même à la face palmaire. — Le blessé éprouve des douleurs lancinantes, qui complètent la symptômatologie du phlegmon circonscrit. Cependant la fluctuation n’est pas encore très nette. On ne trouve pas non plus la porte d'entrée de l’infection.

Le 17 juin, le débridement donne issue à une notable quantité de pus ; l’intéressé, qui en est tout étonné, comprend que cette collection purulente ne peut pas être attribuée à une brûlure ; il ne reparle plus de sa version primitive.

Le 27 novembre 1893, le manœuvre Louis R...., âgé de 21 ans, présente un phlegmon circonscrit de la face palmaire de la main gauche ; mais il invoque un autre mécanisme ; celui d’une « foulure contractée en travaillant ».

Le débridement lui prouve bien la présence du pus et lui montre que sa supercherie est dépistée. Il n’y insiste plus.

Parfois, il y a eu réellement un accident pendant le travail ; mais la lésion, pour laquelle se présente l’ouvrier, n’est pas en rapport avec l'accident invoqué comme cause. L’accident a une part dans l’étiologie du processus morbide ; mais il y a en même temps une autre cause, que ce soit un accident survenu en dehors du travail, ou qu'il s’agisse d’une maladie avérée, chronique, de date antérieure, sous la dépendance d’une diathèse ou d’une prédisposition morbide. L'ouvrier cherche à tirer parti d'un minime accident survenu. Il le met en valeur; il en exagère l'importance : il devient un simulateur et la simulation dans ce cas porte sur l’émportance de l'accident initial. Pour une adénite inguinale ancienne, on invoque une chute survenue la veille, etc., etc. Il est, en effet, à remarquer que, contrairement à ce qui se passe d'habitude, les blessés viennent immédiatement se faire soigner afin de bénéficier dans la plénitude des traces bien apparentes de contusion, ou de tout autre traumatisme récent.

PS

Les quelques observations qui suivent sont suffisamment caractéristiques.

OBservarTIon XXXI.

Pierre D..., manœuvre de plafonneur, âgé de 17 ans, est tombé en bas d’une échelle, le 5 avril 1894 ; il prétend s’être Die à la région inguinale droite et il accuse de violentes douleurs en cette région. On trouve dans la moitié interne du triangle de Scarpa une hypéresthésie, surtout exagérée en deux points, correspondant, le premier à la partie moyenne de l’arcade de Fallope, le deuxième au niveau du canal crural à deux centimètres environ au-dessous de l’arcade. En ces deux points, on sent une masse dure assez volumineuse et roulant sous le doigt; mais les douleurs ressenties par le blessé empêchent de pousser plus loin une exploration méthodique. On trouve, au pied correspondant, une petite plaie mal soignée, qui est le point de départ de cette adénite.

L’accident est réel ; il est un prétexte pour obtenir des soins et une indemnité.

Il n’est pas rare de voir coïncider un eczéma des mains et un traumatisme. Le 21 mai 1892 (9843), nous en avons observé un cas très net, où l'intéressé aurait voulu établir la confusion et attribuer la dermatite au traumatisme.

Le 5 mai 1894, le peintre Henri L..... , âgé de 40 ans, s’est blessé à la main en travaillant. Il vient pour la première fois le surlendemain. On trouve quelques traces de contusion récente à la face dorsale de la main et sur Le poignet. Il y a en même temps une tuméfaction localisée à la moitié inférieure du deuxième espace intermétacarpien avec tuméfaction du tissu cellulaire sous-jacent. C’est un phlegmon au début. Il existe d’ailleurs un état vernissé de la peau, qui doit être imputé à l’action de l'esprit de sel, dont l'emploi fréquent est nécessité par la profession de l'intéressé.

Il est probable que cet individu possédait depuis longtemps

LR) OP

cette lésion de la main. Il ne s'est servi de l’accident minime, qui lui est survenu, que pour soigner cette maladie préexistante.

L'angioleucite est si fréquente dans le Nord, que la coïncidence avec le traumatisme ne peut pas être négligée.

OBsERVATION XXXII.

Le 16 mai 1894, le chaudronnier Joseph S..., âgé de 18 ans, a heurté le pied contre une pièce de fer sur le sol de l'atelier.

Le lendemain, on constate un gonflement considérable de tout le pied droit, et quelques traces appréciables d’une contusion qui semble récente. La tuméfaction est rouge, douloureuse, et nettement attribuable à une angioleucite, dont le point de départ se trouve être dans des vésico-pustules d’acné. L’une de ces vésico-pustules ést actuellement déchirée, séchée, presque guérie, tandis qu’une autre, située plus haut, sur le bord droit du tendon d’Achille, est encore de date toute récente. De plus cet individu a les pieds dans un état de malpropreté extrême. On admet la coïncidence du processus morbide infectieux et du traumatisme.

Le 31 août 1893, l’homme de peine Apollinaire A..., âgé de 19 ans, nous a présenté un traumatisme du thorax, coïncidant avec de la tuberculose des deux poumons et une altération du rachis et des côtes du type rachitique. L’ecchymose de l’angle inférieur de l’omoplate droite prouvait l’authencité du traumatisme. Le traitement général a été fait en même temps que le traitement local jusqu’au 9 octobre, date de la reprise du travail.

Nous avons successivement passé en revue les diverses manières dont s’y prennent les simulateurs lorsqu'ils s’attachent à tromper sur l'accident lui-même. Leurs moyens ne se bornent pas là.

Dans le chapitre suivant, on voit la simulation s'exercer sur

Ja blessure. |

Dans tous les cas, il en faut être prévenu, afin de rendre un témoignage de vérité et d'accomplir la fonction chirurgicale en toute Justice.

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