DE LA SIMULATION DE LA BLESSURE
Au début de cette étude, on a vu que l’on devait comprendre sous la dénomination générique de « blessure, » non seulement les diérèses et les exérèses, mais aussi les plaies contuses, les contusions, en résumé, le désordre causé par l'agent vulnérant.
La simulation peut porter sur ce désordre, sur cet état morbide. Elle est, en ses manifestations, aussi variée que peut l'être lui-même le résultat de l'accident.
On rencontre des individus, qui, réellement, ont été blessés par leur ignorance ou leur négligence, et qui exagèrent les conséquences de cet accident. Chez d’autres la nature ellemême, le tempérament transforme une affection bénigne en une affection grave. Il en est qui, atteints d’affections du ressort de la médecine, les attribuent à des accidents en les décorant de noms nouveaux.
Il arrive journellement, dans certaines industries, que des ouvriers se fassent des éraillures de la peau, des piqûres, des coupures de peu de gravité. — Quelques soins, moins que cela, quelques précautions et il n’y paraît plus. — Il en est tout autrement, lorsque ces légers inconvénients du travail sont abandonnés à eux-mêmes. Ce qui n'était rien devient une affection grave, qui quelquefois va jusqu'à compromettre l'intégrité fonctionnelle du membre. L'ouvrier, placé dans ces conditions, regrette amèrement de ne s’être pas fait soigner
ÉLUQR-
plus tôt, mais il ne peut s'en prendre qu’à sa négligence. C’est l’histoire de presque tous les phlegmons.
Nous avons reçu, étant interne à la Maison de secours, un jeune homme instruit, amené par son père, contremaître d’une grande filature, ancien filateur malheureux, et qui, par manque de ces petites précautions, avait un phlegmon profond de la main. Il dut entrer à l'hôpital et longtemps on agita la question de l’amputation.
Pour bénéficier de leur assurance, beaucoup de simulateurs inventent de toutes pièces. On en a vu plusieurs observations dans le chapitre précédent. Il est nécessaire d'en ajouter quelques autres, car elles ne sont pas rares.
. OgsEervaTION XXXIII.
D... A..., 20 ans, ajusteur, dit s’être piqué au médius droit, il y a environ huit jours.
De prime abord on est frappé de-la constitution délicate du sujet et de son peu de développement physique. Il est âgé de 20 ans et en paraît à peine 15 ou 16. — Pendant l’examen il est pris de sueurs profuses et de défaillances, qui dénotent un mauvais état général. — Il y a onze jours environ, l’intéressé remarqua, sur le bord externe de la phalange unguéale du médius droit, un pertuis étroit, d’où s’écoulait un peu de liquide séro-purulent. Néanmoins il put continuer son travail ef se fit comme traitement une application d'acide phénique qui eut pour résultat de déterminer une brûlure au 2° degré, mais n’empêcha pas la maladie d'évoluer. Ce doigt était très douloureux. Cela battait, dit-il... Nul doute qu’il s’est agi là d'un phlegmon dont il est difficile de déterminer la porte d’entrée.
Actuellement le doigt n’est plus douloureux ; mais on constate du sphacèle de la peau avec suppuration septique sous l’épiderme dans les deux dernières phalanges du médius. L’ongle ne parait pas décollé actuellement. La région de l'articulation phalango-phalanginienne est très tuméfiée, comme s’il s'agissait d’un echthyma total de l'extrémité du doigt. — Immédiatement au-dessous de l’articulation, on voit un sillon d'élimination comme dans les cas de gangrène.