‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 18 sur 34 · NEO · texte numérisé non relu

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placé dans des conditions hygiéniques bien supérieures à celles qu’on a l'habitude de trouver chez les ouvriers : logement aéré, literie propre. (Pansement humide à l’eau phéniquée faible, cataplasme et repos).

Le 28 juin, la plaie de la jambe, qui n’était que superficielle, il y a quelques jours à peine, tend au sphacèle : c’est maintenant une large plaque d’où s'écoule à la pression un peu de liquide sanieux. Audessus de cette première plaie, et un peu au-dessous du genou, se trouve une plaie plus petite, mais exactement semblable comme aspect et qui est de date récente. La peau autour de ces plaies est saine ;

mais l’état général du sujet est mauvais, affaibli par l’âge et par

quantité d'accidents préalables.

Le 4 juillet, les pansements antiseptiques ont été continués. Actuellement il existe trois plaques de sphacèle situées : l’une vers le tiers supérieur de la face antéro-interne du tibia gauche et de couleur entièrement noire; les deux autres un peu plus bas sur le membre gauche également et de couleur alternativement jaune et noire. Il n’y a ni réaction circonvoisine, ni tuméfaction, ni rougeur. Le blessé se plaint de souffrir la nuit et de ne pas pouvoir dormir. Dorénavant les pansements seront faits à l’onguent styrax.

Le 11 juillet, on ne trouve pas de sucre dans les urines. L’étendue, l’aspect des plaies et la juxtaposition des cicatrices circulaires et profondes, fait penser qu'une affection générale autre que le diabète, pourrait être mise en cause et l’on commence l’iodure à l’intérieur.

Le 25 juillet, la plaie de la tubérosité antérieure du tibia de la jambe gauche est presque guérie (traitement au sparadrap sans styrax|. Il en est de même de la plaie la plus grande, laquelle est située plus bas sur la face antéro-interne du tibia gauche, mais certaines portions sphacélées ne sont -pas encore complètement éliminées, du moins vers la limite interne et postérieure de cette plaie.

En août, les plaies ont bon aspect, mais le tissu cicatriciel qui les environne est violacé, noirâtre et semble doué de peu de vitalité. Le blessé commence à marcher un peu et passe une partie de ses journées au soleil. Son état général s’est amélioré. :

L'observation s’arrête là, mais cet individu a été revu, guéri complètement. Il est mort quelques mois après, mais de mort naturelle.

Chez les tuberculeux que de fois ne voit-on-pas à la suite d’une fracture de côte, d’une contusion, le blessé devenir phtisique ! Un coup léger, une chute qui chez tout individu bien portant durera cinq ou six jours, déterminera chez un tuberculeux une arthrite fongueuse et le résultat final sera l’ankylose ou la résection dans les cas les plus heureux.

S'il s’agit d'un rhumatisant, l'arthrite sera franche et pourra donner lieu à une polyarthrite de même nature.

La Compagnie d'assurances devra-t-elle payer des indemnités en rapport avec ces manifestations. Certes non.

Pour celui qui souffre, on doit le plaindre, ainsi que l’on plaint tout individu atteint de maladie, car c'est bien de maladies qu'il s’agit.

Tels sont les cas des individus cités dans les observations

OBsERvATION XL.

G. P., fabricant de dragées, 41 ans, s’est fait le 3 juin 1893, un effort aux parties en levant un coffret.

Pareil accident serait déjà survenu à cet individu il y a quinze ans et il se serat guéri avec de l’onguent mercuriel.

Les bourses sont le 4 juin 1893 un peu augmentées de volume. Il n’y a pas de trace de blennhorragie, pas de trace de chancre, pas d’adénite, ni à droite ni à gauche. De chaque côté, on trouve de la sensibilité du tiers inférieur de chaque testicule. L’orifice inguinal externe est sensible : il en est de même des cordons. Enfin les deux épididymes sont augmentés de volume principaiement celui de gauche, dont la queue atteint le volume d’une grosse noisette. Cette épididymite douloureuse parait être de nature tuberculeuse, la syphilis étant écartée. (Repos au lit. Onguent mercuriel et cataplasme.)

Le 8 juin, le blessé ne se présente même pas à la visite et fait annoncer qu'il reprendra son travail le lendemain.

OBservATION XLI.

C. P., peintre, âgé de 52 ans, prétend être tombé d’une hauteur de 3 mètres 50 environ.

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Le 19 mai 1892, le blessé vient réclamer des soins, deux jours après l’accident. On lui a mis, en ville, un vésicaloire et deux sangsues, au niveau du point douloureux, sur la huitième côte gauche. On ne sent pas de crépitation par le palper, mais le blessé accuse une vive douleur quand on détermine une pression même légère à la partie inférieure du sternum, à l’union de cet os et du huitième cartilage costal gauche. Les aspirations fortes arrachent des cris au blessé ; lauscultation de la région douloureuse fait percevoir une crépitation particulière entre les lignes de l’aisselle et des mamelons. Le blessé est mal portant et tousse depuis longtemps.

Le 20 mai, on le trouve alité avec un faciès vullueux, en ‘état fébrile prononcé; on trouve de la bronchite généralisée et de la congestion pulmonaire très notable et l’on conclut que le traumatisme, s’il a existé (on n’en trouve aucune trace), n’a pu déterminer de la bronchite avec de la congestion si intense chez un tuberculeux. On fait comprendre à la femme de cet individu qu'il ne s’agit pas là d’un accident mais d’une maladie ancienne qui s’est subitement aggravée. Cet avertissement n’était que trop indiqué. On n’obtient aucun renseignement, ni de l'intéressé, ni de son entourage.

Quelques jours plus tard, nous apprenons la mort de cet homme et des personnes qui le connaissaient particulièrement, affirment qu'il était déjà malade depuis au moins quinze ans.

OBsErvATION XLII.

R. P., ébarbeur, 23 ans, s’est blessé à la jambe gauche en tombant du haut de son camion, le 12 avril 1894.

Cet individu est tombé sur les pieds. La violence de la chute a principalement porté sur le talon gauche. Depuis cet accident, le blessé prétend ressentir une violente douleur qu’il localise au niveau d’un cal volumineux provenant d’une ancienne fracture de la partie moyenne du tibia gauche. Le point douloureux très restreint siège sur la partie externe du cal au voisinage du bord antérieur du long péronier latéral. Le blessé marche difficilement; les mouvements d'extension du pied réveillent au niveau du point indiqué une douleur assez vive. Il n’y a pas de gonflement, ni d’ecchymose.

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Sur le milieu de la partie antérieure du métacarpe correspondant, on trouve de la tuberculose de la peau, dans l’étendu d’une surface aussi grande qu’une pièce de deux francs. Près des orteils on découvre également des traces d’un anthrax récent.

Le 13 avril, un examen approfondi révèle un énorme foyer d'ostéite, situé un peu au-dessous du milieu du tibia gauche, sur une longueur de douze centimètres et une largeur de six à sept centimètres. La surface est mamelonnée. Quelques cicatrices superficielles ne sont pas adhérentes.

On ne constate pas la moindre trace d’un traumatisme récent. Le sujet est informé que ses douleurs sont imputables à sa maladie ancienne et que la Compagnie d'assurances ne peut se substituer à la Société de Secours mutuels.

OBservaTION XLIII.

V. Ch., charbonnier, 25 ans, a fait une chute sur l’épaule gauche d’une hauteur de 1 m. 50 environ.

Le 27 décembre 1893, l'épaule est tuméfiée et rouge, sensible surtout en deux points, le premier antérieur, le deuxième postérieur à l’articulation. On peut faire exécuter au blessé tous les mouvements normaux, sans provoquer de douleurs trop vives. La tête n’est pas fléchie du côté malade et le membre du même côté n’a pas d’attitude caractéristique. (Traitement quatre ventouses scarifiées. Cataplasme. Echarpe.)

29 décembre. — Le blessé a beaucoup souffert la nuit de son épaule, principalement au niveau de l'empreinte deltoïdienne, ce qui l’a empêché de dormir. L’épaule est tuméfiée; l'étendue des mouvements est diminuée, principalement l’étendue de ceux d’abduction ; il n’y a pas de sensibilité au niveau de l'articulation acromio-claviculaire ; mais toute la portion antérieure du moignon de l'épaule est douloureuse à la pression. Il semble qu’une poussé de rhumatisme se soit superposée à la contusion de l’épaule.

3 janvier 1894. — Les mouvements de l'articulation scapulohumérale sont possibles, mais entravés par la douleur, dont la localisation spéciale se trouve à deux ou trois travers de doigt au-dessous de l’apophyse coracoïde. En ce point, la pression profonde est pénible.

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Si l’on cherche à apprécier comparativement le fonctionnement des muscles de l’avant-bas sur le bras, il paraît certain que la flaccidité musculaire est surtout localisée à la moitié supérieure du coracobrachial.

10 janvier. — La douleur est moins vive mais l’impotence fonctionnelle du membre reste à peu près la même. On observe un commencement d’atrophie et du tremblement fibrilaire du deltoïde. La guérison s’obtient par des séances répétées de massage.

OBservATION XLIV.

V. Ch., mécanicien, 16 ans, prétend avoir reçu un coup de lime sur la jambe droite, au commencement d’avril.

13 octobre 1893. — Cet homme a continué à travailler pendant environ un mois après l’accident supposé. Quand il se présente à la Maison de Secours, on constate un ulcère situé au quart inférieur de la face antéro-interne de la jambe droite, et dont les dimensions sont de trois centimètres sur quatre centimètres. Au pourtour se trouve une zone, dans laquelle la peau est fortement épaissie sur neuf centimètres de long et huit de large. Cette zone est bordée de poils longs et noirs, surtout en avant et en dehors du membre; tout autour de la plaie on remarque des plaques d’épiderme crustacées, recouvertes d’un enduit médicamenteux. La plaie elle-même est entourée d’un bourrelet saillant, dur, calleux. Sur le bord interne de la face dorsale du pied correspondant, se trouve une cicatrice de teinte violacée, der-

‘nier vestige d’une plaie analogue actuellement guérie. La mère, qui accompagne l'intéressé, est informée que le traumatisme invoqué comme cause, doit être regardé comme étranger à la formation d’ulcère ; que d’autres ulcères pourront se développer sur son fils, qu’il pourra en exister de même sur ses autres enfants ; que ce sont là des manifestations de la diathèse arthritique, qu’il faut considérer ici comme héréditaire.

OBservarion XLV.

Le 18 octobre, D. B., 42 ans, chauffeur, prétend avoir été contu-

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sionné il y a environ trois semaines, par une brique, qui lui serait tombée sur le bras droit d’une hauteur de six mètres environ.

En examinant le bras droit par le palper, on découvre une petite tumeur de la grosseur d'un œuf de pigeon et située sur la face externe de l’humérus, au-dessous de la gouttière de torsion. Cette tumeur est dure, peu sensible; et elle semble adhérer à l’os. Le nerf radial, dans l’aisselle et le long de son trajet, est douloureux. Le deltoïde, près de son insertion inférieure, semble légèrement empâté. La peau et les Lissus immédiatement sous-jacents sont suins.

Le blessé est averti qu’il s’agit là d’une exostose, ancienne probablement, et non due au traumatisme, quoiqu'il en dise, et que le seul traitement qui convienne, est une intervention chirurgicale.

On a vu que, dans les cas précédents, il s'agissait de maladies cela est vrai; mais il s'agissait de maladies auxquelles un accident avait donné l'essor, à tout le moins, un coup de fouet. L'accident, dans ces cas, était cause occasionnelle : mais il convenait d'en tenir compte, car on pourrait supposer que, si les individus dont les observations précèdent, n'avaient point été blessés, peut-être n'auraient-ils pas été phtisiques, n’auraient-ils pas eu de tuberculose osseuse ou autre.

Il n’en sera plus ainsi d'ouvriers, qui, atteints de maladies chroniques, non diathésiques, voudront imputer les maladies à des traumatismes fictifs, ou non en rapport avecelles. Pour eux, tous les lumbagos, toutes les névralgies intercostales, lombo-abdominales, seront des {ours de reins, des efforts. Et, sous des dénominations variées, on trouvera du rhumatisme, des névralgies, des manfestations arthritiques, syphilitiques ou autres.

OgservarTion XLVI.

D. H., plafonneur, âgé de 19 ans, est tombé sur le sacrum et depuis ce temps il ressent des douleurs internes.

Le 2 mars 1894, on constate simplement un lombago sans trace de contusion, ni sur les téguments, ni sur les vêtements, dont le

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velours ne porte pas le moindre vestige de chute, Il n’y a certainement pas eu de traumatisme, mais seulement de la rachialgie et du lombago. Un purgatif suffit pour déterminer la guérison.

OBsErvATION XLVII.

S. J.-Bte, manœuvre, âgé de 38 ans, s’est fait mal aux reins en levant une pierre.

Le 30 mai 1894, cet individu, qui, autrefois, pendant son service militaire, a déjà eu une affection, qui a nécessité l'emploi de ventouses scarifñées, dont les cicatrices sont encore très nettes, présente en plus une sorte de lordose située un peu plus haut que la concavité lombaire normale. Il présente à l’heure actuelle un lombago manifeste avec hyperesthésie de la portion droite de la région dorsolombaire ; c'est la conséquence de l’état antérieur. On recherche les points d'émergence des nerfs douloureux ; on les trouve anesthésiés. Un vésicatoire volant sur chacun d'eux détermine la guérison.

OgservarTion XLVIII.

D. B., domestique, âgé de 60 ans, s’est fait un effort en portant des sacs le 22 juin 1894.

Le 23 juin 1894, les mouvements respiratoires et la toux causent au malade une douleur aiguë dans la région axillaire gauche. Il n’y a aucune trace de contusion ; mais on relève tous les signes de névralgie des nerfs intercostaux et des branches du plexus brachial. Le traitement approprié le guérit en dix jours.

OBsErvaTION XLIX.

C. L., ajusteur, âgé de 27 ans, s’est tordu le bras gauche le 23 mai 1894, en sortant d’un générateur.

Le lendemain, 24 mai 1894 cet individu prétend s’être : « fort contourné » la partie latérale gauche du thorax en voulant se hisser sur sa machine. Malgré l’examen le plus attentif, on ne peut constater aucune trace de contusion, ni de traumatisme quelconque, pas

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plus d’ailleurs que de signe de félure ou de fracture. Le blessé accuse de la douleur au niveau des 7°, 8°, 9, 10° et 11° côtes du côté gauche. Les trois points de névralgie intercostale : antérieur, postérieur et latéral sont très nets ; mais il existe en outre une sensibilité un peu diffuse au niveau des côtes elles-mêmes.

Le blessé prétend n’avoir jamais été malade ; mais sa profession l’expose à de brusques refroidissements : il est très probable qu’il ne s’agit ici que de névralgie intercostale, d'autant plus que le mécanisme invoqué ne saurait produire une fracture ; où même une félure de côte.

La marche rapide de la guérison en a été la preuve, antant que la nature du traitement sans aucune immobilisation.

OBSERvVATION L.

D. E., menuisier, âgé de 26 ans, s’est fait mal aux reins le 7 avril 1894, en levant une pièce de bois.

On constate une névralgie sciatique du côté droit,, limitée aux points fessiers et ischiatique de ce côté droit, sciatique qui semble peu ancienne, sensible modérément à la pression localisée sur chacun de ces deux points, tandis que l’irradiation douloureuse spontanée siège vers le grand trochanter correspondant. (Traitement : 6 ventouses scarifiées + salycilate de soude, ? gr.)

La guérison rapide concorde avec la date récente du début de la maladie.

OBservaTION LI.

M. H., teinturier, âgé de 65 ans, s’est fait mal aux reins en chargeant une pièce de toile.

Le 6 mars 1894, on reconnaît une névralgie du nerf sciatique droit. Le malade avoue avoir déjà eu de la névralgie sciatique antérieurement. Il y a des points douloureux au niveau de l'émergence du sciatique.

On fait le traitement approprié ; et on y persévère jusqu’à complète guérison. |

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OgservarioN LII.

L. E., aide cimenteur, âgé de 29 ans, s’est fait mal aux reins en manœuvrant le ciment.

Le 19 octobre 1893, le malade se plaint de douleurs vives dans la région lombo-sacrée. Il y a de l’hypéresthésie au toucher, peu d’hypéresthésie à la piqûre.

Un purgatif et quelques ventouses scarifiées amènent promptement la guérison.

OBservarTION LIV.

H. J., fondeur, âgé de 44 ans, a éprouvé un tour de reins en levant un creuset.

Le 19 juillet 1894, on constate de la rachialgie et de la névralgie intercostale de presque toute la moitié droite de la cage thoracique. On fait le traitement de la névralgie rhumatismale par 3 ventouses scarifiées et du salicylate de soude, ce qui suffit pour arriver à une guérison rapide.

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