Étude sur les bronchites dans leurs rapports avec les maladies constitutionelles
« Il est, dit M. le professeur Jaccoud dans son Traité 9 de patholog-ie, des individus qui sont pris de bronf chite à chaque renouvellement de saison; d’autres s’ex- ( posent impunément à toutes les vicissitudes atmosphén riques. Bien souvent, il faut le dire, cette prédisposition > n’est que l’expression d’un état pathologique de l’ap- 1 pareil cardio-pulmonaire ou d’une maladie constituc tionnelle. »
Dans un article classique sur les bronchites, M. Barth 1 a relevé l’importance de la notion de maladie constîtu-
tionnelle au point de vue de l’étiolog'ie et du traitement de raffection des voies respiratoires. « Dans un dernier groupe, écrit-il, se rang-ent les affections qui ag*issent par sympathie sur les bronches, action assez difficile à interpréter, mais non moins réelle et qu’on ne peut révoquer en doute quand on voit une bronchite survenir cheztel individu après la suppression d’un eczéma, chez tel autre après la disparition d’un accès de g’outte... »
Il est donc important, lorsqu’on se trouve en présence d’une bronchite, de savoir s’il existe un lien entre cette phleg’masie locale et un état constitutionnel. Il est indispensable, dans bien des cas, pour prescrire un traitement rationnel, non seulement de reconnaître l’affection dont l’organe est atteint, mais de déterminer à quel groupe naturel elle appartient, de même que dans notre état social, suivant la comparaison employée par M. le professeur Hardy, un individu n’est bien connu dans sa personnalité que lorsqu’à son prénom on peut ajouter son nom de famille.
L’importance pronostique de cette notion ressort clairement du passage suivant, extrait de la thèse de M. Hayem. Après avoir parlé des bronchites aiguës symptomatiques des pyrexies, il dit : « Les bronchites chroniques symptomatiques, liées à des affections diathésiques, à marche lente, ont, à titre de complications, un pronostic plus favorable. C'est ainsi que la bronchite chronique chez les goutteux, chez les dartreux n’a nulle tendance à se terminer par la mort, et beaucoup de ces malades supportent pendant longtemps ces sortes de manifestations de leur diathèse sans dépérissement notable ». Au point de vue du traitement, Michel Bertrand
avait déjà tiré parti de cette donnée étiolog*icjue dans la cure thermale des bronchites, (désaffections, lorsqu elles se relient à une maladie constitutionnelle, présentent une g’rande résistance aux médications ordinaires et ne cèdent g’uère que quand on parvient à modifier, par un traitement approprié, l’état g’énéral de l’économie. Tous les auteurs sig’nalent la ténacité des bronchites placées sous la dépendance d’un état constitutionnel; mais tous reconnaissent la difficulté qu’on éprouve à déterminer les caractères qui traduisent un lien entre la bronchite et les maladies générales.
Après s’être engagé dans cette voie, M. Durand-Far- ! del (1) exprimait ainsi le résultat de ses recherches :
I « Les catarrhes scrofuleux sont fort opiniâtres, sansofî frir une gravité très particulière en dehors de l’immii nence d’une tuberculisation. Ceux des herpétiques sont j plus faciles à gmérir avec l’aide d’un traitement appro- 1 prié. Ils ont d’ailleurs moins de tendance que les pré- : cédents à prendre des proportions considérables, à I fournir des sécrétions purulentes et abondantes, à entraîner des dilatations bronchiques. Les catarrhes chez ; les arthritiques sont plus graves, plus sujets à des ' exacerbations violentes, plus irréguliers dans leur ; marche. »
D’autres auteurs ont cherché également à mettre en pratique ce précepte formulé parM. Gueneau de Mussy :
1 chercher dans les conditions communes où se dévelop- ’ pent les maladies aiguës, s’il n’y a pas une parenté dont
(l) Durand —Fardel. Traite pratique des maladies chroniQues t I p. 474. ’ ■ '
on aura à tenir compte dans les indications Ihérapeutiques. Mais l’application de cette recherche aux hron^ chites exig’e d’une part la connaissance des maladies conslitülionnelles, et d’autre part l’élude des caractères que présente l’affection bronchique dans chacune de ces maladies. Or, les auteurs sontloin de s’accorder sur les limites propres à chacune des diathèses et des maladies générales.
Plusieurs médecins admettent une sorte de transformation et d’hybridation des maladies héréditaires par l’effet des croisements et des alliances. M. Pidoux admet, en outre une dégénération des maladies constitutionnelles, en dehors de l’hérédité, accompagnant la déchéance de l’organisme dans le cours de l’existence d’un même individu. Il établit seulement trois maladies constitutionnelles qu’il appelle capitales ou initiales : l’arthritis, la scrofule et la syphilis; celles -ci^ par suite d’une dégénération chez l’individu ou dans la race, et par l’effet de croisements divers, affecte des formes hybrides extrêmement variées, très vagues et peu délimitées, que l’auteur groupe sous la dénomination d’herpétisme. Cette maladie intermédiaire et mixte, qui présenterait, plus ou moins accentués, un certain nombre de caractères propres aux maladies initiales, aboutirait à son tour, par suite de la dégénération croissante de l’organisme, à l’une des maladies ultimes, dans lesquelles ce médecin range les névroses graves, le cancer la tuberculose, et qui correspondent à peu près aux maladies organiques de Pinel.
Maurice Raynaud reproche à cette doctrine de considérer principalement les caractères communs aux di-
I verses maladies au lieu de s’attacher à mettre en relief I les caractères les plus tranchés, et de tendre à confondre les espèces en nég’lig’eant les caractères distinctifs. Il I pense avec Luys que les documents recueillis depuis les ! temps les plus éloig'nés démontrent par la fixité des descriptions la permanence des maladies constitutionnelles. Si d’ailleurs celles-ci sont susceptibles d’hybridation, on sait qu’en général tous les métis reviennent à un type prb mitifou cessentde se reproduire au bout de peu de temps. Tout en admettant la justesse des objections exposées j par iMaurice Raynaud, nous croyons devoir nous guider,
I dans le cours de notre travail, sur la classification gé- I nérale établie par Bazin, et nous pouvons nous appuyer sur le jugement prononcé par M, Raynaud: « Si je me suis longtemps étendu, dit-il, sur la doctrine de Bazin, ce n est pas pour le vain plaisir de le critiquer, c’est, au I contraire, parce que, telle qu’elle est, et avec les défauts i fiue j’y ai signalés^ elle me paraît encore l’effort le t plus puissant de systématisation qui ait été tenté jusqu’à ^ ce jour. La seule conclusion que je veuille tirer de cette i étude, c’est que là où le savant médecin de l’hôpital I Saint-Louis a échoué, d’autres échoueraient probable- I ment comme lui, et que toute tentative de dénombre- ! ment complet et défi nitif des diathèses serait aujourd’hui ! prématurée. Cette conclusion est peu consolante, mais ' elle me paraît l’expression de la vérité. »
Nous comptons donc, avec Bazin, quatre maladies I constitutionnelles (arthritis, herpétis, scrofule, syphilis)
. qu’il différencie des diathèses.
« Une maladie constitutionnelle, dit-il, est une maladie aiguë ou chronique, pyrétique ou apyrétique, con-
tinueou intermittente, ordinairement à long-ue période, contag’ieuse ou non contagieuse, caractérisée par un ensemble de produits morbides et d’affections très variées ^ sévissant indistinctement sur tous les systèmes organiques.
« Une diathèse est une maladie, aiguë ou chronique, pyrétique ou apyrétique, contagieuse ou non contagieuse, caractérisée par la formation d'un seul produit morbide^ qui peut avoir son siège indistinctement dans tous les systèmes organiques. »
En outre, Bazin différencie les manifestations des complications, en ce que ces dernières peuvent apparaître à une époque quelconque de la maladie.
Dans l’état actuel de nos connaissances, tous les auteurs s’accordent à reconnaître qu’on ne peut assigner aucun caractère pathognomonique aux bronchites observées dans les maladies contitutionnelles. « Les bronchites liées à une maladie diathésique ou à une maladie constitutionnelle, écrit M. Hayem, ont été encore peu étudiées; il y en a beaucoup parmi elles qui sont regardées par certains auteurs comme de simples complications plutôt que comme des affections symptomatiques. »
Il indique comme devant être examinés à ce point de vue: le rhumatisme, la goutte, les affections herpétiques, la syphilis et la scrofule.
En raison des divergences qui existent dans la manière de comprendre les diverses maladies constitutionnelles, nous croyons devoir, dans le but de délimiter notre sujet, exposer un résumé succinct des principaux
caractères assig’iiés à chacune de ces maladies ; puis, après avoir sig*nalé les principales formes de bronchite observées chez les sujets affectés de ces maladies constitutionnelles, nous rechercherons s‘il est possible de distinguer ces bronchites à l’aide de caractères tirés de l’affection bronchique elle-même et des circonstances au milieu desquelles elle se développe. Enfin nous indiquerons les conséquences thérapeutiques qui peuvent en découler.
On ne trouve à cet ég’ard que de documents extrêmement épars et des indications tout-à-fait succinctes. C’est pourquoi il nous a paru intéressant d’entreprendre une étude synthétique du sujet.
Nous n’étudierons pas les bronchites qui n’ont avec I les maladies constitutionnelles que des rapports médiats, telles que les bronchites d’origine cardiaque qu’on voit ) chez les rhumatisants; nous n’étudierons pas non plus I les bronchites tuberculeuses, qui sont sous la dépen- [ dance d’une diathèse et non d’une maladie constitutionl nelle proprement dite.
I Nous adressons à notre ami M. le D" H. Barthl’expression de notre plus vive reconnaissance pour l’appui précieux qu’il nous a prêté, et nous remercions également de tout cœur notre ancien collègue d’externat, le 1 D*‘L. Jumon, de nous avoir apporté son concours éclairé üet amical.