INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
D une manière g’énérale, les moyens qu’on emploie pour combattre une bronchite doivent varier suivant la forme de la bronchite et suivant les indications tirées de la prédominance de quelques-uns de ses symptômes et de l’état constitutionnel du malade. Nous ne pouvons insister ici sur les médications à mettre en usag'e dans chaque cas de bronchite, aig’uë ou chronique, reliée plus ou moins intimement aune maladie constitutionnelle.
Nous ne pourrons que sig’naler ici àg*rands traits les principales indications qui paraissent résulter de cette relation.
Si les moyens ordinaires mis en œuvre contre une bronchite demeurent dans certains cas, inefficaces, nous pensons que l’insuccès peut dépendre parfois de l’oubli des indications fournies par l’état constitutionnel à la faveur duquel se perpétuent les désordres bronchiques. 11 en est des affections bronchiques comme des autres troubles org-aniques. Le diagnostic de la cause et de la nature de l’affection acquiert souvent ici une importance très grande, car c’est de lui que dépend fréquemment le succès du traitement. Nous croyons qu’en oég’lig’eant cette étude diag-nostique ou en reculant trop fréquemment devant ses difficultés on aboutit, en présence de l’inefficacité des ressources thérapeuti-
ques mal apf)ropriées, à un scepticisme fâcheux. L’on doit, à notre avis, appliquer aux bronchites le précepte inclus dans la règle formulée par M. le professeur Hardy à propos des affections cutanées. « L’essentiel pour le médecin qui veut reconnaître une maladie dans le but de la guérir, est moins d’en posséder tous les détails graphiques que d’en sonder la nature, de savoir si elle est accidentelle ou constitutionnelle.... (dartres, scrofule, syphilis), si elle doit, en un mot, disparaître 1 sf.ontanément au bout d’un temps déterminé par l’emploi d’un médicament topique ou bien, au contraire, si elle ne doit céder, qu’à un traitement général et longtemps continué. »
C’est dans ce sens que l’on doit, croyons-nous, chercher les indications thérapeutiques relatives aux ! bronchites qui présentent une relation plus ou moins I intime avec les maladies constitutionnelles.
Dans les bronchites que nous avons signalées chez ' les arthritiques, on peut attacher une importance rela- ( livernent très grande aux révulsifs externes, parce que,
I chez ces sujets, le tégument est loin de présenter la susceptibilité qu’il offre chez les individus herpétiques. En 1 outre, la mobilité des phénomènes congestifs indique : qu’on peut ici tenter efficacement de ramener la fluxion ! interne vers l’extérieur; dans ces bronchites, accompagnées parfois de phénomènes réactionnels et d’irritation nerveuse assez intense, l’indication est de calmer l’éréthisme général en même temps qu’on combattra la maladie constitutionnelle par une médication alcaline appropriée à l’état généi-al du sujet.
Si la bronchite présente une forme asthmatique et s’accompag'ne de râles sibilants nombreux on pourra user des expectorants et l’on cherchera à rétablir la fluxion articulaire â l’aide de moyens révulsifs. Lorsque la bronchite asthmatique se manifestera chez un sujet g-outteux on aura recours aux drastiques et l’on cherchera à combattre l’état g’énéral en prescrivant l’iodure de potassium et les préparations alcalines.
En g’énéral le traitement hydro-minéral n’est indiqué que quand les aflections ont passé la période aig*uë. Nous ajouterons que d’une manière générale les signes d’une affection cardio-vasculaire contre-indiquent les traitements thermaux. En dehors de ces cas il conviendra d’adresser les rhumatisants atteints de bronchites chroniques aux eaux sulfureuses faibles. (Aix-la-Chapelle, Saint-Honoré-les-Bains).
Les sujets névro-pathiques pourront être envoyés à Néris. Dans les cas de catarrhes bronchiques, les eaux d’Ems et du Mont-Dore sont particulièrement recommandées. Parmi les médications alcalines dirigées spécialement contre la maladie constitutionnelle, nous signalerons le traitement hydro-minéral de Vichy, de Garlsbad, Plombières et Vais,
Dans tous les cas, on devra surveiller aussi lo régime diététique et ne pas négliger les règles de l’hygiène spéciale aux arthritiques. On évitera les préparations opiacées lorsqu’on aura à redouter des accidents encéphaliques.
Chez les dartreux on doit, d’une manière générale, user avec réserve des révulsifs externes, en raison de la sus-
ceptibilité très grande de leur système tég’umentaire. Toutefois ces révulsions trouveront leur indication bien nette et constitueront une ressource précieuse dans certaines affections graves de l’appareil bronchique liées à la disparition plus ou moins brusque d’une affection cutanée.
Dans certains cas, une éruption légère sera plus facile à tolérer qu’un trouble persistant des bronches; mais nous croyons qu’en général on devra toujours, en présence d’une manifestation cutanée, tenter la guérison de l’affection tégumentairc, et que les cas de répercussion bronchique ne s’observent qu’exceptionnellement.
La bronchite liée à un état herpétique s’accompagne non seulement d’une sécrétion, parfois très abondante, mais encore de phénomènes spasmodiques souvent intenses. Dans ces bronchites, qui offrent des exacerbations remarquables par leurs relations d’alternance et de balancement nettement déterminées avec les poussées tégumentaires, l’élément nerveux joue un rôle important.
La prépondérance des phénomènes fébriles et dispnéiques pourra indiquer de recourir aux narcotiques, aux antiphlogistiques, aux antispasmodiques, parfois au sulfate de quinine.
Dans les formes asthmatiques on pourra recourir aux frictions épigastiques ou cervicales, ainsi qu’aux badigeonnages pharyngiens.
Contre l’état général on pourra employer les dérivaifs intestinaux, les diurétiques et les sudorifiques.
Maislesmédicamentsquicombattrontréellementla/naladie constitutionnelle sont indépendamment de l’arsenic, les balsamiques tels que: copahu, goudron, térébenthine,
qui agiront effîcaceinent sur l’état local en môme temps qu’ils exerceront une influence favorable sur l’état g’énéral de rorg*anisme. Les résineux conviennent spécialement aux catarrhes chroniques ou subaig*us chez les herpétiques ; dans les inflammations aig’uës des organes respiratoires ils pourraient exaspérer le travail morbide; ils ne conviennent pas non plus en g*énéral aux cas où l’élément nerveux est très accusé.
On peut employer à titre de médication suOstitutive les eaux minérales sulfureuses, salines et alcalines, mais ^ les sources dont l'action combat le plus efficacement l’état g’énéral des individus herpéliques sont les eaux arsenicales de la Bourboule; celles du Mont-Dore et de Plombières (|ui renferment beaucoup moins d’arsenic ont été indiquées aussi en pareils cas.
Les moyens à mettre en usag’e contre la bronchite chez scrofuleux, doivent être dirig’és surtout contre . l’élément catarrhal et contre le défaut de tonicité de l’organisme; les révulsifs ne peuvent avoir une influence notable qu’à la condition d’être répétés fréquemment, Les expectorants peuvent trouver leur indication dans la nécessité d’évacuer les conduits bronchiques. C’est plus souvent contre un état catarrhal torpide et contre une atonicité générale de l’organisme, que contre une phlegmasie aiguë que l’on aura à lutter. On devra donc compter, d’une manière générale avec la nécessité d’un traitement prolongé, on variei-a les moyens externes excitants, ainsi que les médications toniques intcrieu- i res. Parmi les traitements externes qui s'adressent à l’état g’énéral, et peuvent effectuer une révulsion
efficace en activant les fonctions du système cutané, et en accélérant la circulation périphérique, nous signalons les eaux thermales sulfureuses et chlorurées-sodiques, qui possèdent eu outre une action excitante et reconstituante.
Les stations auxquelles, il conviendra d’envoyer ces malades sont celles de Lavey, d’Uriag-e, de Bourbon- Lancy. Les eaux sulfurées sodiques et calciques, qui conviennent contre le catarrhe chronique des bronches et contre un état général atonique, sont celles d’Eaux- Bonnes, de Gauterets, de Saint-Sauveur, d’Amélie-les- Bains, d’Allevardet de Saint-Honoré.
Nous croyons aussi, qu’en raison de l’état général, il convient de tonifier l’organisme au moyen de l’air marin, des bains de mer, des lotions froides. Nous rappellerons ici la pratique encore usitée du drap mouillé.
A l’intérieur, on prescrira les toniques généraux, comme le quinquina; et l’on verra souvent s’amender les troubles bronchiques sous l’influence de l’administration prolongée des toniques spéciaux, c’est-à-dire de l’huile de foie de morue, de l’iode, et de ses diverses préparations, telles que le sirop d’iodure de fer et le sirop de raifort iodé.
Gnfin, dans les cas de bronchites aiguës exanthématiques de la syphilis^ on verra généralement l’affection s’éteindre spontanément à l’apparition d’une éruption tégumentaire ou céder facilement pour faire place à l’affection cutanée. Cependant nous avons vu que ces bronchites peuvent atteindre brusquement une inten-
site très grande, et l’on devra intervenir activement, dans ces cas, à l’aide des révulsifs ou des antiphlog’istiques g’énéraux, qu’on fera suivre du traitement mercuriel.
Dans les traehéo- bronchites chroniques, ulcéreuses ' ou non, qui paraîtront se rattacher à une altération sy- ; philitique de l’appareil respiratoire, on prescrira, sui- i vant la période de la maladie vénérienne, un traitement mixte ou bien la médication iodurée. Lorsque l’affec- j tion présentera une forme ai^-uë, on devra adjoindre au j traitement spéciflque une médication révulsive ou an- j tiphlog*istique; lorsqu’elle affectera la forme chroni- 1 que et revêtira les allures cachectiques d’une phthisie, 1 on insistera sur les moyens toniques et reconstituants, ‘1 en même temps qu’on dirig’era un traitement antisyphi- ] litique. Il est à remarquer que si, pour bien des au- J teurs, le mercure ag'it d’une façon défavorable chez les | sujets scrofuleux et constitue une pierre de touche des \ affections syphilitiques, il n’en saurait être ainsi pour | plusieurs médecins qui, en Ang^leterre, notamment, I prétendent obtenir de bons résultats en traitant les af- j fections scrofuleuses par le mercure. |
Les eaux sulfureuses pourront être utiles, en favori- I sant l’apparition d’une manifestation cutanée qui con- 1 courra à confirmer le diag’nostic. Les eaux chlorurées- i sodiques ou ferrug^ineuses pourront être indiquées dans I le but de relever les forces g;*énérales de l’org-anisme. 1 Les pulvérisations indurées peuvent trouver encore ici | leur application.
Certains auteurs recommandent d’éviter la disparition trop brusque d’une manifestation tég’umentairc
chez les sujets syphilitiques qui présentent une poitrine • étroite. Enfin on pourrait peut-être, dans certains cas, prévenir ou enrayer une broncho-pneumonie syphilitique chez un nouveau-né en administrant un traitement spécifique à la mère ou à la nourrice.
Nous croyons enfin qu’on aura à tenir compte de l’association possible des maladies constitutionnelles, et qu’on devra, dans ce cas, tenter successivement les médications spécifiques ou pour mieux dire appropriées à chacune d’elles. On n’aura, du reste, qu’à suivre en cela l’exemple donné par M. le professeur Hardy, qui plus d’une fois, à l’hôpital Saint-Louis, a retardé ou suspendu un traitement antisyphilitique, pour combattre préalablement un mauvais état g’énéral, imputable, en partie au moins, à une constitution scrofuleuse sur laquelle la maladie vénérienne était venue se g’reffer.
Nous rappelons enfin que, dans tout traitement, le médecin doit prendre en considération les idiosyncrasies, et qu’en réalité, dans la pratique, après avoir reconnu la maladie, il reste à étudier le malade pour pouvoir instituer une médication efficace.
Schlemmer