‹ Étude sur les cailloux taillés par percussion du pays toulousain et description d'un atelier de préparation dans la Vallée de la HyseChapitre 7 sur 16 · USE · texte numérisé non relu

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On peut donc se représenter cette même plage comme ayant été fréquentée par les peuplades voisines qui vinrent y utiliser des matériaux conformes à leur industrie, de même que les peuplades les plus rapprochées, soit des rives de la Garonne, de lAriéce, du Tarn, de l'Aveyron et des cours d’eau de moindre importance, soit des hauts plateaux de leurs vallées, surent mettre à profit les cailloux des riches ‘graviers qu’elles y rencontraient, en y façonnant sur place, comme à Roqueville, leurs ustensiles, ou en y faisant provision de cailloux appropriés qu'ils pouvaient

ensuite tailler à loisir dans leurs retraites, souvent même à d’assez grandes distances.

Ici se présente la question de l’âge à attribuer au dépôt alluvial qui nous occupe. La couche argilo-siliceuse, mélangée de sable, de menu gravier et de cailloux qui la constitue, ne nous ayant livré de fossile d’aucun genre, nous n’avons que son élévation au-dessus du lit actuel de la Hyse pour nous fixer. Or, cette élévation est de 11°,50, différence qui nous donne la preuve que le thalweg de la vallée, sur ce point, s’est approfondi d'autant, depuis que l’alluvion s’y était établie. Cette zone, supérieure de quelques mètres seulement à nos cours d’eau actuels, qui existe dans nos grandes comme dans nos petites vallées, est fort remarquable en ce qu’elle semble particulièrement affectée à des dépôts quaternaires (Diluvium des auteurs) que caractérisent les restes fossiles du grand Chat des cavernes (F'ehs spelæa), de l'Éléphant primitif ou Mammouth (Ælephas primigenius), du Rhino- : céros à narines cloisonnées (Rhinoceros antiquitatis), du grand Cerf des tourbières ou d'Irlande (Megaceros hybernicus), espèces toutes anéanties; du Renne (Cervus tarandus), encore vivant de nos jours, mais exclusivement confiné dans le nord de l'Ancien et du Nouveau Monde, et, enfin, du Cheval et du Bœuf, ancêtres des nombreuses races que nous possédons”. |

Les os de ces animaux y furent déposés par des courants que représentent encore aujourd'hui les cours d’eau qui avoisinent ces gisements, courants qui rencontrèrent sur leur passage, lors de leurs grandes crues, ces restes organisés en même temps que les cailloux d’origine étrangère au bassin, et les délaissérent mêlés à leurs graviers, ainsi que nous l’avons constaté dans les gisements de Clermont et

de Venerque.

4. Voir Note sur les dépôts pleistocènes des vallées sous-pyrénéennes et sur les fossiles qui en ont été retirés, dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse, 1851, série 4, t. IV, pp. 425 et suiv. Voir aussi notre Note intitulée : Nouveau gisement du Renne près de Toulouse, dans les mêmes Mémoires, 6e série, t. V, pp. 247 et suiv.

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Mais cette concordance, que nous n’hésitons pas à admettre entre l’âge de ces graviers de l’époque quaternaire et l'âge du dépôt de Roqueville, ne nous fournit pas les mêmes éléments de conviction quant à celui à attribuer aux cailloux modifiés de mam d'homme que ce dernier gisement nous a fait connaître. Dans le cas précédent, les os et les cailloux ouvrés avaient précédé le dépôt; dans le cas de Roqueville, les cailloux n’ont été éclatés que postérieurement au dépôt alluvien. Nous avons seulement lé droit de conclure que ceux que nous y rencontrons y ont été façonnés sur place, sans pouvoir dire si ce fut immédiatement, bientôt, ou même tardivement après leur transport. Il ne nous reste dès lors qu’un seul élément de détermination pour nous guider dans cette recherche, celui des formes que ces cailloux taillés affectent. Or, ces formes sont absolument les mêmes que celles que présentent des pierres également modifiées par le travail humain, retirées en tant d’endroits des couches incontestablement quaternaires!. D'où cette conclusion, que nos coins, nos disques, nos éclats et nos noyaux ont été le produit d’une civilisation partout identique qui, en France et en Angleterre, par exemple, correspond à cette période dans la vie du globe que nous habitons nommée quaternaire par les géologues, période dont la durée nous est inconnue, mais qui précéda immédiatement l’époque actuelle, qui en est la continuation.

Ionorant le temps que la phase de civilisation qui lui correspond put durer dans notre région, nous devons nous contenter de ne tirer des faits d'observation, fournis par l’ateliér de Roqueville et par les si nombreuses localités où la présence de cailloux travaillés à éclats a été constatée, que des déductions qui s'imposent en

quelque sorte d’elles-mêmes à l'esprit.

Il faut donc ne point perdre de vue que les cailloux taillés en des formes déterminées de notre région, que nous venons de décrire, ont deux sources : les uns, très-rares jusqu'à ce jour, ont été retirés des graviers sous-lehmiens de Clermont et de Venerque, où ils étaient accompagnés d’ossements ayant appartenu à la faune quaternaire; les autres, très-abondants, ont été fournis par la couche végétale, conséquemment superficielle, un peu partout, dans les diverses natures de terres et à toutes les altitudes.

1. Depuis les premières découvertes de Boucher de Perthes dans les graviers de la Somme, près d'Amiens, et les nôtres, à Clermont (Haute-Garonne), de semblables faits ont été constatés près de Paris et dans maintes localités en France. Il en a 6t6 de même en Angleterre, ainsi qu’en fournit la preuve

l’énumération des objets similaires de la Grande-Bretagne, que nous devons à M. John Evans, dans son livre : Les Ages de la Pierre, traduction française de E. Barbier.

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Les premiers durent leur dépôt, dans les gisements où nous les avons rencontrés, à des courants qui les y déposèrent avec les alluvions grossières et les os qu’ils avaient rencontrés sur leur passage, sans que nous puissions dire quel fut le premier point de départ de ces divers matériaux, qui ne purent, néanmoins, être pris par les eaux qu’en dedans du périmètre de chacun des bassins qui nous les ont conservés, mais sur des points et à des niveaux variés, où ils avaient même pu séjourner plus ou moins longtemps.

Les cailloux éclatés que nous trouvons dans les diverses natures de sols et à toutes les altitudes, fixés dans la couche végétale ou ramenés à sa surface, n’y ont pas été laissés par des courants; ils y sont disséminés comme au hasard et ne peuvent y avoir été apportés que par ceux qui les taillaient et les employaient. Cette multiplicité de stations et le grand nombre de ces objets qui en proviennent, témoignent de ce fait que l’orosraphie du pays toulousain étant la même que celle d'aujourd'hui, ces pierres taillées y furent utilisées partout par de nombreuses familles humaines, qui semblent en avoir conservé l'usage pendant un très-long espace de temps” et jusqu’à ce qu'’enfin une autre phase civilisatrice plus avancée y eût introduit l'usage de la pierre taillée et polie, en attendant que cet âge, dit néolithique, prît fin à son tour,

lorsque l’emploi des métaux y serait accepté”. P

Pour ce qui concerne l’usage que les populations qui les fabriquèrent purent faire des cailloux dont ils variaient suffisamment les formes, nous ne pourrions que recourir à de pures conjectures à la suite des auteurs qui ont considéré les Coins

similaires à ceux que nous avons fait connaître, tantôt comme des Æaches, alors qu’ils ne présentaient pas d'extrémité large et tranchante, tantôt comme de Pointes

de lance, sans s'inquiéter des difficultés d’ajustement qu’ils auraient offertes. Il en est de même des Disques et des grands Étclats retouchés dont on a fait des

Casse-tête, et des plus petits éclats, divers outils en rapport avec le genre de vie

4. Il faut se garder d'attribuer l’industrie de la pierre éclatée à la seule phase qui répondrait aux dépôts de fossiles de Clermont et de Venerque (Diiuvium); elle l'avait devancée et elle se continua encore longtemps après pendant l’évoiution des temps quaternaircs.

2. En effet, cette fois encore, on constate, en étudiant les pierres taillées de l’époque néolithique autour de nous, que tout se passa comme pendant l’époque paléolithique; à de très-rares exceptions près, nos Celts (vulgairement Pierres de foudre, Pierres de tonnerre) sont façonnés aux dépens de cailloux roulés par nos cours d’eau. Ils sont de même très-répandus, et nous les rencontrons disséminés dans la couche superficielle de tous les sols et à toutes les altitudes.

On sait que ces pierres, que l’on croyait tombées du ciel, font partie des mobiliers funéraires d’un grand nombre de cavernes et de certains dolmens.

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que chacun de nos archéologues se plaisait à attribuer à l’homme paléolithique.

Quant à nous, après avoir trés-attentivement étudié nos types obtenus par

percussion, nous n'avons été frappé que par ce point d'observation, à savoir que.

tous, quels qu’ils soient, s'adaptent plus ou moins commodément à la main et peuvent ainsi avoir été employés directement, sans oser en tirer d’autres conclusions, regardant presque inutile, comme l’a judicieusement écrit John Evans’, de « discuter ce à quoi on les employait », en nous arrêtant, avec lui, à cette réflexion de sir Jobn Lubbock : « Nous pourrions aussi bien nous demander ce à quoi ces instruments ne

servalent pas?. »

1. Les âges de la pierre, instruments, armes et ornements de la Grande-Bretagne, trad. de E. Barbier, Paris, 1878, p. 634.

2. Nat. hist. Rev., 1862, p. 250, cité par John Evans, loc. cit., p. 638.

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