OBSERVATION XII
Kystes hydatiques multiples du foie, de la rate, de répiploon et du pelvis. — Cancer de Vestomac (carcinome squirrheux) et de l'utérus (épithé-
lioma pavimenteux lobulé), par Paul Thiéry.
A. D..., actrice, âgée de 45 ans qui consulta M, Verneuil pour la première fois il y a 11 ans. A ce moment il était déjà facile de percevoir deux tumeurs bien nettes ; une de l’hypocondre droit déjà volumineuse qui fut diagnostiquée kyste hydatique, l’autre occupant le petit bassin qui fut rapporté à un kyste de l’ovaire. Nous n’avons pas de renseignements sur le début de l’affection.
A cette époque (il y a 11 ans) M. Verneuil pratique une ponction dans le kyste hépatique et en retire 7 litres environ de liquide clair comme de l’eau de ro-
che et qui ne laisse aucun doute sur la nature de l’affection. La ponction étant faite avec une aiguille et un petit trocart, on ne retire pas d’hydatides. L’état semi-cachectique de la malade, qui est excessivement pâle et anémiée, fait repousser une intervention plus active. A la suite de cette ponction simple, l’amélioration est telle que la malade ne revient voir M. Verneuil qu’au bout de 7 ans.
11 y a 3 ans elle est revenue de nouveau. Le kyste hépatique s’est reproduit, le kyste ovarique que l’on n’a pas traité subsiste et a même augmenté. On pratique une nouvelle ponction du kyste hépatique ; des hydatides obstruent sans doute le trocart, car la ponction donne issue à quelques gouttes seulement de liquide transparent. Pendant deux ans encore on perd la malade de vue.
Il y a 6 mois (12 novembre) elle revient encore et fait un séjour d’une journée salle Lisfranc : les kystes du foie et de l’ovaire sont énormes.
Le ventre est excessivement volumineux. Il y a ascite. L’état anémique est très accentué. 11 existe un épithélioma du col utérin. Aucun trouble digestif. Elle ne veut pas rester à l’hôpital et retourne chez elle. Enfin elle rentre dans le service, salle Lisfranc, n° 28, le 9 avril 1889 et nous la voyons pour la première fois.
Etat actuel. — L’état général est très grave ; la malade, excessivement pâle, anémiée et émaciée, présente une coloration qui tient de la teinte jaune paille des cancéreux, la dyspnée est considérable ; la constipation opiniâtre ; la malade ne se nourrit que de lait ; la digestion est pénible mais il n’y a pas de vomissements.
Le thorax petit, rétracté est comme atrophié ; l'abdomen énorme le refoule et semble occuper la presque totalité du sujet ; pas d'œdème des membres inférieurs. Miction normale.
Du côté de l’abdomen, on sent une volumineuse tumeur occupant tout l'hypochondre droit, dépassant la ligne médiane, descendant jusqu'à la fosse iliaque; de même dans l'hypochondre gauche, tumeur rénitente, mais moins volumineuse. Une autre tumeur, vraisemblablement multiloculaire occupe tout le pelvis ; enfin le toucher vaginal révèle la présence d’un épithélioma du col de l'utérus avec propagation à la partie supérieure du vagin avec immobilisation de l'utérus. Ascite nette et considérable: matité complète de toute la masse abdominale, sauf du flanc gauche.
Le diagnostic porté autrefois est encore admis ; kyste hydatique multiloculaire du foie, kyste de l'ovaire, épithélioma utérin ; pas de lésions thoraciques.
La malade reste dans le service, sans intervention active quand le ier avril nous la trouvons en proie à des douleurs abdominales excessives ; on pense à une rupture du kyste mais vu l’état général il n'y a pas lieu d'intervenir: elle meurt le 16 avril à midi.
Pour plus de netteté, nous étudierons l'une après l'autre les lésions que présentent les divers appareils.
Aucune lésion du côté du cerveau, de la moelle ou de leurs enveloppes.
Organes thoraciques : Le cœur et les poumons
Bernard à
sont sains, mais les poumons offrent chacun le volume d’un gros poing environ tant était considérable le refoulement des organes thoraciques par la masse abdominale. Aucune lésion de parenchyme, pas d’épanchement pleural ; quelques adhérences insignifiantes.
Larynx , trachée , bronches , sains.
Idem pour i œsophage.
Organes abdominaux. — Eliminons tout d’abord l’appareil urinaire, reins, uretères, vessie absolument sains. Du côté du tube digestif nous trouvons un estomac fortement dévié par les kystes hépatiques, il offre un volume considérable par dilatation de sa cavité. A l’incision il est rempli de lait coagulé. Le pylore est le siège d’un rétrécissement cancéreux qui admet le petit doigt, les parois en sont épaisses, lardacées ; pas de masse végétante proprement dite : adhérences considérables du pylore à l’un des kystes hépatiques que nous décrirons dans un instant. L’examen histologique nous a révélé un carcinome squirrheux type , avec épaisissement considérable du tissu sous-muqueux.
Nous rapprocherons de cette lésion, celle que nous avons trouvée du côté de l utérus où le col et la portion avoisinante du vagin était le siège d’un épithélioma diagnostiqué pendant la vie et que l’examen histologique nous a montré appartenir à la variété (( épithéhoma pavimenteux lobidé )) le corps de l’utérus, et les organes voisins, vessie et rectum étant indemnes de toute propagation. Pour en finir avec le tube digestif, disons que l’intestin, petit, rétracté,
était complètement refoulé, le cæcum excepté, dans le flanc droit où il occupait une région de minime étendue, toutes circonstances qui expliquent sa diminution de calibre à la suite du rétrécissement pylorique et le déplacement que lui avaient imprimé les kystes hydatiques multiples du foie.
(( Nous laissons de côté, la dernière partie de l’observation ; celle-ci ayant trait surtout à la description des différents kystes hydatiques, qui, dans le cas présent, ne nous intéressent que fort peu. ))