CHAPITRE PREMIER
1. Étant donnée la théorie des équilibres pyrogénés, telle que l’a formulée M. Berthelot, il paraissait vraisemblable, a priori, que des carbures de la série forménique, soumis à la température du rouge, devaient se dissocier pour donner naissance à une série d’équilibres variables, parmi lesquels on pouvait espérer, en réglant convenablement la réaction, défaire prédominer l’un des systèmes possibles en pareil cas.
Telle est l’idée première qui m’a conduit à diriger à travers un tube chauffé au rouge des vapeurs de pétrole léger, dans le but, primitivement, d’en extraire les produits propyléniques oubutyléniques qu’il était alors fort difficile de se procurer en quantité un peu notable.
Comme ce travail représente une étape (la première en quelque sorte) dans le chemin que nous avons à parcourir, je vais le résumer rapidement.
La partie de l 'essence du commerce qui distille de 5 o à 80 degrés est réduite en vapeurs et dirigée à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge sombre, au sortir duquel les produits traversent un appareil à boules, puis une série de flacons refroidis où le brome absorbe les carbures incomplets résultant de la pyrogénation. A l’extrémité de l’appareil se dégagent des vapeurs d’odeur agréable (trèsdifférente de celle des pétroles ordinaires) et se rapprochant de l’odeur des hydrures d’éthylène, de propylène, etc. Ces vapeurs, qu’un mélange de glace et de sel ne parvient pas à condenser sensiblement, brûlent avec une flamme éclairante.
Le brome se décolore successivement dans les flacons, mais l’opération est sensiblement accélérée si l’on a soin
l. rnuüiEn.
de faire passer à nouveau dans un tube chauffé à peine au rouge sombre les produits non absorbables par le brome. Ce second tube, qui peut être en verre^eu fusible, chauffé sur une grille à analyse, permet de varier la longueur du tube, c’est-à-dire le temps pendant lequel les carbures subissent l’influence de la chaleur.
La nature des produits se modifie également dans ces conditions, et des bromures de molécules relativement plus complexes prennent ainsi naissance.
En réglant convenablement l’appareil, on arrive facilement à décolorer i kilogramme de brome en cinq ou six heures, ce qui représente environ 1200 grammes d’un mélange de bromures qui sont peu colorés si l’on a eu soin de refroidir.
L’odeur n’est pas repoussante ; ils ne dégagent pas sensiblement de vapeurs acides.
Les portions de pétrole bouillant au-dessous de 5 o degrés fournissent, dans ces conditions, principalement des bromures élhylénique et propylénique. Les portions volatiles de 5 o à 80 degrés donnent surtout des bromures de propylène, de butylène et aussi d’amylène. Au-dessus de 80 degrés, on aurait vraisemblablement des bromures supérieurs, mais, en cette cirçonstance, je me suis proposé surtout la préparation des composés propyléniques et butyléniques.
La séparation des bromures a été opérée aussi complètement que possible par une série de distillations fractionnées, faites à la pression, normale ou mieux dans le vide. Les produits distillés à la pression normale sont généralement teintés de nuances qui varient du vert au rouge; ces colorations paraissent dues au contact plus ou moins prolongé du caoutchouc à la réunion des tubes, ou encore aux bouchons.
On s’en débarrasse, en même temps que des vapeurs bromhydriques, en faisant digérer sur un peu de chaux
vive. On obtient ainsi des liquides parfaitement incolores.
La portion qui passe vers i 3 o degrés représente sensiblement le bromure d’éthylène C*H 4 Br a 5 celle qui distille vers i4o degrés représente le bromure de propylène C 6 H e Br 2 . De 1 55 à 160 degrés, on recueille surtout le bromure de butylène C 8 H 8 Br s . Au delà passe le bromure d’amylène-, mais dès i 5 o degrés, si l’on n’opère pas dans le vide, la décomposition se prononce et il y a production de vapeurs abondantes d’acide bromhydrique.
Le résidu relient un corps cristallisé dont il sera question plus loin.
En interposant à la suite de chaque tube chauffé un flacon laveur au chlorure de cuivre ammoniacal, j’ai pu constater la formation de l’acétylure cuivreux, mais il ne m’a pas semblé que la proportion en soit aussi grande dans le second flacon que dans le premier, en sorte que l’acétylène se combine ou se poljmérise dans le second tube.
De ce premier ensemble de faits, il parait possible de conclure, au point de vue théorique, que les carbures C 2 ' 1 H 8 ' ,+S des pétroles, soumis à l’action brusque de la chaleur, se séparent en composés contenant moins de carbone, et dont la saturation varie avec la température, la pression et le temps pendant lequel la matière organique est maintenue sous l’influence delà chaleur. On obtient ainsi avec les pétroles légers, à volonté en quelque sorte, les trois séries de bromures C 2 “H 2 “Br 2 , C 2 ' 1 H 4 " -2 Br 2 et OH 2 "- 2 Br‘.
On peut représenter cette première phase par la formule théorique suivante, qu’il serait possible de présenter de plusieurs manières :
Qn+n+p y^+n+p+1 H?-t- C’+H 4 .
Carbure formé- Carbure Carbure Carbure
nique du pétrole. éthylé- acétylé- formé-
nique. nique. nique.