‹ Étude sur les comptes de Macé Darne, maître des œuvres de Louis Ier, duc d'Anjou et comte duChapitre 12 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dépenses. — La restauration partielle du château de Saumur et la construction de la chapelle neuve (1367-1376).

De 1367 à 1376, d'après les comptes de Macé Darne, une grande partie du château de Saumur fut restaurée 1 .

On voulait fortifier cette place et la mettre à l'abri des attaques des Anglais qui occupaient plusieurs points de la province. Les fournitures de la pierre destinée aux divers travaux de défense commencent à la Toussaint 1367 et durent près de neuf années. Ces comptes sont dressés par matières : « Perxiers. — Chaux. — Charrois. — Massons et tailleurs de pierre. — Manœuvres et outils. — Charpenterie. — Œuvres de forge. — Cordaiges. — Plomberie. — Couverture d'ardoise ».

Dès le mois de juin 1368, on travaille à c haucer de III ornes et demie le portai du baille (du château) par devers les champs 2 . » Vn millier de « coings » de pierre et un demi millier de pierres t doublières » rendues au port de Saumur, à cette époque, coûtent XVI 1. Perrot

i Voir, au British Muséum, le ms. add. 21201, £•• 97-152.

* Le gouverneur de la ville et du château de Saumur était alors Robert de Sancerre , troisième fils de Louis, comte de Sancerre, tué à Crécy, et de Béatrix de Roucy, qui avait succédé à Hue du Bellay. Il fut remplacé en 1377 par Rémon de Vaux , chevalier. Le château, comme nous l'avons déjà dit, était commandé par un « capitaine » à la nomination du duc , puis du roi. On trouve de plus, jusqu'au xviii* siècle , un capitaine de la bastille avancée qui couvrait l'entrée des ponts. (Dict. hist. de Af.-e£-L., t. III, p. 487.)

Baudit, maçon de cette ville, est chargé du travail. Il y fait aussi trois bonnes cheminées et « un engravement en un des costés du portail pour asseoir un eschellier de bois par dehors pour monter ouhourdeis dud. portail », moyennant la somme de XVII 1. XIV s. Laurent Guibert, charpentier, reçoit à forfait XXVI 1. pour « la charpenterie dudit portai, pour faire le hourdeis, un grand eschelier de bois, tout clos, pour aller et venir oudit hourdeis par dehors, pour faire un engin à lever la charpenterie ».

L'ardoise, les clous, les lattes, les gonds, les serrures, « Testain pour estainer de l'œuvre de main les pommelles dudit portai », le charroi, la main d'œuvre, s'élèvent, en y ajoutant les dépenses précédentes, à un total de CCLXII 1. XV s. On recouvre une partie du château et on reconstruit en entier le pont-levis de l'entrée de la forteresse f . Le bois nécessaire est coupé dans la forêt du duc à Chinon et amené par eau jusqu'au port de Saumur. C'est Jehan Chabot, charpentier, qui exécute le travail pour L 1. Les dépenses accessoires montent à XCIII s. VIII d.

Dans la dernière semaine du mois de juillet de la même année, par l'ordre de maître Jehan de Faremoustier, maître de la Chambre des Comptes du duc, on rase une maison c en appentiz » contre le pavillon du château, parce qu'elle c boutoit » contre le mur de clôture dudit château. En la même semaine, on « apparaille les hourdeis dud. pavillon» et on y fait plusieurs guérites.

Au commencement du mois de mars suivant (1369), on refait plusieurs « terraces en la longue chambre d'emprès le portai et en la salle où le capitaine demeure » ainsi que dans les chambres voisines, en fort mauvais état. Dans la

* Voir, sur le château de Saumur, le Dict. hist. de M.-ct-L., t. III,

È. 481. — Voir, sur la construction du donjon actuel, l'article de [. d'Espinay, dans la Revue de l'Anjou, 1887, juillet-août, p. 1 à 16, intitulé : Documents relatifs à la construction du donjon du château de Saumur . Cette construction, commencée en 1464, fut terminée en 1472.

première semaine du mois de mai, on démolit quatre vieilles maisons et le « muraige » du côté du château sur la rue de t Feunet f » pour élever une maison et deux tourelles € aux deux bouts d'icelle ». Le travail s'avance. On emploie, à la fin du môme mois, quatre maçons pour « esgaller de pierre à sec les brèches dud. mur et huit maneuvres pour couvrir dessus de pipes sur bout plaines de pierres et de sablon, pour cause des ennemis que Ton disoit venir faire siège devant la ville de Saumur f . » Le tout se monte à 78 livres 2 sols 3 deniers.

PERRIERS. — CHAUX. — CHARROIS. — MASSONS ET TAILLEURS DE PIERRE. — MANŒUVRES ET OUTILS.

On achète une grande quantité de « coings tout simples », des pierres appelées t tableaux » pour les fondements, des pierres nommées « voussuers, pour faire grands arcs contre le pavillon », des grandes pierres « d'apparay » pour les « chemines, huisseries » et fenêtres, des pierres t doublières », des t pains » appelés « bougez », cinq grandes pierres pour faire les quatre « coings » des deux cheminées c du haut estage de lad. maison » et la clef de voûte de la chapelle.

A la môme époque, on achète ensuite quatre autres grandes pierres c à couvrir husserie double à entrer du paveillon en la chambre de parement » et pour les marches des deux « eschelliers », l'un à monter en lad. chambre de parement c devez le puiz » et l'autre t à descendre au

* Fenet, faubourg de Saumur. c C'est, je crois, dit M. C. Port, la villa Fanum, dont il est question dans un diplôme de 845 donné au profit de l'abbaye de S'-Maur- sur-Loire. » (Cartul., ch. 19.)

2 Bertrand du Guesclin séjourna à Saumur en 1369 et y rallia ses troupes à pied. — Voir les Chroniques de Froissart, publiées par M. Siméon Luce, pour la Société de l'Histoire de France, t. VII, sommaire du livre premier, d. lxxzi; peu après, en effet, le comte de Pembroke, Hugh. de Calverly, Louis de Harcourt et les seigneurs poitevins du paru anglais firent une chevauchée en Anjou et assiégèrent vainement Saumur.

bas cellier d'icelle maisson », puis d'autres pierres pour paver t les deux hautes chambres », Tune de « parement », l'autre de « retrait » et le devant de la chapelle, » ainsi qu'une pierre « bien grande à faire l'espi de la tour devers la salle du baille ! », des pierres dures pour les fenêtres, corbeaux et croisées. Les pierres ordinaires proviennent en grande partie des carrières de t Dampierre du chemin * » et les pierres dures de t Savonnières 8 ». Quant à l'autel de la chapelle, il est fait « d'une grant pierre dure d'espave qui fut trouvée es grèves près Saumur. » Cette pierre est payée soixante sols 4 . Les fournitures de pierres commencent à la Toussaint de l'année 1367, pour se terminer au mois de mai 1376. La dépense totale s'élève à i ,283 livres

4 sols 2 deniers. L'achat de la chaux monte à 585 livres

5 sols 6 deniers. Elle provient des marchands de Saumur et d'Angers ou de chaufourniers de Montigné.

Pour ne pas grever les laboureurs de la contrée, on acheta le 12 octobre 1370 quatre bœufs au marché de Saumur. Entre le 12 et la troisième semaine d'octobre, on fut obligé d'acheter de nouveau du foin pour nourrir ces animaux « parce que les gens mons. Bertran du Gueclin, Connestable de France, avoint prins et despensé tout ce que il en trouvèrent en ladicte salle ou temps qu'ilz furent devant Sainct-Mor-sur-Loire que les Anglois avoient fait fort et rempart 5 ». Les frais jusqu'au 10 juillet 1376 se

1 Baille, basse-cour.

* Dampierre, canton et arrondissement de Saumur. — Ce nom de a du chemin » lui était donné d'ordinaire à cause du chemin qui conduisait en été de Saumur à Montsoreau, le long de la Loire.

* Savonnières , près Tours (Indre-et-Loire) .

* a A Mace Boutin, prevoust de Saumur, pour son droit d'une grant pierre dure d'espave qui fut trouvée es grèves près Saumur, de laquelle a esté fait Vauter de la chappelle dudit chastel de Saumur. Pour ce LX s. » (Comptes de Mace Darne, ibid., f* 102.)

8 Comme on le voit par le curieux passage que nous reproduisons, un détachement de forces françaises avait donc assiégé le fort de S aint-Maur- sur-Loire, occupé par des bandes anglaises bien avant le passage du corps de l'armée de Robert Knolles, dès la fin d'octobre, quoique le combat de Pontvallain ait été livré cinq semaines plus lard.

montent à 879 livres 9 sols 6 deniers. C'est dans la semaine de la mi-août 1371 que Ton mène des grèves de la Vienne au château la pierre qui servira à faire l'autel de la chapelle. On achète une charrette le 18 mai 1372 « d'un marchant qui estoit venu aux vins et les Anglois lui ostèrent ses chevaux sur les pons de Saumur. . . * »

Au mois de mars 1369 (n. s.), les maçons tailleurs de pierre commencent à tailler les « coings » de pierre et les autres pierres nécessaires pour les ouvrages du château. Ils continuent jusqu'à la quatrième semaine de juin. « En la semaine où fut la S^Pierre et S^Paul » de la même année, on se met à maçonner. Treize maçons, tant maîtres que valets, sont employés à cette besogne, avec vingt-quatre manœuvres pour les servir. « En la semaine de la Décollation S^Jehan-Baptiste », on travaille sans fêter cette fête, « pour ce que les ennemis estoient lors sur le pais 2 ». Dans la deuxième semaine d'octobre, Guillaume Gravent et Jehan Massuyau, maçons, font pour 40 livres la maçonnerie « de deux grans cors de pierre entre les bas pilliers du paveillon pour soutenir d'un bout le grant plancher du melliou de la maison du costé de la rivière sur la rue de Feunet », et « une masse de murs de troys piez d'épaisseur en celui ouvraige et parmi celui mur tout au bout un condit de pierre dure pour porter hors les eaux dudit chastel du costé de la chapelle 3 ».

Simon Gorbet et Jehan Petit, moyennant quarante-trois livres, taillent une « fourmeitte de pierre » et l'assoient sur trois « mayneaux 4 » qui sont « dehors le mur devant

1 Le pont de Saumur était entretenu par Pabbaye de Saint-Florent qui devait remplacer chaque année une arche de bois par une arche de pierre. — Ce passage prouve que, bien que repousses de Saumur en 1369, les Anglais venaient braver les défenseurs de la place.

2 Voir les Chroniques de J. Froissart, ibid. — Voir notre étude sur les Invasions anglaises en Anjou aux XIV* et XV* siècles. — Cressewell et Calviley, repoussés de Saumur, avaient occupé Saint-Maur et d'autres compagnies s'emparaient de Beaufort-en-Vallée.

3 Voir, sur cette chapelle, les divers ouvrages relatifs à Saumur énumérés dans le Dict. nist. de M.-et-L., t. III, p. 495-496.

4 Moyneaux, meneaux.

la"c v happelle » ; ils font aussi et asseoient « tout le jambage de ladite fourmette » et établissent une forge « dans la salle du baille pour faire les œuvres de forgerie ». On construit un pan de mur du « coing du paveillon jusquesàla tour où est la chappelle dudit chastel du haut du gros mur de dehors pour porter d'un bout le plancher demelieude lad. maison que Ton fait audit cousté du chastel derrière la rivière sur la rue de Feunet ». La construction d'une t husserie au dit mur » achève le travail évalué à 22 livres. On donne 52 livres à Guillaume Gravent et à Jehan GiiTart « pour faire un autre pan de mur du coign dudit paveillon jusqu'à la tour deprès le puiz, de troys piez d'espesse 1 , et du haut de l'autre pan de mur dessus dit et une bonne husserie et une fenestre pour avoir clarté en la cïiambre devant le bas sellier et pour haucer l'autre pan de mur d'une ourne au-dessus du planchier et pour abbatre un vieil arc qui estoit sur la basse husserie de ladicte tour deprès le puiz, pour ce que il estoit rompu et ne pouvoit soustenir la massonnerie et pour refaire celui arc ». On travaille peu fin d'octobre 1369.

L'ouvrage est interrompu jusqu'au commencement d'avril 1370. Simon Corbet, maçon, passe, dans la première semaine du mois, cinq jours et demi à faire les moules d'une des « fourmettes » de la chapelle et taille ensuite les pierres nécessaires pour ce, tandis que les autres ouvriers taillent les coins et les pierres « d'apparay ».

„ Un sergent va, dans la première semaine de mai, à Tours et à Chinon , pour t chercher et fere venir auxditz ouvraiges maistre Simon Gorbet, Thomas Gailleauet Johan, son filz, qui sont ouvriers de taille à fere bestes, fuilles et autres nobles ouvraiges en pierre ». On travaille sans désemparer, pendant la seconde semaine, « pour doubte des ennemis 2 ». Thomas Cailleau et Simon Corbet passent cinq

1 Espesse, épaisseur.

2 Les garnisons anglaises des places voisines faisaient de fréquentes sorties, rançonnaient les campagnes et s'aventuraient souvent

tours et demi « à faire moules » pour les cheminées et fenêtres de la chambre « de parement » et de la chambre c de retrait ». Dans la troisième semaine, Cailleau et Corbet commencent à c ouvrer en bestes et en felaiges ». Guion Bouytart taille en pierres dures « d'apparay pour les fenestraiges ». Ils reçoivent tous 3 ou 5 sols par jour. « En la semaine de la Pentecoste », Jehan Cailleau rejoint ses compagnons. Guillaume Cravent et Bouytart font les « moulleures ».

Dans la quatrième semaine de juin, on commence à découvrir la tour où doit se faire la chapelle et à abattre la maçonnerie pour construire cette dite chapelle. On continue ainsi jusqu'à la troisième semaine d'octobre. Thomas Cailleau reçoit alors 20 livres pour « acomplir et faire Touvraige de fuilles, de bestes, de reprinses et de entablement de la cheminée de la chambre de parement et de la cheminée de la chambre de retrait ». On chôme à peu près à partir du mois de novembre. Le travail reprend au mois de février 1371, mais en l'absence de Simon Corbet.

« En la première semaine de juing », « Hamelin Berthelot, sergent, « qui lors avoit sauf conduit desannemie », va à Mirebeau 1 pour « adjourner plusieurs gens du pais par devant les commissaires sur le fait des finances des fransflez dont les prouflz sont renduz en la recepte de cest présent compte ». « Pour ce, audit sergent, pour avancer ledit

jusqu'aux portes de la ville de Saumur. Mais le gouverneur, Robert de Sancerre, faisait bonne garde et l'enceinte de la place était munie de défenseurs. — Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après Pontvallain, du Guesclin était à Saumur, ou il passa en revue la compagnie de Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, maréchal de France , qui avait avec lui 7 chevaliers bacheliers et 24 écuyers. Le sire d Audrehem, maréchal de France, mourut à Saumur entre le 6 et le 25 du même mois* Le 5 septembre 1371, B. du Guesclin était de retour à Saumur avec Olivier de Clisson. (Voir les Chroniques de Froissart, édition publiée pour la Société de l'Histoire de France, t. VIII, sommaire du premier livre, p. vu, note 1, et p. m, note 1, p. ix et p. xv.)

1 Mirebeau, chef-lieu de canton (Vienne). Cette petite ville faisait alors partie de L'Anjou.

fait, affin d'avoir chevance 1 d'argent pour paier les ouvriers qui faisoient les diz ouvraiges XXX S. »

< En la semaine commençant le lundy 25 aoust », un valet va « de Saumur à Tours pour faire venir maistre Simon Corbet auxdiz ouvraiges, pour ce que il y a voit poy d'ouvriers pour faire bestes, fuillages et reprenses ». Maître Simon reprend son travail dans la semaine commençant le lundi 15 septembre et le continue jusque vers le milieu d'octobre.

« En la semaine commençant le lundy 6 octobre », un valet va « de Saumur à Paris par devers mons. de Ghateaufromonl, lieutenant de mons. le duc, pour le fait du trespas de Loire, qui avoit esté décrié et deffendu à Saumur de par le Roy, nostre sire, le IIII - jour dudit mois d'octobre, et partant les fermiers ne l'osoient plus lever et les marchans ne le vouloient plus paier et le maistre des euvres n'avoit plus argent à faire euvres* ». Un mois après, le 3 novembre, le maître des œuvres envoie, pour le môme sujet, un nouveau courrier à Paris, parce qu'il n'avait pas reçu de réponse. Du 8 au 15 décembre, les deux Cailleau « ouvrent à faire une des formettes de lad. chappelle qui est emprés la pecine 8 ». Le travail se continue en plein hiver. « En la première semaine de juing » 1372, les Cailleau, moyennant 18 livres, taillent t une formecte qui est sur la fenestre croisée d'entre la viz 4 de la chappelle et le coing du paveillon et les fuilles de lad. fenestre ».

« En la semaine commençant le 12 juillet », on passe marché avec « Guillaume Cravent et Jehan Giffart, « massons, demourans à Saumur, pour faire la vouste de la chappelle et la massonnerie de ladicte vouste et du haut oratoire au haut de la viz qui y joint, c'est assavoir d'au-

1 Chevance, le bien qu'on a ou qu'on peut avoir.

2 Ce fait curieux n'a été signalé par aucun historien angevin.

8 Pecine, piscine.

4 Viz, vis d'escalier.

dessus des chapitreaux* jusques à l'arasement du dessus de ladicte vouste et auxi ledit haut oratoire, par ainsi que le maistre des euvres leur baille la taille qui estoit faicte, et il doivent faire le sourplus, et leur doit l'en livrer en place toutes les materes et doit faire faire ledit maistre des euvres les deux clefs des voustes de ladicte chappelle et dudit oratoire. Pour ce. -* 801.»

Thomas Cailleau disparaît des comptes à partir de la deuxième semaine de juillet.

« En la première semaine de décembre », on se préoccupe d'élever, à l'aide de perches et de roseaux , un abri pour préserver les travaux contre la gelée. Néanmoins « Jehan Ricendeau, Jehan Vinet et Perrot Brossart, massons », passent marché « pour faire de la main sanz fuilles, sanz bestes et sans reprinses, une huisserie pour entrer en la chambre de parement par devers le paveillon et pour faire un grant eschellier de pierre à demee viz par le bas et un gros membre par dessus pour monter par devers le puiz

en la chambre de retrait 2 . Pour tout ce 39 livres... »

G. Cravent et J. Giffart « pavent de la main tout entièrement la chambre de parement jusques à l'entrée de la nouefve 8 chappelle », pour 29 livres. Ils se chargent aussi de « faire de la main sans fuilles, etc., deux pans de mur, c'est assavoir le premier en bas estage commençant aussi bas comme l'eschellier par où l'on dévale 4 ou bas celier et pour y faire un pillier quarré tout au bout pour conforter ledit mur et une huisserie bonée, et l'autre pan de mur commençant sur le plancher au droit de l'autre dessusdit

1 Chapitreaux, chapiteaux.

2 Chambre de retrait, latrines, privés, lieux secrets, chambre secrète, chambre courtoise, chambre basse, désignait ce petit local, et Ton disait alors aller à la chambre, comme on dit aujourd'hui aller au cabinet. Les fosses d'aisance étaient rares au xiv e siècle et réservées aux seigneurs. (Voir le très curieux ouvrage de M. Alfred Franklin : La Vie d'autrefois, Arts et Métiers, Modes, Mœurs et Usages des Parisiens du XIT* au XVII* siècle.)

s Nouefve, nouvelle.

* Dévale, descend.

jusques au haut plancher et pour y faire un autre pillier autel comme celui dessus dit et une bonne huisserie et paver la chappelle et moittre Tautier * à point. Pour tout ce... 38 livres ».

Jehan Ricendeau et Perrot Brossart font marché « pour foire de la main deux ars de pierre en bas celier jusques au dessouserain plancher 2 joignant au mur qui porte le tou par où les eaux eissent ' dudit chastel ou cousté de la chappelle fondez aussi bas comme les fondemens d'iceluy mur et pour faire sur ledit planchier au droit d'iceux un pan de mur jusques au planchier melouen 4 et pour faire en celuy pan de mur un pillier quarré au lonc par endroit le melieu pour conforter ledit mur et pour y faire une bonne huisserie bonée. Pour tout... 15 livres ».

Jehan Cailleau, pour faire « les fuilles et reprinses dessus les deuxchambrillars 5 de l'huisserie double à entrer du paveillon en la chambre de parement et pour taillier et ouvrer les basses et chapiteaux pour l'uisserie devant à entrer en la chambre dessus la chappelle », reçoit 15 livres. Il est aussi chargé d'orner de « bestes, fuilles et reprinses les deux huisseries » faites par G. Gravent et J. Giffart.

Les travaux sont interrompus jusqu'au mois de mars 1373. On se remet à la besogne jusqu'à la fin de décembre, sans discontinuer. Dans la semaine commençant le 12 décembre, un marché est passé « pour massonner le parpain d'entre la chappelle et la chambre de parement et pour paver le bas estage nouef sanz la vouste de la tour devers la salle du baille et tailler le quarrel dudit pavement ».

En 1374, Thomas Cailleau. réapparaît « en la semaine

1 Autier, autel.

* Le dessouserain plancher, le plancher le plus bas.

8 Eissent, s'écoulent.

4 Le plancher melouen, le plancher du milieu.

5 Chambillars, chambranles.

de la Tiphaine ». On achève le « fellage 1 de l'usserie d'entre la nouefve chappelle et la chambre de parement » ; on asseoit « le pavement en la basse chambre du portai devers les champs devant ledit chastel » ; on taille les pierres « d'apparay * pour asseoir gons » ; on achève de tailler le foyer de la cheminée de ladite chambre.

Thomas Cailleau ne paraît plus à partir de février. A partir du 6 mars, on taille des pierres « de membreures 8 pour huisseries, fenestrages et cheminées ». L'ouvrage se continue sans interruption en 1375. « En la semaine commençant le lundi 10 décembre », on achève de maçonner le dedans de la tour devers le « baille » et le « parpaign d'icelle tour » ; on commence à tailler le « pavement ». Jehan Cailleau, moyennant 9 livres, ouvre « le fuillage et autres ouvraiges tout environ l'entablement de la cheminée de la garde robe et les symèses ». On pave les deux hautes chambres « de dessus la chappelle ». Les travaux continuent en 1376. Le compte s'arrête après la semaine qui suit celle commençant le 5 mai.

Les dépenses pour les maçons s'élèvent à 4,947 livres 2 sous 4 deniers. Ces ouvriers étaient en moyenne de dix à vingt, avec un nombre proportionné de manœuvres , et ils travaillaient généralement quatre, cinq ou cinq demi-jours par semaine. Les prix habituels étaient les suivants :

Les deux Cailleau, maistre Simon Corbet, Guion Bossart, Guillaume Cravent, « pour chascun jour, V s. », Guillaume Pou, Jehan Massuau, Jehan Giffart, Jehan Petit « pour chascun jour, IIII s. VI d. », Guillaume Nuet, Jehan Vinet, Jehan Ricendeau, Jehannot Bot, «pour jour, chascun IV s. », Estienne Dromel « III s. VI d. » Denis Pou, Jehan Francoys, Jehan Gneroil, Jehan Dromel, Thomas Brient, « pour chas-

1 Fellage, feuillure.

2 Apparay, appareil.

3 On appelle aujourd'hui membrures les pièces de bois épaisses dans lesquelles on enchâsse les panneaux.

cun jour, III s. » Le « vallet » Massuau, « pour jour, Ils. ». Le fils François, « pour jour, XX d. ». Les manœuvres gagnaient « XX d. » par jour.

Les pelles de bois, les seilles de bois, « l'oint* pour oindre les poulies des engins à lever et descendre les matères, les symèses à bras pour porter les matères , les escuelles de bois pour agiter eau sur la massonnerie, les petiz penniers pour porter pierre menue, les civières roullercees* pour mener pierre menue, une petite charrette pour mener grosse pierre et les civières à rouel » coûtent « XXXIX livres VII s. VI d. ».

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