CHAPITRE PREMIER
Comme le foie, les reins et les capsules surrénales (et même mieux encore que ces organes), la rate, à l’état normal, se dissimule complètement derrière le squelette thoracique : elle se trouve ainsi très bien protégée contre les violences extérieures.
Située en effet dans l'étage sus-mésocolique de la cavité abdominale, elle se cache profondément dans l’hypochondre gauche, dans une sorte de loge qui a été bien décrite par Constantinesco (1) et qui affecte la forme d’une demi-calotte sphérique dont le pôle regarde en. arrière et un peu en dehors. Cette loge est limitée par :
1° Une paroi concave, postéro-externe, formée par la face inférieure du diaphragme qui sépare la rate de la plèvre gauche, de la face interne des 9°, 10e et 11° côtes, ainsi que des 8°, 9° et 10° espaces intercostaux.
20 Une paroi plane, paroi antéra-interne formée, en allant de haut en bas, par la face postérieure de l'estomac, la queue du pancréas et l'extrémité gauche du côlon transverse.
3° Enfin une autre paroi plane, paroi in/éro-interne ou plancher de la loge, est formée par la capsule surrénale et le tiers externe de la moilié supérieure du rein gauche.
Cette paroi inférieure forme avec la paroi postéro-externe
(1) Consranrinesco, Thèse de Paris, 1899.
une gouttière ouverte en haut qui reçoit le bord postérieur épais de la rate.
Quant au bord antérieur de l'organe, mince et crénelé, il se loge dans l'angle dièdre formé par la rencontre du diaphragme avec la face postérieure de l'estomac.
Des deux extrémités de la rate, l’une, la supéro-interne ou tête, se trouve située à la hauteur de la dixième vertèbre dorsale, à deux centimètres environ de la colonne vertébrale, et elle s'appuie sur la tête de la onzième côte qui marque assez souvent son empreinte sur elle.
L'autre ou extrémité inféro-externe, repose sur le petit ligament phréno-colique qui la sépare de l'angle colique gauche.
Telle est la topographie de la rate.
Comme l’a précisé Picou (1), cet organe se projette sur la paroi thoracique selon une figure ovalaire étendue du bord inférieur de la 8° côte au bord inférieur de la 11°.
On voit donc que la rate à l'état normal est complètement cachée derrière le squelette thoracique. Ceci nous explique que, dans ces conditions, la palpation de la rate ne donne aucun renseignement et qu'il faille des traumatismes relativement violents pour arriver à la léser.
Ainsi cachée derrière la partie inférieure du gril costal, la rate présente encore un autre élément de défense contre les traumatismes : c'est sa grande mobilité qui lui permet de fuir dans une certaine étendue devant les agents contondants.
Les divers replis péritonéaux qui viennent s'attacher sur la
rate ne prennent, en effet, leur autre insertion que sur des
(4) Picou, De la situation normale de la rate par rapport à la paroi tho-
racique chez l'adulte. Thèse de Paris, 1896 ; et Traité d'anatomie Porrrer (t. IV, fase. 3, article Rate).
organes éminemment mobiles eux aussi : le diaphragme, l’estomac, la queue du pancréas, le côlon. C'est ce qui fait que l'on a pu dire que le véritable organe de la fixation de la rate était constitué non pas par des ligaments péritonéaux, mais bien par le rein gauche qui la maintient en quelque sorte à la manière d’une console, de sorte que, lorsque le rein gauche est ectopié, la rate, elle aussi, devient flottante.
Mais ce rein n'est lui-même que relativement fixe, il suit les mouvements respiratoires, se déplace aisément dans sa loge cellulo-graisseuse, si bien qu'il peut lui aussi concourir dans une certaine mesure à la préservation de la rate.
Enfin, outre sa situation profonde derrière le squelette thoracique et à sa très grande mobilité, la rate possède encore un autre élément de défense : c’est l'élasticité de tous les organes creux qui l'entourent (l'estomac, le côlon, les anses intestinales) et qui viennent former au-devant d'elle un véritable coussinet d'air, atténuant dans une très large mesure la violence des traumatismes extérieurs.
Si la rate conservait donc sa situation, ses dimensions, et sa mobilité normales, elle échapperait très aisément à la plupart des traumatismes et serait rarement atteinte par une violence extérieure quelconque. Les lésions vraiment traumatiques ne s'observent, en effet, que rarement sur des rates absolument saines, et nous verrons ultérieurement que dans un grand nombre de cas de déchirure ou de rupture, la rate présentait antérieurement des lésions anatomiques variables, lésions ordinairement peu prononcées, mais cependant manifestes et suffisantes pour rendre plus fragile le parenchyme
splénique.