‹ Étude sur les corps étrangers articulairesChapitre 8 sur 17 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Quand un malade se plaindra d’éprouver des douleurs vagues dans une articulation, de la gêne dans les mouvements, delà lassitude, des craquements, d’avoir un épanchement qui a résisté à tous les moyens par lesquels on combat d’ordinaire l’hydarthrose, s’il raconte que ces phénomènes se sont produits à la suite d’un traumatisme ayant atteint la jointure à une époque plus ou moins éloignée, le médecin pourra avoir quelques soupçons sur la présence d’un corps mobile articulaire. Toutefois ces signes par eux-mêmes n’ont pas grande valeur diagnostique.

Il n’en est pas de même de la douleur subite d’une acuité excessive, suivie d’impotence fonctionnelle, pouvant paraître tout à coup dans une articulation regardée comme saine jusqu’alors, ou bien dans une articulation présentant les symptômes dont nous venons de parler.

Cette douleur se reproduit ordinairement, à intervalles variables, avec les mêmes caractères et à l’occasion de certains mouvements de la jointure. On trouve une douleur analogue dans la luxation des ménisques du genou (ordinairement l’interne),

mais qui ne présente jamais le même degré d’intensité (Barwell).

Le signe de certitude de la présence d’un arthrophyte dans une articulation est fourni exclusivement par la palpation. Ce procédé peut parfois faire reconnaître le corps étranger du premier coup.

Mais cet examen peut trouver des obstacles dans l’existence d’un épanchement abondant, dans la consistance trop molle des arthrophytes (Ob. XVI), dans leur mobilité excessive.

Le corps peut se réfugier dans des replis de la synoviale ou des parties reculées de l’article, et l’on a vu dans un cas cité par M. Lucas Championnière, un corps étranger du genou se loger dans le creux du jarret (Ob. IV). Aussi ne faudrat-il pas porter un diagnostic négatif après une première recherche. Quand on palpera l’articulation pour trouver un corps mobile, il faudra le faire le plus délicatement possible, afin de bien, percevoir la moindre sensation tactile anormale. Lorsqu’on aura réussi à trouver le corps, on cherchera à l’entourer et à le saisir entre les doigts.

Alors il sera facile de rechercher son volume, sa consistance. On reconnaîtra s’il est pédiculé ou libre. Dans le premier cas, à moins qu’il ne soit très-gros, il aura une mobilité excessive, passera facilement d’un côté à l’autre de l’articulation. S’il est pédiculé, sa mobilité est limitée, en raison de la longueur du pédicule.

Lorsque l’on ne peut presque pas déplacer le corps étranger, il y a tout lieu de croire qu’il est

extra-articulaire, ou bien qu’il est encore enchatonné dans la synoviale. Enfin, en pareil cas, on peut avoir à faire à un repli graisseux épaissi de la synoviale (Ob. XIX).

Les recherches répétées apprennent au chirurgien quelles sont, pour ainsi dire, les habitudes du corps étranger. Il apprend par quelle manœuvre il peut le faire paraître plus facilement, en quel lieu il réside de préférence. Un malade intelligent est, pour de pareilles recherches, d’une grande utilité.

On reconnaît qu’il n’y a qu’un corps mobile dans une articulation quand on le retrouve toujours avec les mêmes dimensions, le même volume. Ce signe n’est pas absolu parce que si le corps jouit d’une grande liberté il peut se présenter successivement par des parties différentes. Desault, Bonnet citent des cas de ce genre. Nous savons aussi que quand les corps sont nombreux on n’en reconnaît qu’un très-petit nombre à la palpation.

Il n’est pas sans intérêt pour le diagnostic de noter la disposition qu’a pu présenter une synoviale distendue par du liquide, incrustée de plaques calcaires et pouvant faire songer à la présence d’une tumeur demi-solide (obs. XVII).

Les corps étrangers organiques qui appartiennent à l’arthrite sèche, à la tumeur blanche, sont accompagnés des symptômes de ces maladies. Nous n’avons pas à distinguer les fragments d’os ou de cartilages détachés par suite de traumatisme, attendu que jusqu’ici ils n’ont été reconnus

qu’à l’autopsie peu après l’accident qui les avait produits (Panas). Les fragments osseux ou cartilagineux détachés par la nécrose sont ordinairement d’un très-petit volume et sont précédés des symptômes de la maladie préexistante.

Pour ce qui est des corps venus du dehors, tels que des balles, des aiguilles (Desprès) on aura pour se renseigner les commémoratifs, l’existence d’une cicatrice.

Morel Lavallée rapporte un cas curieux de ce genre : « Une balle de calibre avait séjourné dans l’articulation du genou sans provoquer d’accidents pendant 28 ans. Six mois seulement avant l’entrée du malade à l’hôpital, l’articulation fut prise de gonflement avec gêne des mouvements. A l’exploration, on y sentait un corps étranger dur, qui était libre et allait dans divers points du cul-de-sac de la synoviale. Velpeau en fit l’extraction par la méthode sous-cutanée et le malade guérit parfaitement (1). »

Si les mouvements de l’articulation qui est occupée par l’arthrophyte se font librement, si en dehors des accès douloureux, le gonflement et la douleur disparaissent on peut espérer que la jointure est saine. Il n’en est pas de même quand les tissus péri-articulaires sont hypertrophiés, quand la synoviale est le siège d'un épanchement de longue durée, quand les mouvements sont accompagnés de douleurs et de craquements. En ces cas, il y a des altérations qui seront toujours

(1) Morel Lavallée, Corps étrangers articulaires, Thèse d’agrégation, 1853.

un obstacle au fonctionnement parfait de l’articulation quel que soit le traitement employé.

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