‹ Étude sur les corps étrangers articulairesChapitre 7 sur 17 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

La maladie débute de façons différentes. Elle est précédée ou non d’un traumatisme qui peut agir sur sa production de manières diverses, comme nous l’avons vu. Un corps étranger peut exister dans une articulation sans jamais donner lieu à aucun symptôme fâcheux, ou bien il peut se faire qu’après être resté longtemps silencieux, pour ainsi dire, retenu qu’il était par son pédicule, il soit’un jour détaché de son point d’insertion par un choc ou un mouvement brusque, et devienne la cause de phénomènes que nous déterminerons. C’est à la suite d’une chute sur le genou alors qu’il voulait monter sur un tramway en marche, que le malade de l’observation XIV s’aperçut de la présence d’un corps mobile dans son articulation en même temps que de la disparition d’une masse qui existait auparavant au niveau du condyle interne du fémur.

Parfois les malades ou les médecins sont amenés

(1) Brescliet, Dict. en 60. Art. Corps étrangers articulaires.

à examiner une jointure contenant un arthrophyte par des sensations vagues, des picotements (obs. XIX), des douleurs, des craquements (obs.

1 Y), de la faiblesse (obs. II), de la roideur (obs. IX) et surtout de l’épanchement articulaire (obs. XII, XIII, XVI, XVII). Ces phénomènes peuvent exister isolés ou réunis, avant et après que les corps étrangers auront manifesté leur présence par leurs symptômes propres.

Les craquements que l’on peut percevoir aux mouvements spontanés ou provoqués de l’article, ne sont pas dus aux frottements des arthrophytes contre les surfaces articulaires, comme on le croyait autrefois, mais à de l’arthrite sèche qui coexiste avec eux, sans occuper la première place pathologique (Panas).

L’épanchement qui n’est pas rare au début et dans le cours de la maladie augmente sous l’influence des mouvements articulaires, sous l’influence des douleurs vives dont nous parlerons plus loin et diminue par le repos. Il résiste au traitement ordinaire de l’hydarthrose, qu’on lui oppose quand on n’a pas reconnu sa véritable cause.

Cet -épanchement peut donnera une région une forme insolite, ainsi que Bœckel nous en fournit un exemple (obs. XVII). Son malade un mois après un traumatisme sur la tête du troisième métacarpien de la main gauche voit se développer, seulement sur la face dorsale, une tuméfaction diffuse de quatre centimètres et demi dans tous les sens, sans changement de couleur à la peau. Les mouvements de l’articulation sont très-limi-

tés et douloureux. La première phalange du doigt n’est pas envahie, mais la tête du métacarpien paraît augmentée de volume et le gonflement s’étend jusque vers le milieu de cet os. La tumeur est résistante et élastique; elle présente une plaque dure non adhérente à l’os et elle donne lieu à de la crépitation comparable à celle de la neige. Bœckel est tenté de regarder cette tumeur comme un néoplasme, mais en l’incisant, il découvre onze corps flottants dans un épanchement abondant.

A côté d’un début lent et insidieux, dont nous avons parlé, la maladie peuts’établir brusquement par une douleur qui, sans être constante, est un des signes principaux de la présence des corps étrangers dans une articulation (obs. X).

Cette douleur, qu’elle soit ou non le premier phénomène de la maladie, est subite et d’une intensité telle qu’elle peut produire le vomissement ou la syncope, même chez les hommes bien constitués. Le mouvement qui l’a déterminée est suspendu, le membre reste immobile et les muscles sont fixés dans le spasme. — Le patient n’a pas toujours le temps de chercher un siège ou de saisir un appui pour ne pas tomber. — Si la douleur réside dans le coude, il lâche l’objet qu’il tenait à la main.

La suspension du mouvement n est que momentanée ; elle cesse avec la douleur ; mais parfois elle ne cède qu’à un repos au lit de plusieurs heures à quelque jours, ou à un traumatisme quelconque, tel qu’une chute.

Cette attaque douloureuse peut être suivie de la

formation d’an épanchement s’il n’en existait pas auparavant, ou bien d’une augmentation de la quantité de liquide, si 1 épanchement existait déjà. Elle se reproduit le plus souvent d’une façon périodique, à intervalle variable, présentant toujours le même caractère d’intensité, elle coïncide avec certains mouvements un peu brusques de l’articulation, ou bien survient spontanément ou à l’occasion de souffrances extérieures parfois légères. Elle est tellement redoutée des malades, que ceux-ci éprouvent la plus grande crainte à mouvoir leur membre, renoncent quelquefois à tout travail, et le plus souvent ont recours aux chirurgiens pour être délivrés de leur affection.

Cette douleur , l’impuissance physiologique qu’elle amène dans le membre et l’immobilité mécanique de la jointure, reconnaissent d’après le plus grand nombre des auteurs une seule cause : l’interposition d’un corps étranger entre les surfaces articulaires.

Follin se refuse à admettre cette explication dans tous les cas, notamment dans ceux où la douleur se produit quand le malade ne fait aucun mouvement, ou quand le corps étranger est trop volumineux pour qu’on puisse croire à son interposition entre les os de l’article. Richet croit que la douleur peut être produite par le pincement de la synoviale ; Cruveilhier l’attribue à la contusion que Je corps étranger produit sur la membrane synoviale enflammée en se déplaçant.

Quoi qu’il en soit, la première explication nous paraît la meilleure ; elle s’accorde avec le mode

d’apparition soudaine de la douleur, le retour de celle-ci à la suite de certains mouvements de l’articulation de préférence à d’autres, la possibilité d’obvier à toute manifestation douloureuse en fixant le corps en un endroit déterminé de l’articulation, enfin la plus grande fréquence de cet accident quand le corps est petit (S. Cooper).

Le signe de certitude de la maladie est fourni par la palpation de l’articulation. La sensation que l’on éprouve au toucher est variable selon le volume, la forme, l’adhérence ou la liberté de l’arthrophyte. Quand il est libre ou a un pédicule assez long, il est ordinairement d’une mobilité excessive, fuit sous le doigt au moindre contact. Barwell le compare à une souris ( gelenkmans , comme disent les Allemands). Le corps mobile a souvent sa place de prédilection à laquelle il revient par les mouvements de l’articulation ou des manoeuvres que le malade, mieux que tout autre, apprend à exécuter.

Il arrive parfois qu’après avoir reconnu la présence d’un corps étranger, il échappe à l’observateur, quelque procédé qu’il emploie pour le faire reparaître.

M. H. Larrey nous donne l’histoire d’un de ses malades chez lequel Richerand et J. Cloquet avaient reconnu un corps étranger mobile du genou, Il laissa le malade sortir une première fois de l’hôpital sans traitement et sans avoir pu découvrir l’arthrophyte. Plus tard, le malade revint le trouver à cause des douleurs qu’il éprouvait. L’opération fut faite pour extraire le corps, qui

échappa au moment d’être saisi. Ce n’est que deux mois plus tard, après avoir pris la précaution de fixer le corps mobile par un bandage, que l’opération put être exécutée avec succès.

Page 1