CHAPITRE I
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
L’étiologie nous arrêtera tout d’abord, car, comme l’a fait remarquer Guyon dans ses Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostale: « La cystite chez la femme n’offre guère de spécial et d’intéressant que les conditions dans lesquelles elle se produit. »
Avant d'envisager le rôle des infections utérines dans l’étiologie de certaines cystites, il nous faudra commencer par l'étude des relations entre l’appareiïl génital et l’appareil urinaire de la femme.
La fréquente solidarité pathologique entre les deux appareils, chez la femme, s'explique : |
1° par leurs rapports anatomiques ;
29 par des connexions vasculaires étroites qui relient la circulation de l’utérus et celle de la vessie.
Emprisonnés par une ceinture osseuse, le petit bassin, les organes pelviens chez la femme subissent rapidement, par leur contiguïté, le contre-coup des
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affections qui peuvent frapper l'un ou l’autre de ces organes.
La vessie se trouvant unie au-dessous du cul-de-sac vésico-utérin par sa face postéro-inférieure à la face antérieure de la portion sus-vaginale du col, et à l’isthme de l'utérus dans une étendue de 2 centimètres environ par une couche celluleuse, dans laquelle on trouve de nombreuses veines, on comprend aisément comment des modifications apportées dans la vascularité de l'utérus ou son inflammation influeront sur la vessie.
Des connexions vasculaires étroites, à la fois veineuses et artérielles, qui relient l’utérus et la vessie permettent aux inflammations de l'utérus et de ses annexes de retentir sur la vessie.
Les deux artères de beaucoup les plus importantes de l’utérus sont les artères utérines, qui viennent du tronc des hypogastriques et reconnaissent, par conséquent, la même origine que les artères vésicales inférieures. En outre, la vessie recoit directement des artères utérines de nombreux rameaux qui vont en fin de compte aboutir à un riche réseau, qui occupe toute la surface de la muqueuse vésicale, et particulièrement la région du col.
De plus, les recherches de Gillette ont démontré que les veines de la vessie, extrèmement nombreuses chez la femme, offrent des communications multiples avec le système utérin, et le système veineux de la paroi postérieure de la vessie se confond avec celui de la paroi antérieure du col utérin.
D. Weissberg 2
On voit donc que les rapports vasculaires entre
les deux organes sont nombreux et importants.
Sans doute, la circulation de la vessie, comme l’a fait remarquer Guyon, n'est pas entièrement placée sous la dépendance de l'utérus, et ne subit pas fatalement toutes les variations chez tous les sujets. Il est cependant impossible que des connexions anatomiques aussi étroites, portant à la fois sur les artères et sur les veines, ne se retrouvent pas en physiologie et en pathologie, où elles détermineront des réactions de la plus haute importance, que nous aurons en clinique souvent à observer.
Les plus légères modifications du côté de l’utérus entraîneront, du côté de la vessie, des modifications de même nature : celles-ci consisteront en troubles
fonctionnels variés. C
Ces modifications ne sont à l’état pathologique, que l’exagération de ce qu’elles sont à l’état physiologique.
Les auteurs qui se sont occupés de la cystite chez la femme ont attiré depuis longtemps l'attention des cliniciens sur le rôle de la menstruation, de la ménopause, de la grossesse comme facteur adjuvant dans l’étiologie des cystites.
Guyon a signalé depuis longtemps la répercussion des congestions actives de la menstruation, des con gestions passives de la ménopause sur l’état de la vessie, sur les troubles qui la catactérisent, sur la
r qe °,+ , 4 EL . prédisposition qu'elles procurent à l'infection, sur
au re l'aggravation qu’elles apportent toujours à une cystite préexistante.
Ces données, la clinique permet de les vérifier. Ces troubles fonctionnels, déterminés par la congestion de l’utérus sur la vessie, seront d'autant plus intenses lorsque l’utérus sera malade et infecté. Les affections gynécologiques diverses rendent encore plus intime cette solidarité physiologique entre l'appareil urinaire et l’appareil génital. |
Comme l’a depuis longtemps fait observer Barnes, les affections de l'utérus sont remarquables par la présence, l’immixtion des symptômes de voisinage ; la vessie, par ses rapports de contiguïté, par ses connexions vasculaires avec l’utérus, supportera en premier le contre-coup des états pathologiques qui pourront frapper la matrice.
Mais devant nous limiter exclusivement à la question qui fait l’objet du présent travail, nous étudierons seulement le rôle des infections chroniques du col utérin dans la détermination de certaines cystites.
Au niveau de l'utérus, on décrit communément des métrites cervicales et des métrites totales.
Sur l'existence des premières, les anatomo-pathologistes et les cliniciens sont à peu près d’accord qu’elles se produisent comme résultat de l'attaque bactérienne qui, par des voies diverses, arrive à l’appareil génital de la femme. La disposition particulière du col, sa richesse en glandes, en font un récepteur
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facile des infections, qui évoluent par poussées inflammatoires à longue échéance pour constituer des lésions d’une chronicité désespérante.
La puerpéralité et la gonococcie apparaissent bien comme les deux facteurs essentiels. La métrite puerpérale évolue très souvent discrètement et ne se manifeste que longtemps après les couches. Rarement elle reste purement corporelle ; en général, après un temps plus ou moins long, elle devient cervicale, parfois elle s'éteint dans le corps et persiste dans le col. Quelquefois même le processus infectieux est tellement atténué qu’il passe inaperçu au début et n’est reconnu qu’à l'état de métrite du col.
Quelle que soit l'importance du rôle joué par la puerpéralité dans la genèse des infections utérines, la principale cause des métrites est encore la gonococcie. La métrite gonococcique est habituellement chronique d'emblée et reste localisée au col.
De ces métrites cervicales gonococciques, il faut rapprocher les lésions traumatiques consécutives à une déchirure du col post-obstétricale ou post-abortive. Ces déchirures, qui se trouvent souvent associées à l’ectropion de la muqueuse cervicale, amènent des modifications — une infection secondaire en particulier — de la muqueuse et des glandes du col, qui devient le siège d’une inflammation chronique.
A côté des deux grands facteurs de l’infection uté: rine que sont le gonocoque et le streptocoque, il en est des cas pour lesquels on ne peut incriminer ni l'infection blennorragique, ni la puerpéralité : il